Texto du matin : La Peste Noire

Je vais vous faire partager un sujet festif que j’ai envoyé à mes destinataires de mon texto du matin. C’était tellement festif que je l’ai envoyé en période de Noël !

Bien ! Alors à présent, abordons un sujet pile dans le ton de Noël : la Peste Noire. D’abord je vais vous parler de la maladie en elle-même, et ensuite je ferai un petit topo historique.

La peste est due à un vilain bacille, nommé de manière fort originale yersinia pestis, du nom de son découvreur monsieur Yersin (qui l’isola en 1894 suite à une pandémie de peste en Inde). Il s’agit donc d’une vilaine bactérie (qui existe en peluche) qui est transmise à l’homme par des puces infectées, par des rats malades principalement. Mais cette maladie peut aussi être véhiculée par d’autres rongeurs comme les jolis écureuils ou les mignons lapins par exemple, sans oublier leurs prédateurs. Elle peut également se transmettre par la morsure de ces charmants animaux contaminés. Miam !

Contemplez le regard de tueur de ce potentiel vecteur de la Peste !

Contemplez le regard de tueur de ce potentiel vecteur de la Peste !

La peste peut prendre trois formes : bubonique, septicémique ou pulmonaire, les deux dernières étant des variantes de la première. La forme bubonique est la « classique » lorsque l’on est mordu par une vilaine puce infectée (qui, en fait, vomit littéralement son infection dans la morsure parce qu’elle est malade aussi) et produit des bubons plus ou moins purulents sur les zones à repli du corps (comme l’aine par exemple). La septicémique est une forme virulente de la bubonique et, si j’ai bien compris, avec la forme septicémique on a peu de chance de survie, car elle est fulgurante. La forme pulmonaire, enfin, est une infection directe par un rongeur ou un humain contaminé. Celle là attaque directement les poumons et on meurt en les crachant par petits bouts (là vi, j’exagère, mais pas tant que ça). Après analyses génétiques, ce vilain bacille serait originaire d’un coin de la Chine.

Maintenant, c’est parti pour son impact sur l’histoire humaine ! (je vous imagine en train de vous réjouir en criant « youpiii ! »)

Alors en fait, avant l’épisode de la Peste Noire qui décima plus de la moitié de la population européenne, il y eut un « petit » épisode de peste bubonique au Vième siècle. On la nomma la peste justinienne, du nom de l’empereur romain qui régnait sur l’Empire Byzantin à l’époque, tout simplement parce qu’elle débuta à Constantinople. Cet épisode frappa surtout le bassin méditerranéen et, en France, surtout le long du Rhône, de Marseille à Lyon. L’épidémie est revenue toutes les décennies environ, puis finit par disparaître.

Puisqu'il était un homme de pouvoir, la Peste était probablement de sa faute.

Puisque l’Empereur Justinien était un homme de pouvoir, la Peste était probablement de sa faute.

Venons en à la grosse épidémie de peste noire. Pour replacer les choses dans leur contexte, il faut savoir qu’en Europe la population n’était pas très vaillante à ce moment là. En effet, ils étaient dans une période de refroidissement climatique et la guerre de 100 ans avait débuté. Ces choses amènent déjà leurs propres lots de famines et d’épidémies. Oh qu’il a du être content d’arriver là le yersinia pestis ! Des gens faibles et non immunisés contre lui, quel joli cadeau !

Cet épisode commença quand les Tatars (des gens aux mœurs subtiles, un peu comme les Mongols) assiégèrent Caffa, un comptoir génois (de Gênes en Italie) qui se trouvait au bord de la Mer Noire (Caffa, pas Gênes, suivez un peu). Eux-mêmes atteints par la peste qu’ils avaient ramenée d’Asie, les Tatars jouèrent à catapulter des cadavres infectés dans la cité. Du coup, lorsque le siège se termina et que les navires génois purent repartir, ceux-ci essaimèrent la peste un peu partout en Méditerranée.

A partir de là, ce fut un peu l’Apocalypse. Des gens mourraient partout, les villes se vidèrent de leur population, et on tua des lépreux et des juifs parce qu’on disait que la colère Divine s’abattait sur le bon peuple à cause d’eux, jusqu’à ce que le Pape de l’époque interdise audit bon peuple ce genre d’idioties. Mais il faut comprendre ces gens apeurés : les médecins n’étaient d’aucun secours, personne ne savait d’où cette affreuse maladie provenait et la mort était douloureuse. Ca a de quoi traumatiser.

Comme on pensait que la Peste se transmettait par l'air vicié, les médecins portaient souvent ces masques amusants, avec des herbes dans le looong nez afin de filtrer le mal et de ne pas tomber malade.

Comme on pensait que la Peste se transmettait par l’air vicié, les médecins portaient souvent ces masques amusants, avec des herbes dans le looong nez afin de filtrer le mal et de ne pas tomber malade.

Lorsque l’épisode se termina, une fois que la plupart des gens étaient morts ou immunisés, l’Europe avait perdu la moitié de sa population. Comme ce fut le cas pour la peste justinienne, l’épidémie revint de manière épisodique de temps à autre jusqu’au XVIIIème siècle en France, mais plus jamais elle ne se montra aussi meurtrière. Le bon côté, c’est que grâce à la Peste Noire, on a mis en place le système de quarantaine et aussi le cordon sanitaire. C’est d’ailleurs grâce à ce dernier que les épidémies furent progressivement entérinées en Europe.

Aujourd’hui, la peste est une maladie réémergente. Elle réapparaît en Afrique et en Asie.

