NaNoCamp Avril 2017 J+3 : Préquelles Arkhaiologia

Son ami referma la bouche. Elle avait raison : inutile de faire l’ennuyeux moralisateur. La situation était particulière. Il prit place à l’avant tandis que Béatrice mettait le contact. La voiture électrique souffla en démarrant.

Alors que la voiture s’approchait du bâtiment où travaillait la jeune femme, Valentin put apprécier les dimensions de l’annexe qu’ils avaient construite à côté, lui qui n’allait que rarement de ce côté là du campus. Elle lui parut immense : il y avait même une porte pour y faire entrer de gros véhicules. Béatrice gara la voiture devant et en descendit pour désactiver l’alarme. Elle ouvrit la porte à taille humaine et se glissa à l’intérieur du bâtiment. Quelques secondes plus tard, la grande porte dévolue aux véhicules se soulevait. La jeune femme sortit du bâtiment pour garder sa voiture à l’intérieur. Elle ferma tout et alluma la lumière.

« Bienvenue dans la nouvelle annexe ! S’exclama Béatrice en désignant les alentours en tournant sur elle-même.
– C’est fou que tu aies les codes et les clefs de tout ici, commenta Valentin impressionné.
– Oh, tu sais, les professeurs Massamba et Pommier sont souvent en déplacement à cause de la recrudescence des apparitions de créatures surnaturelles. Et comme ils sont souvent appelés sur des sites, ils me laissent le soin de m’occuper de la maison.
– Et ils te font confiance ? » La taquina le jeune homme.

Son amie lui tira la langue et ouvrit le coffre de la voiture, tandis que Déa s’extirpait de l’habitacle. La femme aux yeux dorés ne fit pas de commentaire mais, à la façon dont elle regardait la voiture et les alentours, les deux amis sentirent bien que tout lui paraissait nouveau. Béatrice les planta là pour aller préparer une cage la plus confortable possible pour le pensionnaire endormi dans le coffre. En l’attendant, Valentin et Déa firent le tour de la pièce neuve, bordée de différentes cages et au centre de laquelle trônaient d’énormes cartons contenant les futurs équipements de l’annexe.

La femme aux yeux dorés fit la moue. « Ces cages sont grandes, mais elles restent froides pour y faire vivre qui que ce soit.
– Ne t’en fait pas, la rassura le jeune homme. Béatrice m’a expliqué que les créatures enfermées ici ne le seraient que de manière temporaire. Ce sera aussi le cas pour ce jeune dragon.
– Oui, je ne compte pas le laisser là. » Acquiesça Déa.

Une fois que Béatrice eut installé ce qu’il fallait dans la cage pour adoucir le séjour du dragon, ils entreprirent d’installer le bébé à l’intérieur. « Je vais lui laisser la couverture, je pense, déclara Valentin en contemplant l’animal blotti dans le tissu.
– Il est tout mignon avec juste la tête et la queue qui sortent, s’attendrit Béatrice en fermant soigneusement la porte. Bon ! En route pour l’hôpital à présent ! » Continua-t-elle avec entrain, tout en se dirigeant vers sa voiture pour remettre la banquette et la plage arrière en place.

Le trajet pour l’hôpital se déroula rapidement ; il n’y avait pas de circulation. Aux urgences, l’affluence était très faible. Béatrice expliqua au personnel soignant que Déa s’était retrouvée au milieu d’une mauvaise bagarre, qu’elle souffrait d’amnésie et qu’ils s’inquiétaient qu’elle ait pris un mauvais coup sur la tête. L’infirmière de garde eut la confirmation de l’amnésie lorsqu’elle demanda le nom de famille de Déa et que celle-ci fut incapable de répondre. « C’est peut-être indiqué sur votre carte d’identité, suggéra l’infirmière.
– Elle n’en a pas, intervint encore Béatrice. Nous l’avons trouvée telle quelle. »

Après quelques autres questions et arrangements, leur interlocutrice les envoya patienter dans la salle d’attente, en leur assurant que la nuit étant calme, ils n’auraient pas à attendre très longtemps. « Déa ? L’interpella Valentin. Tout va bien ? Tu as l’air un peu absente depuis un moment.
– Mmhmm… Émit machinalement la femme aux yeux dorés. Il y a quelque chose ici.
– Quelque chose ? Répéta Béatrice.
– Oui. »

Déa ne s’étendit pas en explication. Valentin vit que son amie rongeait son frein, curieuse qu’elle était. Elle prenait sur elle pour le moment, mais ce n’était qu’une question de temps : elle recommencerait bientôt à lui poser des questions. Il sourit par devers lui. Comment lui en vouloir ? Il se sentait au moins aussi curieux qu’elle. Ses pensées s’interrompirent lorsqu’il vit la femme aux yeux dorés se lever et quitter la salle d’attente. « Déa ? L’appela-t-il.
– Tu cherches quelque chose ? » Continua Béatrice en se levant pour la rattraper. Valentin bondit à son tour de son siège pour suivre les deux femmes.

