NaNoCamp Avril 2017 J-2 : Préquelles Arkhaiologia

Une fois chez lui, ils installèrent leur sauveuse sur le canapé. « Tu n’aurais pas quelque chose pour la couvrir ? » S’enquit Béatrice. Pendant que son ami se rendait dans sa chambre à la recherche d’habits, elle s’assit en face de l’ancienne blessée pour lui demander : « Ça va mieux ? » Son interlocutrice la fixa droit dans les yeux, sans répondre, mais sans se départir de son sourire. « Mon ami est allé chercher des vêtements. » Continua Béatrice. Elle n’obtint toujours pas de réponse et se fit la réflexion que cette étrange inconnue n’avait pas l’air particulièrement gênée par sa nudité. De plus, elle paraissait avoir un peu récupéré ses esprits ; ses yeux étaient moins vides et inspectaient la pièce autour d’elle.

« J’espère que ça ira… » Valentin revenait avec de vieux vêtements à lui. Il les déposa près de leur sauveuse, qui pencha la tête d’un air intrigué. « C’est pour toi, précisa le jeune homme. En attendant qu’on trouve mieux.
– Je devrais peut-être ramener des choses de chez moi, suggéra Béatrice.
– C’est surtout le moment d’appeler les secours, ou la police, ou je ne sais pas, non ?
– Je ne sais pas. » La jeune femme fit la moue en jetant un regard à leur sauveuse qui les considérait à présent calmement, toujours sans mot dire, en tortillant une mèche de cheveux châtains.

« Même avec tous ces êtres féériques dehors, je me vois mal dire à qui que ce soit que nous avons trouvé une femme blessée qui s’est régénérée en quelques minutes, plaida Béatrice. Elle était perdue, mais elle semble avoir presque entièrement retrouvé ses esprits. Dans les faits, il n’y a presque plus de raisons d’appeler qui que ce soit. Avec un peu de chance, elle va finir par retrouver la mémoire et la parole. N’est ce pas ? » Lança-t-elle à l’intention de l’inconnue.

Celle-ci lui répondit avec un sourire, puis inspecta les habits apportés par le jeune homme. Ce faisant, la veste que lui avait prêté Béatrice glissa de ses épaules. Elle inspecta alors sa propre nudité, comme si elle découvrait seulement maintenant son manque d’apprêts. Elle pouffa de rire et prononça quelques phrases de manière volubile. « Je suis désolé, s’excusa Valentin. Je ne comprends pas ce que vous dites.
– Moi non plus, renchérit Béatrice. Et je ne vois même pas de quelle langue il peut s’agir. Mais elle a l’air d’aller mieux ! »

L’inconnue lui sourit de nouveau et hocha affirmativement la tête. Elle se leva, la veste tombant totalement, et parut se concentrer tout en faisant un petit geste fluide. D’étranges vêtements firent leur apparition sur le corps de l’étrangère. [à déterminer] Les deux amis restèrent interdits face à ce spectacle. Ils venaient d’avoir la preuve que des humains magiciens existaient bel et bien, s’ils n’en avaient pas été convaincus en voyant une écorchée guérir à vue d’œil.

« Voilà qui est mieux ! Se réjouit l’inconnue qui parlait avec la précaution de ceux qui n’étaient pas entièrement à l’aise avec la langue.
– Ce n’est peut-être pas très discret, commenta Béatrice par devers elle.
– Mais vous parlez notre langue ? S’étonna Valentin.
– Maintenant oui, confirma l’étrangère. Je ne connaissais pas cette langue, mais j’ai l’impression de l’avoir apprise plutôt vite !
– Vite ? Ça fait combien de temps que tu es ici ? S’enquit curieusement Béatrice.
– Oh, je m’étais réveillée depuis quelques minutes lorsque je vous ai rencontrés. »

