NaNoCamp Avril 2017 J-7 : Préquelles Arkhaiologia

[Spoil sur la suite d’Arkhaiologia]

Valentin se laissa partir en arrière sur sa chaise intelligente, qui s’adapta aussitôt à sa nouvelle position. Toute la bibliothèque universitaire avec été équipée de ces chaises ergonomiques qui faisaient partie de tous les bureaux, mais manquaient aux étudiants du campus. Toutes les salles de l’université ne pouvaient pas être ainsi équipées. Seule la bibliothèque disposait de ces sièges intelligents. Malgré tout le confort de sa chaise, le jeune homme poussa un profond soupir, passant plusieurs fois ses mains sur son visage jusqu’à son cuir chevelu, qu’il gratta machinalement. Une grande lassitude l’habitait.

Tout se passait pourtant bien pour lui. Il n’avait plus que quelques mois avant de devenir un docteur à part entière. En attendant, il avait pratiquement terminé la rédaction de sa thèse et s’en sortait plutôt bien en tant que chargé de travaux dirigés. Ce n’était pas le cas de tous ses camarades ; il devrait se sentir satisfait au lieu de se sentir las. Valentin n’avait pas l’impression de s’épanouir et craignait de s’être déjà enferré dans une routine ennuyeuse, ce qui était dommage à son âge. Tout l’ennuyait de toutes façons.

Il avait peut-être juste passé trop de temps dans cette bibliothèque. Pas qu’elle était désagréable puisqu’elle était spacieuse, lumineuse et récemment rénovée ; il devait juste avoir passé trop de temps enfermé. Rassemblant rapidement ses affaires, il se sentit plus las que jamais. L’air extérieur fut le bienvenu et le jeune inspira profondément, espérant se libérer l’esprit. Il était encore tôt dans l’après-midi et, ne sachant que faire, il s’installa dans l’herbe du campus qui s’étendait devant la bibliothèque, sous un arbre. Après quelques minutes à contempler les déambulations des étudiants, Valentin sentit ses paupières s’alourdir. Il se laissa aller sur l’herbe, utilisant son sac comme oreiller, et s’endormit presque aussitôt.

La sieste lui fit du bien, mais il s’était couché sur un caillou et avait quelques côtes endolories. En grommelant, le jeune homme se leva pour se rendre chez lui, quelques rues plus loin. « Hé, salut toi ! » Lança-t-il en ouvrant la porte de son domicile. Depuis la cage posée sur la table, un petit bruit entre le couinement et le roucoulement lui répondit. Il s’avança pour jeter ses affaires sur le canapé et, alors qu’il progressait dans son appartement, la centrale mit la musique en route. Valentin songea brièvement qu’il devrait programmer d’autres pistes ; il commençait à se lasser des airs qui se lançaient à chaque fois qu’il rentrait.

Le jeune homme se pencha sur la cage pour en libérer la petite créature. À peine eut-il ouvert la porte qu’une boule dorée s’en échappa comme une balle. « Ne fais pas de bêtises ! » Lança-t-il tout en sachant que son ordre était inutile : elle n’en ferait qu’à sa tête. Avec un sourire attendri, il s’étira machinalement et se dirigea mollement vers le coin cuisine pour inspecter le contenu de son réfrigérateur en quête de quelque chose à boire. Comme il avait fait une sieste au lieu de faire des courses en rentrant, il ne restait qu’un demi-litre de lait. Il décida que cela ferait bien l’affaire et ouvrit ensuite un placard à la recherche de quelque chose à grignoter pour accompagner son lait.

Il n’y avait pas grand chose. Valentin réfléchit un instant à ouvrir une conserve quelconque, avant de réaliser que s’il buvait son lait maintenant, il n’en aurait plus pour le petit-déjeuner. Poussant un grognement, il se gratta la tête en se demandant s’il avait envie de ressortir. Tout à ses réflexions, il faillit ne pas remarquer la masse légère qui avait atterri sur son cuir chevelu et se frayait un passage à travers ses boucles brunes. Tout paraissait se liguer contre lui : il ne pouvait pas sortir maintenant que la petite créature qu’il s’échinait à apprivoiser depuis des semaines semblait enfin s’attacher à lui. Il s’assit précautionneusement sur son canapé après avoir rangé son lait à regret. Délicatement, il passa la main dans ses cheveux pour cueillir sa petite compagne et la poser sur la table basse.