Celle aux yeux dorés continuait de marcher dans le couloir de l’hôpital sans leur répondre. « Déa, je ne pense pas que nous ayons le droit d’aller par là… » Tenta le jeune homme, mais elle continuait de faire la sourde oreille. Elle s’arrêta tout aussi soudainement qu’elle s’était levée. « Déa… » Reprit Béatrice à son tour, mais elle se tut en voyant un homme se dresser au bout du couloir, face à eux. Il avait noué une blouse médicale autour de sa taille, laissant à l’air libre son physique presque corpulent, et leur faisait face, sa mine affichant la stupeur à la vue de la femme aux yeux dorés qui lui faisait face.

Une porte du couloir s’ouvrit brusquement, interrompant le silence presque surréaliste. Une adolescente sortit, gémissant de douleur, titubant sous l’effet d’un calmant quelconque. L’homme attrapa lestement la jeune fille et posa sa main sur sa tête. Surprise, l’adolescente ne songea même pas à se débattre. Une douce lueur orangée nimba la main et se propagea le long du corps de la jeune fille, s’arrêtant au niveau du ventre. Là, la lueur orangée se fit plus forte et l’homme ferma les yeux, l’air concentré. L’opération ne prit pas plus d’une poignée de secondes. Lorsque la lumière orangée disparut, l’adolescente était endormie.

L’homme se redressa, la portant jusqu’à la chambre qu’elle venait de quitter. Il en ressortit presque aussitôt, referma soigneusement la porte, et s’approcha de Déa. Celle-ci ne bougea pas et ses deux accompagnateurs ne savaient pas comment ils devaient réagir. L’inconnu prit le visage de Déa dans ses mains et posa son front sur le sien. Les mains se nimbèrent de nouveau de la douce lueur orangée, ainsi que la tête de la femme aux yeux dorés. Cette fois, l’opération prit un peu plus de temps, à la grande nervosité de Valentin et Béatrice.

NaNoCamp Avril 2017 J+2 : Préquelles Arkhaiologia

Valentin ne pouvait s’empêcher de fixer le dragon. Il avait encore du mal à réaliser qu’il en avait un chez lui. Ses pensées s’éparpillaient et il se redressa soudainement. « J’ai une idée qui pourrait t’aider à retrouver la mémoire, déclara-t-il à Déa avant de venir s’asseoir sur le canapé près d’elle.
– Ton téléphone ? S’enquit-elle en le voyant le lui désigner.
– Internet plutôt, corrigea-t-il.
– Je ne suis pas certaine d’avoir vraiment compris le concept d’Internet, avoua Déa. Mais je n’avais pas l’impression qu’il s’agissait d’une médecine.
– Ce n’est pas le cas, regarde. »

Le jeune homme déploya l’écran holographique et commença à naviguer. « Tiens, voilà ce qui s’est passé la semaine dernière dans les environs – je suppose que tu es du coin – et là c’est le parc à côté duquel nous t’avons rencontrée.
– Rien de ces choses ne me dit quoi que ce soit, soupira la femme aux yeux dorés.
– Mmmh, passons aux personnages célèbres alors… » Le jeune homme fit défiler des personnalités politiques, sportives, e-sportives, artistiques et tout ce qui lui passait par la tête. Mais personne ne disait quoique ce soit à Déa. Ni les personnes connues, ni même les noms des villes.

« Je pense que le problème est plus complexe que ce qu’il y paraît, intervint finalement Béatrice qui se tortillait pensivement une mèche de cheveux. Elle t’a dit que le concept d’Internet ne lui était pas familier. Nous devons prendre en compte la possibilité qu’elle ne vienne pas d’ici.
– Mais d’où alors ? Lança Valentin. Et pourquoi est ce qu’elle ne se souvient pas d’être venue ici, ni d’aucune ville ni rien ? Même la carte du monde ne lui parle pas…
– Je ne sais pas.
– Tu penses qu’on devrait l’emmener aux urgences comme on aurait dû le faire tout à l’heure ? Suggéra le jeune homme.
– Et laisser un dragon tout seul chez toi ? Pointa Béatrice.
– Hmpf… »

Malgré son admiration pour ces animaux mythiques, Valentin n’était pas prêt à en laisser un tout seul chez lui. « Il faudrait passer à ton labo avant, déclara-t-il après quelques instants de silence. Nous installons le dragon là-bas et puis direction l’hôpital. Par contre, je me vois pas promener un dragon dans la rue jusqu’au campus.
– Je vais chercher ma voiture dans ce cas, proposa Béatrice.
– Parfait. » Conclut Valentin.

