Des fourmis et des hommes

L’amphithéâtre, lumineux, était tout neuf. L’intervenant aussi. Mais son sérieux était indubitable et son parler très technique. Néanmoins, je restais dubitative. J’ai toujours apprécié les théories originales mais là, je commençais à penser que le conférencier était fou et que je perdais mon temps.

« C’est ainsi que nous pouvons en venir à la conclusion que nous sommes des fourmis. » Lâcha l’homme avec emphase. Brouhaha et rires dans la salle. Je ne pus m’empêcher de bâiller. Quel ennui d’être venue écouter soliloquer ce jeune sinoque ! Ignorant le dédain de l’assemblée – était-ce un excès de confiance ou juste de l’inconscience, je ne pouvais le déterminer – l’intervenant s’enquit : « Des questions ?
– Oui, j’ai une question ! » s’exclama un jeune homme hilare en se levant sous les encouragements goguenards de ses camarades.

Génial. Rien de mieux qu’un petit m’as-tu-vu en mal de reconnaissance pour terminer une conférence ennuyeuse en beauté. Un profond soupir s’échappa de ma bouche et ma tête s’affala dans le creux de ma main. Tout ceci m’avait rendue tellement lasse que je n’avais même plus la volonté de me lever pour quitter la salle. « Hum, et bien, allez-y, invita calmement le conférencier.
– Si nous sommes des fourmis, comment se fait-il que nous n’ayons pas de petites antennes ? »

Magnifique, en plus ce jeune importun n’avait aucune spiritualité. Ce n’était ni drôle, ni intelligent. Manifestement, ses amis n’avaient pas la même opinion que moi, si j’en croyais leurs pouffements de rire de petits garçons. « Mais nous en avons, répondit l’intervenant sans se démonter. Elles nous permettent de capter les phéromones qu’émettent nos semblables.
– Des phéromones ? répéta le jeune homme un peu perdu.
– Oui bien sûr, appuya le conférencier. Chacun d’entre nous produit des phéromones, comme je le disais plus tôt, et nous pouvons les percevoir. »

Le fait que l’intervenant ait répondu à sa question stupide sans sourciller et ait mis en exergue sa bêtise avait déstabilisé le jeune imbécile. A ma grande satisfaction. Néanmoins, je voyais les rouages de son esprit fonctionner à toute allure – presque fumer – afin de trouver un trait d’esprit qui lui permettrait de ne pas perdre totalement la face devant ses camarades. C’est à ce moment là qu’il fut interrompu dans ses réflexions par une rumeur grandissante à l’extérieur de l’amphithéâtre.

Intrigué, le conférencier mit le nez dehors et fut percuté par un étudiant paniqué qui entrait. Voilà enfin quelque chose de presque comique. « C’est terrible ! C’est… C’est la fin du monde ! Allez vite voir les infos ! » Puis, éperdu, il fit volte-face et s’en fut comme il était venu. Tout le monde resta un instant interloqué, jusqu’à ce que le conférencier toussote et mette fin à la séance.

En sortant de la salle, j’eus le loisir de constater que le campus entier était en effervescence. Des gens couraient de partout. Un peu déboussolée, je me rendis à la cafétéria. Elle était bondée et tous avaient le regard fixé sur la télévision où un présentateur échevelé expliquait : « … n’avons aucune nouvelle de nos collègues parisiens actuellement. Il y a un doute sur l’existence de survivants. » Il soupira avant de reprendre d’un ton las : « Pour les téléspectateurs qui viennent de nous rejoindre, à l’heure où je vous parle, Paris a été entièrement détruite par une arme jamais vue à ce jour. D’après les premiers éléments, un rayon lumineux aurait réduit la capitale en cendres et nous ne savons pas de qui provient l’attaque, ni même si c’en est une. » Il s’interrompit, penchant la tête sur le côté, comme si il écoutait quelque chose. Probablement son oreillette. « De nouveaux éléments viennent d’arriver. Apparemment, plusieurs autres grandes villes ont été éradiquées de la sorte. Probablement des millions de personnes ont déjà trouvé la mort au cours de ces diverses catastrophes. »

J’en restais bouche-bée. Serait-ce la Troisième Guerre Mondiale ? Des extra-terrestres avaient-ils fini par nous trouver ? Inquiète, je sortis de l’endroit, montai dans ma voiture et entrepris de rentrer chez moi, m’éloignant de la ville. Juste au cas où. J’avais laissé la radio allumée pour écouter la suite des évènements. Ils parlaient de la probable nécessité de reconstruire un nouveau gouvernement au plus vite.