« Il était une fois en Yamato » Chapitre 2 : Jynpo et sa cousine (1/6)

L’aube ne pointait pas encore et les gardes de la porte principale de la muraille du château Togashi veillaient scrupuleusement à la sécurité du palais de leur Seigneur Mirumoto Jynpo. A ce moment, ils virent au loin sur la route, un homme qui courait à toute vitesse. Vêtu en haillons et le crâne rasé, il se déplaçait à une allure remarquable. Voyant qu’il ne ralentissait pas, les deux gardes s’apprêtèrent à lui barrer le chemin. C’est alors qu’ils le virent fouiller dans un vieux sac et se retrouvèrent assaillis par une volée de projectiles. L’homme passa à côté d’eux, sans même ralentir, ni leur accorder le moindre regard. Les gardes se rendirent alors compte qu’ils s’étaient fait bombarder d’oranges et, sans chercher plus d’explications quant à cette mystérieuse attaque, ils se précipitèrent pour sonner l’alarme.

Après une nuit de sommeil agité, Jynpo fut réveillé par de nombreux bruits affairés au sein de sa demeure. Craignant que ce vacarme soit du à l’arrivée impromptue de sa cousine, il se redressa brusquement. C’est alors qu’il réalisa qu’il s’agissait du bruit de soldats courant de part et d’autre du domaine. Même si Natsumi était encline à s’attirer des ennuis, il dut reconnaître qu’il était peu probable qu’elle provoque un tel remue-ménage parmi ses gardes. C’est alors qu’une orange le heurta violemment, en plein dans la joue. Tournant la tête vers l’origine de l’attaque, il se rendit compte que le fruit avait transpercé le papier de riz qui séparait sa chambre de son jardin privé, et que par le trou un œil rond le fixait. « Jynpo ! s’exclama l’œil. Tu n’es pas mort ?! » Avant que ce dernier puisse répondre, le propriétaire de l’œil déchira la cloison pour entrer dans la pièce. « J’espère que c’était une porte… » reprit songeusement l’homme au crane rasé, avant de commencer à fouiner dans les affaires du jeune Seigneur du Clan du Dragon.

A ce moment là, des dizaines de gardes firent irruption dans le jardin et contemplèrent avec horreur le trou dans la cloison de la chambre de leur maître. Plusieurs d’entre eux menés par Mirumoto Chiba, l’épée au clair, se précipitèrent à l’intérieur. « Chiba ! l’interpella Jynpo. C’est vous qui faites tout ce vacarme de bon matin ?
– Nous cherchons à appréhender cet individu qui s’est introduit dans le palais sans autorisation, Monseigneur. » Expliqua le conseiller et chef de la Garde Personnelle de Jynpo, tandis que des gardes, encore haletants après leur course-poursuite effrénée, s’approchaient de l’homme qui, indifférent à ce qu’il se passait autour de lui, fouillait à quatre pattes dans un des placards de la chambre.

« Mais c’est mon ami ! » s’exclama ingénument le deuxième homme le plus fort de Yamato, avant de se retourner vers le postérieur qui sortait du placard. « Ethir, pourquoi te pourchassent-ils ?
– Qui me pourchasse ? » s’étonna le dénommé Ethir qui se retourna en se relevant, avant de croquer à pleine dents dans une orange.

C’est alors que l’un des gardes poussa un cri de surprise, en même temps que toutes les personnes présentes dans la pièce entendirent dans leur tête un joyeux « Onbuuu ! » retentissant. « Enlevez-moi ça ! » s’exclama le garde paniqué, tout en essayant de saisir le petit reptile ailé qui s’était accroché à son dos. Alors que ses collègues restèrent interdits, ne sachant quoi faire et attendant des directives, Ethir retourna à sa fouille minutieuse des appartements de Jynpo. Ce dernier intervint en faveur de l’animal, qui ressemblait à s’y méprendre à un dragon de la taille d’un chat : « Ne faites pas de mal à Onbu, il est fragile ! »

Entendant cela, le reptile lâcha le garde pour se précipiter et s’écraser sur le Seigneur du Clan du Dragon, qui reprit : « Désolé, tu ne t’es pas fait mal ? » L’animal l’ignora royalement et s’installa sur sa tête. Après quelques secondes de silence gêné, brisé uniquement par les déplacements d’Ethir et le ronronnement d’Onbu, Chiba demanda à son maître s’il avait besoin de ses services. Jynpo, essayant désespérément de déloger le petit animal perché sur sa tête, lui répondit : « Non non, ne t’en fait pas Chiba, j’irai prendre mon petit-déjeuner plus tard. »

Le conseiller resta un instant dubitatif face à cette réponse incongrue, mais se reprit bien vite et s’inclina, avant de faire partir tout le monde et de quitter lui-même la pièce. Une fois qu’ils furent tous partis et que Jynpo se fut résigné à garder Onbu sur sa tête, il demanda à son ami : « Ethir, que fais-tu là, au fait ?
– Ben, j’étais venu ramener ton cadavre à Lyanna, mais étonnamment t’es toujours en vie. Surtout avec tous ces gens armés qui traînent dans tes couloirs, je m’attendais vraiment pas à te retrouver vivant ! Alors je cherche des souvenirs pour les autres. »

Ethir l’Ensorceleur et Lyanna la Prêtresse faisaient tous deux partie de la Compagnie de la Licorne, que Jynpo avait du laisser pour venir s’occuper de son Clan. Bien qu’ayant fait une entrée terriblement peu conventionnelle, mais tout à fait digne de lui-même, le Samouraï était plutôt content de revoir son vieux compagnon d’arme, avec qui il avait vécu tant d’aventures et affronté maints dangers. « Iskaurix n’est pas avec toi ? s’enquit Jynpo en faisant référence au jeune dragon d’or qui accompagnait d’ordinaire son ami.
– Non, répondit joyeusement l’ensorceleur. Il est occupé à aménager son nouveau chez-lui, dans les montagnes à côté de chez les Nains. Et puis, ce continent ne lui a pas laissé de très bons souvenirs… Tu veux une orange ? »

