(Oui, c’est très court, mais la consigne était que ça devait faire moins d’une dizaine de lignes)
Archives Mensuelles: octobre 2013
« Kyr et Kilynn » Chapitre 1 : Drakëwynn (3/8)
Hochement de tête mitigé, mais cela suffisait à Kyr pour le moment. Visiblement, Kilynn et lui n’avaient rien à craindre avec elle dans l’immédiat. La Centaure paraissait avoir saisi la légère réticence du garçon, mais ne s’en formalisa pas. Elle semblait comprendre qu’ils restent suspicieux. « Maintenant, la dernière question. Qui suis-je ? Par contre, là, il va falloir que tu me précises ta pensée, car c’est une question difficile. Que veux-tu savoir au juste ? Que je suis Barde ? Une Centaure ? Tu as probablement déjà deviné tout cela, non ? »
Il hocha affirmativement de la tête, oui, il avait déjà remarqué. Comment lui demander, sans la froisser, pour ses ailes, écailles, griffes et canines ? Ainsi que la raison de sa présence dans ce pays ravagé par la maladie et la famine ? « Votre nom par exemple, finit-il par dire.
– Mon nom ? C’est vrai que j’aurai peut-être du commencer par là. Vous n’avez qu’à m’appeler Drakëwynn. Ou par un diminutif, ou carrément un nom de votre choix. Je réponds à beaucoup de noms en fait, comme la plupart des ménestrels. »
Drakëwynn, quel drôle de nom. Cela n’expliquait rien aux enfants sur ses particularités physiques ou sa présence mais, inexplicablement, cela la rendait moins monstrueuse à leurs yeux. Un petit peu, tout du moins. La Centaure s’étira longuement avant d’installer sa tête au creux de sa paume, son coude reposant sur sa caisse retournée. Elle examinait pensivement les deux enfants qui terminaient leurs pommes. Kilynn prit la parole à son tour : « Et lui, c’est qui ? s’enquit-elle en pointant du doigt le petit dragon ronronnant sur le dos de la Femme-Jument.
– Lui ? C’est un dragon-papillon, il s’appelle Emlyg. Je l’ai trouvé, enfin, son œuf car il n’avait pas encore éclot, au milieu d’un trésor. Et pour cause, il semblerait qu’il soit le seul de son espèce dans le monde entier. Enfin, ça ne paraît pas trop le perturber. »
Elle chatouilla le petit animal qui émit une série de petits grognements aigus et se tortilla comme un ver de terre avant de glisser sur le sol. Vexé de cette chute peu gratifiante, il se drapa dans sa dignité et s’éloigna, la tête haute, afin d’aller bouder dans un coin. Cela fit sourire Kyr et Kilynn. Drakëwynn bailla longuement. « Je vous raconterai bien des histoires toutes plus passionnantes les unes que les autres, mais avec cette journée mouvementée vous devez être fatigués.
– C’est vous qui venez de bailler… » pointa Kilynn. La Centaure lui tira la langue. Une langue plus longue qu’elle n’aurait du l’être, comme celle d’un dragon. Puis elle s’étira de nouveau, avant de déplier ses jambes chevalines pour se lever.
« Si vous voulez, demain nous ferons l’inventaire de ce que j’ai récupéré dans la maison et vous pourrez garder ce que vous jugerez utile. » Leur dit-elle en se dirigeant vers la porte de la grange qu’elle entrouvrit. « L’incendie est terminé, constata-t-elle. Et je ne perçois rien de mauvais dans les environs. » Elle referma soigneusement la porte, la barra, nettoya les reliefs du repas, vérifia que le petit feu resterait dans les limites imposées et sortit une couverture de son sac. Sous le regard médusé du frère et sa sœur, elle s’installa le plus confortablement qu’il lui était possible avec la paille disponible, siffla son dragon qui vint immédiatement se blottir au chaud contre elle, dit : « Bonne nuit les enfants ! » ferma les yeux et s’endormit presque aussitôt.