C’est alors qu’un éclair lumineux m’attira l’œil. Je levai mon regard. Il y avait quelque chose, de difficile à distinguer, qui se déplaçait haut dans le ciel. Un peu comme si il s’agissait de verre transparent. C’est alors que je le vis dans mon rétroviseur : le rayon lumineux. Au même moment, le journaliste à la radio hurla, puis plus rien. L’appareil ne vomissait plus que des grésillements.

La ville derrière moi n’existait plus.

***
« Mon chéri, vient ! Nous partons !
– Mais maman, je n’ai pas encore fini de jouer !
– Je ne veux pas de discussion, nous y allons maintenant et c’est tout. Autrement nous allons être en retard. » Le gigantesque enfant céleste rangea alors sa loupe, bien qu’à contrecœur, et délaissa son terrain de jeux où il s’amusait à faire brûler les fourmis.
Fourmis

« Il était une fois en Yamato » Chapitre 1 Jynpo et les volatiles (6/7)

Il se dépêcha de se rendre à la bibliothèque du château. Il fourragea longuement parmi les parchemins entreposés sur les étagères poussiéreuses et se constitua toute une pile d’ouvrages à emporter. Ainsi chargé, il revint aussi vite que possible dans son cabinet de travail où Hideaki l’attendait patiemment. Il laissa échapper les parchemins sur la table et s’empressa de tourbillonner dans la pièce à la recherches de toutes les feuilles volantes et livres de comptes qu’il pouvait trouver, avant de poser le tout et de s’affaler à côté. « Je suis prêt ! s’exclama-t-il.
– Oui, Monseigneur ? s’enquit le conseiller, inquiet de ne pas comprendre où son maître voulait en venir.
– Alors, qu’allons-nous dire à cette Grue ? »

En disant ces mots, il s’empara d’une feuille vierge et de quoi écrire. Caché à la vue d’Hideaki par la masse de papier qu’il avait accumulé sur sa table, Jynpo s’appliqua à calligraphier consciencieusement son nom et son prénom en haut à gauche de sa feuille de prise de notes, et la date du jour à droite. Ayant fait une rature, il prit une autre feuille et recommença tout en demandant à son conseiller : « Expose-moi ton point de vue sur ce que je vais devoir dire. »

Kitsuki Hideaki, renonçant à comprendre le rôle de cette accumulation de documents, s’adressa à la montagne de papier, laquelle bruissait et menaçait de s’effondrer à tout instant : « Je pense qu’il voudra aborder le sujet du traité de libre circulation sur le fleuve Taiga, qui a été abrogé durant le règne de votre oncle félon Shiro. » A ce nom, le jeune Chef du Clan du Dragon releva instinctivement la tête, juste à temps pour voir un pan de sa muraille de papier s’effondrer sur lui.

Dans le courant de l’après-midi, alors qu’il avait enfin ôté son armure de cérémonie, Jynpo se rendit courageusement en direction de sa salle de réception, où il devait accorder de nouveau une audience à l’ambassadeur du Clan de la Grue. Après les salutations rituelles, Mirumoto Jynpo et Doji Kurou prirent place à une table, où des serviteurs affairés leur présentèrent abondance de petits mets raffinés. Le jeune Chef du Clan du Dragon appréciait ces repas traditionnels qui lui avaient tant manqué durant ses longs mois d’exil. Même s’il devait bien avouer que ce n’était pas aussi copieux que les festins qu’il avait fait avec ses amis Sylvaniens. Après tout, on lui avait toujours dit de favoriser la qualité à la quantité. Mais il avait une faim de loup et ne put s’empêcher d’engloutir plusieurs sushis à la fois. La bouche pleine, il enjoignit à son invité de prendre la parole. Ce dernier déclara alors : « Mon Seigneur Doji Sunan-sama m’a, en plus de vous présenter ses salutations, chargé d’aborder avec vous le sujet du traité abrogé concernant le Taiga. »