L’inconnue s’assit de nouveau sur le canapé, avec un froncement de sourcil, comme si elle réfléchissait. « J’ai du mal à recoller les morceaux, avoua-t-elle. Mon cerveau est un peu embrumé…
– Tu dois être chamboulée par ce qui t’est arrivé, supposa Valentin. Quand nous t’avons vue, tu étais à moitié écorchée.
– Écorchée ? Répéta l’étrangère.
– Oui, c’est sûr, tu vas beaucoup mieux maintenant, balbutia le jeune homme. Enfin bref… Comment tu t’appelles ?
– Déa, je crois. En tous cas, ça me dit quelque chose de m’entendre appeler ainsi. » Elle se racla la gorge. « J’ai soif. » Elle avait l’air étonnée.

Béatrice se leva et alla lui chercher un verre d’eau, puis vint s’assoir sur le canapé à côté de Déa, tandis que Valentin s’installait face à elles. La nouvelle venu intriguait beaucoup les deux amis. De plus, en tant que magicienne, elle faisait partie de leur sujet d’étude – tant à l’une qu’à l’autre – et ils avaient envie d’en savoir plus. Comme elle leur paraissait encore un peu perdue, ils décidèrent d’un accord tacite d’y aller doucement avec elle. Ce qui n’empêcha pas le jeune homme de prendre son téléphone en main pour prendre des notes de leur échange ; il doutait que Déa ait envie d’être enregistrée.

« Je n’arrive pas à me souvenir, souffla-t-elle d’un air contrarié.
– De quoi ? Demanda Béatrice.
– De rien, c’est bien le problème.
– Peut-être qu’on pourrait essayer de te poser quelques questions, suggéra Valentin à l’ancienne écorchée. Ça pourrait peut-être suffire à te rafraîchir la mémoire sur certaines choses. Après tout, ça a fonctionné pour ton prénom.
– Moui, lâcha Déa d’un air peu convaincu. D’accord, essayons.
– Chouette ! Se réjouit Béatrice. Je commence ! »

Elle se frotta les mains et plongea ses yeux noisettes dans ceux, presque dorés se rendit-elle compte, de Déa. « Alors, commença l’amie de Valentin, d’où viens-tu ?
– De… Je ne sais pas, réalisa l’étrangère. De partout et de nulle part j’ai l’impression.
– Mmmh, commenta brièvement Béatrice. Et quelle était cette langue que tu parlais tout à l’heure ? Elle ne me rappelle rien que je connais.
– Vu le nombre de langues que tu connais, ce n’est pas étonnant, la taquina son ami. »

Tandis que Béatrice ripostait en jetant un coussin en direction de la tête de Valentin, Déa prononça pensivement quelques mots dans la langue en question. Elle secoua la tête et déclara : « Je n’ai pas l’impression qu’il existe un mot dans votre langue pour la mienne… C’est bizarre, je ne comprends pas. »

Valentin ne saisissait pas ce que voulait dire la femme aux yeux dorés. Les pensées se bousculaient dans sa tête. Les yeux dorés étaient-ils une manifestation des capacités surnaturelles de Déa ? Cette couleur n’existait pas naturellement, si ? L’amnésie de Déa était-elle temporaire ? Qu’avait-il pu lui arriver pour qu’elle ait apparu ainsi écorchée ? Quand pourrait-il le savoir ? Fallait-il l’emmener à la police ? Ou à l’hôpital pour son amnésie ? Tout se brouillait dans sa tête. Pendant ce temps, Béatrice avait continué de questionner la magicienne. Malheureusement, Déa n’avait pas grand chose à leur apprendre ; le peu dont elle se souvenait était confus.