Lorsqu’il fut persuadé que Drakëwynn dormait, Kyr murmura à sa sœur : « Elle est bizarre quand même, tu ne trouves pas ? » Elle acquiesça en silence et il reprit : « En plus elle ne nous a même pas demandé nos noms.
– Ca ne doit pas l’intéresser, supposa Kilynn.
– Ouais… Tu crois qu’on devrait aller fouiller dans son sac pour piquer des trucs et retrouver Caer ? Il a dit qu’on serait tous à l’abri du besoin avec ce qu’elle possède…
– T’as pas honte de dire ça ? s’exclama la fille. On ne peut pas faire ça à quelqu’un qui nous a permis de manger à notre faim et de dormir en sécurité ! En plus, si jamais elle se rendait compte qu’il lui manque quelque chose, elle saura que c’est forcément nous, alors imagine un peu ce qu’elle nous ferait ! »
Elle ne l’avait pas mentionné, mais Kyr comprit que sa sœur faisait référence aux épées longues et, surtout, au chant de terreur de la Barde. Il frissonna. « Tu as probablement raison. Mais bon, Caer va nous en vouloir de ne pas avoir profité de l’occasion.
– Tant pis, chuchota sa jumelle. Je pense que tu seras d’accord avec moi : je redoute moins la colère de Caer que la sienne à elle. Allez, viens, nous aussi on devrait dormir. »
Ils se blottirent tous les deux sous la couverture que la Centaure leur avait prêtée. Aucun des deux ne connaissait la matière dont cette couverture avait été faite, mais elle s’avérait très chaude et douce au toucher, comme une sorte de fourrure. Repus ainsi que vidés de leur énergie, ils glissèrent très rapidement dans le sommeil. Drakëwynn sourit, puis s’endormit véritablement à son tour.
Introduction aux textos du matin
Aujourd’hui, je m’adresse directement à vous afin de vous parler de ce que je fais tous les matins de semaines, week end et jours fériés exclus. Tous les jours (sauf quand j’oublie) j’envoie un petit textos à des amis. Les sujets sont très variés, ça peut parler de choses qui m’ont marquée, d’envolées plus ou moins lyriques, de messages de culture générale, ou de trucs totalement inintéressants sur le plan de l’intérêt général.
Dans la rubrique « A propos des textos du matin », je reprendrai donc de vieux sujet que j’avais abordé dans mes sms du matin. Ils seront mieux rédigés et cela permettra de garder une trace des plus intéressants. Réflexion faite, ils pourraient faire partie de mes Elucubrations, mais ne mélangeons pas tout ! Ils auront bien leur catégorie à eux.
A bientôt, donc, pour des reprises de mes vieux textos du matin !
« Les Héros de Hurlevent » Geste I : Les Prémices (2/2)
« Hinhinhin, se moqua leur ennemi. Je vois que je détiens là quelqu’un de cher au cœur d’au moins l’un d’entre vous !
– Lâche-la, félon ! ordonna le jeune Vikingar en dégainant ses dagues effilées. Tes mains impures ne méritent pas de se poser sur mon innocente et sage cousine !
– Crois-tu vraiment que je vais obéir à ton ordre, jeune impudent ? lâcha le magicien avec colère. Pourquoi penses-tu que je me suis encombré de ce fardeau ? Voilà quelques temps que vous me mettez les bâtons dans les roues. Et cela me déplait.
– Haha ! tonitrua le grand Herbert. Tu n’es pas prêt de nous voir nous arrêter de t’offenser, j’en ai bien peur ! » Brandissant ses lourdes épées, il fit un pas en direction du maléficien. Mais Yamo aux yeux de serpent le retint. En effet, leur pernicieux adversaire avait fait apparaître une cordelette de magie violette serrée autour du cou de la jeune fille, reliée à son doigt crochu de sorcier.
« Certains d’entre vous sont vifs, ronronna celui-ci. Si vous vous approchez, je lui coupe la tête.
