« Kyr et Kilynn » Chapitre 1 : Drakëwynn (8/8)

Les autres cavaliers pouffaient de rire derrière leur chef et feignant l’innocence dès que la redoutable créature leur envoyait des regards venimeux. Kyr et Kilynn n’osaient interrompre cet échange qui semblait faire tourner les choses en leur faveur. Ils étaient bien conscients que leur avenir dépendait de cette conversation. La jumelle se serra plus étroitement contre la jambe musculeuse de la Centaure, paraissant ne pas sentir la meurtrissure due à la chemise de maille de cette dernière. « C’était vraiment un coup bas, ça, se plaignit la ménestrelle.
– Il faut ce qu’il faut dans ce monde de brutes, approuva l’homme avec un ton compatissant.
– Tu es sans cœur, lui reprocha Drakëwynn.
– C’est vous qui le seriez si vous refusiez une aide demandée si gentiment, rétorqua-t-il. Bon, ce n’est pas que cette conversation m’ennuie, au contraire je m’amuse beaucoup, mais le temps passe et nous allons encore être retardés car nous allons devoir passer à travers champ.
– Pourquoi ? s’enquit curieusement le garçon.
– Car les bois sont infestés par vos anciens compagnons les brigands, répondit plaisamment le cavalier au chapeau. Si vous voulez mon avis les enfants, vous avez fait le bon choix, même si pour le moment elle râle.
– Les encourage pas… maugréa la Centaure.
– Faites un bon voyage avec Drakëwynn, la protectrice des opprimés à votre service, les salua-t-il joyeusement. J’espère que nous nous reverrons dans de meilleures circonstances ! »

Sur ces paroles, ses cavaliers et lui tournèrent bride et s’en furent au galop à travers bois, tout en riant des imprécations de la Femme-Jument, qui jurait après eux tout ce qu’elle savait. Néanmoins, elle ne partit pas à leur poursuite. Pourtant, Kyr subodorait que cela aurait été son premier réflexe. Mais, pour les rattraper, il aurait fallu qu’elle détache Kilynn de sa jambe. Ce qui semblait une tâche ardue sur le moment. Finalement, la Centaure arrêta de crier des injures. Elle rangea sa lumineuse lance d’arçon et une petite tête reptilienne sortit de l’un de ses sacs. « Tu sors te moquer de cette pauvre Drakëwynn toi aussi ? » lui demanda sa maîtresse. Pour toute réponse, le dragon-papillon roucoula, sortit du sac et alla renifler Kyr. Puis il émit un grognement de satisfaction et s’envola afin de s’avachir sur les épaules du garçon. « A croire que le monde est contre moi, soupira théâtralement la Femme-Jument. Allez, c’est bon, je capitule, puisque même Emlyg est de votre côté.
– Merci ! » s’écrièrent les jumeaux, reconnaissants.

Et Kyr se retrouva aussi à se précipiter sur la ménestrelle. Ne sachant comment réagir face à cet élan d’affection, elle leur tapota gentiment la tête à tous les deux et déclara : « Nous n’allons pas rester là toute la journée tout de même, allez ! En route !… Au fait, comment vous appelez-vous ?
– Kilynn, répondit la fille en prenant le dragon-papillon des épaules de son frère.
– Kyr. » se présenta, tout aussi succinctement, ce dernier.

Il était soulagé que sa sœur lui ait ôté l’animal des épaules pour le prendre dans ses bras, car il craignait de devoir le porter tout le long du trajet, ce qui promettait de faire lourd à la longue. « Bon, et bien Kilynn, Kyr, déclara pompeusement la Barde, nous voici compagnons de voyage. Partons, à présent. » Suivant Drakëwynn, qui se forçait à marcher à une allure que les jumeaux pourraient suivre, ils s’en furent, sans un regard en arrière pour leur ancienne vie. Kyr se sentait léger et plein d’entrain. Il pensait, comme le cavalier l’avait dit, qu’ils avaient fait le bon choix en décidant de partir, même s’il ne savait pas ce que l’avenir leur réservait.

