« Kyr et Kilynn » Chapitre 2 : Le début du voyage avec Drakëwynn (7/8)

Kilynn parut apprécier la réponse. Sur son frère l’impact fut un peu plus mitigé, mais il revoyait tout de même les idées qu’il se faisait de la Barde à la hausse. Il savait qu’elle était puissante au point de faire fuir une bande de brigands affamés à elle toute seule. Seulement, le fait qu’elle considère une créature aussi grosse et dangereuse – aux yeux du garçon – qu’une wiverne comme une simple nuisance qu’elle pouvait terrasser de deux flèches… Son premier réflexe aurait été de penser qu’elle était totalement inconsciente, mais à présent il se disait que cette inconscience apparente était peut-être justifiée. Drakëwynn était forte. Peut-être même bien plus que ce que l’on pouvait croire de prime abord. « Dis, l’interpella-t-il. Tu me prêterais ton arc s’il te plait ?
– Bien sûr, aucun soucis. »

Elle lui tendit l’arme, en souriant de son habituel rictus qui mettait toujours le garçon mal à l’aise. Kyr s’empara de l’arc. Il s’agissait d’un arc long composite d’excellente facture. Il n’avait jamais vu un arc pareil. Il devait, en plus, être magique car il émettait en permanence une sorte de lumière vive. Le garçon essaya de bander l’arc, mais la corde et l’armature en bois semblaient aussi solides et inébranlables que les murs de la tour métallique. Il ne parvint pas à l’ébranler d’un millimètre. La Centaure rit de bon cœur en le voyant faire. « Même en vous y mettant tous les deux, je doute que vous puissiez le tendre, lui dit-elle.
– Tu es donc si forte que ça ? s’étonna Kilynn.
– Et plus encore. » renchérit Drakëwynn de manière énigmatique.

Kyr lui rendit son arme et, tout en l’aidant à descendre un cuissot de wiverne au rez-de-chaussée, après avoir jeté le reste de la carcasse par dessus les créneaux, il se demanda si tous les Centaures se trouvaient être aussi forts qu’elle. Peut-être devait-elle sa force au fait de faire partie des Disciples Draconiens se disait-il. Dans tous les cas, l’intuition de sa sœur de la suivre était la bonne, il en était à présent convaincu : avec cette Centaure capable d’abattre des wivernes comme s’il s’agissait de pigeons, ils ne pouvaient qu’être en sécurité.
Malgré leur appréhension première, il s’avéra que la viande rôtie de cette créature était mangeable. La ménestrelle avait dégotté assez de bois pour alimenter un feu de cuisine, qui pourrait continuer de chauffer la pièce la nuit durant. La chair de wiverne n’était pas aussi goûteuse que celle du lapin par exemple, évidemment, mais cela suffit pour accompagner correctement les champignons qu’elle avait cueillis le matin même. Seul Emlyg ne voulut pas y goûter et se contenta des champignons. « Je tâcherai de nous trouver du cerf pour la prochaine fois, commenta Drakëwynn.
– Du cerf ? Mais c’est interdit de braconner, prévint Kyr.

– Les forêts sont à tout le monde, répliqua la Centaure. Bien malin celui qui arrivera à m’empêcher de chasser là où je l’ai décidé. »
Le garçon voulait bien la croire. Dans un sens, il admirait la propension de la ménestrelle à n’en faire qu’à sa tête, en faisant fi du reste. Il faut dire que c’était souvent le cas des bardes, baladins et autres trouvères que d’agir ainsi. Mais, alors que ceux-ci devaient s’en sortir par la ruse et leur habileté en cas de pépin, Kyr avait le sentiment que Drakëwynn n’avait nullement besoin de s’embarrasser de subtilités d’aucune sorte.
« Si nous arrivons à garder une bonne allure demain, nous devrions pouvoir arriver à une petite ville, déclara la Centaure. Une fois là-bas, je nous achèterai ce dont nous aurons besoin pour l’entraînement. Et puis, j’aurai probablement quelques autres courses à faire et choses à régler. Vous pourrez visiter en attendant.
– On aura le temps de faire tout ça demain ? s’étonna Kilynn.
– Mmmh… » La ménestrelle fit mine de réfléchir. « Non. Si nous arrivons demain, ce sera probablement déjà trop tard pour pouvoir s’occuper de tout ça. De toutes façons, je devrai rester quelques jours en ville, nous aurons le temps. »

Ils rangèrent toutes leurs affaires pour partir le plus vite possible le lendemain et s’installèrent pour la nuit, sous l’œil attentif du dragon-papillon. « Drakëwynn ? appela Kilynn alors qu’ils étaient tous couchés.
– Oui ? s’enquit mollement celle-ci.
– Tu vas nous apprendre quoi ? A chanter ? A nous battre ? A faire de la magie ?
– Tout ce que tu voudras je t’ai dit, nous en parlerons demain pour préciser un peu tout ça. » répondit la Centaure.