– Sommes nous donc si effrayants à vos yeux que vous ayez besoin de nous soumettre au chantage ? s’enquit hautement Julianus qui ne demandait qu’à se laisser dominer par son tempérament de feu.
– Point mon ami, point du tout, répondit son vil confrère. J’ai d’autres projets concernant cette damoiselle. Mais si elle peut m’aider à vous faire cesser le sabotage de mes plans, créatures et installations, je ne vais pas m’en priver. » Un éclair de malice malsaine traversa son regard. « Maintenant, si vous voulez bien m’excuser, j’ai du pain sur la planche, je dois donc prendre congé de vous. Si vous voulez bien vous laisser trucider sans faire d’histoires… »
Sur un rire sadique, porteur de promesses de malemort, le mauvais homme disparut par magie, emportant la cousine de Vikingar et laissant place à une ultime vague monstrueuse. Un assortiment de tout ce qu’ils avaient pu rencontrer jusque là assaillit les quatre fiers champions et ils eurent fort à faire, alors même qu’ils étaient déjà épuisés de leurs précédents combats. Sauf qu’aucun héros ne se laisse abattre aussi facilement. L’idée d’affronter l’ire de leur maître terrifiait ces monstres plus encore que de mourir sous les coups d’aventuriers. Si ils tenaient à mettre bas les quatre qui se tenaient fièrement devant eux, ils devraient payer le prix fort.
Ils le payèrent, le prix fort, de leur vie. Et ce, sans pour autant parvenir à tuer un seul de ces hommes à la destinée trop héroïque pour succomber à de si piètres adversaires. La fin du combat les découvrit debout au milieu d’un champ de cadavres, éclaboussés de sang, souffrant de moult morsures et griffures, pantelants, mais toujours droits et fiers, défiant l’adversité. Sensible à l’ambiance du moment, Furetzilla poussa un rugissement de victoire, bientôt repris par ses compagnons humains. Mais la victoire avait un goût amer ; grande était l’affliction de Vikingar. « Nous retrouverons ta cousine et la tirerons des griffes de ce malandrin. » lui assurèrent ses compagnons avec chaleur. « Et, à ce moment là, nous lui ferons payer très cher son infamie.
– Merci mes amis, déclara alors le jeune homme éploré. Vos sages paroles me réchauffent le cœur et me font voir l’avenir sous un jour meilleur. »
Sur ces propos emplis d’espoir, après une dernière considération au champ de bataille à présent silencieux, ils quittèrent cet endroit maudit. Joyeuses furent les réjouissances des habitants qui les acclamèrent à plein poumon en les voyant sortir vivants du terrible Manoir Hanté, qui était la cause de tant de malheurs. Ils organisèrent sur le champ un festin d’honneur et les quatre héros furent dûment récompensés d’or, d’argent et de pierreries. Les libations durèrent trois jours et trois nuits et, durant tout ce temps, les quatre libérateurs furent le centre de toutes les attentions.
Au terme des réjouissances, les quatre héros savaient qu’ils avaient encore beaucoup de travail à accomplir. En effet, le magicien félon était encore vivant à comploter, et le Mal ne leur laisserait pas de répit. Ils avaient encore beaucoup à faire avant de faire du Monde un endroit sûr, où les familles n’auraient à déplorer que la perte de leurs ancêtres et où les enfants pourraient s’épanouir sans risquer de se faire enlever par des créatures maléfiques. Ils remercièrent galamment les riverains du Manoir Hanté, faisant chavirer les coeurs et tomber les demoiselles en pâmoison. Puis, ils s’en furent sur les chemins de l’aventure, parsemés des nids de poules de l’adversité qu’ils devaient combler.
L’Allégorie de la Caverne
Un bruit soudain le tira de sa léthargie. Il s’agissait du gardien qui déverrouillait la porte de la cellule afin de poser le repas quotidien. Puis, sans lui accorder la grâce d’un mot ni d’un regard, il s’en fut en verrouillant soigneusement la porte après son passage, à grand renfort de frottements froids de la clef en métal dans la serrure.
