NaNoWriMo 2014 jour 4 : Bård

– Cet aelfe était il si fort que ça ? s’enquit Bård.
– Oui, il l’était, confirma Fen.
– Tu l’as tué ?
– Non, répondit la louve. Je ne l’ai pas tué.
– Pourquoi ? insista l’enfant.
– Parce que je n’ai pas eu à le faire. » Eluda sa protectrice.

Le souvenir de ce jour remonta dans sa mémoire. « Pourquoi ? » Avait hurlé l’aelfe comme si elle l’avait trahi. « Pourquoi protèges tu cette vermine ? » Elle soupira et tourna de nouveau son attention sur le petit garçon. Ce dernier lui parut tourmenté. « Qu’est ce qui te chagrine, petit d’homme ?
– Cet aelfe…
– Et bien ? le poussa-t-elle.
– Etait ce lui, chez moi ? demanda le fils de Sigurd.
– Non, répondit la Vane. Je suis certaine que ce n’était pas un aelfe et presque sûre qu’il était humain.
– Quand je serai grand, je le tuerai, décréta Bård.
– Occupe toi d’abord de devenir grand. » Conseilla la louve. Elle bâilla et se roula en boule pour dormir. « Vient te mettre au chaud. » Dit elle à son petit d’homme qui ne se fit pas prier. Comme il était parti de chez lui en catastrophe, il n’était pas vêtu en vue de supporter le temps froid et se blottir au milieu de la fourrure chaude du grand animal était une agréable perspective.

Isolé du froid et se sentant en sécurité, il ne tarda pas à s’endormir. Malgré les émotions de la journée, il était trop épuisé pour garder l’oeil ouvert. Mais, alors qu’il s’attendait à sombrer dans le noir de l’inconscience, le garçon se retrouva dans un jardin. Loin de l’hiver, il était verdoyant, arboré et fleuri de toutes parts. Il s’avança timidement et aperçut une femme richement vêtue, assise sur un banc sous un pêcher chargé de fruits. Dardant sur lui un regard perçant, elle lui sourit chaleureusement et, d’un geste, l’invita à la rejoindre. Sans savoir pourquoi, Bård se sentait en confiance. Il s’assit avec empressement aux côtés de la femme magnifique. Elle lui caressa la joue d’un geste empreint de tendresse. L’enfant remarqua qu’elle avait les yeux violets, les oreilles pointues et une opulente chevelure qui tombait jusqu’à terre. « Mon fils, lui dit elle d’une voix chantante. Je suis heureuse de pouvoir te voir avant la fin.
– Mère ? La fin ? Balbutia-t-il. Comment… ? Pourquoi… ? » Un tourbillon d’émotions contradictoires l’envahit.

« Chut, lui murmura-t-elle en ébouriffant ses cheveux. Le temps qu’il me reste est compté, un Vane très puissant, ou peut être un Ase m’a tuée. J’ai rassemblé ce qui me reste de pouvoir pour une dernière conversation avec toi, mon petit Bård.
– Tuée ? » Répéta le garçon. C’est alors qu’il repéra la tâche de sang qui s’élargissait sur l’abdomen de la belle Aelfe. « Non, non, non ! Pas toi non plus ! » s’écria-t-il. Elle lui caressa de nouveau tendrement la joue, avec un sourire empreint d’amour. Il se jeta dans ses bras, où elle le berça doucement.

« Je suis contente de t’avoir vu, dit elle doucement. Sigurd t’a bien élevé.
– Ne me laisse pas, mère ! Sanglota leur fils.
– Je n’ai pas le choix, regretta-t-elle. Possèdes-tu toujours le couteau que j’ai laissé pour toi ?
– Oui.
– Parfait garde le, il t’ouvrira certaines portes, et t’indiquera ton frère. Enfin, ton demi frère. Que ne puis je rester plus longtemps pour t’en dire plus… J’ai tellement de choses à t’apprendre, mais tu devras découvrir toutes ces choses par toi même. » Elle soupira tristement. A travers ses larmes, Bård constata que le jardin s’effilochait. Il ferma les yeux et se serra encore plus fort contre sa mère.

Il ouvrit brusquement les paupières dans l’obscurité de la tanière. Il entendit « Je t’aime. » Murmuré à son oreille et une fragrance de pêche s’attarder autour de lui. « Mère ? appela-t-il. Mère ? » De nouveau pleurs l’assaillirent. Il avait perdu ses deux parents le même jour et il avait l’impression d’être la personne la plus malheureuse du monde. Son désespoir réveilla Fen. Elle lui donna de petits coups de truffe interrogateurs. Mais Bård n’était pas capable de lui expliquer quoique ce soit. Elle supposa qu’il avait du penser de nouveau à Sigurd. Alors, d’une patte, elle le serra contre elle, consciente que malgré toute la tendresse qu’elle pourrait lui prodiguer, elle ne pourrait jamais combler le trou de ce qu’il avait perdu. Lorsque, épuisé d’avoir tant pleuré, le garçon s’endormit de nouveau, elle ferma enfin les yeux pour se reposer à son tour.

Le petit matin les trouva l’un enfoui dans la fourrure de l’autre, elle même roulée en boule pour conserver un peu de chaleur. Un rayon, pâle et faiblard, la réveilla. Elle bougea, dérangeant son louveteau d’adoption. « Déjà le matin ? » ronchonna-t-il d’une voix pâteuse. Sans répondre, la louve se leva et s’étira, autant qu’elle le pouvait dans cette tanière de fortune. Bård en tomba par terre et de se retrouver dans le froid lui fouetta les sangs. A présent tout à fait éveillé, celui ci se vit assaillir par tous ses souvenirs de la veille et de la nuit. Repoussant ces noires pensées, il suivit la Vane dehors. Elle s’ébroua. La neige avait cessé de tomber, laissant un tapis immaculé après son passage.