NaNoCamp Avril 2017 J-4 : Préquelles Arkhaiologia

Son ami comprenait son désarroi. Embêté de ne rien pouvoir faire, il lui proposa une promenade digestive. Prendre l’air leur changerait peut-être les idées à tous les deux. Ils plièrent les cartons de pizza avant de les descendre et de sortir. Il était encore tôt, suffisamment pour que le soleil ne soit pas entièrement couché. « Où veux-tu aller ? s’enquit Valentin.
– Le parc est peut-être encore ouvert à cette heure-ci, supposa la jeune femme. On a qu’à aller voir. »

Le plus grand parc de la ville se trouvait au bout de la rue où habitait Béatrice. Leur discussion se fit plus légère au fur et à mesure de leur promenade. Ils furent très déçus lorsque les drones du parc se mirent à informer les visiteurs qu’ils devaient se diriger vers les sorties les plus proches, car le parc allait fermer pour la nuit. Les jeunes gens obéirent et sortirent de l’enceinte. Malheureusement, ils étaient sortis loin de chez eux. Ils entreprirent donc de rentrer par la ville. La nuit était noire à présent, mais l’éclairage citadin avait pris le relais.

Valentin et Béatrice se sentaient légèrement euphoriques après leur bol d’air et leurs plaisanteries. Marchant dans la rue bras dessus, bras dessous, ils rivalisaient de mots d’esprit peu recherchés qui les faisaient glousser. Occupés qu’ils étaient, les jeunes gens ne remarquèrent pas les deux individus louches qui se plaçaient derrière eux, tandis que deux autres venaient à leur rencontre.

« Alors le p’tit couple, il passe une bonne soirée ? S’enquit l’un des quatre.
– Bonsoir… Émit Valentin en prenant conscience du danger.
– Si vous voulez continuer de passer une bonne soirée, reprit le malfrat, il va falloir nous donner tout ce que vous avez qui a d’la valeur.
– Rien que de vous avoir rencontrés nous fait passer une mauvaise soirée, alors bon… » Ne pût s’empêcher de lâcher Béatrice.

L’un de ceux qui se tenait derrière plaqua brutalement la jeune femme contre le mur de l’immeuble voisin. « Quesstadi ? » S’emporta-t-il, une main autour du cou de sa proie qui émit un geignement tant surpris qu’étouffé. « Fais gaffe à c’que tu dis ! La prévint-il d’un ton énervé.
– Calmons-nous, tenta de tempérer Valentin.
– C’est un nerveux, expliqua doucereusement le premier malfrat qui paraissait être la tête pensante du groupe. Alors dépêchez-vous de nous donner tout c’que vous avez avant qu’il s’énerve. »

Alors que le jeune homme, ne voyant pas trop quoi faire d’autre et craignant pour son amie, s’apprêtait à obtempérer, l’atmosphère changea subitement. Une fine brise nocturne les effleura tous, suivie d’un infime instant de calme intense. Puis l’agresseur de Béatrice se retrouva violemment attiré en arrière et propulsé sur un poteau qui lui coupa le souffle. La jeune femme faisait désormais face à sa sauveuse, entièrement nue et à moitié écorchée. De la lymphe et du sang s’écoulaient des plaies. Béatrice aurait voulu crier face à cette vision d’horreur, mais rien ne sortit de sa bouche.

Les trois agresseurs restant se précipitèrent sur l’étrange nouvelle-venue pour venger l’affront fait à leur compagnon. Aussi vive que l’éclair, l’écorchée se tourna vers le plus proche et lui administra un magistral coup de poing qui l’envoya instantanément rouler quelques mètres plus loin, inconscient. Valentin vit avec horreur les deux derniers arriver jusqu’à leur sauveuse hors du commun, couteaux tirés. Mais celle-ci leur faisait déjà face, la paume levée dans leur direction. Une onde en jaillit qui heurta les deux derniers assaillants qui s’immobilisèrent un bref instant avant de tourner de l’œil. L’écorchée resta un moment sans bouger, avant d’attraper sa tête des deux mains en gémissant et de mettre un genou à terre.