La créature s’assit en tailleur et lui rendit son regard. Nue, elle avait une apparence humanoïde féminine lorsque l’on n’y regardait pas de trop près. Lorsqu’on l’inspectait plus avant, le corps paraissait avoir été modelé par quelqu’un qui aurait voulu copier une femme de mémoire, sans savoir à quoi servaient les seins, ni ce qui était sensé se trouver entre la ceinture et les jambes. De plus, la créature était totalement glabre. Les cheveux et les sourcils n’en étaient pas vraiment. Les sourcils semblaient finement dessinés, comme pour une poupée de porcelaine et les cheveux ressemblaient plutôt à du duvet. Le plus étonnant du point de vue anatomique étaient la légère lumière que la créature émettait en permanence et les ailes de papillon qui jaillissaient de son dos. Les omoplates étaient doubles et se répartissaient entre les épaules et les ailes.

Toute cette étrange faune qui se multipliait depuis quelques années rendait sa consœur Béatrice, qui étudiait sous la férule des – récents – spécialistes en nouvelles espèces animales, perplexe. Plus qu’une consœur, elle connaissait Valentin depuis le collège. À cette époque ils voulaient tous les deux être vétérinaires. Au fil des ans, l’une s’était dirigée vers l’étude des nouveaux spécimens et l’autre était devenu spécialiste en bestiaire folklorique. Contrairement à ce qu’ils pensaient en choisissant leurs filières respectives, leurs spécialités les amenaient à travailler régulièrement ensemble. Il faut dire que, lorsqu’ils avaient choisi leurs voies, l’apparition des créatures de contes de fées n’était encore qu’une rumeur.

Les mentors de Béatrice avaient créé de nouvelles familles pour pouvoir classer cette faune issue des mythes et légendes. La jeune femme avait été vraiment décontenancée en étudiant les petites fées – pour reprendre leur dénomination folklorique – comme celle qui vivait à présent chez Valentin. Elles n’étaient pas des mammifères malgré leurs apparences féminines pour les unes et masculines pour les autres. Mais leurs mamelles n’étaient pas fonctionnelles et ces créatures, celles d’apparence féminine, pondaient des œufs mous par grappes.

Rien ne les rapprochait des reptiles, ou des batraciens, ou des oiseaux, ou même des poissons. Béatrice avait essayé de démontrer qu’ils étaient plus proches des insectes en se basant sur leurs ailes et d’autres détails qui dépassaient un peu Valentin, mais force avait été de constater qu’ils ne faisaient pas partie de cette famille là non plus. « On dirait que quelqu’un a à moitié modelé ces créatures et à moitié collé des morceaux de créatures existantes, s’était-elle plainte un jour. Ils n’ont pas l’air totalement… naturels, pour ainsi dire, mais je ne connais personne qui ait la connaissance ou la technologie pour créer des bestioles pareilles. »

NaNoCamp d’Avril 2017

Salutations !

Le mois d’avril arrive bientôt et, au cas où je ne le répète pas assez, le NaNoCamp d’avril va commencer aussi. Alors voici un petit point entre le FévriPoint et le premier NaNoCamp 2017.

Depuis le FévriPoint, j’ai fini de découper Arkhaiologia en chapitres, tout en corrigeant quelques fautes par-ci par-là. J’ai aussi commencé à élaborer des intrigues autour du père de l’héroïne, rassemblé les infos que j’avais sur tous les personnages pour compléter au besoin, et deux-trois autres petites choses. Mais, comme j’avais toujours du mal à compléter le roman sans savoir tout ce qui s’était passé durant la lointaine antiquité, j’ai décidé d’écrire à ce propos pendant le NaNoCamp qui arrive.

Les précédents NaNoCamps, je n’ai pas posté mes productions ici. Cette fois-ci je vais le faire, histoire de voir si ça me motive. Il faut faire des tests dans la vie ! Par contre, j’ai quand même mis un petit objectif de nombre de mots (25 000 au lieu de 50 000). Alors, bien sûr, si vous n’avez pas lu Arkhaiologia, je vous déconseille de lire ma production du NaNoCamp. Je vous rappellerai ça à chaque post de toutes façons, je pense.