« Drakëwynn, commença Kilynn qui dorlotait le dragon-papillon, vous nous en voulez d’avoir pris le cheval de votre ami ?
– Quelle drôle d’idée ! Bien que ce ne soit pas quelqu’un que je connaisse très bien, je suis surtout impressionnée que vous ayez réussi à le lui prendre !
– En fait, on ne le lui a pas pris à lui, expliqua Kyr. Le cavalier était tombé de cheval et on en a profité.
– Je vois.
– On croyait que vous étiez beaucoup plus loin que ça, continua sa sœur. C’est pour ça qu’on voulait un cheval, pour vous rattraper.
– Comment ça se fait que vous étiez si proche ? s’enquit le garçon.
– Oh, ça… » La Centaure ouvrit un sac pour leur en montrer fièrement le contenu. « Je cueillais des champignons ! »

Cette réponse impromptue les fit rire tous les trois, enfin, tous les quatre en comptant le dragon-papillon qui pouffait souvent. Kyr avait d’ailleurs la désagréable impression qu’il se moquait souvent de lui. La suite du trajet dans la forêt se déroula dans la même ambiance. Cela faisait du bien aux enfants qui n’avaient pas tant ri depuis des mois. Passer du temps avec la ménestrelle allait les changer de leur morne quotidien : elle connaissait des dizaines de tours de prestidigitation, des choses amusantes sur tout un tas de sujets et racontait des histoires toutes plus abracadabrantes les unes que les autres. Voilà des auspices qui s’annonçaient meilleurs que si ils avaient continué leur vie de brigandage avec le grand Caer.

« Il était une fois en Yamato » Chapitre 1 : Jynpo et les volatiles (5/7)

A ce moment là, un messager entra dans la salle par une porte secondaire et apporta prestement un message à Hideaki. Celui-ci, après en avoir rapidement pris connaissance, murmura quelques mots à l’oreille de Jynpo qui acquiesça gravement avant de reprendre, à l’attention de l’ambassadeur : « Je suis heureux d’entendre que Sunan veuille entamer le dialogue entre nos deux clans. En effet, jamais l’Empire n’a eu autant besoin de loyaux serviteurs prêts à tout pour son bien-être. Je dois cependant remettre à plus tard notre discussion sur le meilleur moyen pour nos deux clans de servir l’Empire, car une affaire pressante requérant mon attention immédiate vient de m’être rapportée. Mes serviteurs vont vous accompagner à vos appartements qui, je l’espère, seront à votre goût. »

Jynpo se leva et, suivi par son général en chef Chiba, partit, alors que l’ambassadeur s’inclinait respectueusement. « Hideaki a été très futé de trouver cette solution de l’affaire urgente pour couper court à la conversation et pallier ainsi à d’éventuels problèmes inattendus, commenta le chef du Clan du Dragon.
– En effet Jynpo-sama, répondit Chiba. Hideaki-san est très prévoyant. Pour ma part, j’ai remarqué que les gardes de l’ambassadeur, formés de membres de la famille Daidoji, se sont sentis particulièrement insultés d’avoir été diminués de la sorte. Leur famille est réputée pour être les meilleurs gardes du corps du Clan de la Grue et grands protecteurs de la famille Doji. Je ne saurais trop conseiller à mon Seigneur la prudence : les Daidoji ne sont pas des guerriers qui ont l’habitude de respecter le bushido. Ils ont la réputation d’être des espions émérites en plus d’être d’excellents gardes du corps.
– Assurez-vous de les garder bien à l’œil. » conseilla Jynpo.

Mirumoto Chiba s’inclina et s’en fut prestement donner des ordres dans ce sens. Le jeune chef du Clan du Dragon, lui, arriva dans son cabinet de travail et, à peine était-il assis, qu’une dépêche lui parvint, portée par un messager à bout de souffle. Jynpo s’en empara, congédia le porteur et lu le message. Il s’agissait d’une missive provenant de la garnison chargée de la surveillance de la frontière nord que le Clan du Dragon partageait avec le Clan du Phénix. Cette frontière était particulièrement surveillée de part la guerre qui opposait ces deux clans depuis de nombreuses années, bien que ceci s’était un peu tassé suite aux intrigues politiques durant le bref règne de l’oncle de Jynpo, le traître Shiro. Or, des troupes Phénix s’amassaient actuellement près de la frontière. Ce n’étaient pas tant les troupes armées du Clan du Phénix qui étaient inquiétantes, mais surtout les nombreux Shugenjas qui les accompagnaient. En effet, le Clan du Dragon avait certes une puissance militaire bien supérieure à celle du Clan du Phénix, mais les Shugenjas de celui-ci surpassaient de loin les lanceurs de sorts du Clan du Dragon. La menace qu’ils représentaient ne devait pas être prise à la légère. Lisant cela, Jynpo se dit qu’il n’aurait pas du congédier son messager car, à présent, il allait devoir partir chercher Chiba lui-même afin de lui demander conseil sur la meilleure manière de réagir.

