« Il était une fois en Yamato » Chapitre 2 : Jynpo et sa cousine (3/6)

Sur ces mots il tourna les talons et s’en fut rapidement en direction de son cabinet de travail en se demandant à quelles occupations faisait référence Chiba. Natsumi se tourna vers le conseiller militaire et chef de la garde personnelle de son cousin d’un air perplexe. « Tonton ? » s’étonna-t-elle. Chiba haussa les épaules avec un demi-sourire. « Les Voies du Seigneur du Clan du Dragon sont impénétrables, reprit Natsumi avec une emphase exagérée.
– Et heureusement… lâcha le conseiller. Ainsi il restera toujours imprévisible aux yeux de nos ennemis. »
Sur ces paroles il prit sa fille dans ses bras et, suivi de la cousine de Jynpo, partit en direction des appartements de cette dernière. Tout en lui emboîtant le pas, Natsumi se demanda tout de même si le « heureusement » de Chiba ne signifiait pas tout autre chose.

Jynpo avait passé la majeure partie de sa journée à transférer ses dossiers de son cabinet de travail à celui de son Intendant, tout en essayant de surveiller les allées et venues de son ami Ethir-aux-oranges. Le soir était arrivé sans incident notable et le Seigneur du Clan du Dragon avait prévu de dîner avec sa cousine dans sa salle-à-manger privée, loin des discussions interminables de sa cour. « Alors mon cher cousin, comment cela s’est-il passé pour toi depuis la dernière fois que nous nous sommes vus ? demanda Natsumi.
– C’était quand la dernière fois que nous nous sommes vus ? s’interrogea Jynpo.
– Lors de l’enterrement de ton père, répondit la jeune fille.
– Ah, euh… Oui, triste affaire… » balbutia le jeune Samouraï, n’osant pas lui avouer que, bien que son père était mort, il l’avait revu depuis. « Sinon, ça ne s’est pas trop mal passé. J’ai voyagé sur plusieurs continents, rencontré des gens aux mœurs étranges, puis je suis enfin revenu de cet exil forcé pour venger mon père. Et me voilà. Et toi, ça s’est passé comment ?
– Quoi ? s’exclama Natsumi. Tu pars pendant presque un an à parcourir le monde et à vivre des aventures et tu me résumes ça en deux malheureuses phrases ? Tu te moques de moi ?
– Ben j’ai vu des dragons, des Gnomes, des Elfes, des mort-vivants, récita Jynpo. Plein de choses !
– Tu n’es vraiment pas doué pour raconter des histoires, déplora sa cousine.
– Mais ce ne sont pas des histoires qu’on raconte à des jeunes filles et, qui plus est, à table ! » se défendit le Seigneur du Clan du Dragon.

Avant que Natsumi ait pu envoyer une remarque cinglante à son cousin, une forme jaillit du mur en transperçant le papier riz et alla s’écraser dans un coussin, après avoir tenté un atterrissage raté sur la table en renversant tout sur son passage. « Heureusement que rien n’est solide ici ! s’exclama joyeusement Ethir qui venait d’entrer dans la pièce. Décidément, l’air de Yamato ne te réussit vraiment pas Onbu, tu n’arrives même plus à te poser correctement quelque part. » Ledit Onbu ignora son maître autant que les deux convives, et s’installa confortablement sur le coussin pour s’endormir. En ronflant. Le grand ensorceleur au crâne rasé s’assit sans cérémonie à la table de son ami et prit un sushi dans son assiette afin de l’examiner sous toutes les coutures. « Bizarre, commenta-t-il avant de le manger.
– Euh, Natsumi, je te présente mon ami Ethir, qui était l’un de mes compagnon d’aventures durant mon exil, intervint Jynpo.
– Enchantée… » commença celle-ci avant d’être coupée par Ethir qui s’enquit, la bouche pleine de nourriture :

« Tu t’es enfin remis de t’être fait jeter par Lyanna ?
– Mais non ! répliqua Jynpo. C’est ma cousine, Natsumi, de la famille Yasuki du Clan du Crabe.
– Qui est Lyanna ? s’enquit la jeune fille d’un air intéressé.
– Une Prêtresse très puissante, qui faisait partie de mon groupe de compagnons, répondit très vite Jynpo tandis qu’Ethir regardait en l’air d’un air suspicieux.
– Et donc, tu étais amoureux d’elle ? reprit Natsumi bien décidée à creuser l’histoire.
– Et donc rien du tout ! rétorqua Jynpo. Ca ne te regarde pas !
– Vu que tu t’en es remis et que ça n’avait pas marché avec la Princesse de Hogg, t’as qu’à faire comme Lyanna et te marier ! proposa gaiement l’ensorceleur.
– Quelle bonne idée ! s’exclama Natsumi. Surtout que tu es l’une des personnes les plus influentes du continent, tu ne devrais pas avoir trop de mal à te trouver une femme ! D’ailleurs, j’ai quelques amies qui…
– Mais non ! la coupa Jynpo qui sentait que le contrôle de la conversation lui échappait totalement.
– Mais si, ça va être drôle, tu verras, lui assura Ethir. Vous voulez des oranges ? » ajouta-t-il en leur en tendant une à chacun.

Ils acceptèrent les fruits, l’une avec enthousiasme et l’autre avec résignation. L’ensorceleur adressa un grand sourire à Natsumi. Celle-ci décida de profiter d’avoir un compagnon de son cousin à portée, pour en apprendre plus sur ses neuf mois d’exil. « Comment était Jynpo-sama durant vos aventures ? demanda-t-elle.
– Oh, le plus souvent mort, lâcha Ethir en sortant une nouvelle orange. Mais à part ça, il était comme tous les Samouraïs que j’ai rencontré.
– Comment ça, mort ? s’étonna Natsumi.
– Ben, pas en vie, expliqua-t-il.
– C’est compliqué, intervint Jynpo. Je t’expliquerai plus tard !
– Oh ! Le joli vase ! s’enthousiasma soudainement Ethir à la vue d’un énorme vase Ming au fond de la pièce. Ca sera parfait pour le bébé de Lyanna ! Bon, faut que j’aille mettre ça en lieu sûr… »

Sur ces étranges propos, l’ensorceleur se leva, alla prendre le vase et sortit de la pièce, chargé, sans plus de formalité. Ne resta qu’Onbu, ronflant toujours sur son coussin. « Pourquoi… ? commença Natsumi.
– Laisse, il est parti, c’est tout ce qui compte. » soupira son cousin.

