NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 5

Clay avait rarement eu l’occasion de voir Tina intimidée. Les deux seules personnes qui avaient réussi un tel exploit, à sa connaissance, étaient Arabella et Gregory.

« Nous devrions peut-être aller prendre l’air, nous aussi. » commenta Simon d’un ton pensif. L’ancien Faucheux avait l’impression que tout le monde voulait passer le plus de temps possible en compagnie de Chaahk. Le jeune homme devait bien admettre que leur invité suscitait facilement l’admiration. L’aura de mystère qui l’entourait, ses yeux perçants, sa chevelure parfaite, le corps bien dessiné à peine dissimulé, la sérénité qu’il dégageait, la démarche féline et l’intelligence aiguë dont il faisait preuve, étaient toutes autant de choses qui forçaient le respect.

Clay aurait voulu en discuter avec Ethelle. Il pensait qu’elle ne se laisserait pas aveugler par l’impression de perfection qui émanait du dieu. Elle trouverait certainement une remarque cinglante à faire à son propos. La jeune femme rousse lui manquait ; il s’était déjà surpris à plusieurs reprise à faire des esquisses de son visage, ce qu’elle aurait certainement trouvé mièvre. Malgré la propension d’Ethelle à porter des jugements sur tout, elle avait aussi su se montrer prévenante et compréhensive face à sa peur des fantômes. Elle était beaucoup plus gentille qu’elle ne le paraissait de prime abord !

Clay suivit néanmoins Simon à la suite de Tina et Chaahk. L’archéologue avait raison : respirer un peu d’air pur leur ferait du bien après tant de temps passé à respirer l’atmosphère poussiéreuse de la bibliothèque. Ils les rattrapèrent et profitèrent du soleil de fin d’automne (je crois, à un moment il va falloir que je fasse une vraie timeline), encore bien présent dans l’après-midi. La petite blonde n’eut pas besoin de solliciter l’aide du nahua ; il se dirigea de lui-même vers le planeur qui attisa sa curiosité.

« Je pense que nous allons devoir réfléchir à trouver les bureaux de ces professeurs dont parle la dénommée Béatrice, songea tout haut le professeur Derrington. Ils doivent receler des informations précieuses eux aussi.
– Peut-être même qu’ils conservaient leurs notes à l’écrit, espéra Clay.
– Oh non, je ne me lasse pas d’écouter ces souvenirs vocaux.
– Je me doute, mais ils sont épuisants pour moi !
– Allons allons, tu es jeune et solide, tu t’en sors très bien. » Le félicita l’archéologue.

Clay eut la brève impression que Chaahk écoutait leur conversation, ce qu’il trouvait idiot puisque le dieu ne connaissait pas leur langue. Il ne pouvait pas l’avoir apprise en si peu de temps, si ? De plus le nahua paraissait aussi suivre les explications ponctuées de gestes de Tina. L’ancien Faucheux n’eut pas l’occasion de se poser la question plus avant, car Simon commençait un résumé de ce qu’il avait appris en écoutant Béatrice et que ça intéressait beaucoup le jeune homme. Le professeur Derrington continua jusqu’à ce que le soleil se couche, les privant de sa faible chaleur automnale, et que leurs estomacs commencent à gargouiller.

Ils retournèrent se réfugier dans l’atmosphère antique de la bibliothèque pour préparer leur dîner. Chaahk avait attrapé deux lapins, un peu plus tôt, qu’il avait dépecés et qu’ils n’avaient plus qu’à faire cuire. Ses trois compagnons se réjouissaient d’avance de ce gibier qui allait agrémenter leur ordinaire. Ils s’installèrent autour du réchaud qui leur servaient de point de repère et commencèrent leurs préparatifs.

Le nahua se redressa soudain, surprenant les trois angelnish (<- terme à employer un peu plus). Il posa sa main sur le sol, les yeux mi-clos, comme s'il écoutait la terre lui parler. "Quelqu'un, dit-il en ouvrant les yeux. Pas ami." Les pensées se bousculèrent dans l'esprit de Clay : comment avait-il appris leur langue, comment savait-il que le nouvel intrus n'était pas un ami et que devait-il faire face à la menace ? Comme Tina, il s'empara d'un vieux couteau qu'il avait gardé du temps où ils faisaient partie des Faucheux. Simon fouilla dans ses affaires pour en extirper un pistolet qui avait, de toute évidence, très peu servi. Chaahk, s'emparant de sa lance en métal, leur adressa un signe de tête de connivence. Il se leva et s'aventura avec circonspection dans le grand hall. Clay et Tina l'encadraient, jetant des coups d'œil autour d'eux et le professeur Derrington les suivait en chargeant son arme à feu d'une main inexperte.

Clay avait beau fouiller la salle du regard, il ne vit rien de suspect. En revanche il se sentait observé, comme avant leur rencontre avec le dieu. Il sursauta quand une forme se laissa tomber sur Tina.

 

754 glorieux mots pour ce soir x) on va dire que la reprise a été dure

NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 4

Alors qu’elle réfléchissait, elle se posta machinalement devant sa fenêtre. Le vent agitait les plantations du parc des Merryweather et quelques gouttes venaient frapper la fenêtre. C’est alors qu’elle aperçut quelqu’un s’aventurer dans le jardin en proie à la grisaille et aux éléments. Seulement vêtu de sortes de braies parées de plumes colorées et la tête surmontée d’une coiffe elle aussi piquée de plumes, il était pied nus sur les graviers et portait un long bâton de bois. Lorsqu’il se posta sur un carré d’herbe, il se tourna en direction du bâtiment et Ethelle reconnut avec surprise Izel, l’aîné des [Machintruc]. De le voir ainsi, il lui parut un peu plus âgé que de prime abord ; elle estimait qu’il devait avoir seize ou dix-sept ans.

Le garçon joignit les mains sur son bâton, levant les yeux vers le ciel et poussa un cri puissant. Ethelle n’eut pas le temps de sursauter qu’il avait déjà entamé une série de mouvements rapides, accompagné du long bâton qu’il maniait comme une lance. Izel se montrait un bon acrobate. Ses pas lui faisaient tracer un cercle dans l’herbe mouillée et le bâton tournoyait de plus en plus rapidement autour de lui. Sous les yeux ébahis de la jeune femme rousse, Miztli rejoignit son frère, se plaçant au centre du cercle qu’il était en train de tracer. Elle à peine plus vêtue, portait une coiffe emplumée encore plus imposante et ne portait pas de bâton. À la place, elle portait une flûte qu’elle porta à sa bouche pour en jouer. Pour l’écouter, Ethelle ouvrit sa fenêtre, ignorant les quelques gouttes qui l’éclaboussaient.

La jeune femme avait déjà rencontré des ressortissants nahuas de l’Empire Nueva Azteca, mais n’avait jamais assisté à une démonstration de danse traditionnelle. Elle en était subjuguée : les notes de la flûte étaient entêtantes et la danse hypnotisante. Ethelle se demanda combien de temps allait durer leur performance ; Izel allait bien se fatiguer à ce rythme, n’est ce pas ? Mais ni le frère, ni la sœur ne paraissaient pas vouloir s’arrêter. Ils continuèrent jusqu’à ce que les gouttes cessent de tomber et qu’un timide rayon de soleil traverse la masse nuageuse. Même là, ils persistèrent encore un peu, jusqu’à ce que l’aîné s’arrête de danser et plante son bâton en terre, essoufflé.

Miztli se précipita vers le manoir en sautillant et lançant joyeusement quelques mots de nahuatl à quelqu’un qu’Ethelle ne pouvait pas voir. Les parents de la fillette sortirent à leur tour dans le jardin humide. Eux n’avaient pas quitté leurs riches vêtements et parurent féliciter leurs enfants. Mademoiselle Morton approuva intérieurement : elle avait été impressionnée par leur prestation. C’est alors qu’elle remarqua qu’Izel la fixait de ses yeux noirs. Gênée, elle lui adressa un bref signe de main avant de refermer sa fenêtre.

Au dîner, elle félicita à son tour les deux enfants [Machintruc] du merveilleux spectacle auquel elle avait assisté. Xochitl lui expliqua qu’il s’agissait de la danse du soleil, astre cher au cœur nahua, et qu’Izel et Miztli avaient été tellement performants qu’ils avaient réussi à chasser la pluie pendant quelques minutes. Nicolas rit, pensant à une plaisanterie, mais Ethelle avait l’impression que Xochitl était sérieuse. Après tout, à la fin de la danse, la pluie s’était effectivement arrêtée de tomber et un rayon de soleil était même apparu. Était-ce juste une coïncidence ? La famille [Machintruc] paraissait certaine du pouvoir de la danse du soleil. Ethelle, quant à elle, avait été témoin de tellement de choses étranges qu’elle n’était pas loin de les croire.

Lorsque le valet de service se pencha à côté d’elle pour remplir son verre de vin, elle sursauta et étouffa un cri. Elle ne l’avait pas remarqué jusqu’ici – n’ayant pas l’habitude de prêter attention au personnel – mais celui qui venait de compléter de son verre était Gregory, le majordome qui l’avait attaquée la veille (à vérifier). Constatant qu’elle l’avait reconnu, l’homme de main d’Arabella s’empara d’un couteau et en porta un coup à Ethelle, qui repoussa précipitamment sa chaise pour l’éviter avant de se lever pour reculer encore.

Poussant un grognement inhumain, Gregory se jeta sur la jeune femme, mais le deuxième coup de couteau fut stoppé par Xochitl qui se trouvait à côté. Cuauhtli arriva en renfort de sa femme pour ceinturer le majordome d’Arabella. Celui-ci se débattit comme une furie. D’un coup de coude dirigé vers la figure, il se débarrassa de Xochitl. Comme elle poussa un petit cri de douleur en portant les mains à son nez, il se dégagea facilement de son mari qui l’avait lâché pour soutenir sa compagne. Gregory se précipita de nouveau vers sa cible rousse, qui avait prudemment placé la table entre son agresseur et elle. Il sauta sur la nappe, au milieu des plats et des assiettes, comme s’il s’agissait d’une simple marche.