« Qu’allons nous faire aujourd’hui ? demanda l’enfant. Quoi ? » La louve s’était retournée vers lui et le fixait d’un air ébahi. Elle s’approcha de lui et le renifla. « Que se passe-t-il ? s’inquiéta le petit garçon.
– On dirait que tu t’es métamorphosé durant la nuit, s’étonna Fen.
– Méta-quoi ?
– Peut être que quelqu’un a descellé quelque chose… » La Vane réfléchissait tout haut en tournant autour de son protégé, l’inspectant sous toutes les coutures. « Mais c’est bien ce qu’il me semblait, reprit elle.
– De quoi ? Dit moi ce qu’il se passe à la fin !
– Tu n’es pas entièrement humain, lui révéla-t-elle. Je suis prête à parier que tu es demi Aelfe. Tes oreilles, ta nouvelle odeur… Il me semblait bien que Sigurd ne m’avait pas tout raconté ! »

Une désagréable sensation naquit dans le coeur de Bård. Son rêve lui revint en mémoire. La question, dérangeante, était à présent de savoir si cela avait bien été un rêve ou si il avait vraiment vu sa mère lors de ses derniers instants. Un nouveau tourbillon d’émotions l’envahit et il cria : « Tu mens ! Je ne suis pas un Aelfe ! Elle n’est pas drôle ta blague ! » avant de se précipiter dans la forêt, plantant là sa protectrice. Furieux, il courut sans respirer jusqu’à en perdre haleine. Cela lui prit longtemps, il évita lestement les obstacles sur son trajet, courut encore et encore. Lorsqu’il eût la sensation que ses poumons étaient sur le point d’exploser, il tomba à genoux au bord d’un petit ruisseau, essoufflé. Son regard rencontra son reflet dans l’eau. « Ce n’est pas possible… » murmura-t-il. Il toucha ses oreilles. Pas de doutes, elles avaient toujours la même taille, mais en lieu et place de l’arrondi humain, elles s’ornaient à présent d’une légère pointe.

Un bruit le fit sursauter. « Tu courres bien vite, commenta Fen qui venait de le rejoindre.
– Je suis vraiment un Aelfe, lâcha l’enfant.
– En partie oui, acquiesça la louve. Bienvenue dans le monde merveilleux des esprits, peuplé d’Aelfes, de Vanes, d’Ases et autres faeries.
– J’ai quand même envie de faire pipi, précisa Bård surpris de toujours être en proie à des considérations aussi triviales alors qu’il était à moitié un être merveilleux.
– Comme nous tous, lui assura sa grande protectrice. Ne fait pas attendre ta vessie. Pendant ce temps, je vais nous trouver de quoi grignoter. »

Suivant le sage conseil, le garçon se rendit derrière un arbre afin de se soulager. Au moment où il remontait son pantalon, il entendit une voix dire : « Qu’est ce donc que ce marmouset tout seul dans la forêt ?
– Un petit Aelfe en plus, ajouta une deuxième voix.
– Crois-tu ? J’aurais juré un petit d’homme, moi. » Rétorqua la première voix. Bård se retourna en tous sens pour trouver l’origine des voix.

« Il nous entend, mais ne nous voit pas, pouffa la deuxième voix.
– Nous sommes là, en haut. » L’informa la première voix. L’enfant leva la tête et vit deux corbeaux perchés sur une branche. Ils le fixaient d’un air intéressé. « Que fais tu tout seul dans les bois ? s’enquit le premier corbeau.
– Je ne suis pas tout seul, réfuta le garçon.
– Prend garde Svart, dit le deuxième corbeau au premier. Il est peut être de ces personnes bizarres qui possèdent des amis imaginaires. Elles sont parfois dangereuses.
– Ne soit pas idiot, Mørk, riposta ledit Svart.
– Mon amie n’est pas imaginaire, appuya Bård. Elle s’appelle Fen et elle est partie chasser. C’est une louve géante.
– Une louve géante, s’esclaffa Mørk. Je te l’avais bien dit qu’il était fou, Svart !
– Je ne suis pas fou, protesta l’enfant.
– Bien sûr que non, approuva Mørk avec véhémence avant de chuchoter : Il ne faut pas contrarier les fous Svart. »

Ce dernier donna un coup de bec à son compagnon. « Ne l’écoute pas, petit, reprit Svart. Mon frère raconte tout le temps n’importe quoi. La cause en est qu’il est tombé du nid à peine sorti de l’oeuf. Cela a eu un… impact permanent sur sa tête.
– Oh, compatit le garçon.
– Quoiqu’il en soit, balaya Svart tandis que Mørk geignait sur le coup reçu, nous recherchons un village où habiterait un certain Sigurd.
– Sigurd qui ? demanda Bård sur la défensive.
– C’est là que le bât blesse, confessa le corbeau. Nous ne savons pas grand chose.
– Si si, nous savons que ce Sigurd est un humain, intervint Mørk qui se tut rapidement sous le regard noir de son frère.
– Je connais un Sigurd. » Déclara l’enfant. Il songea qu’il ne lui coûtait rien de leur indiquer les ruines de son village et ce, quels que soient leurs desseins. Il était trop tard pour son père de toutes façons. Et puis, si ça se trouve, ils parlaient d’un autre Sigurd ; il s’agissait d’un prénom plutôt répandu. Il leur expliqua rapidement comment trouver son ancien village, à la grande joie des deux corvidés. Ils le remercièrent chaleureusement et s’envolèrent à tire d’aile une fois les informations récupérées. « Le maître sera content de nous, n’est ce pas Svart ? se réjouit Mørk.
– Oui oui. » Acquiesça son frère alors qu’ils disparaissaient à la vue de Bård.

« Avec qui discutais tu ? se renseigna Fen qui arrivait à ce moment là.
– Deux corbeaux, répondit son protégé. Je crois qu’ils cherchaient mon père.
– Qu’est ce qui te fait dire cela ?
– Ils m’ont dit qu’ils voulaient voir un certain Sigurd, expliqua le garçon.
– Et que leur as tu répondu ? s’enquit la louve avec un brin d’inquiétude.
– Je leur ai dit que je connaissais un Sigurd et je leur ai indiqué la direction du village.
– Mmmh, bien, le félicita la Vane tout en le considérant pensivement.
– As tu trouvé à manger ? demanda l’enfant. J’ai très faim ! »

Ils se régalèrent de lapin, que le garçonnet agrémenta de fruits secs glanés çà et là. Bård décortiquait une noisette abandonnée par un écureuil, lorsque quelque chose de mou tomba sur sa tête et rebondit pour se retrouver dans son giron. Il s’agissait d’un rouge gorge, un peu sonné suite à sa chute. “C’est trop petit pour être mangé, trouva la louve qui était rassasiée.