La voyant en détresse, les deux amis quittèrent leur torpeur pour lui prêter assistance. Ils voulurent la soutenir, mais ils craignaient l’un et l’autre de lui faire mal s’ils touchaient ses plaies ouvertes. Valentin eut l’impression que leur sauveuse semblait moins blessée que lorsqu’elle était intervenue. Pendant que Béatrice ôtait sa propre veste pour en recouvrir l’étrange inconnue, le jeune homme essaya d’initier le dialogue : « Merci d’être intervenue, mais… Vous n’avez pas l’air bien ; mon amie et moi allons vous emmener à l’hôpital, d’accord ? » La blessée paraissait avoir perdu toute sa vitalité et avait désormais du mal à focaliser son regard sur un point précis. Elle laissa échapper des mots incompréhensibles, ce qui parut lui demander beaucoup d’énergie.

« Regarde ! Lança Béatrice à l’intention de son ami. On dirait qu’elle se régénère, non ? » Valentin regarda l’écorchée plus attentivement. Effectivement, ses plaies se refermaient peu à peu. « Je pense que ce n’est pas une très bonne idée de traîner ici, ajouta la jeune femme en jetant un coup d’œil appuyé aux quatre malfrats qui gisaient au sol. Emmenons-la vite.
– Tu penses qu’on peut la porter jusqu’à l’hôpital ?
– C’est un peu loin, réfléchit le jeune homme en se grattant la tête. On devrait appeler les secours plutôt.
– Mmmh… Émit Béatrice. On ne va peut-être pas avoir besoin finalement. »

L’inconnue était presque entièrement guérie, mais paraissait toujours apathique. Elle secouait doucement la tête d’un côté et de l’autre, comme si elle essayait de se souvenir de quelque chose. Son regard restait tout de même absent. « Je ne sais pas, hésita Valentin. Elle est presque guérie, mais elle n’a quand même pas l’air bien du tout…
– Ça, c’est vrai, convint Béatrice. Elle a l’air beaucoup plus perdue que lorsqu’elle est arrivée pour tabasser ces quatre là.
– Nous sommes très proches de chez moi ; on pourrait l’emmener et appeler les secours de la maison. Je n’ai pas envie de rester ici plus longtemps. »

Son amie acquiesça. Ils encadrèrent l’inconnue, qui leur adressa un sourire absent, et l’aidèrent à se relever avec précaution. Elle les suivit machinalement, mais ils devaient la soutenir car sa coordination motrice laissait parfois à désirer et elle trébuchait souvent. À chaque fois, le jeune homme lui demandait si elle allait bien et, à chaque fois, elle se contentait de lui répondre avec un sourire absent. Valentin se demandait si elle comprenait ce qu’il lui disait. Il trouva les quelques dizaines de mètres jusqu’à son immeuble infinies. Pourtant, l’inconnue était à présent complètement guérie et marchait avec plus de facilité.

NaNoCamp Avril 2017 J-5 : Préquelles Arkhaiologia

[Spoil sur la suite d’Arkhaiologia]

L’amie de Valentin avait eu l’air désemparée. Malheureusement, celui-ci n’avait pas eu d’explication satisfaisante à lui proposer ; rien dans les diverses légendes ne donnait d’explication. Tout cela n’empêchait pas le jeune homme d’être fasciné par les petites fées. Béatrice le laissa en emporter une chez lui. Son laboratoire en détenait beaucoup trop et des gens continuer d’en apporter. Personne ne remarquerait la disparition de l’une d’entre elle. La jeune femme en relâchait même régulièrement. Ces jours-ci on trouvait de ces fées de partout. Sauf que personne ne connaissait le moment où elles étaient apparues et les spécialistes n’avaient aucune idée de ce qui avait causé leur apparition.