« Kyr et Kilynn » Chapitre 2 : Le début du voyage avec Drakëwynn (2/8)

Le garçon se disait qu’avec un peu de chance, Kilynn et lui trouveraient un coin agréable où s’installer avant les 600 kilomètres qui les séparaient d’Alethrie. Il n’avait pas envie d’être impliqué dans des affaires de régicide. « Bref ! reprit Drakëwynn. Il doit être aux environ de midi, vous devriez vous installer pour un pique-nique. Moi, je vais aller régler un truc, je reviens le plus vite possible. » Elle avisa le dragon-papillon, toujours ronronnant dans les bras de la petite fille. « Je vous laisse Emlyg. Si jamais il se passe quelque chose, envoyez-le me chercher. A tout à l’heure ! »

Sans plus attendre, elle s’en fut au grand galop à travers les champs dévastés, bien plus vite que ne galopait le destrier léger qu’ils avaient emprunté plus tôt. Les jumeaux se sentirent un peu bêtes, plantés là au milieu de nulle part. Ils ne réagirent pas avant qu’elle ait quitté leur champ de vision. Là, Kyr hurla de frustration. « Elle est complètement folle ! Et paradoxale en plus : elle dit qu’on ne doit pas s’occuper des royaumes parce qu’on est des voyageurs errants et, elle, elle fourre son nez en plein dans des affaires d’état très délicates !
– Oui, mais on a besoin d’elle. » Kilynn s’était assise sur le bord de la route. Elle avait posé le dragon-papillon par terre et ouvert son sac pour en sortir le pain, la viande séchée et les pommes que Drakëwynn leur avait laissé le matin même. « Viens t’asseoir Kyr. Après tout, on a presque rien avalé depuis ce matin, je commençais à avoir un gros creux. »

Bien que d’humeur massacrante, son frère avait également très faim et il ne se le fit pas dire deux fois. Il se laissa tomber à côté d’elle et ils mangèrent tous les deux en silence. Le seul à faire du bruit était Emlyg qui gambadait aux alentours, tout en venant régulièrement quémander à manger aux jumeaux. Ceux-ci en firent un jeu, qui consistait à envoyer des morceaux de pain ou de viande en l’air, le plus haut possible, afin de voir le petit animal s’envoler prestement pour les rattraper au vol. Lorsqu’ils n’eurent plus rien à lui lancer, le dragon-papillon s’avachit à côté d’eux et Kilynn entreprit de lui gratouiller le ventre d’une main, tout en finissant une pomme de l’autre. Kyr, lui, s’était carrément couché dans l’herbe du bas-côté et il contemplait le ciel qui s’était assombri. Il s’était calmé, relativisant les choses. En effet, il y avait de grandes chances pour qu’il doive côtoyer l’irritante et monstrueuse Centaure encore un bout de temps. Surtout si, comme elle l’avait dit, tout était ruiné par la maladie sur des centaines de kilomètres. Du coup, autant essayer de s’habituer dès maintenant à son caractère étrange. « Tu crois que Caer va nous chercher ? demanda soudainement Kilynn.
– Sais pas, mâchonna-t-il. Peut-être qu’il croit que les cavaliers se sont occupés de nous, si tu vois ce que je veux dire. »
Sa sœur acquiesça. Elle voyait effectivement. Même si elle avait du mal à concevoir que l’affable Giulio puisse envisager d’éliminer des enfants. « De toutes façons, reprit son frère, j’imagine que Rob finira de convaincre Caer qu’il est inutile de nous retrouver. » Ils restèrent encore un long moment silencieux avant que Kyr ne rouspète : « Elle en met bien du temps ! A ton avis, qu’est ce qu’elle peut bien être en train de faire ?
– Comment veux-tu que je le sache ? Peut-être qu’elle nous cherche un cheval, vu qu’elle trouve qu’on marche pas assez vite.
– Ouais, peut-être. »

Le fond de l’air fraîchissait, les nuages s’assombrissaient encore et un vent glacial se mit à souffler. Kyr frissonna. Il se redressa et alla se caler contre sa sœur pour chercher de la chaleur. Emlyg se blottit entre eux. « Vivement qu’elle revienne, déclara Kilynn. C’est toi qui a la couverture toute chaude qu’elle nous a donné ?
– Je crois bien oui… » Son frère ouvrit son sac et en sortit la couverture en question. Elle était bien assez grande pour qu’ils s’enroulent tous les trois dedans. Ils s’y blottirent donc, en attendant le retour de Drakëwynn.

Celle-ci arriva bien plus tard mais, heureusement, avant la pluie. Comme l’avait supposé Kilynn, la ménestrelle traînait avec elle un lourd cheval de trait, à la robe entièrement noire, bridé et sellé. Le dragon-papillon s’envola jusqu’à elle et s’engouffra dans le sac qui lui servait habituellement d’abri. « En avant fiers compagnons ! leur lança-t-elle joyeusement. En selle et partons sur le champ ! » Les jumeaux obtempérèrent, rangeant de nouveau rapidement la couverture dans le sac de Kyr. La Centaure les aida à monter sur le grand animal et ils s’en furent au petit galop. « J’ai eu un mal fou pour le trouver, leur raconta-t-elle en galopant. Il s’appelle Nuit-Noire. C’est trop classique pour un cheval noir je trouve. Je l’aurai plutôt nommé Plein-Jour ou Rayon-de-Soleil, ça, ça aurait été original !
– Vous l’avez trouvé où ? demanda curieusement Kilynn.
– Pfiou ! Assez loin, dans un village par là-bas, j’ai du faire une trentaine de kilomètres au grand galop pour trouver quelqu’un qui voulait bien me vendre une monture. En plus je voulais un cheval de guerre, mais c’est introuvable par ici.
– Pourquoi un cheval de guerre ? s’enquit Kyr tout en se disant que la ménestrelle exagérait encore les distances.
– Parce qu’ils sont moins froussards et plus obéissants, expliqua Drakëwynn. Enfin, ce n’est pas grave, je le dresserai moi-même. Allez Nuit-Noire, il faut encore faire du chemin avant qu’il ne se mette à pleuvoir ! »

La quête du sapin, ou l’échec du jet de volonté.