NaNoWriMo 2014 fin du jour 2 et jour 3 : Bård

La tristesse de l’enfant faisait écho à sa propre peine. En tant que louve, elle devait faire un effort de projection pour s’imaginer ce que ressentait Bård. Elle savait que les humains étaient fragiles. Et, en tant que fragile créature, ce petit devait se sentir bien démuni, sans sa meute autour de lui pour le protéger jusqu’à ce qu’il ait atteint l’âge d’homme. Elle dégagea doucement sa tête de l’emprise du fils de Sigurd. « Je serai ta meute, lui déclara-t-elle. Je te protègerai le temps qu’il faudra.
– C’est vrai ? » Demanda le garçon. Ses joues étaient rosies de froid et son nez coulait avec ses larmes. La louve lui lécha de nouveau le visage.

« J’avais promis à ton père de prendre soin de toi si d’aventure il lui arrivait quelque chose, reprit elle. Et je te fais la même promesse. » Son protégé renifla et sécha ses larmes. Elle dénuda ses crocs en une forme de sourire. « Voilà qui est déjà mieux.
– J’ai toujours mal, précisa Bård d’une voix un peu enrouée.
– Mal ? Es-tu blessé ? s’inquiéta la Vane.
– Non, je suis triste, expliqua l’enfant.
– Oh… Tu le seras encore pendant longtemps.
– J’ai froid aussi, ajouta-t-il. Et faim.
– Mmmh, nous allons devoir remédier à tout cela, commenta Fen. Pour commencer, tu devrais remonter sur mon dos. Tu te pelotonneras dans ma fourrure, cela te tiendra chaud. Ensuite nous verrons pour la nourriture. »

Le garçon acquiesça et, lorsque la grande louve se coucha pour le laisser monter, il grimpa lestement sur l’encolure de celle ci. « Tient toi bien, le prévint elle.
– Où allons nous ? demanda Bård.
– Pour le moment, nous allons loin, répondit la Vane. En espérant que nous trouverons de quoi manger sur le chemin.
– J’espère, parce que j’ai vraiment faim. »

Fermement arrimé aux poils de la louve, Bård s’enfouit dans la chaleur de l’animal pour profiter du voyage. Fen galopa pendant tellement longtemps que l’enfant finit par somnoler, bercé par la cadence régulière de la course. Il se réveilla en même temps que la nuit tombait. Son estomac se rappelait à lui en gargouillant de manière accusatrice. Il se redressa un peu, mais la brise glacée lui fit retrouver dare dare le confort chaleureux de la fourrure. « Fen ? Appela-t-il.
– Mmmh ?
– Quand allons nous manger ? »

Elle ralentit sans répondre. Elle adopta un petit pas trottinant, paraissant rechercher quelque chose. Finalement elle s’arrêta devant un arbre qui poussait au pied d’une petite colline. Elle baissa la tête vers le sol et le garçon osa un regard par dessus le garrot. La louve avait posé le cadavre d’un jeune cerf. « Descend, lui dit elle la gueule dégagée de son fardeau.
– Le faut il vraiment ? demanda Bård peu enclin à quitter son nid douillet.
– Oui, mais rassure toi, ce ne sera pas long. » L’enfant glissa à contre coeur de sa confortable monture et se posta, frissonnant, à côté du produit de la chasse. A peine était il descendu que la Vane se mit à creuser la petite colline, éclaboussant des gerbes de neige et de terre de tous les côtés. Bård se poussa pour éviter la pluie boueuse qui s’abattait de toutes parts. Bientôt, la louve disparut dans le tunnel qu’elle venait de creuser. Elle en ressortit quelques instants plus tard, poussant son protégé à l’intérieur. Celui ci s’aventura dans le terrier sombre, il ne voyait presque rien mais se trouvait à l’abri de la bise froide et pouvait presque se tenir debout. En revanche, Fen le suivit en rampant, après avoir récupéré son cerf.

« Je ne vois pas grand chose, commenta le fils de Sigurd.
– Bientôt tu en verras encore moins : je vais camoufler l’entrée et la nuit va tomber.
– Mais tu restes avec moi, n’est ce pas ? vérifia l’enfant à qui cela ne disait rien de rester tout seul dans le noir.
– Oui, je vais rester là ce soir, le rassura la louve. Je dois laisser ma blessure cicatriser.
– Ta blessure ? s’étonna Bård.
– Je la dois à l’homme qui occupait la maison de ton père. » Expliqua Fen. La seule mention de son père fit monter les larmes aux yeux de l’enfant, mais il les contint. « Demain il n’y paraitra plus, continua la Vane qui ne semblait pas avoir remarqué le trouble de son petit compagnon. Tu devrais manger.
– Manger ?
– Oui, le cerf que j’ai attrapé tout à l’heure.
– Comme ça ? Cru ? se récria le garçon.
– Oh, ah, réalisa la louve. C’est vrai que vous ne mangez pas les choses crues, vous les humains.
– Pas vraiment, non, confirma ledit humain.
– Soit, partageons dans ce cas. Je vais en manger une partie et tu pourras faire cuire l’autre. » Sur ces mots, elle entreprit de dévorer une partie de la carcasse. Bård ne savait pas quoi faire. Il ne possédait rien d’autre que son couteau sur lui et, si cétait possible de faire du feu avec seulement ça, il n’en avait aucune idée. Déjà, avec les outils adéquats il avait toujours eu du mal à faire naître les petites flammèches, alors il paraissait compliqué de faire un feu.

Il se contenta de contempler l’ombre de la louve, qu’il devinait à peine, en train de manger son repas. « Et bien ? lui demanda-t-elle soudain en le faisant sursauter. Ne fais tu pas du feu ?
– Je ne sais pas comment m’y prendre, avoua-t-il enfin.
– Si je me souviens bien de la manière dont s’y prenait Sigurd, il faut commencer par aller chercher du bois. » Elle avait raison, Bård le savait. Mais sortir dans la nuit et la neige ne lui disait rien. Il gigota, mal à l’aise, en se demandant quel goût avait la chair crue.