« Il était une fois en Yamato » Chapitre 2 : Jynpo et sa cousine (2/6)

Un peu plus tard, apprenant que sa cousine arrivait aux portes de l’enceinte du palais, Jynpo s’inquiéta. Alors qu’il se faisait un sang d’encre à propos de ses futures retrouvailles, il se souvint qu’Hideaki lui avait, en plus, fortement conseillé d’éviter une rencontre entre Yasuki Natsumi et l’ambassadeur Doji Kurou. A ce moment là, ledit Hideaki fit irruption dans le cabinet de travail du Seigneur du Clan du Dragon, où ce dernier prenait son petit-déjeuner. « Qu’y a-t-il Hideaki ? s’enquit Jynpo la bouche encore à moitié pleine.
– L’ambassadeur du Clan de la Grue s’apprête à prendre congé de Monseigneur, expliqua le conseiller.
– Je vais le saluer de ce pas, déclara le jeune Samouraï en se levant. Mais avant, je dois débarrasser mon repas !
– N’ayez crainte Jynpo-sama, le rassura Hideaki. Un serviteur s’en chargera. »

Soulagé, le chef du Clan du Dragon se précipita pour enfiler son armure de cérémonie avant de foncer dans sa salle du trône. Une fois confortablement installé sur son siège seigneurial, il attendit patiemment l’arrivée de Doji Kurou. Son regard parcourait machinalement la pièce. Elle pouvait accueillir facilement une centaine de personnes. Face au trône, il pouvait apercevoir le chemin qui menait de la porte d’enceinte à l’entrée du château. Plus le temps passait, plus l’angoisse l’étreignait. « Ah cette cousine ! Elle n’est pas encore là qu’elle m’embête déjà ! » songeait-il. « Et puis que fait l’ambassadeur ? Il est bien long. Il va finir par croiser Natsumi si ça continue… » Alors qu’il s’inquiétait tant et plus, Hideaki fit son entrée. « Alors ? lui demanda Jynpo.
– Je pense que vous pouvez laisser entrer Doji Kurou à présent, répondit le conseiller. Vous l’avez suffisamment insulté par cette longue attente, Monseigneur.
– Qu’il entre ! » s’exclama le jeune chef qui n’avait pas réalisé ce qu’il faisait.

L’ambassadeur fit à son tour son entrée, accompagné de ses gardes du corps Daidoji. Réalisant qu’il n’avait préparé aucun discours, Jynpo regarda Hideaki avec insistance. Celui-ci, prenant ce regard comme le signe qu’il pouvait lancer la conversation, déclara au grand dam de son Seigneur : « Mon maître vous écoute. » Doji Kurou s’inclina et commença :
« Moi, l’ambassadeur du grand Clan de la Grue… »

Mais Jynpo, toujours perdu dans ses pensées, ne l’écoutait déjà plus. « Mais, qui vois-je là-bas ? » s’interrogea-t-il en voyant venir du fond des jardins, par la porte ouverte qui donnait sur la salle du trône, une jeune fille toute menue à la chevelure châtain. « Ne me dites pas que c’est… Natsumi ! Oh non, pas déjà ! Elle vient par ici… Il a toujours pas fini de parler celui là ? Enfin, je veux dire, l’ambassadeur… Quoique, si il s’arrête de parler et qu’il s’en va, il va la croiser et ce serait terrible ! Mais elle continue de s’approcher ! Qu’est ce que je peux faire ? D’un autre côté, si il continue de parler et qu’elle arrive, ce sera tout aussi terrible ! Elle ne s’arrête toujours pas… » A ce moment là, le jeune Seigneur aperçut une orange qui roulait au fond de la salle, derrière l’ambassadeur et sa suite. Suivant le fruit en courant à moitié courbé, Ethir tentait désespérément de le rattraper. Jynpo se crispa, espérant que personne ne remarquerait son ami pourchassant ses propres oranges. Une fois qu’Ethir fut sorti par l’autre côté de la pièce sans qu’il y ait un incident diplomatique, le Chef du Clan du Dragon chercha de nouveau sa cousine du regard, se rappelant qu’il s’agissait là d’un autre incident diplomatique potentiel. Quelle ne fut pas sa stupeur lorsqu’il constata qu’elle avait disparu ! Il fouilla frénétiquement les alentours du regard, sans succès.

« … je m’en vais donc, avec votre permission, retourner dans le Clan de la Grue. » termina l’ambassadeur. Jynpo arrêta de chercher sa cousine et, ne sachant que dire, inclina la tête. Il marmonna quelques formules de politesse pour souhaiter un bon voyage de retour à Doji Kurou et sa suite. Puis, à peine l’ambassadeur eût-il quitté le château que Jynpo jaillit de son trône afin de retrouver sa cousine qui l’inquiétait tant.