Les fées n’étaient pas les seuls êtres folkloriques à être subitement apparus. La plupart des antiques sites de culte et autres zones archéologiques avaient été fermés au public et étaient désormais sous surveillance. Les régions un peu isolées qui dépendaient de ce tourisme pour vivre commençaient déjà à subir le contrecoup de ces fermetures et à doucement péricliter. Ne venaient plus chez eux que les curieux écervelés en quête de sensations fortes.

La fascination pour l’apparition des créatures légendaires était teintée de beaucoup de craintes. De partout on ressortait les vieux livres de contes pour tenter d’en savoir plus ou de deviner quelles allaient être les prochaines apparitions. Beaucoup craignaient l’avènement de monstres comme les dragons, ce qui était une perspective pour le moins inquiétante. Le bruit courait aussi que certaines personnes commençaient à développer certaines aptitudes surhumaines. Des vidéos de démonstrations et de témoignages fleurissaient partout sur la toile, mais là-dessus il était toujours difficile de démêler le vrai du faux.

Valentin ne savait trop que penser de tout cela. Concentré sur son travail, il avait l’impression de vivre un peu isolé de toutes ces choses, comme s’il vivait sur un autre monde et qu’il n’était qu’un lointain spectateur. Et pourtant une petite fée se tenait, assise en tailleur, sur sa table basse. Du bout du doigt, il caressa délicatement la tête de la créature, qui poussa une trille de plaisir. Le jeune homme esquissa un sourire attendri, qui s’élargit lorsque la fée attrapa d’un air péremptoire le doigt qui avait arrêté de lui grattouiller la tête, pour lui signifier de continuer. Valentin s’exécuta.

Il fut interrompu par son téléphone. L’appareil lui indiqua qu’il s’agissait de Béatrice. Il fit glisser son doigt vers le haut de l’écran pour projeter l’appel au dessus du téléphone, sur un hologramme représentant son écran. Le visage de son interlocutrice s’afficha dans les airs. La jeune femme avait la tête appuyée sur une main, tenant visiblement son téléphone de l’autre. Plusieurs mèches brunes s’échappaient de la barrette qui maintenait ses cheveux relevés. « Salut ! Lança-t-il à son amie.
– Coucou, lui répondit-elle d’un ton fatigué. Tu t’amuses bien avec ta nouvelle amie ? » La petite fée était en train d’essayer d’attraper l’hologramme. Elle était visiblement frustrée de constater qu’elle ne pouvait pas le saisir et pépiait son mécontentement en voletant furieusement autour.

« Oui, je crois qu’elle s’adapte petit à petit.
– Tu lui as trouvé un nom ?
– Pas vraiment, avoua Valentin. Je l’appelle souvent râleuse. Elle ronchonne tout le temps ! Tu aurais pu me trouver une fée de meilleure composition.
– C’est toi qui l’a choisie, rétorqua la jeune femme en plissant les yeux avec un sourire en coin.
– Il faut croire que j’aime bien les râleuses. » Acquiesça le jeune homme avec un clin d’œil.

Son amie pouffa de rire et reprit : « Puisque tu aimes bien les râleuses, ça te dirait de venir manger une pizza à la maison ?
– C’est une bonne idée, surtout que mon frigo est vide.
– Dépêche-toi alors. » Lui enjoignit Béatrice en coupant la conversation. L’hologramme se coupa automatiquement, pour le plus grand plaisir de la fée qui pensait que c’était de son fait.

Valentin ne se leva pas tout de suite. Il fixa la petite créature qui se pavanait en se demandant à quel point ce serait une mauvaise idée de la laisser hors de sa cage pendant son absence. Elle paraissait tellement plus contente dehors ! Sur une impulsion, il se redressa pour aller ouvrir une fenêtre. Valentin échangea un bref regard avec la fée qui le contemplait d’un air perplexe, la tête penchée sur le côté. Puis il attrapa ses affaires et s’en fut rejoindre son amie.