« Hideaki avait tout bon, encore une fois. Il faudra qu’il m’explique un jour comment il fait pour prévoir aussi facilement les faits et gestes de nos compatriotes ! » songea Jynpo avec ravissement, tout en terminant son dernier sushi. « Heureusement qu’il m’a aussi prévu les réponses à faire. C’était quoi déjà ?… Ah, oui. »

« Il était bien dans mon intention première d’ouvrir de nouveau cet accès, remettant ainsi ce traité ancestral en vigueur. Cependant, après réflexion, il m’est apparu que la meilleure stratégie à adopter pour le bien de l’Empire et de la famille Impériale, était de ne pas précipiter les choses de manière inconsidérée. Ainsi, je pense que le temps n’est pas encore venu pour nous de laisser de nouveau libre cours à n’importe quelle navigation fluviale. En effet, nous ne pouvons nous permettre de laisser d’éventuels pirates et bandits profiter de cet accès direct au Domaine Impérial pour exploiter sa faiblesse temporaire et mettre ainsi à mal la stabilité et la cohésion de l’Empire. De plus, quelques intrigants mal intentionnés pourraient en bénéficier pour s’élever contre la famille Impériale et usurper leur autorité. En tant que Bushi Défenseur de l’Honneur de Yamato, je ne peux laisser une telle chose se produire. »

L’ambassadeur considéra longuement son interlocuteur avant de répondre : « Ceci est tout à votre honneur, honoré Seigneur du Clan du Dragon. Cependant, il va sans dire que les intentions de mon maître n’ont pour autre but que de servir le bien de l’Empire. Cela étant, il serait tout aussi honorable et bénéfique au Domaine Impérial de nous ouvrir l’accès à celui-ci, afin que nous puissions apporter notre concours à la reconstruction et à la restructuration économique du cœur de l’Empire. Vous comprenez bien qu’empêcher une telle chose serait fort préjudiciable pour l’avenir du commerce intérieur et donc, par là même, pour l’avenir de Yamato tout entier. »

Jynpo médita un instant les paroles de Doji Kurou. « Si je comprends bien ce qu’il vient de dire, il veut quand même l’accès… Hideaki avait prévu ça aussi ! J’ai vraiment de la chance d’avoir un tel conseiller. Cependant j’ai bien du mal à croire que leurs intentions soient aussi justes et bonnes que ça… Quelle réponse dois-je lui annoncer déjà ?… Ah oui ! » Puis il reprit : « Même si je n’ai jamais douté de vos louables intentions, le bien de l’Empire passe avant tout… Néanmoins, il doit être possible, tout en assurant un contrôle strict, de laisser passer les bateaux du Clan de la Grue, afin de leur permettre de porter assistance à la population du Domaine Impérial. Mais ceci nécessitera une logistique bien plus importante qu’un simple blocage, ainsi que l’acheminement de nouveaux navires afin d’empêcher toute personne malveillante de forcer le barrage filtrant, qui sera, de part sa nature, plus facile à traverser. Toutefois, je suis prêt à faire cet effort pour vous et pour l’Empire, en échange d’une participation dont chaque bateau de votre Clan voulant traverser devra s’acquitter. »

L’ambassadeur, comprenant que le Clan du Dragon réclamait un droit de douane, réfléchit un instant à la meilleure réponse à fournir. « Je comprends tout à fait. Malgré tout, il n’est pas dans mes attributions de décider de telles choses. Je vais donc devoir aller en référer à mon maître Doji Sunan-sama. Nous vous ferons probablement parvenir notre réponse par coursier. » Jynpo acquiesça et mit fin à l’entretient de la manière la plus diplomatique dont il était capable.

A l’aube de 2014

Holly Christmas card from NLI

Salutations à vous tous !

Vous en conviendrez, il n’y a pas eu beaucoup d’annonces de fin du monde en 2013, je pense que cette mode amusante est passée. Elle reviendra probablement aux environs de 2019 à 2022 ; ne soyez donc pas tristes, c’est cyclique. Néanmoins, cela n’arrange pas vraiment mes affaires, puisque j’avais [très rapidement] pris l’habitude de parler de la fin du monde dans mes voeux du Nouvel An. Il faut dire que ce sujet offrait toutes sortes de palpitantes possibilités et offrait un caractère festif tout ce qu’il y a de plus joyeux. Il va donc falloir que je trouve un autre créneau et que j’effectue un effort d’imagination. Parce que nous sommes tous d’accord que de parler de bonne santé et de bonnes choses bisounoursesques coule de source. C’est devenu bien trop commun, voir même trivial.