Il la retrouva dans les jardins, en compagnie de Chiba et des deux enfants de ce dernier. Elle apprenait à l’aînée à faire ricocher des cailloux sur un petit étang, tout en tenant le plus jeune dans ses bras. Jynpo accourut et interrompit le bavardage de Chiba et de sa cousine : « Natsumi ! » s’exclama-t-il. Celle-ci se retourna vers le Seigneur du Clan du Dragon et resta un moment interdite. Son cousin avait tellement changé depuis la dernière fois qu’elle l’avait rencontré ! Il paraissait bien plus grand et fort, et dégageait une forte aura de prestance. Natsumi était impressionnée mais, au vu de cette arrivée peu digne du deuxième homme le plus puissant de l’Empire de Yamato, elle se dit que tout n’avait peut-être pas changé chez son cousin. Elle inclina respectueusement la tête et déclara : « Je vous souhaite le bonjour mon Seigneur. Après toutes ces années je constate que vous êtes toujours aussi respectueux envers votre famille, la laissant entrer dans votre demeure sans formalité, ni délai ! Malgré tout, je serai grée à mon Seigneur que les hommes de mon père m’escortant soient enfin autorisés à entrer… »

Jynpo réalisa alors qu’il avait oublié d’envoyer un messager pour autoriser sa cousine et sa suite à entrer dans l’enceinte des murailles du palais. Il bafouilla quelques excuses, tandis que Chiba assistait à la scène, un léger sourire en coin. Il avait intercepté Natsumi quelques minutes auparavant, après qu’elle se fut introduite de manière mystérieuse dans la demeure des Mirumoto. Il avait ainsi pu éviter l’incident diplomatique avec l’ambassadeur. Jynpo, voulant changer de sujet, s’adressa aux enfants : « Vous vous amusez bien Sakura et Sung ? »

Pour toute réponse, Sakura se réfugia derrière son père et Sung tendit au chef du Clan du Dragon, le plus sérieusement du monde, l’un des morceaux de soie qu’il avait l’habitude de traîner partout avec lui. « Voyons Sakura, répond donc au Seigneur Jynpo » la gourmanda Chiba. La petite fille hésita un instant, puis, timidement, dit en regardant les pieds de Jynpo :
« Oui. Je joue avec papa et Natsumi-san.
– Ah… C’est bien, répondit le Seigneur du Clan du Dragon.
– Je sais que mon Seigneur a encore beaucoup de travail, intervint Chiba. Je me propose donc pour mener votre cousine à ses appartements, Jynpo-sama. Par la même occasion, elle pourra me donner des nouvelles de son père, le Chef de la famille Yasuki, qui est un vieil ami à moi.
– Ah oui, tonton Okoru ! s’exclama Jynpo. J’espère qu’il va bien ! Bon, je retourne travailler, à tout à l’heure ! »

« Il était une fois en Yamato » Chapitre 2 : Jynpo et sa cousine (1/6)

L’aube ne pointait pas encore et les gardes de la porte principale de la muraille du château Togashi veillaient scrupuleusement à la sécurité du palais de leur Seigneur Mirumoto Jynpo. A ce moment, ils virent au loin sur la route, un homme qui courait à toute vitesse. Vêtu en haillons et le crâne rasé, il se déplaçait à une allure remarquable. Voyant qu’il ne ralentissait pas, les deux gardes s’apprêtèrent à lui barrer le chemin. C’est alors qu’ils le virent fouiller dans un vieux sac et se retrouvèrent assaillis par une volée de projectiles. L’homme passa à côté d’eux, sans même ralentir, ni leur accorder le moindre regard. Les gardes se rendirent alors compte qu’ils s’étaient fait bombarder d’oranges et, sans chercher plus d’explications quant à cette mystérieuse attaque, ils se précipitèrent pour sonner l’alarme.

Après une nuit de sommeil agité, Jynpo fut réveillé par de nombreux bruits affairés au sein de sa demeure. Craignant que ce vacarme soit du à l’arrivée impromptue de sa cousine, il se redressa brusquement. C’est alors qu’il réalisa qu’il s’agissait du bruit de soldats courant de part et d’autre du domaine. Même si Natsumi était encline à s’attirer des ennuis, il dut reconnaître qu’il était peu probable qu’elle provoque un tel remue-ménage parmi ses gardes. C’est alors qu’une orange le heurta violemment, en plein dans la joue. Tournant la tête vers l’origine de l’attaque, il se rendit compte que le fruit avait transpercé le papier de riz qui séparait sa chambre de son jardin privé, et que par le trou un œil rond le fixait. « Jynpo ! s’exclama l’œil. Tu n’es pas mort ?! » Avant que ce dernier puisse répondre, le propriétaire de l’œil déchira la cloison pour entrer dans la pièce. « J’espère que c’était une porte… » reprit songeusement l’homme au crane rasé, avant de commencer à fouiner dans les affaires du jeune Seigneur du Clan du Dragon.

A ce moment là, des dizaines de gardes firent irruption dans le jardin et contemplèrent avec horreur le trou dans la cloison de la chambre de leur maître. Plusieurs d’entre eux menés par Mirumoto Chiba, l’épée au clair, se précipitèrent à l’intérieur. « Chiba ! l’interpella Jynpo. C’est vous qui faites tout ce vacarme de bon matin ?
– Nous cherchons à appréhender cet individu qui s’est introduit dans le palais sans autorisation, Monseigneur. » Expliqua le conseiller et chef de la Garde Personnelle de Jynpo, tandis que des gardes, encore haletants après leur course-poursuite effrénée, s’approchaient de l’homme qui, indifférent à ce qu’il se passait autour de lui, fouillait à quatre pattes dans un des placards de la chambre.

« Mais c’est mon ami ! » s’exclama ingénument le deuxième homme le plus fort de Yamato, avant de se retourner vers le postérieur qui sortait du placard. « Ethir, pourquoi te pourchassent-ils ?
– Qui me pourchasse ? » s’étonna le dénommé Ethir qui se retourna en se relevant, avant de croquer à pleine dents dans une orange.