Les règles du NaNoCamp étant plus lâches que celles du NaNoWriMo, j’ai déjà commencé l’écriture de ces préquelles d’Arkhaiologia. Je vais vous poster tout ça dans les jours qui viennent. Il paraît que c’est ce que veulent les français, d’après une jeune andouillette que je ne nommerai pas.

Oh, et sinon, puisque le NaNoCamp n’a pas encore commencé, n’hésitez pas à vous inscrire sur le site http://campnanowrimo.org/, à créer un projet (maintenant, en objectif on peut donner un nombre de mots ou d’heures ou de lignes ou de pages) et me donner votre pseudo si vous voulez que je vous invite dans ma cabane. Car les camps fonctionnent avec un système de cabanes, plus intimistes que les grandes régions du NaNoWriMo.

Voilà ! À très bientôt pour de nouvelles aventures !

Qui écrit vraiment l’histoire ?

« Je préfèrerais aller de l’autre côté de la montagne, plutôt, ce serait une meilleure idée ! S’exclama la pétillante Alamana.
– Tu es sûre de toi ? Grommela Stéphania. J’avais prévu que le trajet passerait par la capitale et…
– Oh non non, balaya l’autre. Ce serait une perte de temps.
– Pourquoi tu ne veux pas aller là où je te dis ?
– Je trouve que ça ne serait pas logique d’aller en direction de la capitale, expliqua Alamana. Déjà, ça me ferait faire un détour. Et puis, pour y arriver, il faut passer par la Forêt Noire. Il est de notoriété publique que cette forêt est infestée de brigands, ce qui ne me parait pas très prudent.
– Ce n’est pas beaucoup plus prudent de voyager à travers les montagnes sans escorte, tenta de raisonner la seconde. Il pourrait y avoir des guides amicaux ou des gardes du corps sympathiques en ville.
– Boah, risquer sa vie en passant par la forêt ou par la montagne, ça ne change pas grand chose, n’est ce pas ?
– C’est vrai, avoua Stéphania à contrecœur.
– Du coup, autant aller directement par la montagne. » Décréta Alamana sur un ton définitif.

 

Stéphania se laissa aller en arrière sur sa chaise, repoussant son clavier. Elle allait encore devoir revoir le déroulement des évènements de son roman. Et trouver un autre moyen pour que son personnage principal, cette jeune femme pétillante et trop pleine de bon sens, rencontre des compagnons durant son périple.

Une Autre Dimension

« Mon peuple grandit, soupira théâtralement madame le Maire. Il va bientôt nous falloir une nouvelle Unité.
– Il est difficile de se procurer des Unités sans qu’Ils ne s’en rendent compte, répondit Tambour. Ils deviennent de plus en plus suspicieux à chaque disparition, malgré toutes mes feintes.
– Te soupçonnent-t-Ils ?
– Je ne pense pas. De temps à autre, je cache subtilement une Unité afin qu’Ils la retrouvent plus tard. Ainsi, Ils pensent que c’est une erreur d’inattention de leur part et qu’il en est de même pour les Unités que je vous ai apportées.
– Dans ce cas, tu n’auras aucun mal à nous fournir une autre Unité. Ils croiront qu’Ils la retrouveront plus tard et cela permettra de subvenir aux besoins énergétiques de mon peuple.
– Tu deviens vraiment gourmande, déplora Tambour. Et tu sembles oublier que ce n’est pas si facile de faire passer les Unités d’une dimension à l’autre. Je mets ma santé en jeu si je le fais trop souvent ! »
Madame le Maire sourit. « Tu fais ça tellement bien que cela semble facile d’un œil extérieur comme le mien, lui dit-elle. Et tu es tellement fort que je pense que tout ira bien. » Tambour aurait rougi sous la flatterie s’il en avait été anatomiquement capable. Il était très sensible à la flatterie. Malgré tous les risques que cela lui faisait encourir, il fit son possible pour satisfaire les envies gourmandes du petit peuple de la dimension voisine en Unités.

***

« Chérie ? J’ai une mauvaise nouvelle. Je crois que le lave-linge a rendu l’âme.
– C’est bien le moment, grommela l’interpellée.
– Voyons le bon côté des choses : je suis sûr que c’était lui qui nous piquait des chaussettes. Espérons que le nouveau sera plus sage ! »

(Encore une idée provenant du chan du NaNoWriMo Rhône-Alpes, merci à Aléa pour l’idée ^^)

Le Chaman du Clan du Loup

L’ennemi était mieux armé et plus nombreux que les braves du Clan du Loup. Ces derniers avaient alors adopté la tactique du harcèlement avec des raids rapides, épuisant leurs adversaires tout en minimisant leurs pertes. Malgré cela, les guerriers du Clan continuaient à tomber ; il en restait de moins en moins pour continuer le combat.
 