Comme la jeune femme fermait la porte en s’en allant pour aller chercher son véhicule, Déa plongea dans son regard doré dans les yeux de Valentin, qui se sentit impressionné sans savoir pourquoi. « Je ne comprends pas tout ce qu’il se passe, lui dit-elle. Mais vous paraissez bons et de bonne foi avec votre amie. Je vais donc vous faire confiance. » Le jeune homme eut l’inexplicable impression que l’étrange inconnue venait de lui confier une mission sacrée. Il se tassa un peu sous le regard saisissant de Déa. Cette impression de grandeur émanant d’elle disparut aussi rapidement qu’elle était apparue. Elle lui sourit. Il lui sourit en retour, un peu gêné.

Le petit dragon émit un grognement plaintif. En réponse, la femme aux yeux dorés se mit à le caresser. Enchanté, l’animal se tourna sur le dos, laissant libre cours à la main caressante sur son ventre rond de bébé dragon. « Montre-moi encore des images s’il te plait, demanda Déa. Tout me paraît inconnu, mais tellement fascinant ! » Valentin acquiesça et lui montra des images de la ville. La femme aux yeux dorés penchait la tête sur le côté, comme perplexe face à ce qu’il lui présentait sur son écran holographique. Elle contemplait le tout en silence, posant parfois une question.
Béatrice fut bientôt de retour. Entre temps le dragon s’était endormi. « On le réveille ? S’enquit Valentin.

– Ça risquerait de l’énerver je pense. » Déclara son amie. Le jeune homme réfléchit un instant, puis enroula l’animal dans une vieille couverture qui traînait dans un de ses placard – qui utilisait encore des couvertures ces jours-ci – et Déa et lui entreprirent de le soulever doucement, pour voir s’ils pouvaient le porter à deux. Il était remarquablement léger pour une bête de cette dimension. Pour éviter que sa queue ne traîne par terre, la femme aux yeux dorée la fit passer par dessus son épaule.

Alors qu’ils descendaient les escaliers en le transportant le plus délicatement possible, Valentin croisait mentalement les doigts pour ne pas croiser de voisins. Surtout la pénible du dessus qui adorait traverser son appartement de long en large en talons à partir de sept heures du matin. Il aurait trop envie de lui jeter le dragon dessus, mais il préférait ne pas attirer l’attention. Heureusement ses voisins semblaient tous préférer rester chez eux – certainement en partie à cause de l’alarme songea le jeune homme – et ils parvinrent à la voiture de Béatrice sans se faire remarquer.

Mesurant l’animal du regard, la jeune femme ouvrit le coffre de son véhicule, enleva la plage arrière et rabattit la banquette arrière. Valentin et Déa glissèrent doucement dans la voiture le dragon qui dormait comme le bébé qu’il était. La queue de l’animal participait beaucoup dans sa longueur. Elle était très grande et, heureusement, très souple. Ils purent la faire rentrer en l’enroulant. Sans cela, ils n’auraient jamais pu faire tenir la bête dans l’habitacle.

Déa grimpa d’autorité à l’arrière, sur la banquette rabattue, à côté du dragon endormi. Valentin s’apprêtait à lui dire que ce n’était pas prudent de monter ainsi sans ceinture, mais Béatrice le poussa vers le siège passager avec un regard explicite.

NaNoCamp Avril 2017 J+1 : Préquelles Arkhaiologia

L’animal cligna ses yeux rouges de plaisir sous les caresses.