C’est alors que l’un des gardes poussa un cri de surprise, en même temps que toutes les personnes présentes dans la pièce entendirent dans leur tête un joyeux « Onbuuu ! » retentissant. « Enlevez-moi ça ! » s’exclama le garde paniqué, tout en essayant de saisir le petit reptile ailé qui s’était accroché à son dos. Alors que ses collègues restèrent interdits, ne sachant quoi faire et attendant des directives, Ethir retourna à sa fouille minutieuse des appartements de Jynpo. Ce dernier intervint en faveur de l’animal, qui ressemblait à s’y méprendre à un dragon de la taille d’un chat : « Ne faites pas de mal à Onbu, il est fragile ! »

Entendant cela, le reptile lâcha le garde pour se précipiter et s’écraser sur le Seigneur du Clan du Dragon, qui reprit : « Désolé, tu ne t’es pas fait mal ? » L’animal l’ignora royalement et s’installa sur sa tête. Après quelques secondes de silence gêné, brisé uniquement par les déplacements d’Ethir et le ronronnement d’Onbu, Chiba demanda à son maître s’il avait besoin de ses services. Jynpo, essayant désespérément de déloger le petit animal perché sur sa tête, lui répondit : « Non non, ne t’en fait pas Chiba, j’irai prendre mon petit-déjeuner plus tard. »

Le conseiller resta un instant dubitatif face à cette réponse incongrue, mais se reprit bien vite et s’inclina, avant de faire partir tout le monde et de quitter lui-même la pièce. Une fois qu’ils furent tous partis et que Jynpo se fut résigné à garder Onbu sur sa tête, il demanda à son ami : « Ethir, que fais-tu là, au fait ?
– Ben, j’étais venu ramener ton cadavre à Lyanna, mais étonnamment t’es toujours en vie. Surtout avec tous ces gens armés qui traînent dans tes couloirs, je m’attendais vraiment pas à te retrouver vivant ! Alors je cherche des souvenirs pour les autres. »

Ethir l’Ensorceleur et Lyanna la Prêtresse faisaient tous deux partie de la Compagnie de la Licorne, que Jynpo avait du laisser pour venir s’occuper de son Clan. Bien qu’ayant fait une entrée terriblement peu conventionnelle, mais tout à fait digne de lui-même, le Samouraï était plutôt content de revoir son vieux compagnon d’arme, avec qui il avait vécu tant d’aventures et affronté maints dangers. « Iskaurix n’est pas avec toi ? s’enquit Jynpo en faisant référence au jeune dragon d’or qui accompagnait d’ordinaire son ami.
– Non, répondit joyeusement l’ensorceleur. Il est occupé à aménager son nouveau chez-lui, dans les montagnes à côté de chez les Nains. Et puis, ce continent ne lui a pas laissé de très bons souvenirs… Tu veux une orange ? »

« Il était une fois en Yamato » Chapitre 1 : Jynpo et les volatiles (7/7)

Très satisfait de sa performance, l’apprenti Seigneur du Clan du Dragon se dirigea, une fois de plus, en direction de son éternel cabinet de travail. Seulement, au détour d’un couloir, il fut de nouveau intercepté, mais par un serviteur cette fois, qui l’informa que son conseiller Shugenja, maître magicien Tamori Liang, désirait lui faire part de ses récentes découvertes. Intrigué et se demandant quelle magnifique nouveauté Liang avait bien pu trouver, Jynpo dit au serviteur de donner rendez-vous au conseiller Shugenja dans la grande Salle du Conseil, avant de s’y rendre lui-même. Il arriva prestement dans la grande pièce. Ne sachant toujours pas où s’asseoir, il décida de réitérer sa tactique de la veille : rester debout à faire les cent pas d’un air préoccupé. Il réalisa soudainement qu’il avait oublié à quel point cette salle était grande et qu’à deux, ils se sentiraient encore plus idiots que lors de sa réunion avec Chiba et Hideaki. Il partit donc aussi vite que possible, manquant de renverser un serviteur qui passait devant la porte.

Quelques minutes plus tard, alors qu’il revenait accompagné de ses deux conseillers, il vit que Liang était déjà arrivé et les attendait patiemment. Il fit signe aux trois hommes de s’asseoir et demanda au Shugenja ce qu’il avait découvert. « Je pense avoir trouvé par quel subterfuge l’ambassadeur du Clan de la Grue a pu s’introduire sur nos terres sans que quiconque ne le remarque, Jynpo-sama. Il existe un sort, nommé couramment Voile, qui permet à un lanceur de sort de modifier l’apparence de n’importe qui pendant une très longue période. »

Jynpo, qui continuait de faire les cent pas, se trouva déçu par le fait que Liang n’allait pas le divertir d’un nouveau tour, mais venait l’entretenir d’ennuyeuses affaires politiques. Néanmoins, se sentant redevable envers son conseiller, qui venait de passer de nombreuses heures à faire des recherches approfondies sur ce sujet délicat, il prit sur lui et lui répondit : « Toutes mes félicitations ! Voilà qui est très intéressant. Nous avons donc la réponse au mystère de l’apparition de l’ambassadeur sur nos terres.
– Il serait intéressant de savoir qui leur a pu leur fournir un tel sort, commenta sérieusement Mirumoto Chiba.
– Sans compter que le responsable de ce sort a du rester avec eux, au moins jusqu’à ce qu’ils réapparaissent, ajouta Liang. De plus, il ne s’agit probablement pas d’un Ashina, les Shugenjas du Clan de la Grue. Ce sont des gens pacifistes, spécialisés dans la création d’objets magiques. Je les vois mal mettant en œuvre une illusion de cette importance, cela ne leur ressemble vraiment pas. »

Kitsuki Hideaki, voyant son Seigneur toujours pensif, se permit de prendre la parole : « Ceci est plutôt inquiétant, il faut nous renseigner sur qui a pu aider le Clan de la Grue à nos dépends. Car il pourrait s’agir là d’ennemis potentiels, dont il faudrait se méfier.
– Faisons donc cela ! s’exclama Jynpo avec enthousiasme.
– En ce qui concerne les troupes du Clan du Phénix qui se massent à la frontière, intervint Chiba, je confirme à Mon Seigneur que les ordres ont été donnés et que les troupes sont en route. Elles sont dirigées par votre général Mirumoto Zhao-Yun.
– Je m’en réjouis, d’autant qu’il s’agit là d’un grand général ! Notre frontière Nord-Est est donc entre de bonnes mains. Pour ma part, je vais retourner dans mon cabinet.
– Un instant, Jynpo-sama, l’arrêta Hideaki. Un messager du Clan du Crabe m’a rapporté que votre lointaine cousine, Yasuki Natsumi, arrivera d’ici demain en ville, pour vous rendre visite. Son estimé père vous demande de bien vouloir l’accueillir quelques temps au château Togashi, afin qu’elle acquière une réelle expérience auprès de l’un des grands de ce monde, vous. »