Le captif se plongea de nouveau avec délectation dans la brume de ses pensées et la contemplation béate de l’ombre qui dansait en chantant contre le mur. Enchanté par le son pur et délicat, il ferma les paupières afin de mieux profiter de cette voix pleine d’émotion. Tour à tour joyeux et profondément mélancolique, doux et plein de caractère, le chant était une merveille à son oreille. Pour ne pas rater une seule miette du spectacle de l’ombre dansante, il ouvrit de nouveau les yeux et se perdit dans une explosion de musique et de mouvements gracieux.
C’est ainsi qu’il rendit son dernier soupir ; le violon devant la prison perdit de ce fait son plus fervent soupirant.
« Kyr et Kilynn » Chapitre 1 : Drakëwynn (2/8)
« Tiens Emlyg, pour toi ! » Elle jeta une brochette en direction du petit dragon-papillon. Ce dernier l’attrapa au vol et s’employa à engloutir goulument ce qu’il y avait dessus. Kyr entendit soudain un deuxième estomac gargouiller. Kilynn sortit de sous la couverture et étouffa un cri en apercevant la Centaure. Elle se rapprocha de son jumeau tout en jetant de rapides coups d’œil craintifs à leur environnement. « Et voilà pour vous deux, puisque vous êtes enfin réveillés ! » disant cela, la grande créature leur tendit deux brochettes en éventail d’une main, tandis qu’elle commençait à en manger une troisième qu’elle tenait de l’autre. Les deux estomacs gargouillèrent de plus belle et, pourtant, les deux enfants ne bougeaient pas. « Je ne vous mangerai pas vous, mais vos brochettes si vous ne venez pas les prendre. » Silence. « Venez ! Il y en aura d’autres lorsque vous aurez fini celles-là. »
Ces brochettes alternaient morceaux de viande et légumes divers. Le frère et la sœur échangèrent un regard, puis s’approchèrent timidement du feu. Kyr prit courageusement les brochettes de la main griffue de la Centaure, marmonna un remerciement, en donna une à Kilynn et, sans plus attendre, attaqua la sienne. Ils mangèrent d’un féroce appétit. Alors que la Femme-Jument terminait sa deuxième, les enfants en avaient déjà engloutis trois, avant d’en manger une quatrième plus calmement. Tous étaient restés silencieux durant le repas.
Maintenant qu’il étaient repus, ayant dévoré toutes les brochettes disponibles, leurs inquiétudes refaisaient surface. Ils l’observaient en coin, tandis qu’elle fourbissait ses nombreuses armes et nettoyait sa chemise de mailles, tout en faisant semblant de ne pas remarquer leurs regards inquisiteurs, les laissant l’observer à loisir. Kyr se demandait comment une Centaure pouvait s’être retrouvée dotée de fines écailles, sur le visage et les bras de ce qu’il pouvait en voir, et de griffes. Sans parler de ses canines. Oh, ainsi que ses ailes. Les Centaures n’ont pas d’ailes normalement, si ? En fait, toute sa personne était hors-norme, même pour un Centaure. Son petit dragon-papillon, après les avoir curieusement reniflés, dormait à présent sur son dos, blotti entre les plumes blanches. « Il semblerait que ça faisait longtemps que vous n’aviez pas tant mangé, leur dit-elle après un long silence. Tenez, j’ai encore ça si vous voulez. » Elle fouilla dans l’un de ses sacs et leur sortit des petites pommes qu’elle avait du cueillir sur le chemin. « Profitez-en, ce sont probablement les dernières de l’année. »
Elle avait vraisemblablement raison à ce sujet, puisqu’ils étaient au seuil de l’hiver. Ils en prirent une chacun et elle posa les autres sur une caisse retournée qui lui avait servi de plan de travail pour la cuisine. Puis elle recommença à s’occuper de ses armes. Après quelques bouchées, Kyr prit son courage à deux mains et prit la parole : « Excusez-moi, je peux vous poser une question ? » Cela fit glousser la Centaure.