Alors qu’il était en bas de son immeuble, son téléphone se mit à vibrer. Le jeune homme jeta un œil à l’appareil. Il s’agissait d’un message provenant de la centrale de son appartement, qui lui indiquait qu’il avait laissé une fenêtre ouverte et lui demandait s’il voulait que la centrale la ferme pour lui. Il appuya sur « non », suite à quoi un deuxième message l’informait que son ordre avait bien été pris en compte et que l’application lui poserait de nouveau la question en cas d’intempéries. Valentin haussa les épaules et rangea son téléphone.

Béatrice n’habitait pas très loin ; en marchant d’un bon pas, il n’en eut que pour quelques minutes. La porte de l’immeuble de la jeune femme s’ouvrit automatiquement à son approche et, quelques secondes plus tard, il se retrouvait assis sur un pouf moelleux, devant une énorme pizza fumante. C’était beaucoup mieux que la précédente perspective du lait et de la boîte de conserve. Les deux amis paraissaient aussi las l’un que l’autre, mais de manger leur rendit un peu de leur vitalité.

Une fois qu’ils furent un peu rassasiés, Béatrice s’enquit : « La rédaction avance bien ?
– Oh oui, je vais avoir terminé dans les temps, répondit Valentin en cherchant comment changer de conversation.
– Ça n’a pas l’air de te réjouir.
– Pas vraiment, c’est vrai. Tout cela m’ennuie…
– Pourtant, tu aimes bien ton sujet, non ?
– Oh oui, il est passionnant ! Il y a tellement de choses intéressantes à étudier dans le folklore, surtout depuis toutes ces… Apparitions.
– Ne m’en parle pas, se plaignit la jeune femme. Aucune de ces créatures ne fonctionne comme un animal normal, c’est perturbant.
– Tu exagères, la gourmanda Valentin.
– Oui oui, j’exagère, concéda-t-elle. Ce sont surtout ces petites fées qui me perturbent.
– Certainement parce que ce sont elles que tu étudies en ce moment…
– Oui, mais comment se fait-il que certaines aient des ailes de papillon, plusieurs espèces de papillons qui plus est, et d’autres de libellules ? Il y en a même d’autres d’espèces que je ne connais pas, mais qui ont des caractères plus primitifs.
– Tu rumines encore ?
– J’aimerais comprendre surtout. » Soupira Béatrice en terminant sa pizza.

NaNoCamp Avril 2017 J-7 : Préquelles Arkhaiologia

[Spoil sur la suite d’Arkhaiologia]

Valentin se laissa partir en arrière sur sa chaise intelligente, qui s’adapta aussitôt à sa nouvelle position. Toute la bibliothèque universitaire avec été équipée de ces chaises ergonomiques qui faisaient partie de tous les bureaux, mais manquaient aux étudiants du campus. Toutes les salles de l’université ne pouvaient pas être ainsi équipées. Seule la bibliothèque disposait de ces sièges intelligents. Malgré tout le confort de sa chaise, le jeune homme poussa un profond soupir, passant plusieurs fois ses mains sur son visage jusqu’à son cuir chevelu, qu’il gratta machinalement. Une grande lassitude l’habitait.

Tout se passait pourtant bien pour lui. Il n’avait plus que quelques mois avant de devenir un docteur à part entière. En attendant, il avait pratiquement terminé la rédaction de sa thèse et s’en sortait plutôt bien en tant que chargé de travaux dirigés. Ce n’était pas le cas de tous ses camarades ; il devrait se sentir satisfait au lieu de se sentir las. Valentin n’avait pas l’impression de s’épanouir et craignait de s’être déjà enferré dans une routine ennuyeuse, ce qui était dommage à son âge. Tout l’ennuyait de toutes façons.