Ne faisant pas tout de suite le rapprochement entre les grands de ce monde et lui-même, Jynpo se focalisa sur le prénom Natsumi et les souvenirs que cela impliquait. « Oh non ! Pas elle ! Enfin, c’est ma cousine, je l’aime bien, mais… Elle est un peu… euh, pas très gentille avec moi ! Elle fait rien qu’à m’embêter ! Mais j’ai pas le choix, mon honneur et celui de mon Clan sont en jeu, je dois l’accueillir comme il convient de recevoir un membre de sa famille. Et puis, si ça se trouve, je suis mauvaise langue, elle est peut-être devenue gentille… » Hideaki interrompit ses pensées en reprenant la parole :

« J’imagine que Monseigneur a l’intention de veiller à ce que Doji Kurou et votre cousine ne se croisent pas.
– J’y ferai bien attention ! s’exclama Jynpo. Vous avez raison, ce serait très embêtant que Natsumi rencontre l’ambassadeur. Et cela me mettrait dans une position pour le moins inconfortable.
– En effet, mettre un membre de la famille Yasuki du Clan du Crabe en présence d’une personne du Clan de la Grue serait une grave erreur diplomatique, en raison du différent qui les oppose. »

En effet, la famille Yasuki, marchands renommés du Clan du Crabe, faisait auparavant partie du Clan de la Grue, qu’elle a quitté, créant de la sorte de nombreuses tensions entre les deux Clans. C’est ainsi que Jynpo se rendit compte que ce n’était pas parce qu’il considérait sa cousine comme méchante, qu’il fallait éviter de lui faire rencontrer l’ambassadeur Doji, mais bel et bien à cause des répercussions politiques que cela pouvait engendrer.

La réunion étant terminée, le jeune Seigneur du Clan du Dragon parvint enfin jusqu’à son cabinet de travail. Contemplant la pièce, il soupira d’un air nostalgique en regardant avec insistance la cloison qui séparait son cabinet de ses appartements. Mais il se ressaisit et se lança dans ce qui allait être la dernière tâche de la journée qu’il allait accomplir en tant que maître des lieux. Il se mit donc à trier sa montagne de papiers accumulés sur son bureau, entre ce qui devait retourner à la bibliothèque du château et ce qui devait être rangé sur place. Les ouvrages qu’il décida de ramener directement à la bibliothèque ne lui avaient servi à rien et ceux qu’il jugea bon de laisser là lui seraient peut-être utiles un jour.

Il termina sa journée plus calmement qu’elle n’avait commencé, bien qu’étant légèrement anxieux. Alors qu’il nettoyait méticuleusement son armure de cérémonie et celle de bataille, l’angoisse s’emparait de lui petit à petit… Demain, il n’aurait pas le droit à l’erreur. Il ne devra laisser aucune faiblesse ni la moindre ouverture transparaître. Sinon, sa jeune cousine de seize ans ne le raterait pas. Et il savait qu’il le regretterait, comme cela lui était déjà arrivé de nombreuses fois par le passé, avant son exil. Cette sombre pensée toujours à l’esprit, il alla se coucher, songeant à ses compagnons d’aventure pour se donner le courage d’affronter cette difficile épreuve qui l’attendait.
« Par neuf fois je suis revenu d’entre les morts, je survivrai à ça aussi, Natsumi ! »

« Il était une fois en Yamato » Chapitre 1 Jynpo et les volatiles (6/7)

Il se dépêcha de se rendre à la bibliothèque du château. Il fourragea longuement parmi les parchemins entreposés sur les étagères poussiéreuses et se constitua toute une pile d’ouvrages à emporter. Ainsi chargé, il revint aussi vite que possible dans son cabinet de travail où Hideaki l’attendait patiemment. Il laissa échapper les parchemins sur la table et s’empressa de tourbillonner dans la pièce à la recherches de toutes les feuilles volantes et livres de comptes qu’il pouvait trouver, avant de poser le tout et de s’affaler à côté. « Je suis prêt ! s’exclama-t-il.
– Oui, Monseigneur ? s’enquit le conseiller, inquiet de ne pas comprendre où son maître voulait en venir.
– Alors, qu’allons-nous dire à cette Grue ? »

En disant ces mots, il s’empara d’une feuille vierge et de quoi écrire. Caché à la vue d’Hideaki par la masse de papier qu’il avait accumulé sur sa table, Jynpo s’appliqua à calligraphier consciencieusement son nom et son prénom en haut à gauche de sa feuille de prise de notes, et la date du jour à droite. Ayant fait une rature, il prit une autre feuille et recommença tout en demandant à son conseiller : « Expose-moi ton point de vue sur ce que je vais devoir dire. »

Kitsuki Hideaki, renonçant à comprendre le rôle de cette accumulation de documents, s’adressa à la montagne de papier, laquelle bruissait et menaçait de s’effondrer à tout instant : « Je pense qu’il voudra aborder le sujet du traité de libre circulation sur le fleuve Taiga, qui a été abrogé durant le règne de votre oncle félon Shiro. » A ce nom, le jeune Chef du Clan du Dragon releva instinctivement la tête, juste à temps pour voir un pan de sa muraille de papier s’effondrer sur lui.