Ethelle pensait sa dernière heure arrivée lorsque deux formes s’élevèrent face au majordome enragé. La première provenait de son pendentif et la deuxième n’était autre qu’Izel. Face à l’homme grand et costaud qu’était Gregory, [Bidulette] et le fils [Machintruc] paraissaient faibles et sans défense. Avec eux, il ne fallait pourtant pas se fier à l’apparence. [Bidulette] balaya les jambes du majordome tandis qu’Izel finissait de le déstabiliser par un coup de pied aérien. Grégory tomba, roula et se retrouva aussitôt sur ses pieds. À présent il avait quitté Ethelle des yeux et décida de se concentrer sur ses deux petits opposants.

La jeune femme rousse avait l’impression de se retrouver au milieu d’un cauchemar : le visage du majordome s’était allongé, sa pilosité s’était accentuée et ses canines paraissaient avoir poussé. Ce qui attaqua [Bidulette] et Izel tenait désormais plus de la bête que de l’être humain. Les deux poids plumes se tinrent prêts à contrer l’assaut de Gregory, mais il n’arriva pas jusqu’à eux. Un coup de feu avait retenti, qui avait fait sursauter tout le monde. Interrompu dans son élan, le majordome roula des yeux furieux avant de s’effondrer sur la table, puis de rouler sur le sol.

[Bidulette] fit la grimace en constatant qu’une fois de plus, elle se changeait en fumée contre son gré pour réintégrer le pendentif. Mais personne ne lui prêtait attention : tous avaient tourné la tête en direction de Nicolas, qui avait tiré le coup de feu. Il replaça le pistolet dans l’écrin qu’Henry maintenait ouvert à sa disposition et où se trouvait nichée une arme jumelle. Ceci fait, il s’empressa de rejoindre Ethelle pour s’assurer qu’elle n’avait pas été blessée. Izel se tenait déjà auprès de sa mère, qui maintenait contre son nez une serviette de table que lui avait apportée Miztli.

Quelques instants plus tard, madame Cartridge arriva pour ausculter Xochitl et des gendarmes arrivèrent pour examiner la scène et poser des questions. Ils remarquèrent que Gregory n’était pas mort des suites de sa blessure par balle. Après qu’il eut été examiné à son tour par madame Cartridge, les gendarmes emmenèrent le majordome qui avait repris conscience. Il ressemblait de nouveau à un être humain normal, mais le regard qu’il jeta à Ethelle en quittant la pièce la fit frissonner.

(changement de chapitre)

Pfiou ! Ces fées me fatiguent. Elles produisent un tel brouhaha que je ne peux pas rester dans leur pièce plus d’un quart d’heure. Et les différentes races sont trop… Ben différentes, en fait. Malgré les nouvelles nomenclatures mises en place par Massamba et Pommier, je trouve toutes ces créatures surnaturelles vraiment perturbantes. Par exemple, concernant les pillys (les petites fées Clochette), rien ne les rapproche des mammifères, ou des reptiles, ou des batraciens, ou des oiseaux, ou même des poissons. J’ai essayé de démontrer qu’ils étaient plus proches des insectes en se basant sur leurs ailes et leurs antennes, notamment, mais force avait été de constater qu’ils ne font pas partie de cette famille là non plus. Certains fabriquent même des pigments bleus… Il n’existe qu’une ou deux espèces connues au monde qui sont capables de ça !

Je sais que je me répète, mais on dirait que quelqu’un a à moitié modelé ces créatures et à moitié collé des morceaux de créatures existantes. Ils ressemblent à de petits humains à qui on aurait attaché des caractéristiques d’insectes. En plus, leurs mamelles ne sont pas fonctionnelles et celles qui ressemblent à des femmes pondent des œufs mous ; c’est n’importe quoi. Ils n’ont pas l’air totalement… naturels, pour ainsi dire, mais je n’ai entendu parler de personne qui ait la connaissance ou la technologie pour créer des bestioles pareilles. Et puis je n’ai pas très envie d’entamer une nouvelle théorie du complot. Même avec toutes les connaissances qu’il a accumulées au sujets des créatures surnaturelles, Valentin n’a pas su me proposer une hypothèse sur leur origine. Apparemment il n’existe aucune indication dans aucune légende.

Je lui ai quand même donné une petite pilly. Après tout, c’est lui qui m’a dit qu’un des noms pour ces petites créatures était “pillywiggin”. Je sais qu’il s’en occupera bien et puis ici il y en a déjà tellement. J’en relâche tous les jours. Les gens nous les amènent par seaux entiers tellement ces petites bêtes foisonnent de partout. Ils n’ont toujours pas compris que ce serait la même chose que de nous amener des pigeons par seaux entiers… Valentin dit qu’ils vont finir par comprendre, mais il est toujours très optimiste concernant l’humanité. Moi un peu moins, surtout que certains des chasseurs de fées (comme ils se surnomment) sont déjà venus plusieurs fois et, à chaque fois, je leur explique que nous avons trop de fées et je leur fais la comparaison avec les pigeons.

C’est même encore pire que les pigeons, parce qu’au moins les pigeons ne nous empêchent pas de nous rendre sur les sites archéologiques ! Ils les abîment, au pire. Le moindre menhir ou dolmen est devenu un endroit dangereux d’où sortent des elfes ou des korrigans à des moments complètement incongrus. L’armée a mis des barrières et surveille les endroits les plus dangereux… Ça aurait pu faire un bon sujet de roman. J’ai encore du mal à réaliser tout ça à certains moments.

Le pire, c’est quand les gens me demandent si les dragons aussi vont faire leur apparition. Comment le saurais-je ? La seule chose que l’on peut affirmer avec certitude, c’est que plus le temps passe, plus on observe de créatures et plus on en observe des grosses. Après, nous n’avons pas de véritables preuves de l’existence des dragons, alors personne ne peut affirmer si nous allons en voir à un moment ou à un autre. Je ne sais absolument pas comment on pourrait gérer l’existence de dragons ; je préfère ne pas y penser !

Bon, je vais proposer à Valentin de venir manger une pizza. Rien de tel qu’une pizza entre amis pour se remonter le moral…

Pizzas commandées : quattro formaggi et prosciutto, livrées dans vingt minutes.

« Cet enregistrement a été effectué le même jour que le premier enregistrement de Valentin que nous avons écouté, nota le professeur Derrington.
– Béatrice, ajouta Chaahk.
– Béatrice ? Serait-ce le prénom de cette jeune scientifique ? Vous la connaissiez aussi alors ? C’est merveilleux ! se réjouit Simon. Il faut dire qu’ils paraissaient se connaître eux aussi. Pouvoir suivre deux points de vue va être tellement intéressant, je suis impatient de pouvoir écouter la suite. Clay, es-tu prêt à continuer ? »

L’interpellé était affalé sur le guidon du cyclopède, épuisé d’avoir pédalé si longtemps. Tina avait rendu le système plus efficace pour qu’il ait moins d’efforts à fournir, mais l’archéologue en avait profité pour écouter les enregistrements plus longtemps. Après tout, il lui fallait de nombreuses écoutes avant de pouvoir prendre suffisamment de notes sur un seul enregistrement, ses notions de langue antique étant loin d’être parfaites. Sans compter les sessions où il se contentait de profiter des sonorités de cette langue qu’il aimait tellement. Cela faisait déjà une demi-douzaine d’écoutes qu’il effectuait d’affilée et son apprenti n’en pouvait plus.

« Bon, ce n’est pas grave, concéda Simon. Prend le temps de te reposer, je vais relire mes notes.
– Merci. » souffla Clay en enfouissant son visage entre ses bras. Après quelques respirations, il tourna la tête sur le côté. Tina, qui le regardait d’un air inquiet, détourna les yeux, faisant mine de réparer une des lanternes qui était défectueuse. Le professeur Derrington s’était assis au bureau antique, mais sur son propre tabouret portatif. Il avait essayé de s’asseoir sur la chaise à roulettes originelle quelques jours auparavant, mais celle-ci s’était brisée sous son poids. Chaahk, lui, était adossé au mur et avait ses yeux verts dans le vague, la tête légèrement penchée sur le côté, comme s’il essayait d’entendre quelque chose.

Le nahua réalisa soudain que Clay le fixait, ce à quoi il expliqua : « Belisama. » avant de soupirer et de quitter la pièce. Tina délaissa ce qu’elle était en train de bricoler pour lui emboîter le pas. Le jeune homme soupçonnait sa cadette de vouloir embaucher Chaahk pour l’aider à réparer son planeur qui ne fonctionnait toujours pas très bien. Comme il l’intimidait, elle s’arrangeait pour se trouver toujours en sa présence afin de saisir au vol le moment opportun où elle pourrait essayer de lui demander son aide.

 

2222 mots pour aujourd’hui, ce qui n’est pas exceptionnel pour un dimanche, mais Siegfried me manque beaucoup au niveau de l’efficacité ! Enfin bon, j’ai pris de l’avance, c’est déjà pas mal.

NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 2

En tous cas, ça devait être vraiment intéressant, puisque le professeur Derrington finit par s’emparer d’un carnet au milieu de la conversation pour griffonner frénétiquement dessus.