Bon.

D’accord, d’accord, passons tout de même par là pour commencer.

Donc : BONNE ANNEE à vous tous ! Puissiez vous faire moult surf ! Oui, du surf. Surfer sur des montagnes de richesses, surfer sur les vagues de l’Amouuur, surfer sur les flammes du succès, surfer dans les airs purs de la santé et, enfin, surfer dans les brumes de la bonne humeur. Je propose que nous appelions cela les voeux des cinq Eléments du Nouvel An, parce que c’est ronflant comme nom. Voilà. Vous êtes contents maintenant ? Pouvons-nous enfin passer aux choses sérieuses ?

Car une nouvelle ère commence, c’est important ! Une ère où le monde n’est plus promis à une fin certaine qui n’arrive jamais. Toutes les possibilités sont à présent ouvertes ! Même celle qui veut que, maintenant que plus personne ne prédit la fin du monde, elle va vraiment arriver. Mmmh ? Ah, oui, j’avais dit que j’arrêtais avec la fin du monde. Pourtant, la météo désastreuse qui fait rage de la Bretagne à la Réunion sous-entendrait le contraire. Oui. Peut-être même que le Roi Arthur va revenir d’Avallon pour nous prêter assistance en ces temps troublés. Après tout, ce qui arrive est absolument terrible : le mois des cadeaux est terminé. Si ça ce n’est pas un signe de l’Apocalypse, alors je ne sais pas ce qu’il vous faut ! D’autant plus que 2014 pointe son nez en faisant l’innocente, mais que cache cet anodin 14 ? Je le trouve bien plus fourbe que le 13 qui, lui, annonçait directement la couleur. Oui, bon, il se peut que j’exagère un brin. Pourtant ce n’est pas mon genre, vous en conviendrez.

Quoiqu’il en soit, passez une douce année 2014 avant le prochain mois des cadeaux qui marquera sa fin !

Bisous à tous, bonne année et meilleurs voeux !

« Kyr et Kilynn » Chapitre 1 : Drakëwynn (8/8)

Les autres cavaliers pouffaient de rire derrière leur chef et feignant l’innocence dès que la redoutable créature leur envoyait des regards venimeux. Kyr et Kilynn n’osaient interrompre cet échange qui semblait faire tourner les choses en leur faveur. Ils étaient bien conscients que leur avenir dépendait de cette conversation. La jumelle se serra plus étroitement contre la jambe musculeuse de la Centaure, paraissant ne pas sentir la meurtrissure due à la chemise de maille de cette dernière. « C’était vraiment un coup bas, ça, se plaignit la ménestrelle.
– Il faut ce qu’il faut dans ce monde de brutes, approuva l’homme avec un ton compatissant.
– Tu es sans cœur, lui reprocha Drakëwynn.
– C’est vous qui le seriez si vous refusiez une aide demandée si gentiment, rétorqua-t-il. Bon, ce n’est pas que cette conversation m’ennuie, au contraire je m’amuse beaucoup, mais le temps passe et nous allons encore être retardés car nous allons devoir passer à travers champ.
– Pourquoi ? s’enquit curieusement le garçon.
– Car les bois sont infestés par vos anciens compagnons les brigands, répondit plaisamment le cavalier au chapeau. Si vous voulez mon avis les enfants, vous avez fait le bon choix, même si pour le moment elle râle.
– Les encourage pas… maugréa la Centaure.
– Faites un bon voyage avec Drakëwynn, la protectrice des opprimés à votre service, les salua-t-il joyeusement. J’espère que nous nous reverrons dans de meilleures circonstances ! »

Sur ces paroles, ses cavaliers et lui tournèrent bride et s’en furent au galop à travers bois, tout en riant des imprécations de la Femme-Jument, qui jurait après eux tout ce qu’elle savait. Néanmoins, elle ne partit pas à leur poursuite. Pourtant, Kyr subodorait que cela aurait été son premier réflexe. Mais, pour les rattraper, il aurait fallu qu’elle détache Kilynn de sa jambe. Ce qui semblait une tâche ardue sur le moment. Finalement, la Centaure arrêta de crier des injures. Elle rangea sa lumineuse lance d’arçon et une petite tête reptilienne sortit de l’un de ses sacs. « Tu sors te moquer de cette pauvre Drakëwynn toi aussi ? » lui demanda sa maîtresse. Pour toute réponse, le dragon-papillon roucoula, sortit du sac et alla renifler Kyr. Puis il émit un grognement de satisfaction et s’envola afin de s’avachir sur les épaules du garçon. « A croire que le monde est contre moi, soupira théâtralement la Femme-Jument. Allez, c’est bon, je capitule, puisque même Emlyg est de votre côté.
– Merci ! » s’écrièrent les jumeaux, reconnaissants.