Dans le courant de l’après-midi, alors qu’il avait enfin ôté son armure de cérémonie, Jynpo se rendit courageusement en direction de sa salle de réception, où il devait accorder de nouveau une audience à l’ambassadeur du Clan de la Grue. Après les salutations rituelles, Mirumoto Jynpo et Doji Kurou prirent place à une table, où des serviteurs affairés leur présentèrent abondance de petits mets raffinés. Le jeune Chef du Clan du Dragon appréciait ces repas traditionnels qui lui avaient tant manqué durant ses longs mois d’exil. Même s’il devait bien avouer que ce n’était pas aussi copieux que les festins qu’il avait fait avec ses amis Sylvaniens. Après tout, on lui avait toujours dit de favoriser la qualité à la quantité. Mais il avait une faim de loup et ne put s’empêcher d’engloutir plusieurs sushis à la fois. La bouche pleine, il enjoignit à son invité de prendre la parole. Ce dernier déclara alors : « Mon Seigneur Doji Sunan-sama m’a, en plus de vous présenter ses salutations, chargé d’aborder avec vous le sujet du traité abrogé concernant le Taiga. »

« Hideaki avait tout bon, encore une fois. Il faudra qu’il m’explique un jour comment il fait pour prévoir aussi facilement les faits et gestes de nos compatriotes ! » songea Jynpo avec ravissement, tout en terminant son dernier sushi. « Heureusement qu’il m’a aussi prévu les réponses à faire. C’était quoi déjà ?… Ah, oui. »

« Il était bien dans mon intention première d’ouvrir de nouveau cet accès, remettant ainsi ce traité ancestral en vigueur. Cependant, après réflexion, il m’est apparu que la meilleure stratégie à adopter pour le bien de l’Empire et de la famille Impériale, était de ne pas précipiter les choses de manière inconsidérée. Ainsi, je pense que le temps n’est pas encore venu pour nous de laisser de nouveau libre cours à n’importe quelle navigation fluviale. En effet, nous ne pouvons nous permettre de laisser d’éventuels pirates et bandits profiter de cet accès direct au Domaine Impérial pour exploiter sa faiblesse temporaire et mettre ainsi à mal la stabilité et la cohésion de l’Empire. De plus, quelques intrigants mal intentionnés pourraient en bénéficier pour s’élever contre la famille Impériale et usurper leur autorité. En tant que Bushi Défenseur de l’Honneur de Yamato, je ne peux laisser une telle chose se produire. »

L’ambassadeur considéra longuement son interlocuteur avant de répondre : « Ceci est tout à votre honneur, honoré Seigneur du Clan du Dragon. Cependant, il va sans dire que les intentions de mon maître n’ont pour autre but que de servir le bien de l’Empire. Cela étant, il serait tout aussi honorable et bénéfique au Domaine Impérial de nous ouvrir l’accès à celui-ci, afin que nous puissions apporter notre concours à la reconstruction et à la restructuration économique du cœur de l’Empire. Vous comprenez bien qu’empêcher une telle chose serait fort préjudiciable pour l’avenir du commerce intérieur et donc, par là même, pour l’avenir de Yamato tout entier. »

Jynpo médita un instant les paroles de Doji Kurou. « Si je comprends bien ce qu’il vient de dire, il veut quand même l’accès… Hideaki avait prévu ça aussi ! J’ai vraiment de la chance d’avoir un tel conseiller. Cependant j’ai bien du mal à croire que leurs intentions soient aussi justes et bonnes que ça… Quelle réponse dois-je lui annoncer déjà ?… Ah oui ! » Puis il reprit : « Même si je n’ai jamais douté de vos louables intentions, le bien de l’Empire passe avant tout… Néanmoins, il doit être possible, tout en assurant un contrôle strict, de laisser passer les bateaux du Clan de la Grue, afin de leur permettre de porter assistance à la population du Domaine Impérial. Mais ceci nécessitera une logistique bien plus importante qu’un simple blocage, ainsi que l’acheminement de nouveaux navires afin d’empêcher toute personne malveillante de forcer le barrage filtrant, qui sera, de part sa nature, plus facile à traverser. Toutefois, je suis prêt à faire cet effort pour vous et pour l’Empire, en échange d’une participation dont chaque bateau de votre Clan voulant traverser devra s’acquitter. »

L’ambassadeur, comprenant que le Clan du Dragon réclamait un droit de douane, réfléchit un instant à la meilleure réponse à fournir. « Je comprends tout à fait. Malgré tout, il n’est pas dans mes attributions de décider de telles choses. Je vais donc devoir aller en référer à mon maître Doji Sunan-sama. Nous vous ferons probablement parvenir notre réponse par coursier. » Jynpo acquiesça et mit fin à l’entretient de la manière la plus diplomatique dont il était capable.

« Il était une fois en Yamato » Chapitre 1 : Jynpo et les volatiles (5/7)

A ce moment là, un messager entra dans la salle par une porte secondaire et apporta prestement un message à Hideaki. Celui-ci, après en avoir rapidement pris connaissance, murmura quelques mots à l’oreille de Jynpo qui acquiesça gravement avant de reprendre, à l’attention de l’ambassadeur : « Je suis heureux d’entendre que Sunan veuille entamer le dialogue entre nos deux clans. En effet, jamais l’Empire n’a eu autant besoin de loyaux serviteurs prêts à tout pour son bien-être. Je dois cependant remettre à plus tard notre discussion sur le meilleur moyen pour nos deux clans de servir l’Empire, car une affaire pressante requérant mon attention immédiate vient de m’être rapportée. Mes serviteurs vont vous accompagner à vos appartements qui, je l’espère, seront à votre goût. »

Jynpo se leva et, suivi par son général en chef Chiba, partit, alors que l’ambassadeur s’inclinait respectueusement. « Hideaki a été très futé de trouver cette solution de l’affaire urgente pour couper court à la conversation et pallier ainsi à d’éventuels problèmes inattendus, commenta le chef du Clan du Dragon.
– En effet Jynpo-sama, répondit Chiba. Hideaki-san est très prévoyant. Pour ma part, j’ai remarqué que les gardes de l’ambassadeur, formés de membres de la famille Daidoji, se sont sentis particulièrement insultés d’avoir été diminués de la sorte. Leur famille est réputée pour être les meilleurs gardes du corps du Clan de la Grue et grands protecteurs de la famille Doji. Je ne saurais trop conseiller à mon Seigneur la prudence : les Daidoji ne sont pas des guerriers qui ont l’habitude de respecter le bushido. Ils ont la réputation d’être des espions émérites en plus d’être d’excellents gardes du corps.
– Assurez-vous de les garder bien à l’œil. » conseilla Jynpo.