À la fin de leur échange, Chaahk paraissait presque aussi troublé que Simon et se servit une nouvelle tasse d’eau bouillante tandis que l’archéologue parcourait rapidement les notes qu’il avait prises. Tandis que l’homme vêtu de peaux et de végétaux sirotait son thé brûlant, Simon se tourna vers son apprenti, les yeux brillants. « Clay, mon ami, nous avons en cette personne un témoin de première main de l’antiquité.
– Comment ça ?
– Il était là, précisa l’archéologue. Il a vu la bibliothèque en activité.
– Mais c’est pas possible ! s’exclama Tina qui les avait rejoints, intriguée. Personne ne peut vivre si longtemps que ça !
– J’ai peur qu’il ne cherche à vous arnaquer, ajouta Clay qui trouvait que le professeur Derrington ne se montrait pas assez méfiant avec l’étranger.
– Impossible ! se récria Simon. Il n’aurait jamais pu apprendre la langue antique tout seul sans de solides bases de linguistiques. Et puis regardez ses yeux : avez-vous déjà vu des yeux aussi verts et brillants ?
– Il volait dans nos affaires quand même, précisa Tina avec un reniflement.
– On ne peut reprocher à quelqu’un d’avoir faim, argumenta l’archéologue. Dans le pire des cas, il s’agit d’un érudit qui essaye de m’arnaquer. Auquel cas, c’est un plaisir de se faire jouer par un esprit si brillant. Il t’a bien montré comment nettoyer, ou régler ou réparer ou que sais-je, cette machine antique. Il semble s’y connaître. »

Les deux anciens Faucheux s’entre regardèrent et décidèrent d’un commun accord de laisser tomber leurs craintes. « Je ne sais pas comment vous faites pour être si confiant m’sieur Derrington, le complimenta même Tina.
– Je suis un très bon juge de caractère, répondit Simon avec un clin d’œil. Cela vous intéresse-t-il de savoir ce que j’ai appris grâce à notre invité ? »

Clay et Tina hochèrent la tête. Ils se sentaient aussi curieux que l’archéologue vis à vis de l’homme qui se servait une troisième tasse de thé. « Entre ce qu’il m’a dit et ce que j’en ai déduit, nous avons avec nous une créature presque entièrement constituée de magie.
– Pourquoi il ressemble à un homme alors ? l’interrompit Tina.
– Parce qu’il était un humain comme vous et moi avant de devenir un dieu.
– C’est vraiment un dieu alors ? s’étonna Clay d’une voix inquiète.
– Allez-vous continuer à m’interrompre à chaque phrase ? pouffa Simon. Vous êtes exactement comme je l’étais avec mes professeurs. »

Les deux plus jeunes se turent, la mine coupable. L’archéologue reprit : « Je ne suis, bien sûr, pas certain d’avoir tout compris. La communication n’était pas si aisée, nos connaissances de la langue antique étant parcellaire, n’est ce pas. Il m’a affirmé être plus vieux que cette civilisation antique que nous connaissons et pense même faire partie de l’antiquité de notre propre civilisation antique, qui faisait certainement partie de l’antiquité de notre antiquité.
– Euh… l’interrompit timidement Clay. Ça devient un peu difficile à suivre toutes ces antiquités…
– Je me doute, acquiesça Simon. Mais ce n’est pas grave, je vous expliquerai tout cela lorsque j’aurai un tableau à disposition. Bref. Nous avons là un être terriblement vieux, même s’il nous semble dans la fleur de l’âge, et qui a assisté à de nombreuses époques. Il me dit qu’il en a aussi raté beaucoup car il a souvent été en sommeil.
– Comme les ours ? s’enquit Tina.
– Plus ou moins, oui, confirma le professeur Derrington. Comme il est fait de magie, il a tendance à disparaître en même temps que la magie disparaît, et lorsqu’elle est de nouveau assez présente dans le monde, il revit. »

Ses deux interlocuteurs jetèrent un coup d’œil ébahi à Chaahk qui leur rendit un regard paisible de ses yeux verts. « Il est immortel alors ? demanda Clay.
– Pratiquement, je suppose, répondit Simon. Je n’en suis pas certain. Ce qui est sûr en revanche, c’est que sa puissance dépend de la quantité de magie présente dans le monde. Il m’a affirmé qu’il était pour le moment très faible ; il y a actuellement juste assez d’énergie magique pour qu’il soit en vie.
– Et Belisama ? interrogea Tina qui voulait enfin comprendre.
– Belisama serait sa cheffe, expliqua le professeur Derrington. En fait, avant que le voile noir soit créé – je n’ai pas encore bien saisi ce dont il s’agissait – la magie était présente en permanence dans le monde et sept êtres… et bien magiques étaient choisis pour assurer l’équilibre. Ils ont changé suivant certains cycles. Lui fait partie de ceux du dernier cycle, qui est toujours en cours d’ailleurs puisqu’il a été plusieurs fois entrecoupé de looongues centaines d’années sans magie.
– Comment ils ont été choisi ? demanda Clay qui était à présent entré dans l’histoire corps et âme.
– Par les dieux précédents. Une fois que les dieux d’un cycle sont fatigués, ils se mettent en quête de leurs successeurs, piochés dans le monde entier. Je trouvais ça étrange qu’ils ne soient que sept en tout et pour tout, car il existe énormément de dieux de par le monde !
– Je croyais que les dieux c’étaient des histoires pour enfant de l’ancien temps, intervint Tina.
– On peut le voir comme ça, en convint Simon. Leur souvenir est resté fortement ancré dans les esprits, mais nous ne les prenons effectivement plus très au sérieux.
– Ça va peut-être devoir changer, dit Clay.
– Tu crois ? lâcha la bricoleuse. Il n’a pas l’air si terrible que ça comme dieu. Je veux dire, il est doué, ça c’est sûr. Mais de là à dire que c’est un dieu, c’est exagéré. »

Les trois interlocuteurs s’interrompirent pour fixer Chaahk. Comme il l’avait déjà fait, il leur rendit paisiblement leurs regards. Un demi sourire étira un coin de ses lèvres, il leva une main et Tina poussa un petit cri. Un tournevis était sorti de l’une de ses multiples poches et flottait à présent au dessus d’elle. Chaahk tendit ensuite sa main et l’outil s’y précipita. Alors que Simon applaudissait la démonstration, ravi, l’homme inspecta l’objet qu’il tenait sous toutes les coutures, avant de le rendre à sa propriétaire. « Ça montre surtout que c’est un magicien avec un humour douteux. » Grommela Tina en récupérant vivement son bien. Clay réprima un pouffement de rire et Simon affichait un de ses sourires lumineux.

« Dans tous les cas, reprit soudainement l’archéologue, notre ami Chaahk va pouvoir nous aider à en savoir plus sur les gens qui ont construit cette bibliothèque et qui l’utilisaient. Il sait même comment leur civilisation s’est écroulée ! Nous allons avoir beaucoup de discussions intéressantes grâce à lui. Et puis… Je dois bien avouer qu’il connait mieux la langue antique que moi. Je vais apprendre et comprendre tellement de choses grâce à lui ! »

(changement de chapitre)

Les premiers invités d’Heather Merryweather firent leur apparition au manoir le lendemain soir de la mésaventure d’Ethelle avec le majordome d’Arabella Finley. La jeune femme et Nicolas étaient sorti les accueillir sur le perron. Les nouveaux arrivants étaient une famille de quatre et se réjouissaient d’avoir pu arriver si tôt ; la qualité des lignes de train depuis l’Empire de Nueva Azteca s’était nettement améliorée ces dernières années.

Mademoiselle Morton trouvait les tenues nahua aussi jolies que tape à l’œil. Les tissus de leurs vêtements étaient somptueux, vivement colorés et brodés de fils d’or importé de leur empire jumeau de l’autre côté de l’océan. De nombreux pans de leurs habits étaient également ornés de plumes bariolées. La benjamine de la famille, une fillette d’une douzaine d’années, n’arrivait pas à s’empêcher de jouer avec et se faisait souvent reprendre par son père. C’est ainsi qu’Ethelle apprit son prénom, Miztli, avant même les présentations.

« Bienvenue au domaine Merryweather ! » les accueillit Nicolas avec chaleur. Il présenta ensuite à Ethelle les membres de la famille [Machintruc] : Cuauhtli le père, Xochitl la mère, Izel le fils aîné et Miztli la benjamine. La jeune femme rousse les salua poliment avec son plus beau sourire et n’oublia pas de complimenter Xochitl sur sa grossesse mise en valeur par ses riches atours. Une fois les formalités dûment échangées, tous rentrèrent se réfugier à l’intérieur, le temps étant particulièrement froid et humide.

 

Seulement 1403 mots, je suis rentrée trop tard de l’animation que je devais faire ce soir !

NaNoWriMo 2018 : Arkhaiologia Tome 2, jour 1

D’abord, un petit résumé du début du tome 2 qui est déjà commencé pour ne pas trop embrouiller :

Simon, Clay et Tina découvrent des enregistrements d’un doctorant de la civilisation antique, qu’ils arrivent à écouter grâce à un bricolage de Tina. Pour le professeur Simon Derrington, cela présage d’imminentes grandes découvertes. Pendant ce temps, son apprenti l’ancien Faucheux, Clay, se débat avec la même impression d’être surveillé qu’Ethelle.
Cette dernière a laissé ses compagnons pour enfin laver le nom des Morton et retrouver ses marques dans son monde de richesses. Mais elle commence à déchanter en constatant qu’Heather Merryweather, la mère de son hôte Nicolas, aime contrôler la vie de son entourage, y compris la sienne. La jeune femme prend l’habitude de s’isoler pour s’aérer l’esprit et, décidant de se rendre à Lancy pour ce faire, croise le chemin de Gregory, l’inquiétant majordome d’Arabella Finley, aussi connue sous le nom de la Veuve-Noire.
Elle manque de se faire étrangler par l’homme de main d’Arabella mais est sauvée par l’esprit qui habite son pendentif, une jeune fille aux yeux en amandes qui pratique des arts martiaux exotiques. Le NaNoWriMo commence au moment où l’étrange sauveuse d’Ethelle a mis Gregory à terre et se présente.