Le support (1/3)

Arnulf reposa sa pinte. Il essuya la mousse qui maculait ses barbe et moustache blondes du revers d’un bras poilu. « Nan Bran, j’crois pas que ce soit une bonne idée de récupérer un… un petiot comme ça avec nous.
– Ecoute Arnulf, insista ledit Bran, ce gosse et moi, nous nous sommes vraiment attachés tous les deux. Tu comprends ?
– Tu veux dire que toi, que tout le monde surnomme l’Impitoyable, tu t’es attaché à quelqu’un ?
– Tout le monde a beaucoup changé en cinq ans, tu sais, bougonna Bran.
– Ouais, ouais. Je vois, déclara Arnulf après une autre lampée. Si t’es autant attaché à ce p’tit, pourquoi voudrais-tu qu’il vienne prendre des risques avec nous ? »

Bran resta un instant silencieux, comme pour rassembler ses mots. « Y a plusieurs choses, dit-il finalement. D’abord j’aimerais le garder vers moi, je me sentirai plus à l’aise. Et puis, il avait envie de participer. Ca m’a surpris qu’il veuille venir avec une bande de soudards comme nous, mais il veut se rendre utile, il m’a dit. Il pourra apprendre une ou deux choses.
– Bah, balaya Arnulf, c’est d’accord. Un peu de sang neuf ne peut pas faire d’mal. Et puis Talia l’a à la bonne. Garde-le si ça te fait plaisir, mais vient pas t’plaindre s’il se fait trancher. »

Bran soupira. Il avait convaincu le chef, mais ce n’était pas le plus dur. Le plus difficile était à venir : l’angoisse de savoir Colin perpétuellement en danger à partir de maintenant. Il considéra gravement l’adolescent. En toute franchise, Bran devait en convenir : le petit n’était plus si petit que ça. Il avait seize ans et la plupart des gens vivaient déjà des vies d’adultes à cet âge là. Mais Colin dégageait une telle innocence que le guerrier avait du mal à le considérer comme tel. Il n’était pas le seul ; l’insensible Talia avait fondu devant cette angélique candeur. Il faut dire qu’elle n’avait pas l’habitude de cotoyer autant d’innocence. D’ailleurs, Bran admettait que la naïveté de ce petit lui portait parfois sur les nerfs.

La porte de la taverne s’ouvrit brutalement. Le géant Sigurd fit irruption. « De l’hydromel ! » tonna le nouveau-venu en venant s’installer à la table d’Arnulf avec les autres. « Je suis le dernier, gloussa-t-il ensuite.
– C’est aimable à toi de ne pas perturber nos habitudes, ronronna Cygnus l’Aplyr.
– Tu devrais te montrer plus ponctuel Sissi, prévint la vieille Olga.
– Ne m’appelle pas Sissi, gronda le géant.
– Lorsque tu feras preuve de maturité, asséna Olga d’un ton sec.
– Suffit vos querelles familiales, balaya Arnulf en claquant sa chope contre la table. Bon retour à vous tous les enfants ! J’espère que vous vous êtes bien amusés durant ces cinq ans passés chacun de notre côté. »

Tout le monde acquiesça, avec des sourires plus ou moins prononcés. Bran prévoyait de bonnes histoires pour les soirées au coin du feu. « Comme vous pouvez l’voir, nous avons un p’tit nouveau. C’est not’ assassin Bran qui nous l’a amené. Il s’appelle… ?
– Colin, répondit l’adolescent avec un doux sourire.
– Voilà, continua le chef. Je n’sais pas encore à quoi il va nous servir, mais nous trouverons bien. Colin, voici tout l’monde. Le grand là, c’est Sigurd. Un combattant hors pair, mais mieux ne vaut pas rester trop près de lui dans la rage de la bataille. Lui et sa tante qui est là, la vieille Olga, sont des vikingars du nord.
– Je ne suis pas vieille, intervint Olga.
– Non, tu n’es pas vieille. » Soupira Arnulf comme si c’était une habitude, avant de reprendre à l’intention du garçon : « Elle est not’ garante de survie. C’est un très bon médecin et herboriste. Bien sûr, elle peut aussi tuer avec ses potions. »

La vieille dame se rengorgea en remettant une mèche de cheveux blancs derrière son oreille. Malgré son grand âge, Olga était particulièrement alerte. Bien conservée, comme d’aucuns disent. Elle pouvait très certainement encaisser les longs trajets qu’effectuaient souvent les mercenaires aussi bien que ceux-ci. Le chef continuait : « Ensuite, l’homme à la peau noire et à la tache orange dans la zone du nez s’appelle Cygnus. Ne laisse pas tes poches à sa portée. C’est un véritable roublard. L’un des meilleurs. Comme c’est un Aplyr, quand il se transforme en cygne il nous sert d’éclaireur. » Colin adressa un regard émerveillé à Cygnus, qui lui retourna un clin d’oeil charmeur. « Et je n’ai pas besoin de te présenter Talia qui est une guerrière marine des Morgans. Ni Bran avec qui tu as passé tellement de temps. » Conclut Arnulf.

Il reprit une gorgée de son breuvage, comme s’il réfléchissait. « Si j’ai de nouveau fait appel à vous tous, c’est parce qu’on m’a proposé un travail intéressant. » Tous écoutaient religieusement leur chef. Leurs anciennes habitudes étaient revenues d’elles-mêmes tandis qu’Arnulf leur expliquait ce qu’avait demandé le commanditaire.