« Je pense que je vais essayer la viande crue, décida-t-il.
– A ton aise, l’encouragea la Vane. Viens partager avec moi. » Il s’approcha en sortant son petit couteau. Son manche était en corne ou en os annelé et gravé de runes. Son père lui avait dit de le garder précieusement car c’était le cadeau de naissance de sa mère. Il découpa avec application une lanière de viande. Puis, après avoir hésité quelques secondes, il entreprit d’en mastiquer un morceau. Le goût était fort et cela s’avéra difficile à mâcher. « Alors, que penses-tu de mon cerf ? s’enquit la louve.
– C’est… dur à manger, confessa son protégé.
– C’est vrai que vos canines sont toutes petites. Vas tu aller chercher du bois pour faire du feu ?
– Je… Je n’ai pas très envie de sortir. Il fait froid et il fait nuit aussi…
– Ah ces humains ! s’exclama Fen. Il leur faut une seconde peau pour se protéger du froid, il leur faut de la lumière quand il fait noir… Vous n’êtes décidément pas viables comme espèce ! »

Bård se recroquevilla. Il se sentait en effet très faible et cela le rendit malheureux. « Allons donc, reprit la louve sur un ton plus doux. Je vais venir avec toi pour cette fois. Tu es encore un petit d’homme, tu as besoin que l’on veille sur toi. Viens. » Elle entreprit de sortir de la tanière qu’elle avait creusé, suivie par le jeune garçon. Une fois dehors, elle s’ébroua et renifla machinalement l’air, avant de se retourner en direction de l’enfant. « Nous y voilà, lui dit elle. Cherchons du bois. »

Heureusement, la neige s’était arrêtée de tomber, le ciel était dégagé et la lune pleine, inondant le bois de lumière argentée. Il pouvait donc se déplacer sans trop de mal. Il ramassa nombre de brindilles et de bûchettes, avant de retourner dans l’abri de la tanière, toujours escorté par Fen. Il avait toujours considéré les loups comme des animaux dangereux – ce qu’ils étaient, surtout lorsqu’ils se trouvaient affamés – mais il s’était très vite senti en confiance avec elle. Il faut dire que Fen n’était pas une simple louve, elle était une Vane et ça n’était pas rien. « Comment êtes-vous devenus amis avec mon… père ? » s’enquit Bård en déposant le bois dans la caverne. Il avait du mal à dire ce mot sans que sa voix ne tremble.

« Je te raconterai cette histoire une fois que tu auras fait ton feu pour cuire ton repas, décréta l’animal en bâillant.
– Je ne sais pas faire du feu comme ça, avoua-t-il.
– Allons bon, un petit d’homme qui ne sait pas faire de feu, s’étonna sa grande protectrice. Ne savez vous donc rien faire à la naissance ? » L’enfant ne répondit rien, un peu honteux. « Bien. Puisqu’il faut en venir là… » Reprit elle. Le garçon se frotta les yeux : dans la pénombre il avait l’impression que la forme de la louve diminuait en taille. Il ne voyait pas suffisamment ce qu’elle faisait, mais l’avoir entendue fourrager dans sa provision de brindilles, il perçut le heurt de pierres l’une contre l’autre. Et soudain, une étincelle jaillit. Puis une autre. Et une odeur de fumée commença à chatouiller les narines de l’enfant. Bientôt une petite flamme apparut sur un petit foyer composé d’une partie de la provision de bois de Bård. Il resta bouche bée. A la place de la louve géante se trouvait une jeune femme occupée à attiser la flammèche qu’elle avait fait naître.

« Je te préviens, lui dit elle une fois assurée que le feu prenait pour de bon, je ne ferai pas ça tous les jours, alors tu ferais mieux d’apprendre rapidement à faire du feu toi même.
– Que… ? balbutia-t-il.
– Ne savais tu pas que certains Vanes ont la capacité de prendre forme humaine ?
– Non, enfin si, j’ai entendu des histoires, mais je n’avais pas pensé que… » Il se tût, ne sachant pas vraiment quoi dire. Il étudia la physionomie de Fen, à présent éclairée par un petit feu ronflant. Son physique était humanoïde sans aucun doute, mais ses cheveux aussi argentés que sa fourrure, ses yeux d’or, ses canines plus saillantes que la moyenne et ses oreilles pointues trahissaient son origine de Vane.

« Qu’attends tu ? Lui demanda-t-elle d’un ton un peu brusque. Ne me dis pas que tu ne sais pas non plus faire cuire de la viande…
– Non non, je sais faire ça ! » La rassura-t-il avec empressement. Il découpa de nouveaux morceaux de la carcasse du cerf, les planta sur un morceau de bois effilé et entreprit de les faire rôtir. Son coeur se sentait revigoré par la lumière et la chaleur du petit feu. Il avait tellement faim que la viande qu’il avait – mal – cuite lui parût un festin digne des dieux. Tandis qu’il mangeait, Fen reprit sa forme de loup, ainsi que presque toute la place dans la tanière.

« Puis je te poser une question ? s’enquit elle alors que le garçon dévorait son dernier morceau de cerf.
– Oui oui.
– Que sais tu de ta mère ?
– Pas grand chose, confessa l’enfant. Je sais qu’elle m’a donné ce couteau lorsque j’étais bébé. Veux tu le voir ?
– Montre, acquiesça la louve.
– Regarde. » Bård lui tendit son petit couteau. La lame en était délicate, un fin ouvrage au fil coupant. Et son manche était particulier. Aux yeux de Fen, cela ressemblait à une base de corne de narval. Un morceau de corne gravé de runes. A y regarder de plus près, elles paraissaient un peu différentes que les runes qu’utilisaient habituellement les humains.