 

Je suis restée attachée autour de votre cou et celui de votre mère avant vous et celui de votre grand-mère encore avant elle. J’ai été consciente de ce qui m’entourait pendant toute la durée de mon enfermement, même si cela a parfois été difficile de ne pas m’endormir. J’avais l’impression que si je m’endormais, je ne me réveillerai jamais ! »

Elle marqua une légère pause, fronçant les sourcils. « Oh non… » Déplora-t-elle en regardant ses mains qui devenaient translucides. Le corps de [Bidulette] se changea en fumée et réintégra le camée d’Ethelle qui resta interdite pendant de longues secondes sous la pluie. Grégory venait-il de bouger ? Non, ce devait être une impression. Le doute se muant en panique, la jeune femme récupéra son parapluie et s’enfuit. Elle se précipita dans les grandes artères, qui lui paraissaient toujours bien modestes à côté des boulevards d’Eastlond, à la recherche d’une voiture qui pourrait la ramener jusqu’à la propriété des Merryweather.

Trempée et frissonnante, elle monta dans le premier fiacre qu’elle croisa. Enfin assise et s’estimant en sécurité, elle expira de soulagement et se mit à réfléchir. Comment le majordome d’Arabella l’avait-il retrouvée ? Pouvait-elle espérer que ce ne soit qu’une coïncidence ? Elle secoua la tête ; même s’il s’agissait d’une coïncidence, maintenant il savait qu’elle se trouvait à Lancy ce qui signifiait que mademoiselle Finley serait aussi bientôt au courant. Elle devait trouver un moyen de mettre Clay au courant puisque Grégory était à ses trousses.

Il y avait aussi la question de [Bidulette]. Ethelle caressa machinalement son pendentif, avant d’ôter prestement sa main. Elle craignait de provoquer une nouvelle apparition de l’étrange jeune femme – ou jeune fille, elle ne savait pas le déterminer – et n’avait pas l’esprit à se retrouver encore confrontée à l’esprit de son camée. Elle ôta le collier pour examiner le bijou de plus près. La femme gravée ne paraissait pas être originaire de l’extrême orient, mais il était difficile d’en être certain sur un si petit ouvrage, d’autant que les traits du visage étaient à peine esquissés.

Lorsque le fiacre la déposa à la grille de la propriété des Merryweather, Ethelle ressassait encore ses inquiétudes et se demandait si elle devait parler de Grégory avec Nicolas. La pluie s’arrêta lorsqu’elle parvint au manoir, où Henry lui ouvrit avec diligence, lui dépêchant une servante pour l’emmener s’essuyer et se changer. La jeune femme rousse avait gardé son collier en main et le remit soigneusement autour du cou après avoir revêtu une robe sèche. Après tout, le pouvoir de son pendentif lui avait sauvé la vie. Elle ne savait pas comment il fonctionnait, mais se sentait rassurée de le garder à portée de main.

Ethelle doutait que Grégory parvienne à s’infiltrer dans la demeure des Merryweather, sans compter qu’elle n’était pas certaine qu’il ait survécu à sa rencontre avec [Bidulette]. Elle se redressa inconsciemment à l’idée que le majordome de mademoiselle Finley ne pourrait peut-être pas prévenir sa maîtresse qu’il avait retrouvé Ethelle. Cette idée lui plaisait bien ; elle sourit par devers elle. Mademoiselle Morton sortit de sa chambre d’une humeur bien plus guillerette qu’elle n’y était entrée.

(changement de chapitre)

Le professeur Derrington se frottait les mains de satisfaction. Il était tellement émoustillé par ses découvertes qu’il n’en arrivait plus à travailler sur ses notes et parcourait la pièce alternant grands pas et petits sauts de joie. En plus des enregistrements du doctorant Valentin [Nomdefamille], il avait trouvé ceux de l’une de ses collègues, une certaine Béatrice [Autrenomdefamille]. Il était impatient de les écouter, mais il devait attendre que Clay reprenne son souffle ; le jeune homme était épuisé d’avoir pédalé pour fournir assez d’énergie afin que l’archéologue puisse prendre des notes sur l’enregistrement. Il avait donc décrété une pause à contrecœur et l’ancien Faucheux était retourné au rez-de-chaussé pour se reposer dans la pièce qui leur servait de camp. Tina, quant à elle, bricolait le cyclopède et sa dynamo.

Un grand cri les interrompit. Dans le silence de la bibliothèque, les sons portaient bien. « Clay… » Émit la jeune fille tout en s’emparant de la lanterne pour se précipiter au rez-de-chaussée, suivie de près par Simon. Ils découvrirent Clay qui se tenait dans l’encadrement de la porte. Il leur tournait le dos, faisant face à quelqu’un ou quelque chose qui se trouvait dans leur salle de campement en l’invectivant : « Qui es-tu ? Qu’est ce que tu fais là ? Ne t’approche surtout pas ! »

En s’approchant, Tina et le professeur Derrington purent jeter un œil sur l’objet de la colère de leur compagnon. Un homme de haute stature leur faisait face. Il était armé d’une lance de métal, dont il avait posé le bout au sol et à laquelle il se tenait nonchalamment. Il était tel l’intrus que Clay leur avait décrit lorsqu’il s’était évanoui en revenant dans la bibliothèque. Simon devait bien reconnaître son erreur : ils n’étaient pas seuls dans ce temple de l’antiquité. Avec pommettes saillantes, ses yeux en amandes et les plumes piquées dans sa longue chevelure noire, il évoquait au professeur Derrington le peuple nahua qui, venu de l’autre côté de l’océan, avait pris pied sur les terres ibériques et les avaient conquises bien des années auparavant.

L’homme n’était cependant pas vêtu de riches vêtements comme l’archéologue avait l’habitude de voir les ressortissants nahuas. Il ne portait que quelques petites peaux et végétaux, ne laissant d’ailleurs que peu de place à l’imagination. Simon se surprit à rougir. Son regard fut alors attiré par les yeux d’un vert hors du commun de l’intrus : ils étaient presque brillants dans la pénombre de la bibliothèque. Le professeur Derrington se demanda s’il ne se trouvait pas face à une créature magique et il cherchait dans ses connaissances pour déterminer laquelle.

« Qui es-tu ? » répéta Clay toujours aussi nerveux par la présence intruse. L’homme répondit dans une langue que le jeune homme ne comprit pas. Sachant que Tina ne parlait que l’angelnish, comme lui, l’ancien Faucheux se tourna vers Simon. « C’est fâcheux, avoua ce dernier. Je ne parle pas le nahuatl… Enfin, seulement quelques mots, mais je n’ai pas compris ce qu’il a dit. Tant pis, nous allons communiquer à l’ancienne. » Clay se demanda ce que signifiait communiquer à l’ancienne tandis que l’archéologue se plaçait face à l’inconnu et se désignait lui-même en répétant : « Simon ! » Après quelques secondes d’incompréhension où l’homme brisa le masque d’impassibilité de son visage pour afficher une mine perplexe, il finit par comprendre et plaça à son tour sa main libre sur sa poitrine en disant :

« Chaahk. »

Le professeur Derrington se tourna alors vers ses deux jeunes compagnons, la mine radieuse, pour leur dire : « Il s’appelle Chaahk !
– Ça va être long, commenta Tina d’un air désabusé.
– Qui il est et comment il est arrivé là ? s’enquit Clay. Qu’est ce qu’il veut ?
– Voilà beaucoup de questions, voyons voir si nous pouvons avoir une conversation avec notre invité. »

Avant que les deux anciens Faucheux aient pu protester, l’archéologue s’assit à côté du réchaud qui leur servait à cuisiner et invita l’inconnu à faire de même. Après un bref regard en direction des deux plus jeunes, le nahua aux yeux verts se laissa glisser en tailleur, faisant tournoyer sa lance pour l’installer en travers sur ses genoux. Pendant que Simon allumait le réchaud tout en s’emparant de sa bouilloire, il insista auprès de Clay et Tina pour qu’ils s’asseyent avec eux. Ils obtempérèrent après une brève hésitation. La lance les inquiétait, mais l’intrus ne paraissait pas avoir l’intention de s’en servir dans l’immédiat.

Tandis que l’eau chauffait dans la bouilloire, l’archéologue essaya de discuter avec Chaahk. Les débuts furent laborieux. Les seuls mots de nahuatl sur lequel ils se retrouvaient étaient les mots nahuatl et xocolatl, chocolat, ce qui n’allait pas leur être très utile pour tenir une véritable conversation. Heureusement, Simon était d’un naturel persistant et, à force d’essais et de gesticulations, les deux hommes finirent par réussir à communiquer un peu. « Si j’ai bien compris, il profitait du fait que nous n’étions pas là pour nous voler de la nourriture, expliqua l’archéologue à ses deux compagnons en affichant un sourire ravi.
– Pourquoi ça vous réjouit qu’il nous pique des trucs ? demanda Tina qui était souvent désarçonnée par les réactions du professeur Derrington. Il aurait pu demander en plus.
– Cela ne me réjouit pas qu’il vole dans nos affaires, c’est le fait de parvenir à discuter avec lui qui me rend heureux ! Je crois que cela fait longtemps qu’il réside dans cette bibliothèque, peut-être qu’il pourra nous aider dans nos travaux. »

Chaahk assistait à leur discussion sans mot dire, jusqu’à ce qu’il y ait un silence. Il en profita pour s’enquérir : « Belisama ?
– Belisama ? répéta l’archéologue un peu perdu. Comme la déesse Belisama ? » Le nahua ne comprit pas l’interrogation de Simon, mais l’avoir entendu répéter le nom à plusieurs reprises, il gratifia le professeur Derrington d’un regard plein d’espoir.