« Il était une fois en Yamato » Chapitre 2 : Jynpo et sa cousine (5/6)

Pendant ce temps, devant la porte de la Salle du Conseil, à une distance respectable des deux gardes dépourvus de toute expression, Natsumi attendait son cousin de pied ferme. Elle avait bien l’intention de continuer à se venger quant à l’attente qu’il lui avait imposée lors de son arrivée. Alors qu’elle préparait quelques nouvelles phrases cinglantes, un jeune homme d’une vingtaine d’année déboucha d’un couloir annexe. Il lisait des rouleaux de parchemins en marchant et avait l’air obnubilé par sa lecture. « Bonjour ! » lui lança Natsumi qui, plutôt que de se décaler de sa trajectoire, voulait ainsi éviter qu’il ne lui rentre dedans. Le jeune homme s’arrêta et leva la tête, pantois. L’air un peu mal à l’aise, il la salua néanmoins en retour :

« Euh… Bonjour ! » avant de se replonger instantanément dans son parchemin. Mais il ne continua pas sa route, décidant visiblement d’attendre devant la salle du Conseil, comme elle. Vexée du manque d’attention que portait son interlocuteur à son égard, Natsumi reprit : « Je suis Yasuki Natsumi, fille du Chef de la Famille Yasuki du Clan du Crabe et cousine de Jynpo-sama, Chef du Clan du Dragon et Héritier du Trône Impérial. Et toi, qui es-tu ?
– Tamori Simayi. Enchanté très chère Yasuki Natsumi-sama, répondit-il d’un ton visiblement peu concerné sans même lever la tête.
– Que fais-tu ici ? s’obstina-t-elle.
– Mon Maître m’a fait mander ici, expliqua-t-il succinctement.
– Ah, Tamori Liang, le Conseiller Shugenja du Clan du Dragon. »
Le jeune homme releva la tête, l’air visiblement perplexe. « Comment savez-vous cela ? Ah, vous l’avez déduit de mon nom de famille, n’est ce pas ?
– Tout à fait ! » se rengorgea Natsumi, heureuse d’avoir enfin attiré l’attention de son interlocuteur.

Liang alla ouvrir la porte de la Salle du Conseil et fit signe à son disciple d’entrer, en même temps que Kitsuki Haruko, l’Intendant, arrivait pour rejoindre Hideaki. L’ensemble des Conseillers de Jynpo s’installèrent de façon adéquate, en fonction du rang de la Famille qu’ils représentaient, et non plus selon leur rang de Conseillers du Clan. Les portes se refermèrent sur une Natsumi des plus frustrée.

Jynpo se souvint alors qu’il était du ressort du Chef de la Famille principale du Clan de prendre la parole en premier. Or, il s’avérait qu’il était ledit Chef. Il devait donc parler au nom de la Famille Mirumoto. D’ailleurs, l’assemblée lui dédiait toute son attention. « En tant que Chef de la Famille Mirumoto, je pense qu’il serait judicieux et sage de faire en sorte de réparer les erreurs commises par mon prédécesseur, de continuer à protéger l’Empereur ainsi que l’Empire, et de défendre les intérêts du Clan. »
« C’est profond, ce qu’il dit. » songea un Hotaka toujours aussi impavide.
« Il vient de nous proposer ce qu’on faisait déjà depuis plus de mille ans, pensait quant à elle Mayu. Il doit vouloir laisser la main aux autres et entendre les propositions politiques de chacun. »

En tant que doyen de l’assemblée, Lo-Fu prit la parole : « En tant que Chef de l’Ordre Ize Zumi, je prône l’harmonisation de notre Clan. Et, je rajouterai que pour tout domaine il faut adopter la conduite suivante : l’invariabilité dans le milieu est ce qui constitue la vertu. Laissons donc les bêtes sauvages s’entredévorer loin de nos moissons et occupons-nous de faire prendre son essor spirituel au Dragon. » Un silence respectueux accueillit cette déclaration. « Oh ! Il a fait deux vers de dix-neuf pieds, c’est amusant, songea son disciple Hotaka en gardant son masque d’impassibilité. Il n’arrête pas de parler de moissons, il devait être paysan avant de devenir Moine. »

Ensuite, vint le tour de Liang le Shugenja, qui caressait son long bouc : « En tant que Chef de la Famille Tamori, je prône l’intensification de la guerre contre le Clan du Phénix, dans le but de nous venger des traitres Agashas et de mettre enfin un terme à cette guerre ancestrale. Afin de contrer efficacement les Shugenjas Phénix, je conseille de nous tourner d’avantage vers les études car, à la longue, l’esprit finit toujours par l’emporter sur la lame. » Son disciple Simayi pensa alors : « Mon Maître fait preuve d’une telle sagesse… Il arrive à concilier les questions d’honneur avec la recherche du savoir. Je me demande si j’arriverai à en faire autant. »

Puis, Hideaki déclara à son tour : « En tant que Chef de la Famille Kitsuki, je prône la continuation de la guerre contre le Clan du Phénix, sans pour autant passer par la voie des armes. En effet, celle-ci risque de nous apporter plus de soucis que de satisfaction. Des manœuvres politiques nous apporteraient les mêmes résultats, sans perte humaine ou d’influence. De plus, je pense que pour prévenir à d’autres éventuels conflits, il nous faut plonger au cœur des intrigues politiques de l’Empire. Cela nous permettra de mieux cerner le vice chez nos compatriotes, et ainsi défendre au mieux notre Clan et l’Empire. Je propose également, pour renforcer le Clan, de reprendre les relations commerciales avec les autres Clans. Relations qui avaient quasiment disparues lors du règne de Shiro. Nous devrions également renforcer nos liens avec le Clan du Crabe, nos seuls véritables alliés actuels. Enfin, je pense qu’il serait peut-être judicieux que le Seigneur de notre Clan établisse une alliance avec un Clan Majeur, par le biais d’une union. » Au grand effarement de Jynpo, la totalité de l’assemblé acquiesça avec entrain à cette dernière proposition. « J’espère que je serai prévenu suffisamment à l’avance si mariage il doit y avoir… » s’inquiéta Haruko l’Intendant.