« Ils ont déclenché l’alarme juste pour lui ? Se demanda tout haut Béatrice. Il ne paraît pas si dangereux en plus.
– Il n’est peut-être pas seul, supposa Valentin en grattouillant le cou de la créature. Je ne sais pas combien d’œufs pondent les dragons.
– Une douzaine, intervint Déa. Normalement peu d’entre eux parviennent à sortir du nid car la mère s’occupe de ne garder qu’un ou deux, parfois trois, parmi les plus aptes de sa portée. Les autres… Meurent.
– Cela voudrait dire qu’une dragonne adulte a pondu ses œufs dans le coin ? Reprit Béatrice.
– Si quelqu’un a repéré un dragon adulte en ville, je comprends mieux l’alarme. »

Ce disant, Valentin s’imaginait apprivoiser le dragonnet. « Je ne pense pas qu’il y ait de dragon adulte dans les environs, déclara Déa pensivement.
– Pourquoi ça ? S’étonna Béatrice. Un dragon adulte a bien dû pondre l’œuf de ce bébé, non ?
– Oui, acquiesça la femme aux yeux dorés. Mais je ne sens pas assez de magie pour qu’un dragon adulte puisse survivre. Il n’y en a probablement aucun. Et ça m’énerve de savoir ça sans savoir qui je suis ! »

Une volée de dragonnets passa au-dessus d’eux, poussant des cris dans la nuit qui les firent sursauter. Des drones les poursuivaient en bourdonnant. D’un commun accord, les deux amis enjoignirent à Déa de convaincre l’animal perché au balcon de rentrer à l’intérieur de l’appartement. Ni Béatrice, ni Valentin, ne tenaient à passer à côté d’un tel spécimen à étudier ; ils doutaient que les drones suivaient les dragonnets pour jouer avec eux. Ils ne savaient pas si c’était pour les abattre, mais ils préféraient ne pas prendre le risque de le perdre.

Déa attira la créature à l’intérieur avec un morceau de viande crue qu’elle venait de faire apparaître dans sa main et alla de nouveau s’installer sur le canapé. Le petit dragon se coula dans l’appartement à sa suite et la rejoignit, ouvrant la gueule avec espoir. La femme aux yeux dorés le récompensa avec la viande, qu’il avala goulûment. Les deux amis les rejoignirent aussitôt, après avoir fermé la baie vitrée. Tandis que Déa nourrissait le bébé, Béatrice prit Valentin à part.

« Qu’allons-nous faire d’eux ? Lui souffla-t-elle. Toi ou moi pourrions héberger Déa, mais le dragon ? Qu’en ferons-nous ? Vu sa taille il ne supportera pas de rester enfermé dans l’un de nos deux appartements. Et puis j’ose même pas imaginer la quantité de nourriture qu’il doit ingurgiter.
– Ton labo, je ne vois que cette solution.
– Ce n’est pas mon labo… Mais tu as peut-être raison. L’agrandissement est terminé et prêt à l’emploi. Je suppose que Massamba et Pommier pensaient plutôt y loger des banshees ou je ne sais quoi d’autre. Je ne pense pas qu’ils verront d’inconvénient à avoir un jeune dragon à observer. Je suis certaine qu’ils trouveront fascinant le fait que les dragons – comme les fées – possèdent trois paires de membres.
– Tant qu’ils ne le charcutent pas, ça me va.
– Tu sais que, maintenant, l’imagerie médicale a évolué et qu’on a plus à ouvrir les êtres vivants pour voir ce qu’il y a à l’intérieur, n’est ce pas ? » Le taquina Béatrice.

Valentin la chatouilla en guise de représailles, puis ils s’installèrent tous deux face à leurs hôtes. Le petit dragon s’était couché sur le canapé, sa tête dans le giron de l’étrange femme aux yeux dorés. « Vous êtes bien gentils de vous occuper de nous, les remercia Déa tout en couvant l’animal d’un regard attendri. Je ne suis pas sûre d’avoir compris toutes vos pensées, mais tout ce que j’ai perçu était positif à notre égard. Vous pensez vraiment que certaines personnes pourraient nous vouloir du mal ?
– Du mal, pas vraiment, la rassura Valentin. Mais je suis certain de nos intentions à nous, du moins.
– Par contre, compléta Béatrice, je doute que nous puissions laisser le dragon en liberté à l’heure qu’il est. Tout le monde va le considérer comme dangereux et je crains qu’il ne soit abattu si on le laisse dehors. »

Déa leur adressa un grand sourire : « Les dragons sont dangereux. Un dragon adulte peut détruire une cité à lui tout seul.
– Et comment fait-on pour empêcher ça ? S’enquit Valentin.
– S’en faire des amis, expliqua-t-elle en caressant le dragonnet. Ou avoir de puissants mages pour se protéger.
– Et tu ne sais toujours pas comment tu as connaissance de toutes ces choses ? Vérifia Béatrice. Parce qu’il semblerait que tu sois la seule personne au monde à savoir tout ça.
– Ce serait intéressant que tu nous dises d’où tu tiens toutes ces informations. » Renchérit le jeune homme.