« Tu disposes là d’un joli petit croc, commenta finalement la Vane.
– Oui, approuva le garçon. Et il coupe vraiment bien. Père… Père disait que je n’aurai jamais besoin de l’aiguiser.
– S’agit il d’un couteau magique ? suggéra la louve.
– Je ne sais pas, répondit son protégé. Lorsque j’ai posé la question, père m’a seulement fait un clin d’oeil. » Cela n’aidait pas vraiment les réflexions de Fen. Qu’est ce qu’il pouvait avoir été pénible ce Sigurd avec ses airs mystérieux. D’apparence, elle aurait dit qu’il s’agissait d’une belle ouvrage aelfique. Mais son côté lupin ne s’étant jamais particulièrement intéressé à ce genre de question, elle ne pouvait pas en être absolument certaine.

« Garde le précieusement, conclut elle en bâillant de tous ses crocs.
– Tu m’as promis une histoire tout à l’heure. » Lui rappela Bård. Elle grommela. En lui laissant le soin de protéger sa progéniture, Sigurd continuait de lui apporter des ennuis, même mort. « Tu as promis, insista l’enfant.
– Oui oui, j’ai promis, répéta la louve. Voici ton histoire : ton père s’était mis en tête qu’il voulait chasser un grand cerf blanc. Malheureusement, sa cible s’avéra être non seulement la mienne, mais aussi celle d’un jeune aelfe.
– Existent ils vraiment ? demanda le garçon.
– Autant que les Vanes, ironisa Fen avant de reprendre : Après avoir rivalisé les uns et les autres de ruse et d’endurance afin de capturer ce cerf, je dois dire que nous avions fini par agir en meute pour le coincer. Mais tel n’était pas l’avis de l’aelfe, un jeune arrogant qui dédaignait les humains. Il était vexé que ton père ait réussi à rivaliser avec lui lors de cette chasse. Partager son butin avec un Vane, cela lui aurait été possible, mais avec un humain certainement pas. De dégoût, il tenta de tuer ton père.
– Mon père l’a-t-il tué ?
– Non, je me suis interposée, répondit la louve. Pour un humain, il m’avait impressionnée et je trouvais qu’il ne méritait pas de mourir pour seul crime d’avoir défié un aelfe.

NaNoWriMo 2014 jour 1 et 2 : Bård

Bård, fils de Sigurd, se blottit contre le poitrail de l’animal. Fatigué après ses frayeurs et sa fuite, il avait besoin d’un peu de réconfort. La louve pencha sa tête vers l’enfant et lui adressa un coup de langue affectueux. Quelque peu rassénéré, il se pelotonna plus avant contre l’immense bête. Elle était plus grande que le plus grand cheval et aurait pu ne faire de lui qu’une bouchée. Pourtant, lorsque les ennemis de sa famille avaient voulu le tuer, elle l’avait sauvé. Il était dos au mur, face à un adulte armé d’une épée et là, elle avait jailli de nulle part, traversant un rideau de flamme, égorgeant et piétinnant les assaillants. Après avoir éparpillé ses adversaires, elle s’était emparée de lui et l’avait emmené loin de la tourmente. D’abord tétanisé de terreur de se retrouver dans la gueule du loup, il avait hurlé pendant longtemps. En constatant qu’elle ne le dévorait pas, il avait fini par se rassurer. Et puis, il était grand maintenant : à huit ans révolus, il ne devait plus avoir peur.

Il bâilla. Le visage enfoui dans la fourrure de sa protectrice, le garçon chercha désespérément le sommeil. Mais les évènements de la journée se bousculaient dans sa tête, trop nombreux et trop terribles. Il s’agita. La louve lui adressa de tendres poussées de museau. Il eût une soudaine envie de pleurer. Retrouverait-il ses parents le lendemain ? Et qu’est ce qu’un animal, aussi géant soit-il, pouvait comprendre aux tourments humains ?

« Plus que tu ne le crois, petit d’homme, dit la louve. J’ai déjà perdu de mes proches, et ton père était un grand ami à moi.
– Mais tu… tu parles ! s’exclama Bård sidéré d’entendre une voix humaine jaillir de la gueule d’un tel fauve.
– Oui, confirma sa terrible interlocutrice en retroussant les babines dans une forme de sourire. Je suis ce que vous autres, humains, appelez un Vane. Enfin, une Vane en l’occurence. » Le garçon en resta bouche bée. Il se trouvait en présent d’un animal mythique, un esprit protecteur de la nature, et cet animal lui avait sauvé la vie. Comment son père avait-il pu devenir l’ami d’un monstre pareil ?

« Vous connaissiez mon père ? s’enquit Bård.
– Le grand Sigurd oui, répondit la louve. Il m’avait informée de la naissance de son fils, Bård. Son odeur est très présente sur toi. » Elle le renifla, comme pour vérifier ses dires. « Je me nomme Fen, reprit-elle. Tu peux m’appeler ainsi. J’ai l’impression que nous allons passer un petit moment ensemble.
– Combien de temps ? s’inquiéta le garçon qui avait envie de retrouver sa parentèle le plus rapidement possible.
– Je ne sais. » Le regard qu’elle lui lança en disant ses mots était insondable. « Pour le moment tu devrais dormir, tu es en sécurité avec moi.
– Je veux aller voir mon père ! Décréta Bård qui commençait à s’alarmer.
– Nous le verrons demain, lui assura la louve. Je te promets de te ramener à lui, d’accord ? »

L’enfant finit par hocher affirmativement la tête, un peu à contrecoeur. Tant les propos que le regard mystérieux de Fen l’avaient inquiété. Mais il avait donné son accord. Il se réinstalla entre les pattes avant de la louve, le plus confortablement qu’il pouvait. Elle dégagea une de ses pattes pour le serrer contre elle. Epuisé et au chaud blotti dans la généreuse fourrure de la Vane, Bård perdit la lutte contre le sommeil et sombra bientôt dans les ténèbres.

Les timides rayons de soleil qui s’infiltraient dans la petite caverne éveillèrent le petit garçon tard le lendemain. Il ouvrit les yeux, surpris de ne pas sentir les odeurs habituelles de repas du matin. « Père ? » Appela-t-il avant de se souvenir qu’il ne se trouvait pas dans son lit. La petite décharge d’adrénaline qui en suivit le mit tout de suite sur pied, dégageant la patte de la louve qui le tenait au chaud. Bård eût un sursaut de terreur de se retrouver face à face avec l’immense carnassier, avant que son cerveau encore endormi ne l’informe que Fen lui avait sauvé la vie la veille. « Tu as dormi longtemps, commenta celle ci. Tu devais en avoir besoin.
– Euh… Oui. » En convint il.