Mais déjà, Hitomi Hikari prenait la parole : « Ne rivalise point : tu seras sans reproche. Choisis en politique le bon ordre. Choisis en affaire l’efficacité. Choisis pour agir l’opportunité. Choisis un bon terrain pour ton amour. Choisis-le profond pour ton cœur. Choisis envers autrui la bienveillance. Choisis en paroles la vérité. Tels sont les principes que prône l’Ordre Kikage Zumi pour l’orientation du Clan. » Tandis que Jynpo était de plus en plus désespéré, Mayu se disait, admirative : « Dire tant de choses en si peu de mots et ce, tout en restant aussi claire, est un don rare que j’aimerais tant posséder ! »

Tout le monde ayant parlé, le Seigneur du Clan du Dragon, totalement dépité, essaya de conclure cette petite réunion clanique. « En tant que Chef de Clan, je prendrai en compte les volontés de chaque Famille sur l’orientation dudit Clan. Je tâcherai de vous faire part des grandes lignes qui en découleront, dans les plus brefs délais. » Et, se souvenant que son ami Ethir risquait de débarquer à n’importe quel moment, il ajouta : « Une affaire de la plus haute importance requiert mon attention, je me vois contraint de mettre fin à cette réunion. » Sans plus attendre, Jynpo bondit de ses coussins et se précipita vers la porte, en marchant à grands pas. L’assistance eût à peine le temps de s’incliner respectueusement, qu’il avait déjà disparu. Lo-Fu et Hikari firent un discret signe à leur disciple respectif, pour leur indiquer de suivre le Seigneur de céans, dans le but d’obtenir des instructions, en tant que nouveaux Conseillers. Mayu se précipita à la suite de Jynpo et, en passant près d’un Hotaka dépourvu de toute réaction, l’entraina à sa suite.

« Kyr et Kilynn » Chapitre 2 : Le début du voyage avec Drakëwynn (6/8)

Ladite Centaure pouffa de rire : « C’est vrai que des comme moi il n’y en a pas beaucoup !
– C’est dû à quoi les écailles et le reste ? s’enquit timidement Kilynn.
– Les particularités physiques dont vous parlez sont dues au fait que je suis une Disciple des Dragons de Cuivre. Du coup, petit à petit, je deviens en partie dragonne.
– Dragonne ? s’étonnèrent les jumeaux.
– En partie seulement j’ai dit, rectifia-t-elle. Je ne deviendrai jamais un dragon à part entière. »

Il y eut un silence pendant lequel les enfants digéraient les explications peu ordinaires de Drakëwynn, même s’ils ne savaient pas exactement ce qu’était un Disciple des Dragons de Cuivre. La pluie continuait de tomber à verse au dehors, le cheval renâclait de temps en temps et Emlyg le dragon-papillon ronflait doucement. Tous ces sons étaient apaisants et les deux protégés de la Centaure se mirent bientôt à somnoler. Celle-ci se mit à fredonner une berceuse et, adossés à l’escalier, blottis l’un contre l’autre, ils succombèrent au sommeil.
Lorsqu’ils se réveillèrent, quelques longues minutes plus tard, ils étaient de nouveau recouverts de la douce couverture pelucheuse que la ménestrelle leur avait donné la veille. Cette dernière était debout et armée de son grand arc, s’apprêtant visiblement à sortir. « Tu t’en vas ? s’enquit Kilynn d’une voix ensommeillée.
– Je ne serai pas longue, lui assura Drakëwynn. Je vais voir si je peux trouver du bois pas trop détrempé pour la cuisine de ce soir, ainsi que de quoi accompagner les champignons.
– Et si jamais quelqu’un vient pendant que tu n’es pas là ? s’inquiéta Kyr.
– Ne t’en fais pas, il n’y a que moi qui puisse ouvrir cette porte, personne ne viendra vous importuner ici. Quand bien même ce serait le cas, je serai de retour avant que qui que ce soit arrive à entrer. »

Sur ces paroles apaisantes, elle sortit, puis referma soigneusement la porte. Les enfants entendirent le bruit du lourd – mais rapide – galop de la Centaure s’éloigner. « Tu trouves pas que même si elle est bizarre on est bien avec elle ? demanda Kilynn à son frère.
– Je suis bien obligé de l’admettre, répondit celui-ci. Ca faisait des mois que je ne m’étais pas senti aussi… à la fois libre et en sécurité tu vois, je sais pas trop comment exprimer ça.
– Je vois ce que tu veux dire. » le conforta sa sœur.

Après avoir un peu taquiné le dragon-papillon qui finit par se réfugier sur le dos de Nuit-Noire, les jumeaux décidèrent d’explorer le reste de la tour. Ils avaient déjà vu le premier étage, vide, lorsqu’ils étaient montés s’y changer. Ils continuèrent au deuxième étage et furent déçus de constater qu’il était tout aussi dégarni. Ils finirent par arriver au sommet de la tour, protégé par des créneaux. Il ne pleuvait plus, mais le sol métallique était détrempé, ce qui fit qu’ils n’eurent pas envie de s’attarder trop longtemps à admirer la vue. Néanmoins, ce fut suffisant pour qu’ils se fassent repérer par une créature affamée : une wiverne qui planait au-dessus d’eux à la recherche d’une proie. Ces créatures, d’environ six mètres d’envergure pour cette catégorie, sont souvent confondues avec des dragons alors que ce ne sont que des cousines éloignées. Au lieu de quatre pattes elles n’en ont que deux et ne peuvent ni cracher du feu, acide ou autre éléments. A la place, leur queue est dotée d’un dard semblable à celui d’un scorpion, mais dont le venin est bien plus virulent.