« Vous êtes des érudits je vois. » Déa sourit de nouveau et Valentin eut la désagréable impression qu’elle lisait toujours dans leurs pensées. « Toujours en quête de savoir, poursuivit rêveusement la jeune femme aux yeux dorés, vous voulez tout comprendre… Oh, et oui, je continue de capter vos pensées, mais c’est plus fort que moi, je ne fais pas exprès. » Elle leva fièrement la tête :

« J’aimerais bien savoir, moi aussi. Je ferai ce que je peux pour vous aider.
– Tant mieux ! S’exclama Béatrice. Parce que j’ai une question.
– Oui ?
– Tout à l’heure, tu as dit qu’il n’y avait pas assez de magie pour un dragon adulte, commença la jeune femme. Et tu m’as clairement l’air d’être une magicienne. Tu peux déjà faire des choses complètement folles, comme te régénérer, ou lire nos pensées, faire apparaître des trucs, ou parler aux dragons… Ou que sais-je encore. Penses-tu que tu pourrais faire encore plus de choses s’il y avait assez de magie pour entretenir des dragons adultes ? »

Déa resta silencieuse, comme si elle réfléchissait. « Je ne suis pas vraiment une magicienne, déclara-t-elle enfin. Enfin, j’ai certaines capacités et elles utilisent de la magie. Mais magicienne ne me semble pas le terme approprié.
– D’accord, acquiesça Béatrice, nous réfléchirons au terme approprié plus tard dans ce cas.
– Pour répondre à ta question, reprit Déa, je suis certaine que si ce monde possédait plus de magie, je serai plus puissante. Peut-être même que je ne serais pas amnésique !
– Tu penses que ça a un lien ? S’enquit curieusement Valentin.
– Non, je ne sais pas du tout, pouffa la femme aux yeux dorés. J’ai plutôt l’impression de m’être cognée la tête. »

NaNoCamp Avril 2017 J : Préquelles Arkhaiologia

Alors qu’ils questionnaient leur invitée sur les divers plats et boissons qu’elle avait fait apparaître et que celle-ci leur répondait la bouche pleine, une sirène retentit à l’extérieur. Ils s’interrompirent. « Qu’est ce que c’est ? S’inquiéta Déa après avoir avalé sa bouchée. Un danger ? » Les deux amis échangèrent un nouveau regard incertain. Leur réflexe suivant fut d’attraper leurs téléphones à la recherche d’informations. La jeune femme amnésique ne posa pas plus de questions, mais Valentin et Béatrice perçurent une petite piqûre dans un coin de leur esprit.

« Personne ne doit sortir et ceux qui sont dehors doivent se diriger vers l’abri le plus proche, résuma le jeune homme.
– Ce n’est pas une alerte toxique, renchérit Béatrice, mais il n’y a pas trop d’indications sur ce que c’est.
– Il faudra certainement attendre les infos pour savoir, soupira-t-il. De toutes façons… » Un barrissement assourdissant retentit, l’empêchant de terminer sa phrase.

« Quoi encore ? Lâcha Valentin avec nervosité.
– Pour une fois, je sais ce que c’est ! S’exclama joyeusement Déa. C’est un dragon. Un jeune je dirais.
– Un dragon ? S’étrangla Béatrice. Comment tu sais ça ? Ohlàlà, on avait pas encore vu de dragon… Il faut que je le voie !
– Tu veux aller voir un dragon ? S’ébahit son ami en roulant des yeux effarés. Tu es folle, c’est beaucoup trop dangereux !
– Oh non, ce n’est pas si dangereux si on sait comment s’y prendre, lui assura Déa. Et s’il est suffisamment jeune, il ne sait pas encore cracher.
– Comment sais-tu tout ça ? S’enquit Béatrice.
– Aucune idée. »

Sur ces mots, la femme aux yeux dorés se leva et, avisant que la porte-fenêtre de la cuisine donnait sur un balconnet, sortit à l’extérieur. Les deux amis se concertèrent brièvement du regard avant de la suivre. Une fois dehors, Déa inspira profondément l’air nocturne. « Je n’ai jamais vu une ville pareille, murmura-t-elle. Et l’odeur est bizarre. » Elle se racla la gorge, inspira une nouvelle fois et poussa un barrissement similaire à celui du dragon. Après quelques poignées de secondes, elle réitéra, mais sur un timbre légèrement différent. Le temps continua de s’écouler sans qu’il ne se passe rien. Une brise fraîche les effleura.