En général, je n’aime pas faire dans l’autobiographique. Mais de temps en temps, il faut bien se prêter à l’exercice. Voici donc une petite anecdote toute simple qui m’est arrivée il y a quelques temps, durant l’année à présent révolue de 2013. Cette année là, j’avais décidé de faire l’acquisition d’un véritable sapin synthétique pour les fêtes. En réalité, cela faisait plusieurs années que j’avais prévu un tel achat, mais mes habitudes de poisson rouge m’avaient systématiquement fait oublier. Cette fois-ci, empoignant fermement ma fuyante motivation à deux mains, je me suis rendue dans une enseigne très connue qui vend habituellement de vraies plantes vivantes, mais qui se diversifie dans le plastique en période de Noël. Et aussi en guirlandes qui froufroutent, mais là n’est pas la question.

Or donc je me suis retrouvée dans ce magasin, à l’atmosphère lourde et moite, aux odeurs riches typiques des endroits envahis de plantes et d’animaux, à fureter entre les différents modèles de ces merveilleux sapins qui ne perdent pas leurs épines. Certains déploreront que ces arbres ne dégagent pas de ces agréables fragrances typiques des conifères. Et ils auront raison. Mais moi, je ne voulais plus d’épines ni de transport de cadavre jusqu’à une benne. Sans compter que, de nos jours, les fabricants font de si jolis sapins synthétiques qu’il serait dommage de ne point décorer son salon avec. L’un d’entre ces faux arbres, notamment, m’avait tapé dans l’œil. Il était à l’image de je-ne-sais-plus-quel-sapin de Norvège et on aurait juré qu’il était vrai. Vraiment. Et magnifique en plus. Et très grand. Et, malheureusement, très cher. Beaucoup trop pour l’investissement que je comptais faire.

Après un soupir intérieur, écoutant ma Sagesse, je me suis donc tournée vers des arbres à la stature plus raisonnable. Mon choix se porta finalement sur un joli sapin dit Tuscan, fabriqué en Thaïlande et importé par une entreprise de la commune de St Vulbas dans l’Ain. Il était à la fois moins coûteux et disponible en plusieurs tailles. Cela avait surtout son importance car j’allais devoir ramener mon butin à pieds en le portant à la force de mes petits bras non musclés. Lequel prendre ? Celui qui mesure 1m25 ? Pfff, vous plaisantez ? Je veux un arbre, pas un géranium. Celui de 2m05 ? Cela me faisait envie, mais je ne me voyais pas transporter le carton sur plus de cent mètres. Il me restait donc à départager les deux choix intermédiaires : 1m55 et 1m85.

Là, ma Sagesse intérieure intervint de nouveau en m’interpellant : « Sophie ! » (car je me nomme ainsi) « Sophie, ne te montre point trop gourmande, prend donc le sapin le plus petit, il est raisonnablement haut, il est moins coûteux et tu pourras le porter plus aisément sur le long trajet du retour. » (Oui, ma Sagesse intérieure s’exprime parfois de manière un peu pompeuse) D’humeur raisonnable, j’ai décidé de suivre ce sage conseil que je m’étais donné à moi-même. Je me suis donc dirigée vers la pile des cartons contenant les arbres d’1m55. Malheureusement, cette pile était bien trop haute pour que je puisse attraper l’un des cartons avec mes petits bras, contrairement à la pile tentatrice des sapins d’1m85 qui se trouvait juste à la bonne hauteur.

Bâillonnant solidement ma Sagesse qui me conseillait d’aller voir un vendeur – parler à quelqu’un que je ne connais pas, et puis quoi encore – je l’enfermais soigneusement dans un réduit obscur d’un coin de mon esprit. Ceci fait, j’ai soupesé l’un de ces fameux cartons. En fait, ils étaient plus légers que ce à quoi je m’attendais. Oubliant immédiatement, et fort à propos, toutes les autres considérations, je me suis fièrement rendue à la caisse, portant mon trophée à deux mains garnies de mitaines bleues. Mon acquisition dûment payée, je pouvais dès lors la ramener jusque chez moi.

Je l’avais pressenti, mais à ce moment là débuta mon chemin de croix (moi, exagérer ? Je ne vois pas ce qui vous fait dire une chose pareille). Dans les faits, la durée du voyage doit être approximativement d’une quinzaine de minutes en marchant d’un bon pas. Mais, appesantie par huit kilos de sapin synthétique portés à bout de bras, faute d’une meilleure solution, le retour s’avéra pour le moins désagréable et plus long. Bien évidemment, le fait que j’ai trouvé ce trajet désagréable et interminable était purement subjectif. Néanmoins, cela ne m’a pas empêchée d’avoir bien chaud en arrivant. Mais il était enfin là, ce carton du mérite, à trôner au milieu du salon. Une fois mon souffle repris, j’ai longuement contemplé mon butin, emplie d’un doux sentiment de satisfaction.