Et Kyr se retrouva aussi à se précipiter sur la ménestrelle. Ne sachant comment réagir face à cet élan d’affection, elle leur tapota gentiment la tête à tous les deux et déclara : « Nous n’allons pas rester là toute la journée tout de même, allez ! En route !… Au fait, comment vous appelez-vous ?
– Kilynn, répondit la fille en prenant le dragon-papillon des épaules de son frère.
– Kyr. » se présenta, tout aussi succinctement, ce dernier.

Il était soulagé que sa sœur lui ait ôté l’animal des épaules pour le prendre dans ses bras, car il craignait de devoir le porter tout le long du trajet, ce qui promettait de faire lourd à la longue. « Bon, et bien Kilynn, Kyr, déclara pompeusement la Barde, nous voici compagnons de voyage. Partons, à présent. » Suivant Drakëwynn, qui se forçait à marcher à une allure que les jumeaux pourraient suivre, ils s’en furent, sans un regard en arrière pour leur ancienne vie. Kyr se sentait léger et plein d’entrain. Il pensait, comme le cavalier l’avait dit, qu’ils avaient fait le bon choix en décidant de partir, même s’il ne savait pas ce que l’avenir leur réservait.

« Drakëwynn, commença Kilynn qui dorlotait le dragon-papillon, vous nous en voulez d’avoir pris le cheval de votre ami ?
– Quelle drôle d’idée ! Bien que ce ne soit pas quelqu’un que je connaisse très bien, je suis surtout impressionnée que vous ayez réussi à le lui prendre !
– En fait, on ne le lui a pas pris à lui, expliqua Kyr. Le cavalier était tombé de cheval et on en a profité.
– Je vois.
– On croyait que vous étiez beaucoup plus loin que ça, continua sa sœur. C’est pour ça qu’on voulait un cheval, pour vous rattraper.
– Comment ça se fait que vous étiez si proche ? s’enquit le garçon.
– Oh, ça… » La Centaure ouvrit un sac pour leur en montrer fièrement le contenu. « Je cueillais des champignons ! »

Cette réponse impromptue les fit rire tous les trois, enfin, tous les quatre en comptant le dragon-papillon qui pouffait souvent. Kyr avait d’ailleurs la désagréable impression qu’il se moquait souvent de lui. La suite du trajet dans la forêt se déroula dans la même ambiance. Cela faisait du bien aux enfants qui n’avaient pas tant ri depuis des mois. Passer du temps avec la ménestrelle allait les changer de leur morne quotidien : elle connaissait des dizaines de tours de prestidigitation, des choses amusantes sur tout un tas de sujets et racontait des histoires toutes plus abracadabrantes les unes que les autres. Voilà des auspices qui s’annonçaient meilleurs que si ils avaient continué leur vie de brigandage avec le grand Caer.

« Il était une fois en Yamato » Chapitre 1 : Jynpo et les volatiles (5/7)

A ce moment là, un messager entra dans la salle par une porte secondaire et apporta prestement un message à Hideaki. Celui-ci, après en avoir rapidement pris connaissance, murmura quelques mots à l’oreille de Jynpo qui acquiesça gravement avant de reprendre, à l’attention de l’ambassadeur : « Je suis heureux d’entendre que Sunan veuille entamer le dialogue entre nos deux clans. En effet, jamais l’Empire n’a eu autant besoin de loyaux serviteurs prêts à tout pour son bien-être. Je dois cependant remettre à plus tard notre discussion sur le meilleur moyen pour nos deux clans de servir l’Empire, car une affaire pressante requérant mon attention immédiate vient de m’être rapportée. Mes serviteurs vont vous accompagner à vos appartements qui, je l’espère, seront à votre goût. »