Mirumoto Chiba s’inclina et s’en fut prestement donner des ordres dans ce sens. Le jeune chef du Clan du Dragon, lui, arriva dans son cabinet de travail et, à peine était-il assis, qu’une dépêche lui parvint, portée par un messager à bout de souffle. Jynpo s’en empara, congédia le porteur et lu le message. Il s’agissait d’une missive provenant de la garnison chargée de la surveillance de la frontière nord que le Clan du Dragon partageait avec le Clan du Phénix. Cette frontière était particulièrement surveillée de part la guerre qui opposait ces deux clans depuis de nombreuses années, bien que ceci s’était un peu tassé suite aux intrigues politiques durant le bref règne de l’oncle de Jynpo, le traître Shiro. Or, des troupes Phénix s’amassaient actuellement près de la frontière. Ce n’étaient pas tant les troupes armées du Clan du Phénix qui étaient inquiétantes, mais surtout les nombreux Shugenjas qui les accompagnaient. En effet, le Clan du Dragon avait certes une puissance militaire bien supérieure à celle du Clan du Phénix, mais les Shugenjas de celui-ci surpassaient de loin les lanceurs de sorts du Clan du Dragon. La menace qu’ils représentaient ne devait pas être prise à la légère. Lisant cela, Jynpo se dit qu’il n’aurait pas du congédier son messager car, à présent, il allait devoir partir chercher Chiba lui-même afin de lui demander conseil sur la meilleure manière de réagir.

Mirumoto Chiba était retourné à son propre cabinet de travail après avoir donné les ordres concernant la surveillance des guerriers Daidoji de l’ambassadeur. Il s’apprêtait à aller passer la garde personnelle de son seigneur en revue, lorsque ce dernier déboula en trombe dans la pièce en annonçant : « Les Shugenjas Phénix et leurs guerriers se massent à notre frontière !
– La guerre ancestrale reprend donc de plus belle, déclara sombrement le conseiller militaire. Je suppose, Jynpo-sama, que vous voulez que je fasse effectuer à nos troupes une convergence vers la frontière avec le Clan du Phénix, afin de bloquer les cols d’accès pour parer à toute menace. De plus, je vous suggère de faire déplacer la flotte en direction de leur capitale pour leur faire comprendre que nous sommes prêts à répondre à toute attaque au cœur même de leur territoire.
– Voilà, c’est ça, s’exclama Jynpo. Dépêchez-vous ! »

Sur ces paroles, il repartit aussi vite qu’il était venu. Alors qu’il s’apprêtait à rejoindre de nouveau la quiétude de son cabinet de travail, il fut intercepté par Hideaki qui le croisa au détour d’un couloir. « Oh ! Hideaki, nos invités sont-ils bien installés ? s’enquit Jynpo.
– En effet Jynpo-sama, répondit le conseiller. Haruko-san a fait un excellent travail.
– Je suis content qu’il soit mon Intendant, se réjouit le Chef du Clan du Dragon.
– Cela signifie-t-il que vous le nommez officiellement à ce poste, Monseigneur ? »

Jynpo, se souvenant soudain qu’il n’avait jamais nommé Kitsuki Haruko Intendant, qu’il n’occupait ce poste qu’à titre provisoire, se dit que cela ferait une bonne chose de réglée que de l’officialiser. Il répondit : « Bien sûr, il remplit parfaitement les conditions requises !
– Monseigneur m’en voit ravi, je m’occuperai de rendre tout cela effectif d’ici demain, assura Hideaki. Puis-je me permettre de complimenter Sa Seigneurie pour le brio dont elle a fait preuve en répondant à l’insulte de l’ambassadeur durant son discours ?
– Quelle insulte ? s’enquit un Jynpo déconcerté.
– C’est vrai qu’il y en a eu plusieurs, répondit Hideaki. Je pensais notamment à celle durant laquelle il vous a nommé seulement Jynpo au lieu de Jynpo-sama, ainsi qu’il l’aurait du, Monseigneur. Vous avez brillamment rétorqué en nommant son Seigneur de la même manière.
– Ah… émit le Chef du Clan du Dragon qui, visiblement, n’avait ni relevé l’insulte, ni répondu de manière réfléchie.
– J’imagine que Monseigneur veut préparer sa prochaine entrevue avec l’ambassadeur du Clan de la Grue ?
– Euh… Oui tout à fait ! Attend-moi dans mon cabinet de travail, je reviens tout de suite. » Ordonna Jynpo qui s’en fut prestement.

« Il était une fois en Yamato » Chapitre 1 : Jynpo et les volatiles (4/7)

Jynpo, fier de s’être souvenu de ce que ses amis lui avaient montré en matière de magie, espéra avoir fait bonne impression sur son conseiller Shugenja. « C’est une très bonne idée, s’enthousiasma le jeune chef du Clan du Dragon. Va et tiens moi au courant de l’avancée de tes recherches. » Liang s’inclina et partit. Chiba reprit la parole : « Je rappelle à Monseigneur de ne pas ignorer l’éventuelle menace que représentent les soldats qui accompagnent l’ambassadeur. En effet, il s’agit de gardes du corps Daidoji qui sont réputés pour être souvent mêlés à des pratiques douteuses, notamment l’espionnage.
– Je garderai ceci à l’esprit, répondit Jynpo. A présent, assure-toi que les hommes se tiennent prêts à saluer l’ambassadeur et à honorer notre Clan. Renforce également la sécurité du palais, afin qu’il n’arrive rien de fâcheux à notre hôte. » Le conseiller militaire s’inclina et s’en fut obéir aux ordres. Kitsuki Hideaki arriva au même moment. « Tu ne trouves pas que la décoration de cette salle est magnifique ? lui demanda Jynpo.
– Certes mon Seigneur, répondit Hideaki. Il va être difficile de préparer les appartements de manière à ce que l’ambassadeur Doji pense que cela fait longtemps que nous l’attendons. Il en est de même pour tous les autres problèmes d’intendance liés à la venue de l’ambassade. Cependant tous vos serviteurs s’emploient à faire au mieux. Il ne vous reste plus qu’à préparer les paroles et la manière dont vous accueillerez personnellement l’ambassadeur.
– Très bien. » approuva Jynpo. Puis, n’ayant toujours pas résolu son dilemme quant à la place qu’il devait occuper dans sa propre salle du Conseil, il déclara : « Pour ceci je te propose d’aller dans mon cabinet de travail pour que nous réfléchissions à tout cela. »