Les deux amis commençaient à se demander ce qu’ils attendaient lorsque de lourds battements claquèrent au dessus du petit balcon. Leurs yeux s’arrondirent en voyant un dragon de la longueur d’une petite voiture s’accrocher à la rambarde et faire face à Déa. Cette dernière, souriante, flatta la tête de l’animal dont les écailles projetaient des éclairs rouges à la lumière des lampadaires et de l’éclairage de l’appartement de Valentin. « Je peux le caresser ? S’enquit Béatrice avec envie. Je n’aurais jamais cru voir un véritable dragon un jour.
– Bien sûr, l’invita Déa. Il était un peu perdu et paniqué, mais il se sent mieux à présent. Il ne mordra pas. »

L’amie de Valentin leva doucement la main en direction du petit dragon. Celui-ci se tourna vers elle et lui adressa un sifflement de mise en garde. La femme aux yeux dorés rassura l’animal, qui consentit à se laisser effleurer par Béatrice. « Ses écailles sont douces et chaudes ! Commenta-t-elle joyeusement. Essaie ! » Lança-t-elle ensuite au jeune homme. Ce dernier ne se fit pas prier et s’approcha à son tour du petit dragon. Après avoir étudié tous les mythes liés aux dragons, il était enchanté d’en voir un et avait même du mal à y croire.

NaNoCamp Avril 2017 J-1 : Préquelles Arkhaiologia

La femme aux yeux dorés semblait affectée par son incapacité à se remémorer quoique ce soit. Avec les questions de Béatrice, elle avait réalisé qu’elle ne se souvenait pas qui elle était. Elle avait pu donner le prénom – ou peut-être était-ce un surnom – de Déa, mais impossible de se souvenir de la personne qu’elle était. C’était une sensation perturbante. Et irritante, aussi.

« Il y a une chose qui me vient à l’esprit, déclara-t-elle. C’est que je ne suis pas seule : je fais partie d’un groupe. Ils peuvent m’aider, j’en suis sûre !
– Un groupe ? Quel groupe ? S’enquit Béatrice avec curiosité.
– Pas un grand groupe, précisa Déa. C’est plus… Je ne me rappelle pas. Un peu comme une famille je dirais.
– Mais pas ta famille ? » Vérifia Valentin qui cherchait désespérément ce qu’il pouvait noter à propos de tout ça. Il y avait eu bien peu de révélations et il ne pouvait s’empêcher de se sentir un peu déçu.

« Je ne crois pas… Enfin, peut-être, je ne sais pas. Mes souvenirs sont vraiment très confus, c’est énervant ! » La jeune femme aux yeux dorés pinça les lèvres en une moue boudeuse. « L’un d’entre eux est médecin, murmura-t-elle. Il pourra m’aider.
– Tu sais où il travaille ? Demanda Valentin.
– Ou un numéro de téléphone qu’on pourrait appeler ? Poursuivit Béatrice.
– Un numéro de téléphone… Répéta pensivement Déa. Je connais les termes, mais j’ai du mal à voir à quoi ils correspondent. »

Cette déclaration prit les deux amis de court. Ils échangèrent un regard : la condition de l’inconnue était-elle plus grave que ce qu’ils avaient cru de prime abord ? Valentin désigna l’appareil qu’il avait en main pour prendre des notes. « C’est ça, un téléphone, déclara-t-il. Est ce que ça te dit quelque chose ?
– Non, je n’ai jamais vu un objet comme ça. » Déa fit rapidement le tour de la pièce du regard avant de reprendre : « D’ailleurs, je n’ai jamais vu une maison comme celle-là non plus. Je ne connais pas l’utilité de la moitié des choses qui se trouvent ici…
– C’est bizarre. » Commenta Béatrice.

Les trois restèrent un instant silencieux. Un courant d’air nocturne les caressa tendrement. Le jeune homme songea à la petite fée et jeta un rapide coup d’œil autour de lui à sa recherche. Ne voyant nulle part la douce luminosité qui nimbait la petite créature, il en conclut qu’elle avait dû s’envoler par la fenêtre qu’il avait laissé ouverte. Il se leva pour aller la fermer, un peu triste que la fée soit partie et espérant qu’elle était heureuse de profiter de sa liberté. Il se tourna de nouveau vers les filles, qui le considéraient calmement. « Tu avais froid ? » S’enquit Béatrice. Il acquiesça machinalement et retourna s’asseoir.