« C’est qui Belisama ? s’informa Tina qui était agacée de ne rien comprendre à la situation.
– C’est le nom d’une déesse celte, répondit l’archéologue qui réfléchissait en même temps. Mais je dois avoir mal compris : s’il est un nahua il ne peut pas me parler de cette Belisama-là.
– Celte, acquiesça soudainement Chaahk qui suivait attentivement leurs propos. Belisama, celte. Belisama ?
– Je… Euh… Mais les dieux… balbutia Simon. Les dieux sont un concept, à moins que…
– À moins que quoi ? demanda à son tour Clay qui espérait pouvoir comprendre.
– À moins que les dieux ne soient des créatures folkloriques comme les autres, répondit l’archéologue en tournant des yeux écarquillés vers son apprenti.
– C’est possible ça ? s’étonna le jeune homme.
– Bah, je vois pas pourquoi ça serait différent, commenta Tina en haussant les épaules.
– Bien sûr bien sûr, acquiesça vivement Simon. Mais si les dieux sont des créatures issues du folklore comme les autres, cela signifie que nous devons nous attendre à en rencontrer ! Imaginez, s’ils ont été qualifiés de dieux, c’est parce qu’ils étaient des êtes particulièrement puissants. Je ne sais pas comment les gouvernements vont gérer la cohabitation avec des dieux. C’est fabuleux ! Et effrayant aussi, un peu. »

Chaahk posa son coude sur sa cuisse et sa tête dans le creux de sa main. Il semblait avoir décidé de prendre son mal en patience le temps que quelqu’un daigne répondre à sa question. Cela n’arriva pas tout de suite, car la bouilloire se mit à siffler et Simon s’empressa de servir des tasses de thé à tout le monde. Le nahua repoussa sa chevelure en arrière d’un coup de tête avant de flairer le contenu de sa tasse où les feuilles infusaient. « Tcha ? Ti ? s’enquit-il.
– Du thé, précisa Simon.
– Thé, répéta Chaahk. Amaterasu, thé. Amaterasu ? »

Cette fois-ci, l’archéologue afficha une mine désemparée. Il ne comprenait pas de quoi parlait son invité. Voyant qu’il avait perturbé son interlocuteur, Chaahk fit un mouvement de main comme pour balayer ses propos et reprit : « Belisama ?
– Je ne sais pas. » avoua l’archéologue en haussant les épaules pour appuyer ses dires. Comment aurait-il pu savoir s’il était possible de rencontrer Belisama ? Il manqua de renverser son breuvage brûlant sur ses cuisses, mais le nahua acquiesça en signe qu’il avait compris. Simon continua à essayer de communiquer avec Chaahk, se disant qu’il savait peut-être des choses sur cette bibliothèque.

Ennuyée de ne rien comprendre à la conversation, Tina se leva pour ouvrir l’antique placard à provisions de la salle où ils campaient. Lorsqu’elle avait réalisé que ce distributeur de provisions était une machine, elle avait décidé qu’elle parviendrait à la remettre en marche. Malheureusement, comme pour tout le reste des installations, il semblait qu’il faille de l’électricité pour la faire vraiment fonctionner. Elle avait tout de même réussi à faire bouger certains mécanismes à la main, mais le temps avait fait son œuvre et elle avait besoin de nettoyer tout le système si elle espérait le voir fonctionner un jour.

Intrigué par ce qu’elle faisait, Chaahk finit par délaisser les tentatives de conversation avec Simon pour s’approcher de la machine. Comprenant ce qu’elle essayait de faire, l’homme s’approcha et inspecta le mécanisme à son tour. Puis il commença à triturer le système, tout en donnant des explications dans sa langue. Tina le regarda œuvrer et finit par le rejoindre dans son bricolage sans mot dire. Il la guida au début, puis elle termina sa réfection toute seule. Entre ces deux là, il ne semblait pas y avoir besoin de paroles.

Clay, qui sirotait paisiblement son thé, jeta un coup d’œil à Simon qui paraissait jaloux de leur connivence. De dépit, l’archéologue se plongea dans les notes qu’il avait prises pendant que son apprenti pédalait pour fournir de l’énergie. L’ancien Faucheux l’écouta marmonner dans un jargon mêlant l’angelnish et la langue antique et se lança lui-même dans une esquisse de Tina et Chaahk qui travaillaient ensemble sur la machine.

Lorsque le nahua laissa Tina bricoler toute seule, il retourna s’asseoir près du professeur Derrington. Là, il pencha la tête en l’écoutant parler. Comme Simon parlait vite et dans un mélange des deux langues, il fronça les sourcils ; Clay supposa qu’il essayait de comprendre des mots au vol. « Valentin ? s’enquit finalement l’homme à la longue chevelure noire piquée de plumes.
– Pardon ? » s’interrompit l’archéologue. Chaahk répéta avec hésitation quelques mots de langue antique que Simon venait de prononcer, en ajoutant le prénom du doctorant qui avait produit les enregistrements sur lesquels le professeur Derrington avait pris des notes. Le visage de ce dernier s’illumina. Si leur invité connaissait lui aussi ce langage perdu, ils allaient enfin pouvoir communiquer de manière plus efficace.

Clay ne connaissait pas suffisamment la langue pour suivre leur conversation, qui était par ailleurs hésitante des deux côtés. Simon, qui était particulièrement enthousiaste au début, finit par montrer une perplexité de plus en plus grande au fur et à mesure que Chaahk lui donnait des explications. L’ancien Faucheux se demandait ce que leur intrus pouvait bien lui raconter de si étonnant.

 

2358 petits mots, j’aurais voulu en faire plus, mais c’est toujours comme ça au démarrage !

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 27

La rouquine fila vers sa robe pour l’enfiler. Sans aide, elle eut un peu de mal avec certaines fixations, mais elle finit par y arriver seule, ce qui lui procura une certaine satisfaction. Elle vérifia que le résultat était correcte grâce au grand miroir de la chambre. Elle était satisfaite du résultat mais remarqua qu’après le sommeil, ses cheveux étaient en bataille. Ethelle entreprit de se coiffer et de les arranger de manière raisonnable. S’inspectant de nouveau dans le miroir, elle constata qu’elle avait repris des couleurs, ce qui la rassura. Elle tomba ensuite sur les médicaments que madame Cartridge avait laissés sur sa table de chevet, leur tira la langue et les ignora. Ceci fait, elle sortit en trombe de la pièce, manquant de percuter la servante qui venait, certainement, la réveiller. « Pardonnez-moi madame ! S’exclama la domestique. Je ne vous avais pas vue.
– Je ne vous avais pas vue non plus, balaya Ethelle. Me cherchiez-vous ?
– Tout à fait, je venais vous aider à vous apprêter pour le dîner avec le jeune maître.
– Fort bien, déclara la rouquine en lissant machinalement sa robe. Je suis prête, vous n’avez plus qu’à m’emmener. »

La servante opina et mena la jeune femme dans la grande salle à manger de réception où le couvert était déjà disposé et où Nicolas se tenait devant l’une des grandes cheminée, admirant les flammes. En entendant les deux femmes entrer, il se retourna et accueillit son invitée avec un joyeux sourire. « Vous paraissez reposée, lui dit-il avec une pointe de soulagement. Je craignais que votre commotion ne s’avère très grave.
– Je vous remercie de votre attention, mais ne vous inquiétez pas, le rassura Ethelle. Je me sens déjà beaucoup mieux.
– J’en suis ravi. » Ils passèrent à table, où ils commencèrent à badiner à propos de folklore campagnard, du temps qui fraîchissait et des dégâts que pourraient infliger quelques bêtes mythologiques si elles venaient à se réveiller.

Puis, le sujet dériva de nouveau sur le père de la rouquine. Merryweather l’interrogea sur Charles Morton et Ethelle fit de son mieux pour raconter ce qu’elle savait des affaires de son père. Ce qui n’était pas grand chose, en réalité, puisqu’elle ne s’était jamais intéressée à ce qu’il faisait et qu’il ne s’étendait jamais dessus non plus. Nicolas la rassura : même le plus infime détail pouvait se révéler important. « De plus, ajouta-t-il, vous n’êtes pas seule dans cette affaire.
– Je vous ai vous, déclara la jeune femme, et je vous remercie encore pour cela.
– Et pas seulement, lui révéla son hôte d’un air espiègle. Vous avez d’autres alliés, bien qu’ils ne se soient pas encore manifestés.
– Vraiment ? S’enquit Ethelle avec incrédulité.
– Mais oui, je vous assure !
– Et qui donc ? »

La jeune femme voulait des noms. Si elle avait des alliés, comment se faisait-il qu’ils n’étaient pas venus l’aider lorsqu’elle en avait eu besoin ? Pourquoi aucun d’entre eux ne s’était manifesté ? Nicolas parlait-il du comte Clayton ? Car celui-ci avait, il est vrai, quelque peu tenté de l’aider. Sauf qu’il n’avait pas tenu à trop se mouiller non plus. La rouquine ne cacha pas sa curiosité auprès de Merryweather, mais celui-ci ne voulut rien lui révéler et fit planer le mystère. Vu l’air taquin qu’il arborait, Ethelle supposa qu’il faisait cela juste pour le plaisir de l’entendre ronchonner. Elle sourit. Nicolas lui assura qu’elle n’aurait pas trop longtemps à patienter avant de savoir. Il avait envoyé des télégrammes le jour même, pendant que son invitée dormait, pour convier certaines de ces personnes deux jours plus tard, dans le manoir. Cette nouvelle donna un peu le trac à Ethelle. Même si elle pensait que sa convalescence serait terminée d’ici là, elle doutait d’avoir suffisamment de temps pour se préparer à ces rencontres.