Il avait peut-être juste passé trop de temps dans cette bibliothèque. Pas qu’elle était désagréable puisqu’elle était spacieuse, lumineuse et récemment rénovée ; il devait juste avoir passé trop de temps enfermé. Rassemblant rapidement ses affaires, il se sentit plus las que jamais. L’air extérieur fut le bienvenu et le jeune inspira profondément, espérant se libérer l’esprit. Il était encore tôt dans l’après-midi et, ne sachant que faire, il s’installa dans l’herbe du campus qui s’étendait devant la bibliothèque, sous un arbre. Après quelques minutes à contempler les déambulations des étudiants, Valentin sentit ses paupières s’alourdir. Il se laissa aller sur l’herbe, utilisant son sac comme oreiller, et s’endormit presque aussitôt.

La sieste lui fit du bien, mais il s’était couché sur un caillou et avait quelques côtes endolories. En grommelant, le jeune homme se leva pour se rendre chez lui, quelques rues plus loin. « Hé, salut toi ! » Lança-t-il en ouvrant la porte de son domicile. Depuis la cage posée sur la table, un petit bruit entre le couinement et le roucoulement lui répondit. Il s’avança pour jeter ses affaires sur le canapé et, alors qu’il progressait dans son appartement, la centrale mit la musique en route. Valentin songea brièvement qu’il devrait programmer d’autres pistes ; il commençait à se lasser des airs qui se lançaient à chaque fois qu’il rentrait.

Le jeune homme se pencha sur la cage pour en libérer la petite créature. À peine eut-il ouvert la porte qu’une boule dorée s’en échappa comme une balle. « Ne fais pas de bêtises ! » Lança-t-il tout en sachant que son ordre était inutile : elle n’en ferait qu’à sa tête. Avec un sourire attendri, il s’étira machinalement et se dirigea mollement vers le coin cuisine pour inspecter le contenu de son réfrigérateur en quête de quelque chose à boire. Comme il avait fait une sieste au lieu de faire des courses en rentrant, il ne restait qu’un demi-litre de lait. Il décida que cela ferait bien l’affaire et ouvrit ensuite un placard à la recherche de quelque chose à grignoter pour accompagner son lait.

Il n’y avait pas grand chose. Valentin réfléchit un instant à ouvrir une conserve quelconque, avant de réaliser que s’il buvait son lait maintenant, il n’en aurait plus pour le petit-déjeuner. Poussant un grognement, il se gratta la tête en se demandant s’il avait envie de ressortir. Tout à ses réflexions, il faillit ne pas remarquer la masse légère qui avait atterri sur son cuir chevelu et se frayait un passage à travers ses boucles brunes. Tout paraissait se liguer contre lui : il ne pouvait pas sortir maintenant que la petite créature qu’il s’échinait à apprivoiser depuis des semaines semblait enfin s’attacher à lui. Il s’assit précautionneusement sur son canapé après avoir rangé son lait à regret. Délicatement, il passa la main dans ses cheveux pour cueillir sa petite compagne et la poser sur la table basse.

La créature s’assit en tailleur et lui rendit son regard. Nue, elle avait une apparence humanoïde féminine lorsque l’on n’y regardait pas de trop près. Lorsqu’on l’inspectait plus avant, le corps paraissait avoir été modelé par quelqu’un qui aurait voulu copier une femme de mémoire, sans savoir à quoi servaient les seins, ni ce qui était sensé se trouver entre la ceinture et les jambes. De plus, la créature était totalement glabre. Les cheveux et les sourcils n’en étaient pas vraiment. Les sourcils semblaient finement dessinés, comme pour une poupée de porcelaine et les cheveux ressemblaient plutôt à du duvet. Le plus étonnant du point de vue anatomique étaient la légère lumière que la créature émettait en permanence et les ailes de papillon qui jaillissaient de son dos. Les omoplates étaient doubles et se répartissaient entre les épaules et les ailes.