Puis, je l’ai laissé là, en plein milieu où mon compagnon ne pourrait pas le manquer en rentrant. Ainsi il pourrait longuement se féliciter d’avoir une compagne aux choix si pertinents. Ensuite, je suis allée vaquer à mes occupations. De manière tout à fait fortuite, j’avais oublié de délivrer ma Sagesse, qui devait probablement être en train de se débattre dans ce cagibi obscur où je l’avais ligotée et enfermée. D’autres parties de moi-même beaucoup moins avouables en profitèrent pour se montrer.

« Et si tu ouvrais cette mystérieuse boîte ? m’enjoignirent-elles pleines d’entrain.
– Non, résistai je avec bravoure. Ce n’est pas le moment et, de toutes façons, ce carton n’a rien de mystérieux : il contient un sapin synthétique en morceaux.
– Mmmh, mais comment se présentent ces morceaux ? s’interrogèrent-elles en se faisant plus pressantes. Il nous tarde tellement de le savoir !
– Et bien, il va falloir attendre, assénai je fièrement.
– Mais l’attente nous fait souffrir, se plaignirent les parties moins avouables de moi-même.
– Peu m’importe, répondis-je imperturbablement.
– Allons, allons, tu ne vas pas nous dire que tu n’as pas envie de voir comment cela se présente… » Me susurrèrent-elles en se faisant câlines et enjôleuses.

Je voulais vraiment résister, mais n’ayant plus ma Sagesse pour m’assister, les graines de la tentation prirent rapidement racine dans le terreau fertile de ma curiosité. A la grande satisfaction des parties moins avouables de moi-même, j’ai finalement entrepris d’ouvrir ce carton du mérite que j’avais si courageusement transporté. J’ai alors eu la joie de constater que le sapin n’était pas composé de seulement quelques morceaux à assembler, mais bel et bien de toute une multitude. Le tourbillon de la tentation continua de m’emporter vers le fond : je me suis empressée de sortir les divers composants et de déterminer comment ils s’imbriquaient les uns les autres. Petit à petit, je montais mon beau sapin, Roi des forêts synthétiques. Mes parties moins avouables et moi-même trépignions de joie, comme des enfants le jour de Noël, jour qui se tiendrait un mois plus tard.

J’ai reculé, afin d’avoir une vue d’ensemble de mon oeuvre. Je me suis alors aperçue qu’il manquait un petit quelque chose. En effet, cet arbre était certes majestueux dans sa nudité sapinesque, mais il fallait encore l’habiller et le parer de fastes. Juste pour voir ce que cela donnerait, bien sûr. Je me suis donc précipitée, de mon agilité d’hippopotame neurasthénique, vers mon placard où je gardais les apprêts colorés et froufrouteux de Noël. Puis, avec moult tendresse, je me suis employée à orner mon synthétique sapin de brillance et de bonheur. Une fois encore, j’ai reculé afin d’admirer le résultat. Or, admirable, il l’était assurément. Très fière de moi, je n’ai pu m’empêcher d’immortaliser mon chef d’œuvre en prenant une photo, que j’ai ensuite fièrement affichée partout sur Internet.

C’est ainsi que, par manque de volonté, mon sapin de Noël se trouva prêt avant même le mois de Décembre.

Ceci était la version romancée. Mais en réalité, à la base j’avais fait une esquisse non terminée de cette histoire en petite BD que voici :

La quête du sapin

« Il était une fois en Yamato » Chapitre 1 : Jynpo et les volatiles (7/7)

Très satisfait de sa performance, l’apprenti Seigneur du Clan du Dragon se dirigea, une fois de plus, en direction de son éternel cabinet de travail. Seulement, au détour d’un couloir, il fut de nouveau intercepté, mais par un serviteur cette fois, qui l’informa que son conseiller Shugenja, maître magicien Tamori Liang, désirait lui faire part de ses récentes découvertes. Intrigué et se demandant quelle magnifique nouveauté Liang avait bien pu trouver, Jynpo dit au serviteur de donner rendez-vous au conseiller Shugenja dans la grande Salle du Conseil, avant de s’y rendre lui-même. Il arriva prestement dans la grande pièce. Ne sachant toujours pas où s’asseoir, il décida de réitérer sa tactique de la veille : rester debout à faire les cent pas d’un air préoccupé. Il réalisa soudainement qu’il avait oublié à quel point cette salle était grande et qu’à deux, ils se sentiraient encore plus idiots que lors de sa réunion avec Chiba et Hideaki. Il partit donc aussi vite que possible, manquant de renverser un serviteur qui passait devant la porte.

Quelques minutes plus tard, alors qu’il revenait accompagné de ses deux conseillers, il vit que Liang était déjà arrivé et les attendait patiemment. Il fit signe aux trois hommes de s’asseoir et demanda au Shugenja ce qu’il avait découvert. « Je pense avoir trouvé par quel subterfuge l’ambassadeur du Clan de la Grue a pu s’introduire sur nos terres sans que quiconque ne le remarque, Jynpo-sama. Il existe un sort, nommé couramment Voile, qui permet à un lanceur de sort de modifier l’apparence de n’importe qui pendant une très longue période. »

Jynpo, qui continuait de faire les cent pas, se trouva déçu par le fait que Liang n’allait pas le divertir d’un nouveau tour, mais venait l’entretenir d’ennuyeuses affaires politiques. Néanmoins, se sentant redevable envers son conseiller, qui venait de passer de nombreuses heures à faire des recherches approfondies sur ce sujet délicat, il prit sur lui et lui répondit : « Toutes mes félicitations ! Voilà qui est très intéressant. Nous avons donc la réponse au mystère de l’apparition de l’ambassadeur sur nos terres.
– Il serait intéressant de savoir qui leur a pu leur fournir un tel sort, commenta sérieusement Mirumoto Chiba.
– Sans compter que le responsable de ce sort a du rester avec eux, au moins jusqu’à ce qu’ils réapparaissent, ajouta Liang. De plus, il ne s’agit probablement pas d’un Ashina, les Shugenjas du Clan de la Grue. Ce sont des gens pacifistes, spécialisés dans la création d’objets magiques. Je les vois mal mettant en œuvre une illusion de cette importance, cela ne leur ressemble vraiment pas. »