« Tu n’avais pas froid, corrigea Déa. Tu pensais à une petite faerie. Une fée.
– Comment sais-tu cela ? S’étonna Valentin.
– Tu ne lui as pas donné de nom, continua l’inconnue, même si tu penses à elle sous le nom de Clochette. Tu ne l’as pas nommée ainsi car elle ne tinte pas, elle pousse des trilles plutôt. » Déa se tut un moment, puis sourit : « Il semblerait que je puisse lire vos pensées. Mais je vais arrêter, ce n’est pas très sympa de faire ça sans autorisation.
– Waw, c’est impressionnant, balbutia le jeune homme. Je ne m’attendais pas à ça ! Et, euh, merci d’arrêter, c’est perturbant. »

Béatrice exhala bruyamment et se redressa pour aller ouvrir le réfrigérateur de son ami. « Hé, Val ! L’appela-t-elle. Tu n’as rien de plus fort que du lait ? Plus une seule bière ni rien ?
– Et non, je n’ai plus rien, c’est pour ça que j’étais si content de venir manger chez toi.
– Manger, quelle bonne idée, intervint joyeusement Déa. Je suis affamée ! » Comme elle avait fait apparaître ses vêtements, elle créa un petit festin sur la table basse devant elle. La pièce s’embauma instantanément de riches odeurs culinaires.

« Je pense que je risque de m’habituer un peu trop rapidement à ce genre de possibilité. » Commenta Béatrice en avisant une chopine remplie d’un liquide qui ressemblait un peu à de la bière. « Qu’est ce que c’est ?
– De la cervoise. » Répondit Déa la bouche pleine. Elle-même s’était jetée sur les plats comme si elle n’avait pas mangé depuis des jours. « Faites-vous plaisir, hein. » Ajouta-t-elle à l’intention des deux autres. Repus, ils avisèrent plutôt les boissons et découvrirent des goûts épicés auxquels ils n’étaient pas habitués.

NaNoCamp Avril 2017 J-2 : Préquelles Arkhaiologia

Une fois chez lui, ils installèrent leur sauveuse sur le canapé. « Tu n’aurais pas quelque chose pour la couvrir ? » S’enquit Béatrice. Pendant que son ami se rendait dans sa chambre à la recherche d’habits, elle s’assit en face de l’ancienne blessée pour lui demander : « Ça va mieux ? » Son interlocutrice la fixa droit dans les yeux, sans répondre, mais sans se départir de son sourire. « Mon ami est allé chercher des vêtements. » Continua Béatrice. Elle n’obtint toujours pas de réponse et se fit la réflexion que cette étrange inconnue n’avait pas l’air particulièrement gênée par sa nudité. De plus, elle paraissait avoir un peu récupéré ses esprits ; ses yeux étaient moins vides et inspectaient la pièce autour d’elle.

« J’espère que ça ira… » Valentin revenait avec de vieux vêtements à lui. Il les déposa près de leur sauveuse, qui pencha la tête d’un air intrigué. « C’est pour toi, précisa le jeune homme. En attendant qu’on trouve mieux.
– Je devrais peut-être ramener des choses de chez moi, suggéra Béatrice.
– C’est surtout le moment d’appeler les secours, ou la police, ou je ne sais pas, non ?
– Je ne sais pas. » La jeune femme fit la moue en jetant un regard à leur sauveuse qui les considérait à présent calmement, toujours sans mot dire, en tortillant une mèche de cheveux châtains.

« Même avec tous ces êtres féériques dehors, je me vois mal dire à qui que ce soit que nous avons trouvé une femme blessée qui s’est régénérée en quelques minutes, plaida Béatrice. Elle était perdue, mais elle semble avoir presque entièrement retrouvé ses esprits. Dans les faits, il n’y a presque plus de raisons d’appeler qui que ce soit. Avec un peu de chance, elle va finir par retrouver la mémoire et la parole. N’est ce pas ? » Lança-t-elle à l’intention de l’inconnue.

Celle-ci lui répondit avec un sourire, puis inspecta les habits apportés par le jeune homme. Ce faisant, la veste que lui avait prêté Béatrice glissa de ses épaules. Elle inspecta alors sa propre nudité, comme si elle découvrait seulement maintenant son manque d’apprêts. Elle pouffa de rire et prononça quelques phrases de manière volubile. « Je suis désolé, s’excusa Valentin. Je ne comprends pas ce que vous dites.
– Moi non plus, renchérit Béatrice. Et je ne vois même pas de quelle langue il peut s’agir. Mais elle a l’air d’aller mieux ! »

L’inconnue lui sourit de nouveau et hocha affirmativement la tête. Elle se leva, la veste tombant totalement, et parut se concentrer tout en faisant un petit geste fluide. D’étranges vêtements firent leur apparition sur le corps de l’étrangère. [à déterminer] Les deux amis restèrent interdits face à ce spectacle. Ils venaient d’avoir la preuve que des humains magiciens existaient bel et bien, s’ils n’en avaient pas été convaincus en voyant une écorchée guérir à vue d’œil.