Jynpo se leva et, suivi par son général en chef Chiba, partit, alors que l’ambassadeur s’inclinait respectueusement. « Hideaki a été très futé de trouver cette solution de l’affaire urgente pour couper court à la conversation et pallier ainsi à d’éventuels problèmes inattendus, commenta le chef du Clan du Dragon.
– En effet Jynpo-sama, répondit Chiba. Hideaki-san est très prévoyant. Pour ma part, j’ai remarqué que les gardes de l’ambassadeur, formés de membres de la famille Daidoji, se sont sentis particulièrement insultés d’avoir été diminués de la sorte. Leur famille est réputée pour être les meilleurs gardes du corps du Clan de la Grue et grands protecteurs de la famille Doji. Je ne saurais trop conseiller à mon Seigneur la prudence : les Daidoji ne sont pas des guerriers qui ont l’habitude de respecter le bushido. Ils ont la réputation d’être des espions émérites en plus d’être d’excellents gardes du corps.
– Assurez-vous de les garder bien à l’œil. » conseilla Jynpo.

Mirumoto Chiba s’inclina et s’en fut prestement donner des ordres dans ce sens. Le jeune chef du Clan du Dragon, lui, arriva dans son cabinet de travail et, à peine était-il assis, qu’une dépêche lui parvint, portée par un messager à bout de souffle. Jynpo s’en empara, congédia le porteur et lu le message. Il s’agissait d’une missive provenant de la garnison chargée de la surveillance de la frontière nord que le Clan du Dragon partageait avec le Clan du Phénix. Cette frontière était particulièrement surveillée de part la guerre qui opposait ces deux clans depuis de nombreuses années, bien que ceci s’était un peu tassé suite aux intrigues politiques durant le bref règne de l’oncle de Jynpo, le traître Shiro. Or, des troupes Phénix s’amassaient actuellement près de la frontière. Ce n’étaient pas tant les troupes armées du Clan du Phénix qui étaient inquiétantes, mais surtout les nombreux Shugenjas qui les accompagnaient. En effet, le Clan du Dragon avait certes une puissance militaire bien supérieure à celle du Clan du Phénix, mais les Shugenjas de celui-ci surpassaient de loin les lanceurs de sorts du Clan du Dragon. La menace qu’ils représentaient ne devait pas être prise à la légère. Lisant cela, Jynpo se dit qu’il n’aurait pas du congédier son messager car, à présent, il allait devoir partir chercher Chiba lui-même afin de lui demander conseil sur la meilleure manière de réagir.

Mirumoto Chiba était retourné à son propre cabinet de travail après avoir donné les ordres concernant la surveillance des guerriers Daidoji de l’ambassadeur. Il s’apprêtait à aller passer la garde personnelle de son seigneur en revue, lorsque ce dernier déboula en trombe dans la pièce en annonçant : « Les Shugenjas Phénix et leurs guerriers se massent à notre frontière !
– La guerre ancestrale reprend donc de plus belle, déclara sombrement le conseiller militaire. Je suppose, Jynpo-sama, que vous voulez que je fasse effectuer à nos troupes une convergence vers la frontière avec le Clan du Phénix, afin de bloquer les cols d’accès pour parer à toute menace. De plus, je vous suggère de faire déplacer la flotte en direction de leur capitale pour leur faire comprendre que nous sommes prêts à répondre à toute attaque au cœur même de leur territoire.
– Voilà, c’est ça, s’exclama Jynpo. Dépêchez-vous ! »

Sur ces paroles, il repartit aussi vite qu’il était venu. Alors qu’il s’apprêtait à rejoindre de nouveau la quiétude de son cabinet de travail, il fut intercepté par Hideaki qui le croisa au détour d’un couloir. « Oh ! Hideaki, nos invités sont-ils bien installés ? s’enquit Jynpo.
– En effet Jynpo-sama, répondit le conseiller. Haruko-san a fait un excellent travail.
– Je suis content qu’il soit mon Intendant, se réjouit le Chef du Clan du Dragon.
– Cela signifie-t-il que vous le nommez officiellement à ce poste, Monseigneur ? »