« Vous savez, je ne possède plus rien pour ainsi dire, expliqua-t-elle d’un air gêné à son hôte.
– Je le sais bien, répondit-il. Pourquoi me dites-vous cela ?
– Car la robe que je porte, par exemple, est ma dernière robe pour les… moyennes occasions, dirons-nous.
– Vous craignez de mal présenter ? S’enquit Merryweather.
– C’est tout à fait cela, oui, avoua-t-elle.
– Vous n’avez rien à craindre de ce côté là, la rassura son hôte.
– Ils vont remarquer et ils ne vont pas trouver cela sérieux, continua Ethelle qui avait l’impression que Nicolas ne voyait pas où elle voulait en venir.
– Ils ne remarqueront rien, lui affirma Merryweather. Je vais vous faire faire quelques tenues, cela devrait suffire.
– Vous feriez ça ? Mais je vous dois déjà tellement… »

La jeune femme était vraiment gênée de dépendre de tant de générosité. Après tout, depuis qu’elle s’était retrouvée livrée à elle-même, elle avait vécu principalement au crochet de Simon Derrington. Mais cela ne lui donnait pas le même sentiment. En effet, en restant avec l’archéologue, elle avait contribué à ses recherches dans la bibliothèque antique. Là, elle n’était qu’invitée. Elle s’ouvrit de sa gêne auprès de son bienfaiteur. Mais celui-ci balaya une fois de plus ses inquiétudes. « Vous trouverez bien de quoi me récompenser plus tard, lui assura-t-il. Je ne me fais pas de souci pour cela. Nous aurons tout le temps de nous en occuper. » Ethelle opina. Elle s’efforça d’enfouir sa gêne. Après tout, elle n’avait pas le choix d’en passer par là, encore une fois, semblerait-il. La jeune femme prit le parti de sourire à Merryweather, se demandant bien de quelle manière elle pourrait le remercier plus tard.

Ses préoccupations furent soufflées par l’arrivée du dessert. Nicolas, la voyant agitée et soucieuse, orienta la conversation de nouveau sur des sujets triviaux. Elle se détendit visiblement, mais était toujours un peu fatiguée suite à sa rencontre avec les korrigans agressifs. Son hôte prévenant ne fit pas durer la conversation, une fois le repas terminé. Il l’emmena pour une petite promenade digestive à l’extérieur qui consista, dans les faits, à faire simplement le tour du manoir. En rentrant, Ethelle avec les joues rosies par le froid. Merryweather l’emmena se réchauffer un instant sur un fauteuil devant une cheminée. Il s’installa sur le fauteuil d’en face et ils devisèrent un moment avant que les bâillements de la rouquine ne la contraignent à prendre congé. Encore une fois, elle s’effondra sur le lit au doux édredon et sombra instantanément dans le sommeil.

Sur le siège passager de la voiture de location chargée, Clay regardait défiler le paysage, songeur et déprimé. Simon continuait de babiller comme à son habitude, mais cela ne parvenait pas à dérider le jeune homme. Celui-ci trouvait le voyage plus fade sans le troisième membre de leur expédition, même si Ethelle ne s’était jamais montrée particulièrement bavarde. Avec qui allait-il pouvoir partager ses craintes et fascinations face aux merveilles de la bibliothèque ? Avec l’archéologue, ce n’était pas pareil. Ce dernier était moins réceptif et noyait rapidement tout sous son enthousiasme et ses connaissances. Et il était tellement passionné par les détails des scènes fantomatiques qu’il avait du mal à comprendre les craintes viscérales du jeune homme envers elles. Malgré les cahots de la route, Clay tenait en main l’un des nouveaux carnets à dessin que la rouquine avait amené comme contribution aux provisions pour les fouilles et essayait d’esquisser quelques traits.

Il abandonna rapidement ; la route était trop inégale. Soupirant, il tenta d’écouter un peu ce que disait Simon. « … Et donc, c’est pour cela que je pense que les korrigans que vous avez rencontrés étaient salement en colère. Ils ont toujours été malicieux, au point d’en arriver à de cruelles taquineries, mais rarement aussi ouvertement agressifs. Qui sait combien de temps ils ont passé enfermés sous terre ? N’importe qui serait furieux à leur place, je pense. Ce qui m’intrigue aussi, c’est cette histoire de poneys… » Clay l’avait déjà entendu dire toutes ces choses et cessa de nouveau d’écouter ce que racontait l’archéologue. Il aurait préféré qu’ils parlent d’Ethelle par exemple. Le jeune homme était toujours inquiet de sa santé, même si Merryweather leur avait assuré qu’un médecin viendrait continuer de l’examiner régulièrement. Il pouffa un profond soupir, qui passa totalement inaperçu. Simon était beaucoup trop concentré sur la route et sur ce qu’il disait.

Lorsqu’ils parvinrent à la clairière qui bordait le site de la bibliothèque, le jeune homme ressentit un grand soulagement. Mais ce soulagement fut de courte durée. Fusant au dessus de leur tête et passant à ras de la colline sous laquelle dormait la bibliothèque multimillénaire, un planeur à moteur (trouver un nom autre que ULM à cette bête là ?) en perdition apparut. Il était très petit et il n’était certainement occupé que par une seule personne, mais son réacteur était en feu et il était clairement en train d’essayer de se poser en catastrophe. Comme il disparut à leurs yeux derrière la colline, Simon et Clay bondirent de nouveau dans leur véhicule et entreprirent de faire le tour pour voir si le pilote avait besoin d’être secouru. Ils purent apercevoir le planeur se diriger à grande vitesse vers le sol. Mais, trop rapide il rebondit plusieurs fois avant de briser son essieu et de déraper dans la prairie en labourant la terre sur son passage et éteignant le feu du réacteur dans la terre.

Simon stoppa la voiture et les deux en sautèrent pour se précipiter sur l’engin volant, qui avait laissé des morceaux un peu partout pendant le dérapage et volerait beaucoup moins bien désormais. Clay fut le premier à arriver. Le pilote lui parut inconscient, mais pas gravement blessé. Aidé de l’archéologue qui stabilisait la structure, le jeune homme traîna le corps hors de l’appareil et le posa délicatement sur l’herbe de la prairie. Le pilote lui parut extrêmement petit. Un flot de cheveux blonds jaillissaient du casque en cuir qui lui recouvrait le crâne. Pris d’un pressentiment, il souleva les lunettes d’aviateur qui lui mangeaient le visage. « Tina ! » S’exclama-t-il, d’un ton où la surprise se mêla aussitôt à l’inquiétude. « Tina ! » L’appela-t-il de nouveau. Il écopa d’un vague grognement en réponse. Simon, qui s’était assuré que le risque d’incendie était définitivement écarté, les rejoignit. « Tina, réveille-toi, répéta Clay.
– La connais-tu ? S’enquit l’archéologue qui commença à enlever le casque de la jeune fille pour vérifier si elle ne s’était pas cogné trop fort quelque part.
– Oui, nous faisions partie d’un groupe, tous les deux, répondit le jeune homme. Nous étions des Faucheux.
– Comme les araignées ? Demanda Simon qui continuait d’inspecter la jeune fille.
– Tout à fait. »

L’archéologue poussa un soudain cri de douleur. Tina lui avait mordu la main et y restait agrippée en grognant comme un chien. « Lâche-le Tina, lui ordonna Clay d’un ton sec.
– Clay ! S’exclama la jeune fille éberluée après avoir lâché la main de Simon. Je suis morte et je rêve pour l’éternité, c’est ça ? Ou alors tu es mort aussi ?
– Non, tu n’es pas morte et moi non plus, l’informa son aîné avec un sourire. J’ai même l’impression que tu vas plutôt bien.
– Tu en es certain ? Vérifia-t-elle en arborant un air sceptique. J’ai vraiment l’impression de flotter.
– C’est juste le choc sur la tête. Peux-tu te lever ?
– Je ne vois pas l’intérêt de me lever si je suis morte, laisse-moi profiter un moment ! Je viens de m’écraser au sol, c’est éprouvant moralement, tu ne te rends pas compte… » Pour toute réponse, Clay lui donna une bourrade et l’aida à se mettre debout. « Ouh ! Ca tangue ! » S’exclama-t-elle, avant de préciser : « Je ne sais pas ce que ça veut dire, mais j’ai toujours rêvé de dire ça.
– Ca a clairement eu un effet sur ta tête. » Commenta l’ancien Faucheux qui ne l’avait jamais entendue dire autant de bêtises. Il commençait à s’inquiéter pour la santé mentale de sa jeune amie, mais celle-ci parut se reprendre.

Elle fit quelques pas puis, avisant l’archéologue, lui lança un regard soupçonneux. « Qui c’est, lui ? Demanda-t-elle crûment.
– Je te présente Simon Derrington, lui expliqua Clay. Il est un éminent archéologue et mon ami, aussi.
– Ton ami ? Répéta Tina d’un ton incrédule. Et tu as perdu ta rousse ?
– Dis-donc, s’emporta Clay. Nous ne nous sommes pas vus depuis une éternité, je viens t’aider et tout ce que tu trouves à faire c’est de mordre mon ami et te montrer désagréable avec moi ?
– Hmpf. » Le jeune fille croisa les bras et détourna le regard, la mine boudeuse. Ils se tournèrent de nouveau vers l’archéologue, qui avait poussé un nouveau petit cri. Il était en train de désinfecter la plaie là où les marques de dents avaient imprimé sa main jusqu’au sang et cela semblait plutôt douloureux. L’ancien Faucheux grimaça avec empathie, puis jeta un nouveau regard furieux à la blondinette.