Toute cette étrange faune qui se multipliait depuis quelques années rendait sa consœur Béatrice, qui étudiait sous la férule des – récents – spécialistes en nouvelles espèces animales, perplexe. Plus qu’une consœur, elle connaissait Valentin depuis le collège. À cette époque ils voulaient tous les deux être vétérinaires. Au fil des ans, l’une s’était dirigée vers l’étude des nouveaux spécimens et l’autre était devenu spécialiste en bestiaire folklorique. Contrairement à ce qu’ils pensaient en choisissant leurs filières respectives, leurs spécialités les amenaient à travailler régulièrement ensemble. Il faut dire que, lorsqu’ils avaient choisi leurs voies, l’apparition des créatures de contes de fées n’était encore qu’une rumeur.

Les mentors de Béatrice avaient créé de nouvelles familles pour pouvoir classer cette faune issue des mythes et légendes. La jeune femme avait été vraiment décontenancée en étudiant les petites fées – pour reprendre leur dénomination folklorique – comme celle qui vivait à présent chez Valentin. Elles n’étaient pas des mammifères malgré leurs apparences féminines pour les unes et masculines pour les autres. Mais leurs mamelles n’étaient pas fonctionnelles et ces créatures, celles d’apparence féminine, pondaient des œufs mous par grappes.

Rien ne les rapprochait des reptiles, ou des batraciens, ou des oiseaux, ou même des poissons. Béatrice avait essayé de démontrer qu’ils étaient plus proches des insectes en se basant sur leurs ailes et d’autres détails qui dépassaient un peu Valentin, mais force avait été de constater qu’ils ne faisaient pas partie de cette famille là non plus. « On dirait que quelqu’un a à moitié modelé ces créatures et à moitié collé des morceaux de créatures existantes, s’était-elle plainte un jour. Ils n’ont pas l’air totalement… naturels, pour ainsi dire, mais je ne connais personne qui ait la connaissance ou la technologie pour créer des bestioles pareilles. »

NaNoCamp d’Avril 2017

Salutations !

Le mois d’avril arrive bientôt et, au cas où je ne le répète pas assez, le NaNoCamp d’avril va commencer aussi. Alors voici un petit point entre le FévriPoint et le premier NaNoCamp 2017.

Depuis le FévriPoint, j’ai fini de découper Arkhaiologia en chapitres, tout en corrigeant quelques fautes par-ci par-là. J’ai aussi commencé à élaborer des intrigues autour du père de l’héroïne, rassemblé les infos que j’avais sur tous les personnages pour compléter au besoin, et deux-trois autres petites choses. Mais, comme j’avais toujours du mal à compléter le roman sans savoir tout ce qui s’était passé durant la lointaine antiquité, j’ai décidé d’écrire à ce propos pendant le NaNoCamp qui arrive.

Les précédents NaNoCamps, je n’ai pas posté mes productions ici. Cette fois-ci je vais le faire, histoire de voir si ça me motive. Il faut faire des tests dans la vie ! Par contre, j’ai quand même mis un petit objectif de nombre de mots (25 000 au lieu de 50 000). Alors, bien sûr, si vous n’avez pas lu Arkhaiologia, je vous déconseille de lire ma production du NaNoCamp. Je vous rappellerai ça à chaque post de toutes façons, je pense.

Les règles du NaNoCamp étant plus lâches que celles du NaNoWriMo, j’ai déjà commencé l’écriture de ces préquelles d’Arkhaiologia. Je vais vous poster tout ça dans les jours qui viennent. Il paraît que c’est ce que veulent les français, d’après une jeune andouillette que je ne nommerai pas.

Oh, et sinon, puisque le NaNoCamp n’a pas encore commencé, n’hésitez pas à vous inscrire sur le site http://campnanowrimo.org/, à créer un projet (maintenant, en objectif on peut donner un nombre de mots ou d’heures ou de lignes ou de pages) et me donner votre pseudo si vous voulez que je vous invite dans ma cabane. Car les camps fonctionnent avec un système de cabanes, plus intimistes que les grandes régions du NaNoWriMo.

Voilà ! À très bientôt pour de nouvelles aventures !