Mirumoto Chiba était retourné à son propre cabinet de travail après avoir donné les ordres concernant la surveillance des guerriers Daidoji de l’ambassadeur. Il s’apprêtait à aller passer la garde personnelle de son seigneur en revue, lorsque ce dernier déboula en trombe dans la pièce en annonçant : « Les Shugenjas Phénix et leurs guerriers se massent à notre frontière !
– La guerre ancestrale reprend donc de plus belle, déclara sombrement le conseiller militaire. Je suppose, Jynpo-sama, que vous voulez que je fasse effectuer à nos troupes une convergence vers la frontière avec le Clan du Phénix, afin de bloquer les cols d’accès pour parer à toute menace. De plus, je vous suggère de faire déplacer la flotte en direction de leur capitale pour leur faire comprendre que nous sommes prêts à répondre à toute attaque au cœur même de leur territoire.
– Voilà, c’est ça, s’exclama Jynpo. Dépêchez-vous ! »

Sur ces paroles, il repartit aussi vite qu’il était venu. Alors qu’il s’apprêtait à rejoindre de nouveau la quiétude de son cabinet de travail, il fut intercepté par Hideaki qui le croisa au détour d’un couloir. « Oh ! Hideaki, nos invités sont-ils bien installés ? s’enquit Jynpo.
– En effet Jynpo-sama, répondit le conseiller. Haruko-san a fait un excellent travail.
– Je suis content qu’il soit mon Intendant, se réjouit le Chef du Clan du Dragon.
– Cela signifie-t-il que vous le nommez officiellement à ce poste, Monseigneur ? »

Jynpo, se souvenant soudain qu’il n’avait jamais nommé Kitsuki Haruko Intendant, qu’il n’occupait ce poste qu’à titre provisoire, se dit que cela ferait une bonne chose de réglée que de l’officialiser. Il répondit : « Bien sûr, il remplit parfaitement les conditions requises !
– Monseigneur m’en voit ravi, je m’occuperai de rendre tout cela effectif d’ici demain, assura Hideaki. Puis-je me permettre de complimenter Sa Seigneurie pour le brio dont elle a fait preuve en répondant à l’insulte de l’ambassadeur durant son discours ?
– Quelle insulte ? s’enquit un Jynpo déconcerté.
– C’est vrai qu’il y en a eu plusieurs, répondit Hideaki. Je pensais notamment à celle durant laquelle il vous a nommé seulement Jynpo au lieu de Jynpo-sama, ainsi qu’il l’aurait du, Monseigneur. Vous avez brillamment rétorqué en nommant son Seigneur de la même manière.
– Ah… émit le Chef du Clan du Dragon qui, visiblement, n’avait ni relevé l’insulte, ni répondu de manière réfléchie.
– J’imagine que Monseigneur veut préparer sa prochaine entrevue avec l’ambassadeur du Clan de la Grue ?
– Euh… Oui tout à fait ! Attend-moi dans mon cabinet de travail, je reviens tout de suite. » Ordonna Jynpo qui s’en fut prestement.