Celle-ci lui rendit un regard coupable et marmonna des excuses. Clay s’adoucit. Il savait qu’il n’obtiendrait pas mieux et qu’elle se sentait véritablement gênée de son attitude. Le jeune homme soupira et lui ouvrit les bras. « Je suis content de te voir, lui dit-il. Tu m’as manqué. » La jeune fille écarquilla les yeux puis, après un hochement de tête encourageant de son ami, elle se jeta dans ses bras. « Il va falloir que tu m’expliques ce que tu fais là, d’ailleurs, ajouta-t-il.
– J’ai eu peur de mourir, marmonna-t-elle le visage enfoui dans sa poitrine.
– A l’atterrissage ?
– Oui… Avoua-t-elle la voix tremblante.
– C’est fini maintenant, la consola Clay. Tout va bien et tu es même en un seul morceau.
– Ah, vous avez enfin apprivoisé la petite bête sauvage à ce que je vois, intervint Simon qui avait fini par bander sa main mordue. Tant mieux !
– Votre main ? S’enquit le jeune homme.
– Oh, ce n’est rien, le rassura l’archéologue. J’ai connu des chiens plus dangereux. »

La jeune fille se dégagea doucement de l’étreinte de son ancien compagnon et jeta un coup d’oeil à l’appareil qui l’avait menée jusqu’ici. Elle fit rapidement les quelques pas qui la séparaient de l’engin et commença à l’inspecter. « Pfou ! Il est quasiment en miettes, constata-t-elle. Ca va me prendre des jours pour réparer tout ça…
– Tu t’es remise à bricoler des trucs ? S’enquit Clay avec intérêt.
– Oui, confirma la jeune fille en commençant à rassembler quelques débris çà et là. Il m’est apparu que notre bonne vieille veuve noire devenait un peu trop siphonnée à mon goût, tu vois.
– Une veuve noire ? S’enquit l’archéologue en se mettant à aider la blondinette à ramasser les débris de son appareil.
– C’est le nom que se donne notre ancienne cheftaine, précisa Clay. Et, c’est vrai qu’elle est un peu folle.
– Un peu ? Ironisa Tina. C’est peu de le dire. Elle a complètement craqué depuis que tu t’es enfui. Elle a pris ta défection comme une attaque personnelle. »

Le jeune homme ne répondit pas tout de suite, digérant la nouvelle. « Bah, elle ne sait pas où je suis ; elle ne peut rien contre moi, ici.
– J’espère bien, affirma vivement la jeune fille. Je suis partie le plus loin possible pour lui échapper aussi. Et puis comme cet engin appartenait à sa famille et que je le lui ai volé, je pense qu’elle me déteste à vie.
– Elle n’a pas l’air commode, votre veuve noire, commenta Simon. Cela m’étonnerait qu’elle vous trouve ici. Personne ne connait cette endroit, d’une part. Et personne n’aura l’idée de penser que vous vous trouvez ici, au beau milieu de nulle part.
– C’est parfait, on dirait le paradis ! Se réjouit Tina. Il est vraiment en sale état, tout de même.
– J’espère que tu ne comptes pas le réparer sur place, s’inquiéta Clay.
– Bah, je ne vois pas où je pourrais le réparer ailleurs, nota la blondinette.
– Je pense que nous pouvons le remorquer jusqu’à la clairière avec la voiture mécanique, proposa aimablement l’archéologue.
– Oui, je pense qu’elle y sera plus à l’aise, approuva le jeune homme.
– Peu m’importe, moi, tant que je peux le réparer tranquillement. »

Ils étudièrent la question pendant un moment. Tina remit son casque en cuir surmonté de ses lunettes d’aviatrice. Puis, elle suggéra que si ils effectuaient une petite réparation de fortune sur l’essieu, ils auraient plus de facilité pour le traîner car, comme il roulerait, cela reviendrait à une bête remorque. Les deux hommes acquiescèrent et tous se mirent à l’ouvrage. Après plusieurs essais infructueux, ils parvinrent enfin à fixer efficacement le planeur roulant à la voiture. Tina avait ramassé tous les débris et les avait entassés dans le cockpit. Simon conduisit très doucement, pour éviter de nouveaux accidents. Lorsque, enfin, ils parvinrent à la clairière avec l’appareil volant, ce fut un véritable soulagement. Pour fêter cela, l’archéologue sortit de quoi trinquer. En voyant la blondinette boire son verre cul-sec, il partit dans un grand rire. « Ce n’est pas un simple tord-boyau, vous savez, lui expliqua Simon. Il faut prendre le temps de le déguster ! » Ils s’assirent à l’ombre des arbres afin de souffler un peu. Clay en profita pour résumer ce qu’il faisait sur place avec l’archéologue et où se trouvait Ethelle actuellement.

« Et bah, commenta Tina. Tu en as fait du chemin ! Par contre l’idée d’aller dormir là-dessous ne m’intéresse pas.
– Ah ? Comment comptes-tu faire ? S’enquit le jeune homme.
– Je vais dormir ici, à côté de ma machine volante, ou dans la voiture si j’ai le droit.
– Oh oui, faites-vous plaisir, l’autorisa Simon avec un aimable sourire. J’espère que vous parviendrez à réparer votre planeur.
– Le planeur, ça devrait aller, estima la blondinette. C’est surtout le moteur qui m’inquiète. J’aurai peut-être besoin de pièces.
– Nous retournerons à la civilisation dans quelques jours, l’informa Clay. Tu pourras venir avec nous et voir si tu trouves ton bonheur.
– Parfait ! S’exclama la jeune fille qui paraissait de bonne humeur.
– Par contre, nous n’allons pas remonter très souvent, la prévint son ami. Ca ira, là, toute seule ?
– Oh oui, lui assura-t-elle. Tant que j’ai à m’occuper, ça ira.
– Evite de descendre nous rejoindre toute seule, continua-t-il. C’est très dangereux et tu pourrais te blesser.
– Aucun risque, affirma la blondinette. Il n’y a aucun risque que je descende là-dessous. Mais alors, aucun ! »

Après une petite pause, ils se levèrent de nouveau. Les deux hommes déchargèrent la voiture de leur affaires et matériel qu’ils avaient emmenés pour travailler dans la bibliothèque. Ils laissèrent à Tina la part des rations qui aurait du être dévolue à Ethelle, puisque cette dernière n’en aurait pas besoin. Ils lui proposèrent des outils, mais elle était déjà très bien équipée à ce niveau là. Simon se montra d’ailleurs épaté par la collection d’outils qu’elle avait réussi à dérober et à emmener. Ils souhaitèrent ensuite à la jeune fille du courage pour son entreprise. Elle leur répondit de même et les fixa jusqu’à ce qu’ils disparaissent à ses yeux, dans la faille. Tina espéra qu’ils ne risquaient rien dans ce trou noir. Son ami lui avait dit qu’il y avait une bibliothèque antique sous la colline. au delà du fait qu’elle n’avait jamais été très intéressée par ces soi-disant lieux du savoir, les ruines de bibliothèques l’intéressaient encore moins. Au sein des Faucheux, elle avait toujours réussi à ce que personne ne découvre son petit secret, qui aurait sans doute terni sa réputation de dure à cuire. La jeune fille avait peur du noir. Surtout, ce qu’elle craignait, c’étaient les choses tapis dans les recoins sombres. Et un lieu antique devait certainement être hanté de tout un tas de choses effrayantes.

La blondinette frissonna et se détourna rapidement, se mettant immédiatement au travail sur sa machine. Elle se demanda si Clay n’avait pas un peu exagéré lorsqu’il parlait du fait qu’ils recherchaient un moyen de sauver le monde de la magie qui s’avérait dangereuse. Si tel était le cas, elle ne s’en plaindrait pas, bien au contraire. Elle ne le lui avait pas dit, mais si son appareil avait pris feu, c’était le résultat d’une étrange attaque de la part d’un petit lézard volant qui avait craché du feu. Un peu comme la salamandre qui avait causé le grand incendie du parc des Deux Ormes. Evidemment, elle avait cru voir d’autres choses étranges, mais s’était toujours dit qu’elle avait du mal voir ou que son imagination lui jouait des tours. Elle haussa les épaules et se concentra sur sa tâche. Sa fidèle machine nécessitait ses soins attentionnés.

 

 

3430 mots aujourd’hui ! Et je ne sais pas si ceci est la fin du tome. La situation semble placée pour celui d’après, mais bon. De toutes façons il me reste 300 mots pour atteindre les 50 000, donc je me laisse demain pour réfléchir à cette question épineuse !

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 10

Tina les mena jusqu’à un ensemble de stockage souterrain un peu moins souterrain et un peu moins humide que le reste, car situé un peu plus loin du bord du fleuve et quasiment en rez de chaussée. L’endroit était immense et très haut de plafond. Une rainure au milieu de celui-ci et de lourds ensembles mécaniques indiquaient qu’il pouvait s’ouvrir. De fait, la plus grande partie de l’endroit était occupée par une nacelle d’aérostat inachevée. Ethelle arrondit ses yeux de surprise : les Faucheux avaient installé leur quartier général au sein de la nacelle qui, bien qu’incomplète, était pratiquement terminée. La jeune femme se souvenait de cette production d’AérosTech, qui devait être dédiée aux croisières. Cela avait fait la une des journaux, tant le projet avait été ambitieux. Son père ayant été un ami du directeur de l’entreprise, il était même prévu qu’il fasse partie du voyage d’inauguration, en compagnie de sa fille.

Malheureusement le zeppelin de croisière précédent, Titania, avait eu un accident. Le monde avait été choqué d’apprendre la chute de Titania, dans la cordillère des Colosses. Les rares survivants, après l’incendie de la poche de gaz et la chute de la nacelle, avaient parlé d’une montagne mouvante qui avait percuté et déchiré le flanc du ballon. Tout le monde avait attribué ces vagues visions au choc subi par les passagers qui avaient frôlé la mort. Personne n’avait réussi à déterminer ce qui avait causé la chute de l’aérostat. Suite à cette petite catastrophe – l’accident avait causé la mort d’un ministre et de plusieurs autres personnes aux familles influentes – AérosTech avait vu son chiffre d’affaire baisser, de même que la fréquentation des zeppelins utilitaires de leur compagnie aérienne. Les dirigeants de l’entreprise pensaient pouvoir redresser le cap, mais ils firent faillite peu de temps après. En avait résulté, entre autre, l’abandon de leur partie des entrepôts du long de la Conquise.