Les enfants l’aperçurent en même temps qu’elle les avait repérés et se précipitèrent instinctivement par l’ouverture du toit pour se réfugier à l’intérieur de la tour de métal. La wiverne voulut les suivre mais, par chance pour eux, elle était trop grosse pour pouvoir entrer. Même Drakëwynn devait à peine pouvoir passer. La créature fit tout de même entrer sa tête le plus loin possible pour happer Kyr et Kilynn qui s’échappèrent à l’étage en dessous, tout en trébuchant sur leurs trop grandes robes rouges. Hurlant de frustration en voyant son repas s’enfuir, la wiverne entreprit d’essayer de défoncer le toit du bâtiment. Les jumeaux restèrent indécis – et terrifiés – au premier étage, guettant par les meurtrières l’éventuelle arrivée de la Centaure. Au rez-de-chaussée, le cheval hennissait en percevant l’odeur de la créature qui donnait des coups sourds contre l’édifice. « Drakëwynn… gémit Kilynn. Tu crois qu’elle va arriver bientôt ?
– Elle a dit qu’elle reviendrait vite… » répondit un Kyr guère plus vaillant.

Comme pour confirmer ces propos et les rassurer, ils entendirent, venant de l’extérieur un hurlement rageur : « Ma tour ! N’abîme pas ma tour, saleté ! » Ils se précipitèrent vers la meurtrière la plus proche de l’origine du cri. La Centaure arrivait effectivement au grand galop, pile au bon moment et, surtout, furieuse. Alors que le garçon se demandait ce qu’elle allait pouvoir faire contre un tel monstre, ils la virent lever son grand arc et tirer deux flèches à une vitesse ahurissante en direction du sommet de la tour. Les coups sourds s’arrêtèrent presque aussitôt. Drakëwynn, elle, reprit sa course, entra en trombe dans l’édifice et monta les escaliers à toute vitesse. Eberlués, les enfants la virent passer comme un éclair, sans avoir le temps de réagir. « Quoi ?! l’entendirent-ils s’exclamer une fois qu’elle fut arrivée en haut. T’as même pas eu la décence de t’ôter de MA tour pour crever ! Tu m’encombres ! » Les jumeaux la virent redescendre. « Oh, vous êtes là, leur dit-elle comme si elle venait seulement de remarquer leur présence. Venez avec moi pour m’aider à dépecer ce machin. J’ai rien eu le temps de chasser et qui sait, c’est peut-être mangeable. On va bien voir ! »

Encore sous le choc, ils la suivirent sur le toit de la tour de métal, prenant leurs couteaux en main. La wiverne gisait, les deux flèches lui traversant la gorge de part en part. Comment pouvait-on tuer une bête pareille avec seulement deux flèches, se demandait Kyr. Finalement, aucun des jumeaux n’eût à faire quoique ce soit. En effet, Drakëwynn termina le dépeçage de la créature en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Elle soupira soudain de soulagement : « Ouf ! Elle n’a pas abîmé la tour. Bon, il y a du sang partout maintenant, mais c’est pas grave ça… Quelque chose ne va pas ? » s’enquit-elle auprès des enfants qui contemplaient fixement la wiverne en morceaux. Comme ils ne lui répondaient pas, la Centaure s’inquiéta : « Elle vous a blessés ? Empoisonnés ?…
– Non non, répondit Kilynn d’une voix blanche. On a juste eu très peur.
– Y a de quoi, approuva la ménestrelle. Elle vous aurait dévorés en moins de deux.
– Elle t’a pas fait peur à toi ? demanda Kyr qui trouvait cela profondément injuste.
– Non, je craignais juste qu’elle m’abîme ma tour.
– Et t’as pas eu peur pour nous ? s’enquit la sœur d’un ton boudeur.
– Non, répondit instantanément la Centaure sans aucun tact. Je savais bien que vous n’étiez pas assez bêtes pour vous laisser manger par une stupide wiverne. »

« Il était une fois en Yamato » Chapitre 2 : Jynpo et sa cousine (4/6)

Voilà une semaine que Jynpo avait dîné avec sa cousine et, depuis, il n’avait pas eu une minute à lui accorder. En effet, l’administration de ses terres nécessitait beaucoup plus de temps qu’il ne l’avait prévu. Et alors qu’il pensait se faciliter la tâche en nommant son nouvel Intendant, ce dernier ne cessait de le harceler pour divers problèmes dont le jeune Seigneur du Clan du Dragon ne soupçonnait même pas l’existence.