« Tu viens de le faire, lui répondit-elle en rangeant ses armes. Ne t’en fais pas, tu es tout excusé. » Le garçon resta un moment interdit, le temps de comprendre la réponse saugrenue de son interlocutrice. Voyant qu’elle l’avait bloqué dans son élan, elle reprit plaisamment : « Tu peux poser d’autres questions si tu veux. » Quelques secondes s’écoulèrent tout de même avant qu’il ne reprenne la parole :
« Où sommes-nous ? Pourquoi vous nous avez donné à manger alors qu’on vous a attaquée ? Et qui êtes vous ?
– Houhouhou ! s’exclama la Centaure. Je ne m’attendais pas à une telle déferlante de questions quand je t’ai dit que tu pouvais en poser ! » Kyr se recroquevilla un peu, décontenancé. Ne pouvait-elle pas parler normalement celle-là ? Et pourquoi semblait-elle perpétuellement de bonne humeur ? C’en était presque indécent, selon lui, par les durs temps qui couraient. En plus, il ne pouvait pas s’empêcher de loucher sur ses canines pointues à chaque fois qu’elle souriait et cela le mettait mal à l’aise. « Je vais tâcher de répondre du mieux possible, reprit-elle, toujours souriante. Alors, où sommes-nous ? Dans la grange d’une ferme à présent inhabitée, à environ une demi-heure de marche de là où nous nous sommes rencontrés.
– A présent inhabitée ? émit Kilynn.
– Tout à fait, il a fallu que j’enterre les habitants… » déclara gravement la Femme-Jument, ce qui eût pour effet de faire reculer précipitamment les deux enfants.
Ils la regardaient, les yeux écarquillés de terreur. Elle resta un instant interdite face à leur réaction, avant de la comprendre et d’éclater de rire. « Je ne les ai pas tués voyons, leur expliqua-t-elle. Je voulais leur demander le gîte, puisqu’il n’y a plus d’auberge dans les environs. Mais tous ceux qui habitaient là étaient morts. Ils ont probablement succombé à la maladie. Ca avait l’air assez récent, le dernier a du mourir il y a quelques jours à peine. Enfin, je ne m’y suis pas trop attardée, je les ai enterrés, j’ai purifié quelques trucs récupérables que j’ai posés à côté de la caisse, là, et j’ai brûlé la maison.
– Pourquoi carrément brûlé ? demanda Kyr qui était revenu à sa place avec sa sœur.
– Parce que je n’avais pas de quoi l’assainir de la maladie. Le plus simple et le plus sûr était d’y mettre le feu. Je ne sais pas si cela évitera à des gens de tomber malade, mais il vaut mieux prévenir que guérir, comme le disait une amie à moi. La maison doit encore être en train de terminer de brûler à l’heure qu’il est. Mais ne vous inquiétez pas, que ce soit par la maladie ou le feu, nous ne courrons aucun risque ici. Cela répond-il à ta première question ? » Kyr acquiesça d’un hochement de tête. Ca y répondait dans l’ensemble, effectivement.
La vivacité du samouraï
C’est par l’éclair que
Ressort la force sublime
Silence de mort
Octobre
Centaine de feuilles
L’automne assoit son pouvoir
Joli mois d’octobre
Le lama
« Les Héros de Hurlevent » Geste I : Les Prémices (1/2)
Le combat fut acharné ; en effet, les morts ne ressentent ni la douleur, ni l’émotion. Ce sont donc des adversaires fort coriaces. Mais il n’existe rien de suffisamment tenace pour empêcher les quatre héros de vaincre. Nombre de têtes pourrissantes furent magistralement détachées de corps décharnés, plusieurs autres furent consciencieusement réduits à l’état de charpie inoffensive – bien qu’impropre à la consommation – et beaucoup se retrouvèrent calcinés par la magie brûlante qui jaillissait de l’esprit, tout aussi brûlant, du puissant sorcier. Une fois que tous les esprits et cadavres furent calmés, calottés, calcinés et calanchés, les quatre vaillants prirent enfin le temps d’observer la salle dans laquelle ils étaient arrivés. Cette demeure avait du être belle auparavant. Mais à présent, tout était défraîchi et les morts avaient tout sali de leur décrépitude dégénérescente.