La Vane se leva à son tour, s’étira longuement et bâilla de tous ses crocs. « Je veux voir mon père. » Recommença Bård. Il avait faim et d’être sorti du chaleureux cocon de fourrure le faisait frissonner de tous ses membres, mais un sentiment d’urgence le pressait. Il devait retrouver sa famille avant toute autre chose. La louve lui adressa un regard scrutateur de ses yeux d’or et hocha la tête. « Soit. » Dit-elle avant de sortir de la caverne. Elle aurait préféré y aller seule, mais elle sentait que le garçon ne lui laisserait pas le choix. Celui ci lui emboîta aussitôt le pas. Dehors, ils constatèrent qu’un peu de givre recouvrait le sol. Il fondait sous le soleil, mais cela annonçait l’arrivée du froid. La Vane inspira profondément l’air des alentours. « Mmmh, ça sent la neige on dirait. Nous ferions mieux de ne pas traîner. Monte sur mon dos, ainsi nous irons plus vite.
– D’accord. »

Fen se coucha pour que son petit protégé puisse grimper car, debout, elle était bien trop haute. Une fois qu’elle se fut assurée qu’il était bien installé et fermement arrimé à la fourrure de son garrot, elle se lança. D’un petit pas d’abord, qu’elle allongea au fur et à mesure qu’elle constatait que l’enfant tenait bon. Il avait peur de tomber, aussi serrait il de toutes ses forces les poils de sa monture, mais il était décidé. Il ne se rendit pas compte de l’allure phénoménale que Fen avait adopté comme vitesse de croisière. De fait, elle courrait plus vite qu’un loup normal et pouvait tenir cette cadence plus longtemps. De tout le trajet, le garçon s’accrocha courageusement et avec opiniâtreté.

« Que se passe-t-il ? S’enquit il lorsqu’il remarqua que la louve avait ralenti le pas.
– Chut, ne fait pas de bruit, lui ordonna-t-elle. Nous sommes proches de chez toi et il reste peut-être des ennemis. Nous allons nous montrer discrets. » L’enfant avait peur mais il avait décidé de se montrer courageux. Et puis, que craignait-il avec une Vane pour compagne ? Il s’efforça de faire le moins de bruit possible, toujours accroché de toutes ses forces à sa monture. A présent, Fen marchait précautionneusement et s’arrêtait à intervalles réguliers pour renifler l’air autour d’elle. Bård se demandait ce qu’elle pouvait bien sentir car, lui, ne percevait que l’odeur du feu qui avait ravagé son village la veille. La fumée masquait en partie le timide soleil de fin d’automne, donnant une atmosphère encore plus macabre. Les oreilles de la louve étaient aussi sans cesse en mouvement. Mais de même, l’enfant n’entendait que les lamentations du vent.

« Surtout, ne descend pas avant que je te le dise. » Chuchota Fen à l’intention de son petit cavalier au moment où ils entraient dans le village ravagé. Elle avait bien fait de le mettre en garde car, à cet instant il n’avait envie que d’une chose, et c’était de se précipiter à terre pour courir jusqu’au hall de son père. D’ailleurs, il serait probablement passé outre l’interdiction de la Vane s’il n’y avait pas tant de corps éparpillés sur la terre battue. Il craignait d’avoir reconnu Rolf le forgeron parmi eux. Mais comme il était face contre terre, l’enfant n’en était pas certain. Quoiqu’il en soit, le probable Rolf était entouré des corps de plusieurs assaillants ; il avait vendu chèrement sa vie. Craignant de reconnaître d’autres personnes qu’il connaissait, l’enfant enfouit son visage dans le cou de sa protectrice. Se morigénant de réagir comme un bébé, il releva bientôt la tête. Il ne pouvait quand même se résoudre à regarder les cadavres, alors il fixa son regard sur son objectif : chez lui.

Aussi silencieuse qu’une ombre, la louve se coula de maison en maison jusqu’à la demeure de son vieil ami Sigurd. Contrairement à certaines habitations du village, le hall qu’elle visait ne brûlait pas. Sans pitié pour l’impatience du garçon qui, pour le moment, faisait des efforts surhumains pour rester coi, elle n’entra pas tout de suite par la porte ouverte. Elle craignait de tomber sur les pillards survivants qui seraient restés passer la nuit aux frais de leurs victimes. Etaient ils vraiment de simples pillards, d’ailleurs, elle n’en était pas certaine. Elle songeait à l’éventualité que son ami ait été agressé à des fins plus personnelles. Bien évidemment, elle ne pouvait pas en être certaine, mais son instinct lui criait qu’elle avait raison. De plus, elle aurait préféré venir faire ses investigations sans le petit, Bård. Mais elle subodorait que si elle l’avait laissé, il aurait tenté de la suivre. Et, seul dans les bois, il se serait probablement perdu ou fait une mauvaise rencontre. Mieux valait qu’elle le garde auprès d’elle.

Elle était contrariée. L’odeur du feu et des cendres envahissait tout et elle n’arrivait pas à déterminer la présence ou non d’humains vivants. Heureusement, les morts n’avaient pas encore commencé à sentir trop fort, mais cela s’avérait une bien piètre consolation face au carnage qui s’offrait à eux. Tant pis. Il allait falloir entrer chez Sigurd malgré le danger potentiel, sinon le petit risquait de se précipiter en courant et en criant le nom de son père partout. Elle avait beau être une Vane, ses instincts de loup étaient très forts et elle devait réprimer son réflexe de gronder. Elle poussa la porte entr’ouverte et s’aventura à l’intérieur. L’inquiétude du petit Bård faisait écho à la sienne : elle sentit ses jambes se crisper sur ses flancs.