Kitsuki Hideaki, voyant son Seigneur toujours pensif, se permit de prendre la parole : « Ceci est plutôt inquiétant, il faut nous renseigner sur qui a pu aider le Clan de la Grue à nos dépends. Car il pourrait s’agir là d’ennemis potentiels, dont il faudrait se méfier.
– Faisons donc cela ! s’exclama Jynpo avec enthousiasme.
– En ce qui concerne les troupes du Clan du Phénix qui se massent à la frontière, intervint Chiba, je confirme à Mon Seigneur que les ordres ont été donnés et que les troupes sont en route. Elles sont dirigées par votre général Mirumoto Zhao-Yun.
– Je m’en réjouis, d’autant qu’il s’agit là d’un grand général ! Notre frontière Nord-Est est donc entre de bonnes mains. Pour ma part, je vais retourner dans mon cabinet.
– Un instant, Jynpo-sama, l’arrêta Hideaki. Un messager du Clan du Crabe m’a rapporté que votre lointaine cousine, Yasuki Natsumi, arrivera d’ici demain en ville, pour vous rendre visite. Son estimé père vous demande de bien vouloir l’accueillir quelques temps au château Togashi, afin qu’elle acquière une réelle expérience auprès de l’un des grands de ce monde, vous. »

Ne faisant pas tout de suite le rapprochement entre les grands de ce monde et lui-même, Jynpo se focalisa sur le prénom Natsumi et les souvenirs que cela impliquait. « Oh non ! Pas elle ! Enfin, c’est ma cousine, je l’aime bien, mais… Elle est un peu… euh, pas très gentille avec moi ! Elle fait rien qu’à m’embêter ! Mais j’ai pas le choix, mon honneur et celui de mon Clan sont en jeu, je dois l’accueillir comme il convient de recevoir un membre de sa famille. Et puis, si ça se trouve, je suis mauvaise langue, elle est peut-être devenue gentille… » Hideaki interrompit ses pensées en reprenant la parole :

« J’imagine que Monseigneur a l’intention de veiller à ce que Doji Kurou et votre cousine ne se croisent pas.
– J’y ferai bien attention ! s’exclama Jynpo. Vous avez raison, ce serait très embêtant que Natsumi rencontre l’ambassadeur. Et cela me mettrait dans une position pour le moins inconfortable.
– En effet, mettre un membre de la famille Yasuki du Clan du Crabe en présence d’une personne du Clan de la Grue serait une grave erreur diplomatique, en raison du différent qui les oppose. »

En effet, la famille Yasuki, marchands renommés du Clan du Crabe, faisait auparavant partie du Clan de la Grue, qu’elle a quitté, créant de la sorte de nombreuses tensions entre les deux Clans. C’est ainsi que Jynpo se rendit compte que ce n’était pas parce qu’il considérait sa cousine comme méchante, qu’il fallait éviter de lui faire rencontrer l’ambassadeur Doji, mais bel et bien à cause des répercussions politiques que cela pouvait engendrer.

La réunion étant terminée, le jeune Seigneur du Clan du Dragon parvint enfin jusqu’à son cabinet de travail. Contemplant la pièce, il soupira d’un air nostalgique en regardant avec insistance la cloison qui séparait son cabinet de ses appartements. Mais il se ressaisit et se lança dans ce qui allait être la dernière tâche de la journée qu’il allait accomplir en tant que maître des lieux. Il se mit donc à trier sa montagne de papiers accumulés sur son bureau, entre ce qui devait retourner à la bibliothèque du château et ce qui devait être rangé sur place. Les ouvrages qu’il décida de ramener directement à la bibliothèque ne lui avaient servi à rien et ceux qu’il jugea bon de laisser là lui seraient peut-être utiles un jour.

Il termina sa journée plus calmement qu’elle n’avait commencé, bien qu’étant légèrement anxieux. Alors qu’il nettoyait méticuleusement son armure de cérémonie et celle de bataille, l’angoisse s’emparait de lui petit à petit… Demain, il n’aurait pas le droit à l’erreur. Il ne devra laisser aucune faiblesse ni la moindre ouverture transparaître. Sinon, sa jeune cousine de seize ans ne le raterait pas. Et il savait qu’il le regretterait, comme cela lui était déjà arrivé de nombreuses fois par le passé, avant son exil. Cette sombre pensée toujours à l’esprit, il alla se coucher, songeant à ses compagnons d’aventure pour se donner le courage d’affronter cette difficile épreuve qui l’attendait.
« Par neuf fois je suis revenu d’entre les morts, je survivrai à ça aussi, Natsumi ! »

Texto du matin : La tapisserie de Bayeux

Salutations en ce radieux lundi !

Je ne sais plus trop à qui j’ai raconté mes aventures normandes. Bref, j’ai parcouru toute la côte de Omaha Beach à Cabourg, et visité Bayeux ainsi que Caen. Voilà en résumé. Néanmoins, je vais vous rapporter l’histoire racontée sur la tapisserie de Bayeux, magnifique pièce de presque 1000 ans. Elle a été tissée aux environs de 1070 et expose la récupération du trône d’Angleterre par Guillaume le Conquérant sous forme de scènes. Une sorte de BD sans bulles. Il s’agit d’une pièce de lin brodée de laine, elle mesure presque 70 mètres de long et on ne sait pas vraiment quel est le côté de la Manche qui l’a tissée. C’est impressionnant, mais cela n’a pas empêché les révolutionnaires de s’en servir de bâche à chariot. Le tissu avait alors environ 700 ans.