« Kyr et Kilynn » Chapitre 1 : Drakëwynn (7/8)

Abandonnant tout espoir de retrouver la terrifiante ménestrelle à temps, Kyr ferma ses yeux larmoyants et se laissa aller sur l’encolure du cheval, n’écoutant plus que le martèlement des sabots sur la terre battue. D’ailleurs, en écoutant attentivement, l’un des martèlement lui parut beaucoup plus lourd et plus rapide que les autres. Et surtout, ce bruit ne venait pas de derrière eux comme les poursuivants, mais de l’avant, et cela se rapprochait à une vitesse phénoménale. Le garçon sentit soudain un fort déplacement d’air sur sa gauche. Il ouvrit les yeux juste à temps pour voir, fugitivement, une grande forme passer à côté de lui, au grand galop et en sens inverse. « Drakëwynn… » murmura Kilynn dans un souffle, tandis que leur monture s’arrêtait. Kyr la fit se retourner pour regarder la scène.

Leur tournant le dos et faisant face aux poursuivants qui avaient, eux aussi, arrêté leurs chevaux, se tenait la Centaure, armée de sabot en cap, comme lors de sa rencontre avec les enfants. Elle tenait sa lance d’arçon lumineuse d’une main et la posa nonchalamment sur son épaule, tout en tournant légèrement la tête en direction des jumeaux pour leur dire : « Drakëwynn, protectrice des opprimés, à votre service. » Elle arborait son éternel sourire carnassier. Puis, elle apostropha joyeusement les cavaliers, dont les derniers venaient tout juste d’arriver, à deux sur un seul cheval : « Oh, c’est encore vous ? Je ne pensais pas qu’on se recroiserait de si tôt. Alors, comme ça on opprime de jeunes enfants ? »

Voyant la Femme-Jument, les cavaliers rangèrent leurs armes. « Nous voudrions juste récupérer notre cheval en réalité. » expliqua le cavalier qui paraissait être le chef du groupe. Son front était ceint d’un chapeau à plumet et aux larges bords, qui laissait s’échapper de longues mèches noires. Il portait des vêtements de qualité et avait une rapière au côté. « Nous avons été pris en embuscade par un groupe de brigands un peu plus loin et ces deux là en ont profité pour nous faucher la monture.
– Oh ? Voyez-vous cela ! s’exclama la Barde en se tournant de nouveau vers les jumeaux. Pourrait-on savoir dans quelle contrée lointaine vous comptiez vous rendre pour avoir besoin d’un rapide destrier ? »

Kyr était embêté, il ne s’était pas figuré que l’emprunt d’un cheval puisse contrarier la Centaure. D’autant que sa sœur et lui pensaient qu’elle avait fait beaucoup plus de chemin et qu’un cheval était le seul moyen de la rattraper. Kilynn glissa prestement à terre, se précipita vers la grande Femme-Jument et s’accrocha à l’une de ses pattes avant. « On voulait juste vous rejoindre, laissez-nous venir avec vous, on fera tout ce que vous nous direz de faire. S’il vous plait ? » la supplia-t-elle d’une voix pleine d’espoir. Pour le coup, la ménestrelle resta sans voix, surprise de cette petite fille cramponnée à sa jambe. Kyr songea qu’il était temps de renchérir. Il descendit à son tour du cheval et le mena par la bride aux cavaliers qui assistaient à la scène sans rien dire. Le propriétaire initial du destrier remonta néanmoins avec soulagement sur ce dernier.

« On en aura plus besoin, maintenant qu’on vous a retrouvée, Drakëwynn. Ma sœur et moi, on voulait vous demander de vous suivre jusqu’à ce qu’on trouve un coin moins moisi pour pouvoir vivre tranquillement. Ce sera mieux que de continuer à jouer aux voleurs avec Caer. Si on reste là, un jour ou l’autre on finira par se faire prendre ou par tomber malade.
– Mais vous ne pouvez pas venir avec moi, répondit doucement la Centaure. C’est bien trop dangereux, vous êtes à des milliers de lieues de vous imaginer ce qu’il peut m’arriver de devoir combattre.
– Drakëwynn hein ? intervint le chef des cavaliers en souriant. Cela vous va bien aussi, comme nom. Si je puis me permettre, dans ce monde impitoyable, c’est avec vous qu’ils seraient le plus en sécurité.
– Oh toi, la ramène pas hein, grommela la ménestrelle. Tiens, d’ailleurs, pourquoi ne les prendrais-tu pas, toi ?
– Nous n’allons pas dans la bonne direction, répondit innocemment l’homme. Ils ont l’intention de quitter ce pays moribond, or, nous nous dirigeons en plein cœur de celui-ci, afin de rendre visite au Duc.
– Ils vont me ralentir avec leurs toutes petites jambes de halfelins !
– Oh, un détail aussi insignifiant serait-il donc un si gros inconvénient pour vous ? s’enquit le cavalier en feignant ironiquement la surprise.
– Bien sûr que non ! s’insurgea-t-elle. Seulement je ne suis absolument pas qualifiée pour m’occuper de deux enfants.
– Vous laisseriez ces pauvres petits sans défense en proie à la misère, au banditisme et à la maladie ? Ce n’était pas l’idée que je me faisais de vous E… Drakëwynn. »