Alors qu’il avait réussi à se ménager une plage horaire pour s’entraîner seul aux armes, Natsumi fit irruption dans la salle d’entraînement, suivie par Sakura et Sung, les enfants de Chiba. Tous trois s’assirent dans un coin de la pièce et observèrent avec attention le Seigneur qui tentait de faire abstraction de leur présence, afin de mieux de concentrer sur le maniement de son daisho. « Vous voyez, même un Chef de Clan ne doit pas négliger son entraînement. Mais plus important encore, il ne doit pas négliger sa famille. Comme en ignorant un membre de celle-ci pendant une semaine, alors même qu’elle est son hôte. Mais ce n’est qu’un exemple, bien évidemment. » Les enfants écoutaient la jeune fille avec attention. Elle continua : « De même, quel que soit votre rang, lorsque vous recevez quelqu’un, il est de rigueur de lui accorder un minimum d’attention et de temps. Il en va de l’Honneur de votre Maison, car un hôte attentionné sera toujours plus respecté qu’un Seigneur dédaigneux. »

Jynpo, sentant que la leçon que Natsumi prodiguait à Sakura et Sung était aussi un reproche à son égard, tenta de retourner toute son attention sur ses mouvements de combat. Après tout, il ne désirait pas affronter sa cousine, qui plus est devant les deux enfants de son Conseiller militaire. « Cette tactique de combattre avec un katana et un wakisashi est typique de la Famille Mirumoto, la votre, reprit la jeune fille. Les Hida, qui sont la Famille principale de mon Clan, sont des guerriers qui, eux, n’ont besoin que de leur katana.
– Et dans ta Famille, les Yasuki, il n’y a pas de combattants ? s’enquit Sakura.
– Pour les membres de ma Famille, l’entraînement mental est plus important que le physique, ainsi que l’enseigne le Bushido, répondit-elle mielleusement.
– Mais il est où ton Clan ? interrogea de nouveau la fillette.
– Il se situe à la frontière sud-ouest de l’Empire, à la limite avec l’Outreterre où résident de nombreuses engeances du Mal. Mon Clan, le Clan du Crabe, est chargé de protéger l’Empire de toutes ces viles créatures, afin que les autres Clans puissent continuer à s’entraîner pour le bien de l’Empire. D’ailleurs, mon Clan prouve tous les jours qu’il n’est nul besoin d’aller à l’autre bout du monde pour s’entraîner et devenir un grand Guerrier Défenseur de l’Honneur de Yamato . »

Il était de plus en plus difficile pour Jynpo de faire abstraction des reproches à peine dissimulés de sa cousine. Alors que le fier Bushi Défenseur de l’Honneur de Yamato réfléchissait au meilleur moyen d’éviter la confrontation avec la cinglante Natsumi, l’Intendant Kitsuki Haruko entra soudainement dans la salle. Aussi mince que son oncle Hideaki, c’était un homme remarquablement discret, arborant des couleurs sobres, et il avait l’air perpétuellement préoccupé. Heureux de cette diversion, Jynpo s’empressa de s’enquérir : « Qu’y a-t-il, Haruko ?
– Mon Seigneur, je vous informe que l’honorable Togashi Lo-Fu, Maître Moine de l’Ordre Ize Zumi et chef de la noble Famille Togashi et que la non moins honorable Hitomi Hikari Maîtresse Moine de l’Ordre Kikage Zumi et chef de la noble Famille Hitomi sont arrivés aux portes du Palais et demandent à être reçus par Mon Seigneur, afin de lui présenter leurs salutations au nom de leurs familles respectives.
– Parfait ! s’exclama Jynpo soulagé de trouver une échappatoire. Fais-les entrer et amener dans la Salle du Conseil, je les rejoindrai là. »

Puis, sous le regard furieux de Natsumi, il partit en trombe afin de se changer et de faire appel à ses trois Conseillers. Une fois qu’ils furent tous réunis autour de la table, Jynpo fut satisfait de constater qu’une salle du Conseil, même remplie au tiers, faisait beaucoup plus sérieux. Sans compter que cette fois, le jeune Seigneur du Clan du Dragon n’avait pas oublié de s’asseoir à la place du Chef et qu’il en était très fier. Il salua les membres de l’assemblée, ainsi qu’il l’avait vu faire son père : Kitsuki Hideaki, Mirumoto Chiba, Tamori Liang, Togashi Lo-Fu, Hitomi Hikari et les disciples de ces derniers. Suite à cela, il fit signe à ses nouveaux invités de prendre la parole. Le vieux Moine Lo-Fu, drapé dans sa modeste toge bordeaux, se leva péniblement et commença : « Il est parfois des moissons qui n’arrivent pas à fleurir ; il en est aussi qui, après avoir fleuri, n’ont pas de grain. Je suis heureux de constater que mon Seigneur ne fait partie d’aucune de ces moissons. »

Intérieurement, Jynpo paniqua. Il se souvint subitement de l’un de ses précepteurs, un Moine de l’Ordre Ize Zumi aussi, qui lui dispensait son savoir à coup de phrases toutes aussi énigmatiques. Il prit conscience que, malgré le passage des années, la compréhension des propos des moines ne lui était pas plus aisée. Il décida donc d’incliner poliment la tête en essayant de masquer sa confusion. Heureusement pour lui, les deux familles de Moines Tatoués du Clan du Dragon descendaient rarement de leur montagne. Hitomi Hikari prit à son tour la parole : « Les paroles sincères ne sont pas élégantes ; les paroles élégantes ne sont pas sincères, Lo-Fu dono . » Alors que son aîné et alter-ego se renfrognait imperceptiblement, elle reprit, à l’attention de Jynpo : « J’espère que vous arrivez à reprendre vos marques après votre long exil, Jynpo-sama. Afin de, à la fois vous aider dans cette tâche, et de représenter le point de vue de la Famille Hitomi, j’aimerais mettre à votre disposition ma disciple Hitomi Mayu, en tant que Conseillère.
– Euh… Oui. » accepta Jynpo, tandis que Mayu inclinait la tête à son intention, en signe de respect.