Voici ce que raconte la tapisserie : il était une fois, le Roi d’Angleterre qui se sentait mourant mais qui n’avait point de descendance. Il décida de céder son trône à son petit cousin Guillaume le Bâtard (qui avait des origines norroises). Celui-ci avait déjà fait son bonhomme de chemin car il me semble bien qu’il était déjà Duc de Normandie et avait obtenu un mariage avantageux en épousant Mathilde, fille du Roi des Flandres. Rien que ça. Le Roi d’Angleterre envoya son neveu (je crois) Harold, afin d’informer Guillaume qu’il était désormais l’héritier du trône d’Angleterre. Harold partit alors en Normandie et, après quelques mésaventures (qui sont expliquées sur la tapisserie mais sur lesquelles je vais passer), finit par rejoindre le futur conquérant. Là, il délivra son message et, avant de repartir, il participa aux combats de Guillaume qui avait des démêlés avec un seigneur voisin. Harold fit montre de moult bravoure et force. Du coup, une fois la guerre finie, Guillaume fit de lui un chevalier et son vassal. Harold jura sa loyauté et prêta serment de reconnaître Guillaume en tant que souverain légitime, une fois que le vieux Edouard trépasserait. Et ce, sur deux reliques sacrées. Ceci fait, Harold retourna en Angleterre. Le Roi mourut peu après son retour. Il fut alors temps d’appeler Guillaume à régner ! Au lieu de cela, Harold se parjura et accapara le trône pour lui-même. Quel vilain !

L'attaque de Dinan où le brave Harold s'est illustré.

L’attaque de Dinan où le brave Harold s’est illustré.

Le bruit parvint bientôt à Guillaume que son vassal lui avait volé son trône et s’était parjuré. Furieux, il lança de grands préparatifs pour une invasion en règle. Nan mais ! Tout est très bien détaillé sur la tapisserie : la construction de navires aux airs de drakkars, le chargement des cottes de mailles, des armes, des vivres, des chevaux, etc etc. Bien sûr, dans toute cette entreprise ainsi que celle d’avant (où Harold avait fait des merveilles), le brave Guillaume est assisté par son demi-frère Odon, évêque de son état. A propos d’Odon, il fait partie des possibles commanditaires de la tapisserie de Bayeux, en vue de l’afficher dans sa cathédrale pour que tout le monde puisse la voir et connaître ainsi l’histoire de la Conquête (rappel : la tapisserie fait 70m de long et devait être compréhensible pour tous). Ce brave évêque était un homme de foi à l’ancienne ; il accompagnait toujours Guillaume au cœur du combat. Mais comme il n’a pas le droit de tuer son prochain, il s’équipe généralement d’une masse d’arme. En vue d’assommer bien sûr. Quant aux traumatismes crâniens possibles bah… C’est Dieu qui décide, n’est ce pas ?

Guillaume et ses deux demi-frères Odon et Robert

Guillaume et ses deux demi-frères Odon et Robert

Bref. Aussitôt ont-il embarqué, aussitôt sont-ils arrivés. Guillaume et ses gens posèrent le pied en Angleterre. Harold, ayant vent de la nouvelle, monta également une armée afin de rencontrer son rival sur le champ de bataille. Mais le parjure se montrait fort inquiet car, dans le ciel, un astre céleste avait fait son apparition et il l’estimait de mauvais augure. Il s’agissait en fait de la comète de Halley qui suivait son bonhomme de chemin, insensible aux tourments des hommes. Harold était un parjure, mais non un pleutre. Il était donc bien présent avec son armée sur le champ de bataille. Il encaissa la charge des cavaliers normands couverts par leurs archers.

Le fameux astre céleste, de bon augure pour certains, de mauvais pour d'autres.

Le fameux astre céleste, de bon augure pour certains, de mauvais pour d’autres.

La bataille fit rage pendant longtemps. Guillaume trucidait les anglois tandis qu’Odon les « assommait » (moi j’aime bien les évêques de l’époque), lorsque, finalement, une flèche normande jaillie de nulle part transperça l’œil d’Harold. Il trépassa, bien entendu, sur le champ et Guillaume devint ainsi Roi d’Angleterre. A ce moment là, plus personne ne l’affubla du sobriquet de « le Bâtard ». Non. Désormais on le surnommait Guillaume le Conquérant. Bien plus classe.

La bataille finale où Harold perdit la vie.

La bataille finale où Harold perdit la vie.

Dernière chose, cette tapisserie est dite la Tapisserie de la Reine Mathilde, car la légende voulait qu’elle l’ait tissée elle-même. En réalité on suppose qu’elle a été commandée à un atelier, probablement par Odon.

Et voilà ! L’histoire contée sur la tapisserie de Bayeux est terminée !

« Kyr et Kilynn » Chapitre 2 : Le début du voyage avec Drakëwynn (1/8)

« Il va vraiment falloir commencer à songer à une solution pour votre vitesse de marche, grogna la Centaure. Pas que je sois pressée, mais j’en ai assez de piétiner ! »

Ils étaient sortis de la forêt après une bonne heure de marche et ils continuaient de suivre la même route de terre battue, qui traversait à présent un terrain vallonné. La plupart des champs environnants étaient en friche, comme l’étaient ceux autour du village natal des jumeaux. Drakëwynn leur ayant expliqué que les épidémies sévissaient actuellement sur un rayon de plusieurs centaines de kilomètres alentour, ils supposèrent, à juste titre, que ceux qui étaient sensés s’en occuper devaient se trouver malades, ou même morts. « Si personne ne s’occupe de ces champs, les gens d’ici vont manquer de nourriture cet hiver… Et peut-être même l’année prochaine, commenta Kyr.
– Encore plus de gens vont mourir alors, ajouta sa sœur.
– Certes, approuva la ménestrelle. En plus, mal nourris, ces gens seront des proies faciles pour les maladies. Ainsi, les récoltes prendront encore du retard, ou ne seront pas bonnes, et ainsi de suite. C’est un cercle vicieux.
– C’est terrible ! s’exclama Kilynn. Ca ne s’arrêtera donc jamais ? On ne peut rien faire contre ça ?
– T’as l’intention de faire les moissons et les labours de tous ces champs à toi toute seule ? » s’enquit platement Drakëwynn.