« Il était une fois en Yamato » Chapitre 1 : Jynpo et les volatiles (4/7)

Jynpo, fier de s’être souvenu de ce que ses amis lui avaient montré en matière de magie, espéra avoir fait bonne impression sur son conseiller Shugenja. « C’est une très bonne idée, s’enthousiasma le jeune chef du Clan du Dragon. Va et tiens moi au courant de l’avancée de tes recherches. » Liang s’inclina et partit. Chiba reprit la parole : « Je rappelle à Monseigneur de ne pas ignorer l’éventuelle menace que représentent les soldats qui accompagnent l’ambassadeur. En effet, il s’agit de gardes du corps Daidoji qui sont réputés pour être souvent mêlés à des pratiques douteuses, notamment l’espionnage.
– Je garderai ceci à l’esprit, répondit Jynpo. A présent, assure-toi que les hommes se tiennent prêts à saluer l’ambassadeur et à honorer notre Clan. Renforce également la sécurité du palais, afin qu’il n’arrive rien de fâcheux à notre hôte. » Le conseiller militaire s’inclina et s’en fut obéir aux ordres. Kitsuki Hideaki arriva au même moment. « Tu ne trouves pas que la décoration de cette salle est magnifique ? lui demanda Jynpo.
– Certes mon Seigneur, répondit Hideaki. Il va être difficile de préparer les appartements de manière à ce que l’ambassadeur Doji pense que cela fait longtemps que nous l’attendons. Il en est de même pour tous les autres problèmes d’intendance liés à la venue de l’ambassade. Cependant tous vos serviteurs s’emploient à faire au mieux. Il ne vous reste plus qu’à préparer les paroles et la manière dont vous accueillerez personnellement l’ambassadeur.
– Très bien. » approuva Jynpo. Puis, n’ayant toujours pas résolu son dilemme quant à la place qu’il devait occuper dans sa propre salle du Conseil, il déclara : « Pour ceci je te propose d’aller dans mon cabinet de travail pour que nous réfléchissions à tout cela. »

Le lendemain, en fin de matinée, Jynpo coiffait soigneusement ses longs cheveux noirs en une queue de cheval haute, comme avaient coutume de le faire les guerriers de Yamato, avant de passer une armure de cérémonie qu’on avait préparé à son intention. Il s’agissait de celle qui avait appartenu à son père et il se souvenait encore de lui portant cette armure lors d’échanges diplomatiques. Cependant, bien qu’elle fusse parfaitement adaptée à la taille de son père, elle lui était encore un peu grande. Après tout, il n’avait pas encore tout à fait terminé sa croissance, ainsi que ses amis de Sylvanie se plaisaient à le lui rappeler sans arrêt. Alors qu’il s’échinait à ajuster l’armure, un serviteur arriva et lui tendit un message en s’inclinant. Jynpo prit le message et le lu. « J’espère que tout est prêt, soupira-t-il. L’ambassadeur et sa suite viennent de passer les portes de la cité. » Il termina rapidement d’ajuster son armure d’apparat, puis se rendit dans sa salle du trône pour y attendre l’ambassadeur, bientôt rejoint par l’ensemble de ses conseillers.

Quelques minutes plus tard, un messager arriva, prévenant Jynpo que l’ambassadeur se trouvait aux portes du palais et allait venir d’une minute à l’autre. « Il ne faut pas que j’oublie de bien me souvenir des règles de l’étiquette et des coutumes, comme me l’a conseillé Hideaki, car après plus d’un an loin des traditions de Yamato à côtoyer de rustres Sylvaniens, il est vrai que je n’en ai plus vraiment l’habitude. Il faudra que je fasse un effort et ce, même pour m’adresser à mes conseillers, leur montrant ainsi le respect qu’ils méritent. » pensait le jeune seigneur du Clan du Dragon.