« Pour éviter les obstacles dans un long couloir obscur, mieux vaut s’éclairer de plusieurs bougies. Je vous propose donc, à mon tour, les lumières de mon disciple : Togashi Hotaka. » Ce dernier inclina impassiblement la tête, avec un léger décalage de droite à gauche. « Tiens, on parle de moi. Je pensais juste faire figuration. D’ailleurs je me trouvais plutôt doué dans ce domaine. » songea Hotaka. « Lo-Fu sensei aurait quand même pu me prévenir, que je prévoie quelques affaires. Ah, mais je suis moine, c’est vrai. Je n’ai donc pas de possessions matérielles en plus de ce que je porte sur moi. »

« Euh… Oui. » répondit de nouveau le Seigneur du Clan du Dragon, qui se disait qu’il allait enfin pouvoir remplir sa Salle du Conseil régulièrement. Il reprit : « Très bien, voilà une bonne chose de réglée. A présent, l’un de vous a-t-il une autre nouvelle importante dont il voudrait nous faire part ?
– En effet, Jynpo-sama, intervint Hideaki. J’aimerais, si possible, profiter que tous les Chefs de Famille du Clan du Dragon soient réunis autour de cette table, pour mettre au clair la volonté de chaque Famille en ce qui concerne l’orientation politique du Clan du Dragon.
– C’est une très bonne idée Hideaki ! s’enthousiasma Jynpo. Nous allons faire ça. »

Alors que le Seigneur disait ces mots, ils se levèrent tous.

Texto du matin : Résumé de l’histoire des noms de famille en France

Aujourd’hui, nous allons parler des origines des noms de famille chez nous. Alors déjà, il faut savoir que chez les nantis romain antiques, les gens possédaient trois noms : le prénom, le surnom et le nom du groupe familial. Chez les romains antiques ordinaires n’existaient que le prénom et le surnom. Cet usage s’est répandu dans tout l’Empire, notamment chez les gallo-romains.

Puis, il y eût les invasions barbaro-germaniques. Ils ne s’intéressaient pas aux surnoms, qui disparurent peu à peu dans notre contrée française (qui n’était pas encore la France à cette époque, d’ailleurs). Aux alentours du Xème siècle, les surnoms se mirent à réapparaître en même temps que croissait la population, car les gens avaient besoin de se différencier les uns des autres. Vers le XIIème siècle on commença à officialiser tout ça. Mais ce n’était pas encore toujours très clair : les gens pouvaient toujours facilement changer de nom au gré de leurs envies.

Louis XI décide de commencer à règlement ces noms devenus noms de famille. Cela se déroulait au XVème siècle. Il interdit de changer de nom, sauf autorisation royale. Plus tard, François Ier décide la tenue de registres d’état-civil dont la responsabilité incombera exclusivement au clergé et ce, jusqu’à la Révolution. Aux alentours de 1800, la création du livret de famille fixera définitivement l’orthographe des noms de famille.

Il existe plusieurs types de noms de famille.
Les noms issus de métiers : Mercier, Fournier, Bouvier…
Les noms issus de particularité physique : Petit, Roux, Brun…
Les noms issus de prénoms : Privat, Gervais, Germain…
Les noms issus d’une origine géographique : Dupont, France, Dubois…
Les noms issus de la nature : Merlette, Pigeon, Rose…
Et puis tout un tas d’autres pas toujours classables ou issus de sobriquets divers et variés.

« Kyr et Kilynn » Chapitre 2 : Le début du voyage avec Drakëwynn (5/8)

« Cette porte donnait sur une pièce qui ressemblait à un bureau et dans laquelle se trouvaient un Mage Rouge et son chevalier garde du corps. Ils sont bizarres, je ne sais pas si vous en avez déjà vus. Que ce soient les magiciens ou les chevaliers, ils sont chauves, ou à moitié chauves, avec des tatouages cabalistiques sur le dessus de la tête. J’imagine que c’est d’ailleurs pour ça qu’ils se rasent le crâne, pour qu’on voit bien leurs tatouages, ils doivent en être très fiers… Pour ma part, j’ai chargé le Mage en compagnie du loup de mon camarade druide et j’ai laissé les autres s’occuper de la chevalière. Il fut plus facile à tuer que sa compagne d’ailleurs. On a eu beaucoup de mal avec elle, car elle était bien plus résistante. Mais nous avons réussi. Par contre nous étions tous mal en point, le loup du druide était même tombé au combat par un sort violent du magicien. Faut se méfier des Mages Rouges, ils ont toujours plein de trucs sournois en réserve. Dans tous les cas, nous n’avons eu aucun scrupule à récupérer ses possessions matérielles ainsi que celles de sa collègue. Lui-même n’avait pas grand chose, du coup, nous avons poussé le vice jusqu’à récupérer sa robe écarlate en trophée. Depuis, nous faisons de même pour tous les Mages Rouges que nous rencontrons, c’est pour ça que j’ai toujours des robes rouges dans mes affaires.
– C’est une drôle de coutume tout de même, commenta Kilynn en souriant.
– Ca me rappelle une légende cette histoire là, déclara Kyr. Bon, la légende était bien plus grandiose évidemment, les aventuriers ne tombaient pas dans des pièges, affrontaient encore plus de choses maléfiques, combattaient avec brio et tout. C’était une partie des Aventures de la Compagnie de la Licorne.
– Ah oui, je m’en souviens, renchérit sa sœur. Il y avait un barde qui était passé dans la région, il y a quelques temps, et qui racontait plein d’aventures de la grande Compagnie de la Licorne. C’est vrai que l’histoire que vous venez de raconter suivait le même genre de trame qu’une de leurs aventures.
– Stupéfiant, commenta la Centaure avec un sourire en coin. Mais bon, j’imagine que pas mal d’aventuriers ont vécu des histoires comme celle-ci, ce n’est donc pas très étonnant.
– En tous cas, reprit Kyr avec passion, les aventuriers de la Licorne sont vraiment impressionnants. J’aimerais bien devenir aussi puissant qu’eux.
– Il y a encore du boulot pour ça, déclara platement la ménestrelle. Mais je peux t’apprendre quelques trucs si tu veux. A tous les deux même.
– C’est vrai ? s’étonna le garçon. Vous feriez ça ?
– Oui, mais à une condition.
– Laquelle ? s’enquit-il avec ferveur.
– Que tous les deux arrêtiez de me vouvoyer, j’ai l’impression d’être vieille alors que je suis à peine adulte ! »