La jumelle ne répondit pas à cette question, somme toute plutôt rhétorique. Elle mâchouillait une mèche de ses longs cheveux noirs emmêlés. Voyant qu’elle restait songeuse, la Centaure reprit : « Allons, crois-tu que le Roi de ce pays laisserait son peuple s’étioler comme ça ? Non, ce n’est pas possible. Cela signifierait la fin de son royaume. Or, un Roi n’est un Roi que s’il a un royaume avec des gens à gouverner, sinon il ne sert à rien. Il puise actuellement dans la trésorerie royale, et emprunte aux marchands, pour acheter à ses gens de quoi subsister l’hiver, dans d’autres pays non touchés par les épidémies. C’est ce que m’a raconté Giulio, le cavalier qui m’a tannée pour que je vous emmène avec moi. Bien sûr, toutes les denrées achetées seront rationnées et distribuées en petites quantités, mais en attendant, tout le monde pourra manger. Evidemment, ça le ruine d’emprunter et d’acheter comme ça, mais c’est un investissement pour plus tard, pour la survie du royaume. »

La Barde ne précisa pas qu’il était également possible, malgré tous les efforts du Roi, qu’un autre pays profite de cette faiblesse ponctuelle pour annexer le royaume, ni qu’il existait des millions de possibilités pour que cette situation précaire tourne au plus mal. Tout ce qui était de l’ordre des intrigues et des subtilités politiques l’ennuyait. De toutes façons, en disant cela, elle avait pour but premier de rassurer, pas de faire paniquer. « Quoiqu’il en soit, il ne faut pas t’inquiéter plus que ça de l’avenir de ce Royaume, reprit la Centaure. Ni même d’un autre d’ailleurs. Depuis que ton frère et toi avez décidé de me suivre, vous n’avez plus d’attaches et faites partie des voyageurs errants. »

Elle se mit alors à fredonner de manière insouciante, comme si elle ne venait pas de leur asséner brutalement une vérité dont ils n’avaient encore réalisé toute l’ampleur. Les enfants broyaient un peu du noir après cette soudaine prise de conscience. Ils n’avaient plus de racines à présent. Mais la joyeuse Drakëwynn ne paraissait pas se rendre compte de l’atmosphère pesante. Tout à coup, elle s’arrêta de marcher et se frappa le front du plat de la main. « Suis-je bête ! s’exclama-t-elle. Je n’ai qu’à vous trouver un cheval, on irait plus vite comme ça ! »

Les jumeaux restèrent un moment médusés. Ils se demandaient tous les deux si cela n’aurait pas été plus simple qu’ils grimpent sur son dos à elle. Mais puisqu’elle ne paraissait pas considérer cela comme une éventualité, ils n’osaient pas aborder le sujet, internationalement réputé pour être sensible chez les Centaures. En effet, bien que disposant d’un corps chevalin, ces êtres prenaient comme une injure personnelle ne serait-ce que l’idée de porter qui que ce soit sur leur dos. Ils avaient tendance à penser que cela revenait à les traiter de simples animaux de bât, comme les mules par exemple, ce qui les blessait dans leur orgueil. Un brin irrité par l’attitude frivole de leur compagne, Kyr lui demanda abruptement : « Où êtes-vous donc si pressée de vous rendre ?
– Dans le royaume d’Alethrie, répondit-elle sans paraître se formaliser du ton employé par le garçon.
– Si loin ? s’étonna Kilynn. Mais c’est à plus de 600 kilomètres d’ici !
– Je le sais bien, déplora la ménestrelle. C’est bien pour ça que j’aimerais que vous alliez plus vite, même si je suis pas particulièrement pressée comme je disais tout à l’heure. Faut dire que ce genre de mission à deux cuivres, ça se règle en deux jours d’ordinaire.
– Vous voulez faire quoi en Alethrie ? » s’informa Kyr, tout en essayant de ne pas se focaliser sur l’allusion, exagérée selon lui, de deux jours pour parcourir 600 kilomètres.

Visiblement, Drakëwynn ne rechignait pas à répondre aux questions. Elle adorait même souvent partir dans moult digressions si on lui en laissait l’occasion. « Je vais renverser le dictateur en place, expliqua-t-elle cette fois sans détour.
– … C’est vrai ? bredouilla une Kilynn éberluée.
– Ben… Oui.
– Ne dites pas ça comme si ça vous paraissait tout à fait normal ! tempêta Kyr.
– Pourtant ça l’est, assura la monstrueuse Centaure. C’est un vrai tyran, je vais d’ailleurs probablement devoir le tuer…
– Mais c’est… grave et puis dangereux de vouloir tuer un Roi, argumenta la sœur.
– Il paraîtrait que c’est un usurpateur. De toutes façons, je vous avais prévenus que ça allait être dangereux de rester avec moi. Ce sera probablement ennuyeux aussi, parce qu’il va falloir que je trouve un Roi correct pour le remplacer et ça, c’est d’un compliqué ! » Elle soupira d’un air faussement accablé.