Jynpo, se souvenant soudain qu’il n’avait jamais nommé Kitsuki Haruko Intendant, qu’il n’occupait ce poste qu’à titre provisoire, se dit que cela ferait une bonne chose de réglée que de l’officialiser. Il répondit : « Bien sûr, il remplit parfaitement les conditions requises !
– Monseigneur m’en voit ravi, je m’occuperai de rendre tout cela effectif d’ici demain, assura Hideaki. Puis-je me permettre de complimenter Sa Seigneurie pour le brio dont elle a fait preuve en répondant à l’insulte de l’ambassadeur durant son discours ?
– Quelle insulte ? s’enquit un Jynpo déconcerté.
– C’est vrai qu’il y en a eu plusieurs, répondit Hideaki. Je pensais notamment à celle durant laquelle il vous a nommé seulement Jynpo au lieu de Jynpo-sama, ainsi qu’il l’aurait du, Monseigneur. Vous avez brillamment rétorqué en nommant son Seigneur de la même manière.
– Ah… émit le Chef du Clan du Dragon qui, visiblement, n’avait ni relevé l’insulte, ni répondu de manière réfléchie.
– J’imagine que Monseigneur veut préparer sa prochaine entrevue avec l’ambassadeur du Clan de la Grue ?
– Euh… Oui tout à fait ! Attend-moi dans mon cabinet de travail, je reviens tout de suite. » Ordonna Jynpo qui s’en fut prestement.

« Kyr et Kilynn » Chapitre 1 : Drakëwynn (7/8)

Abandonnant tout espoir de retrouver la terrifiante ménestrelle à temps, Kyr ferma ses yeux larmoyants et se laissa aller sur l’encolure du cheval, n’écoutant plus que le martèlement des sabots sur la terre battue. D’ailleurs, en écoutant attentivement, l’un des martèlement lui parut beaucoup plus lourd et plus rapide que les autres. Et surtout, ce bruit ne venait pas de derrière eux comme les poursuivants, mais de l’avant, et cela se rapprochait à une vitesse phénoménale. Le garçon sentit soudain un fort déplacement d’air sur sa gauche. Il ouvrit les yeux juste à temps pour voir, fugitivement, une grande forme passer à côté de lui, au grand galop et en sens inverse. « Drakëwynn… » murmura Kilynn dans un souffle, tandis que leur monture s’arrêtait. Kyr la fit se retourner pour regarder la scène.

Leur tournant le dos et faisant face aux poursuivants qui avaient, eux aussi, arrêté leurs chevaux, se tenait la Centaure, armée de sabot en cap, comme lors de sa rencontre avec les enfants. Elle tenait sa lance d’arçon lumineuse d’une main et la posa nonchalamment sur son épaule, tout en tournant légèrement la tête en direction des jumeaux pour leur dire : « Drakëwynn, protectrice des opprimés, à votre service. » Elle arborait son éternel sourire carnassier. Puis, elle apostropha joyeusement les cavaliers, dont les derniers venaient tout juste d’arriver, à deux sur un seul cheval : « Oh, c’est encore vous ? Je ne pensais pas qu’on se recroiserait de si tôt. Alors, comme ça on opprime de jeunes enfants ? »

Voyant la Femme-Jument, les cavaliers rangèrent leurs armes. « Nous voudrions juste récupérer notre cheval en réalité. » expliqua le cavalier qui paraissait être le chef du groupe. Son front était ceint d’un chapeau à plumet et aux larges bords, qui laissait s’échapper de longues mèches noires. Il portait des vêtements de qualité et avait une rapière au côté. « Nous avons été pris en embuscade par un groupe de brigands un peu plus loin et ces deux là en ont profité pour nous faucher la monture.
– Oh ? Voyez-vous cela ! s’exclama la Barde en se tournant de nouveau vers les jumeaux. Pourrait-on savoir dans quelle contrée lointaine vous comptiez vous rendre pour avoir besoin d’un rapide destrier ? »

Kyr était embêté, il ne s’était pas figuré que l’emprunt d’un cheval puisse contrarier la Centaure. D’autant que sa sœur et lui pensaient qu’elle avait fait beaucoup plus de chemin et qu’un cheval était le seul moyen de la rattraper. Kilynn glissa prestement à terre, se précipita vers la grande Femme-Jument et s’accrocha à l’une de ses pattes avant. « On voulait juste vous rejoindre, laissez-nous venir avec vous, on fera tout ce que vous nous direz de faire. S’il vous plait ? » la supplia-t-elle d’une voix pleine d’espoir. Pour le coup, la ménestrelle resta sans voix, surprise de cette petite fille cramponnée à sa jambe. Kyr songea qu’il était temps de renchérir. Il descendit à son tour du cheval et le mena par la bride aux cavaliers qui assistaient à la scène sans rien dire. Le propriétaire initial du destrier remonta néanmoins avec soulagement sur ce dernier.