Ceux-ci avaient rapidement été réhabilités par les Faucheux, de ce que pouvait en constater Ethelle. Pour des maraudeurs, ils devaient être bien installés dans cette nacelle qui avait pour but d’être un exemple en terme de luxe. La jeune femme devait avouer qu’elle trouvait qu’ils avaient eu une bonne idée et se morigéna de ne pas avoir pensé plus tôt à un abri de ce type. Malgré leur accointance arachnéenne, elle commençait à apprécier les idées de ces personnes. Elle se voyait même plutôt bien loger dans la nacelle inachevée, même si ce devait être une solution temporaire. En jetant un coup d’oeil de côté, elle réalisa que Tina était en train de l’observer, un petit sourire supérieur en coin. L’adolescente était visiblement ravie de constater qu’Ethelle était impressionnée par l’antre de la veuve noire.

Elles n’eurent pas le temps de se crêper le chignon. D’autres Faucheux sortirent de la nacelle et les emmenèrent au sein de l’édifice. Ils les entraînèrent dans ce qui devait originellement être un salon de réception. Ethelle se demanda où ils avaient trouvé le mobilier. En effet, celui-ci ne déparait pas du luxe recherché par les constructeurs de la nacelle. Peut-être que les Faucheux avaient trouvé d’autres entrepôts de mobilier dédiés aux aérostats pour meubler leur nacelle. Ils avaient également trouvé des lampes à huile qui éclairaient les pièces de douces lumières orangées. Une femme, dans la trentaine, trônait à une petite table de salon de thé, confortablement installée dans un fauteuil encore plus fastueux que celui du Parlement, où la rouquine s’était assise quelques heures auparavant. Elle était vêtue d’une robe noire d’excellente qualité assortie à ses cheveux de jais et, à son maintien, Ethelle devina que cette femme était originellement issue d’un environnement aisé. Alors que la veuve noire levait gracieusement la tête de son journal et dans sa direction, faisant jouer la lumière sur les traits de son visage, la rouquine réalisa qu’elle l’avait déjà rencontrée.

« Oh, ne serait-ce pas la délicieuse mademoiselle Morton ? S’enquit la femme en noir.
– C’est elle-même, confirma Ethelle en se réjouissant de voir une expression furieuse passer sur le visage de Tina.
– Je me souviens de la dernière fois que nous nous sommes côtoyées, déclara la dirigeante des Faucheux. Il s’agissait de la réception d’anniversaire du directeur de MéchanInc. C’était… Il y a deux ans de cela ?
– Environ, oui, acquiesça la jeune femme.
– Venez donc prendre place auprès de moi. » Lui enjoignit la veuve noire. Pour une araignée, Ethelle la trouvait plutôt sympathique, même si elles n’avaient jamais vraiment eu l’occasion de discuter lors des réceptions mondaines auxquelles elles avaient toutes deux participé. Le fait qu’elles avaient une grosse différence d’âge avait aussi du jouer, ces dernières étant nées à plus de douze ans d’intervalle. En réalité, la rouquine s’était souvenue de son identité de justesse. Il s’agissait de la nièce de l’ancien directeur de AérosTech, une des trois sociétés qui possédaient les entrepôts. Arabella Finley. Cela expliquait certainement sa présence ici, songea Ethelle, mais le fait qu’elle se retrouve entourée d’un gang des rues restait mystérieux.

En prenant place auprès de son hôtesse, la jeune femme ne put s’empêcher de jeter encore un bref coup d’œil en direction de Tina, qui lui parut verte de jalousie. Réprimant un sourire suffisant, elle tourna ensuite la tête en direction de Clay qui s’efforçait de rester impassible malgré sa surprise. Les autres Faucheux qui les accompagnaient depuis le début ne paraissaient pas se sentir très concernés et ils attendaient visiblement des instructions, appuyés çà et là contre diverses cloisons. Arabella posa le journal qu’elle lisait à leur arrivée sur sa petite table, donna quartier libre aux Faucheux et requit du thé à un autre d’entre eux qui se tenait dans l’ombre, derrière elle. Clay et Tina restèrent sur place, debout, silencieux et l’air quelque peu embarrassés.

Arabella ne fit rien pour les mettre à l’aise et ne semblait même pas avoir remarqué leur gêne. Toute son attention était dirigée sur Ethelle, qui commençait à ressentir un certain malaise à son tour. Elle décida de briser le silence : « Comment arrivez-vous à vous procurer du thé ici ? S’enquit-elle pour badiner.
– Mes petites araignées sont très douées pour trouver de tous les produits de première nécessité. » Expliqua la veuve noire avec un sourire attendri. Ethelle se demanda si elle avait bien compris qu’Arabella considérait le thé comme un produit de première nécessité. Pour sa part, elle avait préféré voler de quoi absorber du solide, plutôt que des feuilles qu’il fallait faire infuser dans de l’eau bouillante. Il était vrai qu’elle avait aussi – mal – acquis une conserve de confit de canard qu’elle n’avait eu aucun moyen de faire cuire et qui se trouvait toujours dans son sac de voyage.

Soudainement inquiète de ne plus l’avoir avec elle, la rouquine fouilla le salon du regard à la recherche de son précieux bien. En constatant que Clay l’avait toujours en main, elle poussa un soupir de soulagement intérieur. La jeune femme leva de nouveau les yeux sur la veuve noire, qui la considérait pensivement. « Vous n’avez pas besoin de vous agiter ainsi, la rassura Arabella. Vous êtes ici en présence amie. » Ethelle répondit par un sourire. Le Faucheux à qui le thé avait été commandé choisit ce moment pour revenir, équipé d’un plateau d’argent sur lequel se trouvaient une théière fumante et deux tasses de porcelaine avec leurs soucoupes assorties. L’homme disposa silencieusement le plateau sur la table, disposa soigneusement les tasses devant chacune des deux femmes et leur servit le thé comme un majordome de métier. La rouquine réalisa que ce devait être le cas.

« Bien, lâcha la veuve noire après avoir bu une gorgée du breuvage encore bouillant. J’ai besoin de savoir ce qu’il s’est passé au parc des Deux Ormes, pourquoi avez vous attiré l’attention de la police et pourquoi avez vous amené ici mademoiselle Morton ? Clay.
– Et bien, hésita celui-ci, rien de tout cela n’était prémédité. C’était un accident, tout simplement.
– Un accident ? Répéta Arabella sur le ton de celle qui en attend plus.
– Oui, hum… Toussota le jeune homme avec embarras. Quelqu’un avait amené une salamandre pour avoir l’air intéressant. Mais la salamandre a… Comme qui dirait… Craché du feu.
– Comment ça, craché du feu ? » Le ton doucereux de la veuve noire ne disait rien qui vaille à Ethelle. Clay ne paraissait pas en mener large non plus. Il faisait visiblement beaucoup d’efforts pour paraître impassible et cela ne fonctionnait pas très bien aux yeux de la rouquine. Tina, pour sa part, se faisait toute petite dans un coin, comme pour se faire oublier.

« Je sais que ça peut sembler étrange, reprit le jeune homme, mais cette salamandre devait appartenir à une race spéciale qui crache de petites flammes.
– Comme un petit dragon ? S’enquit Arabella toujours sereine.
– On peut voir ça comme ça, acquiesça Clay.
– C’est intéressant, commenta la veuve noire. Je savais que cela finirait par arriver. » Elle but une nouvelle gorgée de thé. Lorsqu’elle reposa sa tasse, un grand sourire barrait sa figure. Vu le résultat étrange que cela produisit, Ethelle supposa que la femme qui dirigeait les Faucheux n’avait pas l’habitude de sourire. « Tout le monde me prend pour une folle, reprit Arabella dont la voix se mit à trembler. Mais je sais que Titania a été détruite par un dragon. Et la ruine de RotorCorp est due aux monstres marins, j’en suis certaine. » Elle se tut soudainement. La rouquine, Clay, Tina et le silencieux majordome gardèrent prudemment la bouche fermée.

La jeune femme rousse travaillait à garder un masque neutre sur son visage lorsque la veuve noire plongea ses yeux noirs dans les siens pour dire : « Mademoiselle Morton, vous devez le savoir vous aussi, n’est ce pas ? Après tout, votre père a indirectement subi les désastres de ces créatures monstrueuses. Tout le monde pense que ces créatures appartiennent seulement aux contes de fées. Mais je sais, moi, qu’elles sont réelles ! Mademoiselle Morton, le jour où votre père s’est suicidé, j’ai entendu pleurer et crier une banshee devant votre maison et…
– Silence ! » Hurla Ethelle. Tous se figèrent. La jeune femme avait les joues écarlates et s’était levée, les mains fermement arrimées à la petite table. Elle luttait de toutes ses forces pour ne pas laisser couler les larmes qui encombraient sa vue. En réalité, elle-même était surprise de sa propre réaction. Mais que cette femme à la santé d’esprit douteuse se permette de mettre la mort de son père sur le compte de créatures de contes de fées l’avait mise hors d’elle.

Elle prit une grande inspiration, s’assit de nouveau, expira doucement et, calmée, reprit : « Veuillez pardonner ma réaction passionnée. Je me suis laissée emportée par mes émotions.
– Je comprends, compatit Arabella en lui jeta un regard incertain. Le deuil nous affecte tous.

 

 

1800 mots, cette fois c’est un nombre de mots correct !