Le lendemain, en fin de matinée, Jynpo coiffait soigneusement ses longs cheveux noirs en une queue de cheval haute, comme avaient coutume de le faire les guerriers de Yamato, avant de passer une armure de cérémonie qu’on avait préparé à son intention. Il s’agissait de celle qui avait appartenu à son père et il se souvenait encore de lui portant cette armure lors d’échanges diplomatiques. Cependant, bien qu’elle fusse parfaitement adaptée à la taille de son père, elle lui était encore un peu grande. Après tout, il n’avait pas encore tout à fait terminé sa croissance, ainsi que ses amis de Sylvanie se plaisaient à le lui rappeler sans arrêt. Alors qu’il s’échinait à ajuster l’armure, un serviteur arriva et lui tendit un message en s’inclinant. Jynpo prit le message et le lu. « J’espère que tout est prêt, soupira-t-il. L’ambassadeur et sa suite viennent de passer les portes de la cité. » Il termina rapidement d’ajuster son armure d’apparat, puis se rendit dans sa salle du trône pour y attendre l’ambassadeur, bientôt rejoint par l’ensemble de ses conseillers.

Quelques minutes plus tard, un messager arriva, prévenant Jynpo que l’ambassadeur se trouvait aux portes du palais et allait venir d’une minute à l’autre. « Il ne faut pas que j’oublie de bien me souvenir des règles de l’étiquette et des coutumes, comme me l’a conseillé Hideaki, car après plus d’un an loin des traditions de Yamato à côtoyer de rustres Sylvaniens, il est vrai que je n’en ai plus vraiment l’habitude. Il faudra que je fasse un effort et ce, même pour m’adresser à mes conseillers, leur montrant ainsi le respect qu’ils méritent. » pensait le jeune seigneur du Clan du Dragon.

Il fut sorti de sa rêverie par la voix d’Hideaki qui annonçait l’entrée du visiteur : « Voici Doji Kurou-san, grand diplomate de la non moins grande famille Doji, troisième ambassadeur du noble Clan de la Grue, accompagné de sa suite, vient rendre visite à Mirumoto Jynpo-sama, chef de la grande famille Mirumoto, Seigneur du Clan du Dragon, premier dans l’ordre de succession au trône impérial et Bushi Défenseur de l’Honneur de Yamato. » L’ambassadeur s’avança jusqu’au centre de la pièce, comme le voulait la tradition, et s’inclina. Jynpo fit un signe à Hideaki qui déclara : « Mon maître vous écoute. » Doji Kurou se redressa et prit la parole :

« Moi, l’ambassadeur du grand Clan de la Grue, espère que votre seigneurie Mirumoto Jynpo se porte bien. J’espère que notre arrivée ne vous prend pas au dépourvu, car nous avons retrouvé le messager que nous vous avions envoyé, mort, à quelques lieues de votre capitale.
– Je me porte très bien, répondit le chef du Clan du Dragon. Merci de vous en soucier noble Doji Kurou. J’espère qu’il en est de même pour votre maître. Permettez moi de vous rassurer : nous n’avons en aucun cas été surpris. En effet, informé de votre arrivée en vue de notre frontière, j’ai demandé à mes hommes de vous laisser passer sans fastidieuses contraintes administratives. Cependant, nous n’avons pu nous empêcher de remarquer votre désir de voyager en toute discrétion. Mais, vous savez, mes terres sont sûres, il était inutile de prendre autant de précautions en vous dissimulant de la sorte grâce à la magie. Néanmoins, si vous pensiez vos hommes trop peu armés pour vous protéger convenablement dans les montagnes sauvages de notre frontière, je vous aurais accordé avec joie une escorte de mes meilleurs samouraïs. »

Jynpo marqua une pause, durant laquelle il remarqua que l’ambassadeur dissimulait au mieux son étonnement. Celui-ci, d’ailleurs, inclina légèrement la tête et déclara : « Je remercie votre seigneurie de sa prévenance envers ses hôtes.
– Il était tout à fait normal pour moi d’agir de la sorte, il est dans les habitudes du Clan du Dragon de prendre soin de ses hôtes. » reprit la deuxième personne la plus puissante de Yamato, son cœur battant la chamade de peur de commettre une maladresse. « Cependant, l’honneur m’oblige à vous avouer, même si vous vous en êtes, à n’en pas douter, bien rendu compte, que, de peur qu’il vous arrive quelques malheurs dans les montagnes et que, ce faisant, mon hospitalité soit bafouée, j’ai demandé à quelques unes de mes troupes d’élite de vous suivre sans vous déranger. En ce qui concerne votre messager, l’enquête est déjà en cours pour appréhender son meurtrier. Ce regrettable incident m’a empêché de prendre connaissance du but de votre visite.
– Je vous remercie encore de tous les égards que vous avez eu à notre endroit. Je vous amène les salutations de mon Seigneur, le très respectable Doji Sunan-sama, chef de l’admirable Clan de la Grue et de la noble famille Doji, berceau des Impératrices du grand Empire de Yamato. Mon maître, dans son infinie sagesse, espère pouvoir entamer de saines relations diplomatiques entre nos deux clans, piliers de Yamato, liés depuis l’aube des temps et jusqu’à la fin de toutes choses par le biais de la famille impériale. En effet, en cette période troublée, de puissants clans comme les nôtres se doivent, plus que jamais, de veiller au bien-être de l’Empire. »