Les ennemis, quant à eux, continuaient d’affluer et se rapprochaient plus en plus dangereusement de leur village. La situation était grave. Après délibération, le Conseil décida qu’il serait plus sage de migrer plus loin, de l’autre côté du Grand Fleuve. Ils auraient ainsi le temps de se reconstruire et de panser leurs blessures.
 
Un jeune chamane se leva alors. « Cette décision est sage, convint-il. Mais elle ne serait que temporaire. Il ne fait nul doute que ce ne sera qu’une question de temps avant que nos assaillants ne traversent le fleuve.
– Nous en sommes conscient, répartit la doyenne du village. Seulement, nous n’avons pas d’autre choix dans l’immédiat.
– En effet. C’est pourquoi je vais vous proposer une solution plus durable. »
 
Les membres du Conseil échangèrent des regards surpris. La doyenne demanda au jeune homme de s’expliquer. Il était le chamane le plus jeune de mémoire d’homme, un véritable prodige. Son avis valait certainement d’être écouté. « Si les esprits me sont favorables, je pourrai empêcher ici même l’avancée de l’ennemi pour toujours.
– A quel prix ? » Grommela la vieille femme qui connaissait bien les contreparties chamaniques.
 
Le jeune homme se contenta de laisser un sourire énigmatique fleurir sur son visage encore juvénile. La doyenne hocha gravement la tête d’un air entendu. « La seule chose étant, reprit plaisamment le chamane, que je vais avoir besoin de me concentrer pendant plusieurs jours afin de convaincre les esprits de me prêter leur assistance.
– Nous ne te laisserons pas seul. »
 
Alors que les villageois se préparaient à partir, le Conseil dépêcha au chamane une dizaine de guerriers. Ils étaient dirigés par la petite-fille de la doyenne, afin de le protéger tant qu’il en aurait besoin. Alors que les braves étaient à cheval pour pouvoir patrouiller plus efficacement dans la zone, le jeune homme était resté à pied.

 
 
Les villageois du Clan du Loup étaient partis depuis plusieurs jours, laissant le chamane et son escorte qui veillait sur lui tandis qu’il méditait. Plus le temps passait, plus les braves devenaient nerveux. Ils avaient déjà dû faire face à quelques escarmouches. Plus ils attendaient, plus le danger se rapprochait.

« Ils vont bientôt arriver, Chamane, l’informa la petite-fille de la doyenne. Nous avons fait ce que nous avons pu pour les envoyer sur d’autres pistes, mais ils vont finir par nous trouver. J’espère que tu es prêt.
– Il le faudra bien, répondit le jeune homme avec un sourire. Vous devriez partir retrouver le Clan du Loup de l’autre côté du fleuve. »

La guerrière obtempéra et rassembla ses braves. Avec un pincement au cœur, ils s’éloignèrent du chamane, qui se tenait droit au centre de ce qui était la place du village. Le danger n’étant pas loin, ils lancèrent leurs montures au galop.

Lorsque la petite-fille de la doyenne se retourna, une aura colorée scintillait autour du jeune homme, illuminant le crépuscule d’une douce luminosité. Nul doute que l’ennemi allait foncer droit sur cet oriflamme. Autour du chamane, les formes éthérées des esprits se rassemblaient, tandis que des arbres poussaient à vue d’œil un peu partout en éventrant les habitations. Inquiets des forces en jeu, les braves poussèrent leurs montures pour s’éloigner encore plus rapidement.

En parvenant aux rives du Grand Fleuve, la guerrière se retourna une dernière fois. Elle comprit à cet instant que le jeune homme ne reviendrait jamais. Là où s’étendait auparavant la plaine et leur ancien village se dressait dorénavant une forêt nimbée d’une brume surnaturelle, qui barrerait la route à tous ceux qui tenteraient de rejoindre le Clan du Loup.

 

Cette micro-fiction a été inspirée par un mini cadavre exquis produit par de mignons NaNoteurs « Le Chamane scintillant au crépuscule ».