« Voilà qui est mieux ! Se réjouit l’inconnue qui parlait avec la précaution de ceux qui n’étaient pas entièrement à l’aise avec la langue.
– Ce n’est peut-être pas très discret, commenta Béatrice par devers elle.
– Mais vous parlez notre langue ? S’étonna Valentin.
– Maintenant oui, confirma l’étrangère. Je ne connaissais pas cette langue, mais j’ai l’impression de l’avoir apprise plutôt vite !
– Vite ? Ça fait combien de temps que tu es ici ? S’enquit curieusement Béatrice.
– Oh, je m’étais réveillée depuis quelques minutes lorsque je vous ai rencontrés. »

L’inconnue s’assit de nouveau sur le canapé, avec un froncement de sourcil, comme si elle réfléchissait. « J’ai du mal à recoller les morceaux, avoua-t-elle. Mon cerveau est un peu embrumé…
– Tu dois être chamboulée par ce qui t’est arrivé, supposa Valentin. Quand nous t’avons vue, tu étais à moitié écorchée.
– Écorchée ? Répéta l’étrangère.
– Oui, c’est sûr, tu vas beaucoup mieux maintenant, balbutia le jeune homme. Enfin bref… Comment tu t’appelles ?
– Déa, je crois. En tous cas, ça me dit quelque chose de m’entendre appeler ainsi. » Elle se racla la gorge. « J’ai soif. » Elle avait l’air étonnée.

Béatrice se leva et alla lui chercher un verre d’eau, puis vint s’assoir sur le canapé à côté de Déa, tandis que Valentin s’installait face à elles. La nouvelle venu intriguait beaucoup les deux amis. De plus, en tant que magicienne, elle faisait partie de leur sujet d’étude – tant à l’une qu’à l’autre – et ils avaient envie d’en savoir plus. Comme elle leur paraissait encore un peu perdue, ils décidèrent d’un accord tacite d’y aller doucement avec elle. Ce qui n’empêcha pas le jeune homme de prendre son téléphone en main pour prendre des notes de leur échange ; il doutait que Déa ait envie d’être enregistrée.

« Je n’arrive pas à me souvenir, souffla-t-elle d’un air contrarié.
– De quoi ? Demanda Béatrice.
– De rien, c’est bien le problème.
– Peut-être qu’on pourrait essayer de te poser quelques questions, suggéra Valentin à l’ancienne écorchée. Ça pourrait peut-être suffire à te rafraîchir la mémoire sur certaines choses. Après tout, ça a fonctionné pour ton prénom.
– Moui, lâcha Déa d’un air peu convaincu. D’accord, essayons.
– Chouette ! Se réjouit Béatrice. Je commence ! »

Elle se frotta les mains et plongea ses yeux noisettes dans ceux, presque dorés se rendit-elle compte, de Déa. « Alors, commença l’amie de Valentin, d’où viens-tu ?
– De… Je ne sais pas, réalisa l’étrangère. De partout et de nulle part j’ai l’impression.
– Mmmh, commenta brièvement Béatrice. Et quelle était cette langue que tu parlais tout à l’heure ? Elle ne me rappelle rien que je connais.
– Vu le nombre de langues que tu connais, ce n’est pas étonnant, la taquina son ami. »

Tandis que Béatrice ripostait en jetant un coussin en direction de la tête de Valentin, Déa prononça pensivement quelques mots dans la langue en question. Elle secoua la tête et déclara : « Je n’ai pas l’impression qu’il existe un mot dans votre langue pour la mienne… C’est bizarre, je ne comprends pas. »

Valentin ne saisissait pas ce que voulait dire la femme aux yeux dorés. Les pensées se bousculaient dans sa tête. Les yeux dorés étaient-ils une manifestation des capacités surnaturelles de Déa ? Cette couleur n’existait pas naturellement, si ? L’amnésie de Déa était-elle temporaire ? Qu’avait-il pu lui arriver pour qu’elle ait apparu ainsi écorchée ? Quand pourrait-il le savoir ? Fallait-il l’emmener à la police ? Ou à l’hôpital pour son amnésie ? Tout se brouillait dans sa tête. Pendant ce temps, Béatrice avait continué de questionner la magicienne. Malheureusement, Déa n’avait pas grand chose à leur apprendre ; le peu dont elle se souvenait était confus.