Les deux enfants ouvrirent des yeux ronds et regardèrent plus attentivement la Centaure. En effet, malgré ses écailles et sa musculature impressionnante, elle ne paraissait pas très âgée. Ce devait être pour cela qu’elle se comportait sans arrêt comme une gamine, songea Kyr. Quoiqu’il en soit, ils acceptèrent avec joie la condition de Drakëwynn pour pouvoir apprendre ce qu’elle pourrait leur enseigner. « Par contre, reprit-elle, nous attendrons que je vous ai un peu mieux équipés que ça et que j’ai pu voir ce dont vous êtes capables.
– D’accord ! s’exclamèrent-ils en chœur.
– Drakëwynn ? interpella Kilynn.
– Oui ?
– Où sont passés vos… euh… tes compagnons ?
– Nous sommes tous éparpillés aux quatre coins de Gaïa pour ce que j’en sais, expliqua la Centaure. Le druide dont je parlais dans l’histoire est mort depuis longtemps maintenant. A la place, nous avions récupéré un ensorceleur dont la principale préoccupation sont les oranges. Il doit être en train de se balader quelque part à distribuer des oranges, justement, ou à embêter des gens. Mon amie l’Elfe est en train de s’occuper de son bébé qu’elle a eu récemment, mon amie la barbare est aussi en voyage, comme l’ensorceleur et moi. Et le Samouraï s’occupe de son Clan, qui avait eu beaucoup de problèmes politico-religieux. On se retrouve de temps en temps. Il y a de grandes chances qu’un de ces jours nous repartions tous ensembles à l’aventure. »

C’est ce moment que choisit Emlyg pour sortir de son sac en baillant. Il s’étira longuement à la manière d’un chat et regarda autour de lui, visiblement satisfait de se retrouver au sec. Puis, comme Kilynn lui tendait la main, il alla s’installer au creux de ses jambes en tailleur, ce qui, avec la robe, lui faisait un nid tout ce qu’il y avait de plus confortable. « Et vous deux, reprit la Centaure, racontez-moi donc votre histoire !
– Nous avons rien vécu d’aussi extraordinaire tu sais, temporisa Kyr.
– Racontez quand même, les enjoignit-elle.
– Depuis que les armées démoniaques ont débarqué en Sylvanie, il y a eu beaucoup d’épidémies un peu partout et notre village n’a pas été épargné, expliqua le garçon. Nos parents en sont morts il y a presque deux ans. On a failli mourir de faim après ça, parce que le propriétaire de la ferme de papa a récupéré la maison et le terrain, du coup on avait plus rien.
– Devenus des orphelins dans des circonstances dramatiques, commenta Drakëwynn, vous êtes les héros parfaits pour une bonne histoire !
– Tu trouves ? s’étonna Kilynn.
– Tout à fait ! confirma la ménestrelle. Vous n’avez jamais remarqué que la plupart des héros ont un lourd passif derrière eux ? En général ils n’ont pas de parents, ou alors ceux-ci étaient des tortionnaires, ils ont subi les plus atroces privations et tout ce qui s’en suit… Les héros n’ont pas une vie heureuse, c’est pas intéressant sinon. Bref, continuez.
– Finalement, continua le frère, on est tombés sur Caer qui avait fait faillite peu de temps avant et il a bien voulu nous intégrer à son groupe de brigands. En échange de nourriture et d’un toit, on devait l’aider à détrousser des voyageurs. On a fait ça pendant quelques temps, jusqu’à ce qu’on vous… te rencontre.
– Tu nous as fichu une de ces trouilles d’ailleurs ! se remémora Kilynn.
– J’avoue avoir un peu exagéré avec mon chant de terreur, s’excusa une nouvelle fois Drakëwynn.
– Il n’y avait pas que ça en fait, avoua la jumelle.
– Ah bon ?
– En fait, expliqua Kyr, quand on t’a vue on a été très surpris car on s’attendait à voir un cheval, avec une cavalière.
– Or, vous êtes tombés nez à nez avec une Centaure.
– Oui, une Centaure armée jusqu’aux dents, pointues en plus les dents, et avec des griffes et des écailles. » renchérit-il.