« On en aura plus besoin, maintenant qu’on vous a retrouvée, Drakëwynn. Ma sœur et moi, on voulait vous demander de vous suivre jusqu’à ce qu’on trouve un coin moins moisi pour pouvoir vivre tranquillement. Ce sera mieux que de continuer à jouer aux voleurs avec Caer. Si on reste là, un jour ou l’autre on finira par se faire prendre ou par tomber malade.
– Mais vous ne pouvez pas venir avec moi, répondit doucement la Centaure. C’est bien trop dangereux, vous êtes à des milliers de lieues de vous imaginer ce qu’il peut m’arriver de devoir combattre.
– Drakëwynn hein ? intervint le chef des cavaliers en souriant. Cela vous va bien aussi, comme nom. Si je puis me permettre, dans ce monde impitoyable, c’est avec vous qu’ils seraient le plus en sécurité.
– Oh toi, la ramène pas hein, grommela la ménestrelle. Tiens, d’ailleurs, pourquoi ne les prendrais-tu pas, toi ?
– Nous n’allons pas dans la bonne direction, répondit innocemment l’homme. Ils ont l’intention de quitter ce pays moribond, or, nous nous dirigeons en plein cœur de celui-ci, afin de rendre visite au Duc.
– Ils vont me ralentir avec leurs toutes petites jambes de halfelins !
– Oh, un détail aussi insignifiant serait-il donc un si gros inconvénient pour vous ? s’enquit le cavalier en feignant ironiquement la surprise.
– Bien sûr que non ! s’insurgea-t-elle. Seulement je ne suis absolument pas qualifiée pour m’occuper de deux enfants.
– Vous laisseriez ces pauvres petits sans défense en proie à la misère, au banditisme et à la maladie ? Ce n’était pas l’idée que je me faisais de vous E… Drakëwynn. »

Texto du matin : Le 8 Décembre à Lyon

Il était une fois, une épidémie de peste noire qui s’abattit sur la France. Les lyonnais, qui estimaient que la vierge Marie était plus fiable que ce Dieu Tout Puissant qui leur avait probablement jeté la peste dessus (car nous savons tous qui est à l’origine des dix plaies d’Égypte, n’est ce pas ?), La priaient donc ardemment afin qu’Elle les protège de ce mal presque incurable et qu’Elle y mette fin. Ils lui promirent une grande fête de remerciements si Elle acceptait d’éradiquer ce mal. Et, puisqu’ils firent confiance à la bonne entité divine, la redoutable peste laissa bientôt Lyon en paix.

Reconnaissants et tenant à honorer leur promesse, les lyonnais organisèrent à partir de ce moment là une grande fête de remerciements tous les ans. D’ailleurs, au début elle se déroulait en septembre. Malheureusement, une année la météo se montra tellement défavorable que la fête fut repoussée de quelques mois. Elle devait alors se dérouler le 8 Décembre. Malheureusement, ce 8 Décembre, la météo ne se montra pas plus clémente et il était impossible de profiter des coûteux Feux de Bengale qu’il était prévu de lancer, de même qu’il était impossible de pousser les gens à faire la procession.

Il va sans dire que les lyonnais étaient fort frustrés de ne pas faire la traditionnelle fête de remerciements à la Sainte Vierge. Alors, pour compenser, certains disposèrent des petits lumignons sur le rebord de leurs fenêtres. Puis d’autres. Et encore d’autres. En une nuit une nouvelle tradition était née. Il est dit qu’après cela le temps se dégagea et que les feux du Bengale purent quand même être lancés. Quoiqu’il en soit, voilà, en gros, pourquoi les lyonnais mettent des lumignons à leurs fenêtres tous les 8 Décembre.

A présent la Fête des Lumières (comme on l’appelle maintenant) se déroule sur plusieurs jours et est le lieu de moult spectacles de lumières dans toute la ville (ou presque). Étant donné le nombre de cars de touristes qui viennent tous les ans, il semblerait que cette Fête ait atteint une renommée mondiale.

Lumignons fete des Lumieres Lyon 8-12-2013