Un feu crépitait dans l’immense cheminée de la grande salle. Fen s’immobilisa, son coeur se fendant dans sa poitrine lupine. Sigurd, son vieil ami, était là. Mais mort, ses mains et ses pieds cloués au mur. Au moment où l’idée d’empêcher le fils d’assister à ce spectacle lui effleurait l’esprit, celui ci poussa un grand cri, “Père !” et glissa au sol pour se précipiter vers le cadavre exposé de son géniteur. A son hurlement de désespoir, des formes se mirent à bouger un peu partout dans la pièce. Toute à son effarement, la louve n’avait pas vu les gens qui dormaient dans les ombres de la salle à son entrée. “Le monstre !” s’exclama l’un d’entre eux. Fondant sur Bård, elle l’attrapa par le surcôt afin de l’emmener loin de cette scène et du danger.

Fen renversa une forme indistincte sur son passage. Le vêtement de l’enfant hurlant se déchira et il tomba à terre. Au moment où la Vane s’arrêta, elle sentit l’éraflure d’une lame dans sa cuisse arrière droite. Elle laissa échapper un jappement de surprise et fit volte face pour arracher la tête de son assaillant. « Tuez ce monstre ! » Insista une voix péremptoire. La louve fixa son regard doré sur l’homme qui donnait des ordres. Et ce qu’elle vit ne lui plût pas. Le visage du chef était masqué d’un casque à visière rabattue, il exhalait une odeur mêlant le feu et le sang, mais tout ceci n’était rien à ses yeux. Pire que tout, la cible qu’il désignait n’était pas elle même, mais se situait entre ses pattes. Sigurd l’avait prévenue : des personnes risquaient d’en vouloir à la vie de son fils. Elle avait promis de protéger ce dernier au péril de sa vie si il arrivait quoique ce soit à son ami. Et un loup n’avait qu’une parole.

Protégeant Bård, qui était roulé en boule et sanglotait de manière hystérique, entre ses pattes, elle se mit dos au mur et dévoila ses crocs en grondant. Chacune de ses canines était aussi longue et effilée qu’une dague. Les pillards hésitèrent en voyant un animal de cette taille les menacer. « Vous ne craignez rien, reprit le chef en voyant ses hommes faillir. Cette bête est trop grosse pour se battre dans un endroit aussi bas de plafond ! » Ces propos mirent Fen encore plus en rogne ; à son grand déplaisir, il n’avait pas tort. Il ne serait pas facile pour elle de se dépêtrer de ce guêpier.

« Vient donc leur montrer comme c’est facile de me tuer sans mal, le défia-t-elle.
– Elle parle… » Murmurèrent plusieurs voix avec effarement. Certains reculèrent d’un pas. Ce n’était pas assez d’avoir un fauve géant à combattre : le fait que ce fauve parle les faisait encore plus hésiter. Et elle avait défié leur chef. Ce dernier ne pouvait se dérober sans perdre la face aux yeux de ses guerriers. Il s’avança lentement, en tirant une grande épée bâtarde dont le fourreau pendait dans son dos.
« Avec plaisir, répondit il. Mais nous ne sommes pas obligés de combattre, sais-tu.
– Vraiment ? Ironisa la louve grondante.
– Je t’assure, persista l’homme en continuant de s’approcher. Si tu me laisses l’enfant qui geint entre tes pattes, je te laisse partir sans heurt.
– Oh, voyez vous cela, répartit Fen.
– Je te donne ma parole que je ne te ferai aucun mal et, de plus, je pourrai te laisser faire partie de ma bande.
– Assouvit donc ma curiosité : que comptes tu faire de ce lui ? S’enquit la Vane.
– Le tuer, mais que cela peut il faire ? Qu’est ce que la vie d’un enfant aux yeux d’un puissant esprit tel que toi ? » Balaya le guerrier. Son épée se trouvait à présent à portée de la louve.

Elle bondit. Mais sa mâchoire claqua dans le vide. L’homme était doté de très bons réflexes et sa bâtarde mordit l’épaule de Fen, qui glapit de douleur. « Hey ! Se moqua-t-il. C’est que tu aurais pu me couper en deux. Je suppose donc que tu refuses ma généreuse proposition. Quel dommage… » Il abattit de nouveau sa lame mais la Vane s’y attendait, cette fois et elle esquiva à son tour. Les comparses du guerrier, un peu rassurés, s’approchèrent afin d’encercler l’animal. Elle ne pouvait rester pour combattre, ce serait trop dangereux pour Bård. Elle ne l’entendait plus, il avait du s’évanouir. Il était plus que temps de s’en aller. Elle s’empara d’une table à pleine gueule et la jeta sur les humains. Profitant de la confusion, elle prit délicatement le petit garçon inconscient dans sa gueule et défonça la cloison d’un coup d’épaule pour s’enfuir. Elle aurait bien le temps de s’occuper de venger Sigurd plus tard.

Alors qu’elle bondissait à toute allure dans le froid malgré sa profonde blessure à l’épaule, elle entendit des flèches siffler à ses oreilles. Bientôt suivirent des martèlement de sabots. Ils en voulaient vraiment au petit Bård, se dit elle, qu’ils la poursuivaient alors qu’aucun cheval ne pourrait la rattraper. Ils se lasseraient bien assez vite. Quelque chose d’humide et froid tomba sur sa truffe. Un flocon de neige. Parfait, elle n’aurait pas à masquer sa piste. La neige s’en chargerait pour elle. Quelques enjambées plus tard, elle atteignit le couvert des arbres. Les flèches ne sifflaient plus, ils ne pourraient plus l’atteindre ici. Elle se permit de ralentir un peu et d’adopter une allure qui lui permettrait de voyager pendant plusieurs heures. Car ainsi se déplaçaient les loups. Elle pensait qu’elle devait emmener son protégé le plus loin possible si elle voulait le garder en sécurité.

Assez rapidement, elle n’entendit plus aucun bruit de poursuite et les flocons se frayaient un passage entre les frondaisons des arbres pour commencer à tisser un tapis blanc moelleux sur le sol forestier. Fen continua de courir jusqu’à ce que les élancements de sa blessure la fassent trop souffrir. Elle passa alors à un petit trot puis, trouvant un endroit un peu abrité par une corniche, elle s’y infiltra et se coucha. Ainsi installée, la louve posa son précieux chargement sur ses pattes avant afin de l’isoler du froid du sol, avant de s’employer à inspecter l’endroit où l’épée bâtarde l’avait lacérée. En tant que Vane, elle ne se faisait pas de souci, elle guérirait rapidement. Mais elle saignait encore abondamment alors que sa cicatrisation aurait déjà du s’amorcer. Elle lécha sa blessure avec application, sans oublier le sang autour qui maculait sa fourrure. A chaque coup de langue sur sa chair déchiré, Fen grimaçait, tant de douleur qu’au goût étrange que l’épée du mystérieux guerrier avait laissé. Cette arme devait avoir été recouverte d’une étrange substance qui retardait la guérison.