Le jeune Vikingar, habile à déceler des histoires entières cachées derrière un simple indice, s’exclama soudain : « Hardis compagnons ! Ces morts ne sont qu’un leurre, destinés à abuser les gens qui chercheraient à enquêter par ici. J’ai repéré des traces fraîches qui m’ont l’air faites par des humains vivants. Suivez-moi ! » Ainsi firent-ils, ces fiers personnages, mais le courage a parfois un prix à payer et ils furent bientôt pris au piège félon d’un mystérieux mystique. Alors qu’ils empruntaient l’escalier menant aux caves, la porte claqua brusquement derrière eux et, faits comme des rats, ils entendirent un rire malfaisant jaillir tout autour d’eux, comme si les pierres de la cave elles-mêmes montraient leur hilarité de les voir ainsi capturés.
« Voilà bien longtemps que personne n’avait osé s’aventurer aussi loin dans cette maison, les félicita le mystérieux mystique, sans pour autant se montrer à eux. Néanmoins, votre témérité ne vous apportera que la Mort.
– Qu’elle vienne, nous n’avons point peur de tes maléfices, misérable impie ! » s’exclama Herbert. Furetzilla grogna son assentiment et ses amis rugirent si fort leur noble courage que les murs tremblèrent. Effrayé par la magnificence de leurs âmes immaculées, le magicien invoqua des monstres sortis des endroits les plus sombres de son imagination.
L’exotique Yamo trancha les anneaux de dizaines de serpents géants au venin mortel. Le puissant Herbert écrasa les têtes de chiens tricéphales aux crocs saillants tandis que son fidèle furet sanguinaire les dévorait encore vifs. Le subtil Vikingar piégea de vieilles ombres dans sa lumière juvénile pour les réduire à néant et le sublime Julianus noya et brûla tous les monstres qui l’assaillirent avec un brio incroyable. « Est ce tout ? asséna FlammeNoire après avoir fait rôtir la dernière créature vivante. Est ce là toute l’étendue de ton pouvoir ?
– Je dois admettre que vous n’êtes point de ces aventuriers de pacotille dont j’ai l’habitude, déclara mielleusement l’hérétique qui laissait toujours résonner sa voix sans se montrer. Je souhaite voir à quel point vous êtes remarquables. Jouons ensemble ! »
Le rire malveillant les enveloppa de nouveau et, par magie, ils se retrouvèrent dans un marais où ils se firent immédiatement assaillir de sangsues gigantesques. Ils les tronçonnèrent, faisant jaillir de grandes gerbes de sang en tous sens. Ensuite ils se retrouvèrent sur un mont enneigé où ils durent combattre des Bêtes des Neiges. Ils les écrasèrent comme de vulgaires insectes sous leur héroïques bottes. Après cela, ils se retrouvèrent dans des oubliettes bardées de pièges. Ils les déjouèrent tous avec intelligence. Puis ils se firent attaquer par des guêpes géantes dans la clairière d’une forêt malade. Ils les flambèrent comme des bananes mûres. Tous ces combats commençaient à les fatiguer.
C’est alors que, encore haletants, ils furent magiquement transportés une fois de plus, mais cela les mena dans la salle du trône d’un château magnifique. Ils contemplèrent avec admiration les hautes fenêtres à vitraux colorés, les murs drapés de tapisseries brodées d’or et d’argent, le sol recouvert de riches tapis pourpres et le mobilier façonné dans du bois précieux.