La louve géante prit quelques minutes pour réfléchir. Cet homme, qui avait tué Sigurd et qui n’avait pas l’air de craindre de combattre un Vane, n’était certes pas un humain ordinaire. Etait il son maître ou prêtait il son épée aux desseins de quelqu’un d’autre ? Comment s’était il procuré cette substance qui permettait de blesser durablement un esprit ? Fen soupira. Son vieil ami s’était attiré des ennemis puissants et hors du commun. Elle devrait se renseigner plus avant sur eux. Son regard tomba sur l’enfant inerte sur ses pattes avant. Enquêter tout en protégeant ce petit s’annonçait difficile. La progéniture des humains mettait très longtemps avant de devenir autonome. Elle s’était même laissée dire que ces petits passaient par tout un tas de phases plus ou moins compliquées durant leur développement. Elle soupira.

La Vane se rendit compte qu’il y avait quelque chose d’étrange avec Bård. Pas qu’il était inconscient. Sa respiration s’était d’ailleurs faite régulière : choqué, il avait sombré dans un profond sommeil. Non, ce n’était rien de tout cela. Elle le renifla. Une odeur de peur flottait encore sur lui. Il sentait le bébé humain, mais pas seulement. Voilà qui était surprenant. D’où provenait cette étrange odeur sous jacente ? Elle essaya de se souvenir de ses conversations qu’elle avait eues avec Sigurd à propos de son fils. Rien de particulier ne lui revint en mémoire. Mais, maintenant qu’elle y songeait, son ami ne lui avait jamais parlé de la mère de Bård. Peut être que la réponse se trouvait là. Que les humains amenaient des complications pour tout… Elle inspecta encore l’enfant. Si il avait quelque chose de bizarre, cela ne se voyait pas selon elle. Même si elle devait avouer qu’elle n’était pas très bonne juge en la matière : pour elle, les humains se ressemblaient tous.

Les élancements de sa blessure s’étant calmés, Fen reprit délicatement le garçon dans sa gueule et se leva. Elle testa la solidité de sa patte blessée. Cela suffirait : à présent que sa cicatrisation avait commencé, elle était capable de reprendre sa course. Et puis, il fallait profiter que la neige tombait encore pour masquer ses traces. Elle reprit courageusement son voyage, adoptant l’allure endurante des loups. Elle avait la ferme intention d’emmener le petit le plus loin possible de ses assassins. Elle courrut. Longuement. D’une démarche souple à peine raidie à cause de son épaule lacérée.

Une heure plus tard, la Vane perçut que son chargement bougait. Elle ralentit et s’arrêta. La neige tombait dru à présent. Elle posa l’enfant entre ses pattes. Il paraissait lutter pour reprendre conscience et la neige glacée lui fit ouvrir brusquement les yeux. “Froid… émit il.
– Je sais, compatit Fen. Il s’est mis à neiger, regarde.” Bård leva la tête et contempla les flocons immaculés qui tombaient du ciel. Ses yeux se fermèrent de nouveau. La louve lui donna de tendres coups de truffe. “Reste éveillé maintenant, lui conseilla-t-elle.
– Pourquoi ?
– Tu as suffisamment dormi et nous avons encore beaucoup de trajet à faire. Si tu t’endors maintenant, tu vas mourir de froid.” Expliqua succinctement la Vane. Elle fixa son minuscule protégé tandis qu’il rassemblait ses lambeaux de conscience.

“Père ? Demanda Bård ainsi que Fen le redoutait. J’ai rêvé que père avait été tué. C’était horrible ! Où est il ?” La louve ne répondit pas. Le garçon plongea ses yeux verts dans le regard doré de la Vane. Il sentit les larmes monter sans pouvoir les refouler. “Ce n’était pas un rêve !” cria-t-il soudain. “Père est mort ! Il est mort et tu ne l’as pas sauvé !” Fen s’ébahit pendant que le fils de Sigurd la bourrait de coups de poings en pleurant de rage. Voilà bien un truc typiquement humain : accuser la première créature qu’ils recontrent d’être la raison de leur affliction. Elle lui donna un coup de patte pas trop fort, mais qui suffit à l’envoyer bouler dans la neige.

“Tu te trompes de cible, petit d’homme, lui dit la louve avec fermeté. Je ne suis pas responsable de la mort de Sigurd. Je ne suis responsable que du fait que tu sois encore en vie.” Elle n’était pas certaine que Bård l’écoutait vraiment. Il restait couché dans la neige, son petit corps secoué de sanglots. “Ah, ces humains !” s’exclama-t-elle avant de s’approcher de son petit protégé en proie à la déréliction la plus profonde. D’une poussée de truffe elle le fit se retourner vers elle et lui donna un tendre coup de langue qui balaya tout le visage de l’enfant. Ce dernier s’aggrippa au museau de l’immense louve et laissa libre cours à ses pleurs.

NaNoWriMo 2014

Salutations !

Je sais, cela fait pas mal de temps que je n’avais rien posté ici. J’ai même reçu quelques cailloux. Mais me voilà de retour ! Et pour vous parler de ce que je fais en ce magnifique mois de Novembre : je participe à la NaNoWriMo 2014. Qu’est ce donc ? C’est le National Novel Writing Month. L’idée c’est d’écrire un roman de 50 000 mots en trente jours (oui parce que le mot novel est un faux ami : ça veut dire roman et non nouvelle). Soit une moyenne de 1667 mots par jour. Si vous voulez plus d’explications, il y en a là si vous cliquez sur ce joli lien.

Du coup, je vais vous poster mes quotas de mots dans cette nouvelle catégorie.

A tout de suite !