Il fut sorti de sa rêverie par la voix d’Hideaki qui annonçait l’entrée du visiteur : « Voici Doji Kurou-san, grand diplomate de la non moins grande famille Doji, troisième ambassadeur du noble Clan de la Grue, accompagné de sa suite, vient rendre visite à Mirumoto Jynpo-sama, chef de la grande famille Mirumoto, Seigneur du Clan du Dragon, premier dans l’ordre de succession au trône impérial et Bushi Défenseur de l’Honneur de Yamato. » L’ambassadeur s’avança jusqu’au centre de la pièce, comme le voulait la tradition, et s’inclina. Jynpo fit un signe à Hideaki qui déclara : « Mon maître vous écoute. » Doji Kurou se redressa et prit la parole :

« Moi, l’ambassadeur du grand Clan de la Grue, espère que votre seigneurie Mirumoto Jynpo se porte bien. J’espère que notre arrivée ne vous prend pas au dépourvu, car nous avons retrouvé le messager que nous vous avions envoyé, mort, à quelques lieues de votre capitale.
– Je me porte très bien, répondit le chef du Clan du Dragon. Merci de vous en soucier noble Doji Kurou. J’espère qu’il en est de même pour votre maître. Permettez moi de vous rassurer : nous n’avons en aucun cas été surpris. En effet, informé de votre arrivée en vue de notre frontière, j’ai demandé à mes hommes de vous laisser passer sans fastidieuses contraintes administratives. Cependant, nous n’avons pu nous empêcher de remarquer votre désir de voyager en toute discrétion. Mais, vous savez, mes terres sont sûres, il était inutile de prendre autant de précautions en vous dissimulant de la sorte grâce à la magie. Néanmoins, si vous pensiez vos hommes trop peu armés pour vous protéger convenablement dans les montagnes sauvages de notre frontière, je vous aurais accordé avec joie une escorte de mes meilleurs samouraïs. »

Jynpo marqua une pause, durant laquelle il remarqua que l’ambassadeur dissimulait au mieux son étonnement. Celui-ci, d’ailleurs, inclina légèrement la tête et déclara : « Je remercie votre seigneurie de sa prévenance envers ses hôtes.
– Il était tout à fait normal pour moi d’agir de la sorte, il est dans les habitudes du Clan du Dragon de prendre soin de ses hôtes. » reprit la deuxième personne la plus puissante de Yamato, son cœur battant la chamade de peur de commettre une maladresse. « Cependant, l’honneur m’oblige à vous avouer, même si vous vous en êtes, à n’en pas douter, bien rendu compte, que, de peur qu’il vous arrive quelques malheurs dans les montagnes et que, ce faisant, mon hospitalité soit bafouée, j’ai demandé à quelques unes de mes troupes d’élite de vous suivre sans vous déranger. En ce qui concerne votre messager, l’enquête est déjà en cours pour appréhender son meurtrier. Ce regrettable incident m’a empêché de prendre connaissance du but de votre visite.
– Je vous remercie encore de tous les égards que vous avez eu à notre endroit. Je vous amène les salutations de mon Seigneur, le très respectable Doji Sunan-sama, chef de l’admirable Clan de la Grue et de la noble famille Doji, berceau des Impératrices du grand Empire de Yamato. Mon maître, dans son infinie sagesse, espère pouvoir entamer de saines relations diplomatiques entre nos deux clans, piliers de Yamato, liés depuis l’aube des temps et jusqu’à la fin de toutes choses par le biais de la famille impériale. En effet, en cette période troublée, de puissants clans comme les nôtres se doivent, plus que jamais, de veiller au bien-être de l’Empire. »

« Kyr et Kilynn » Chapitre 1 : Drakëwynn (6/8)

Les jumeaux s’entre-regardèrent et un éclair de connivence passa entre eux. Risqué, certes, mais faisable. C’était le coup de pouce qui leur manquait, leur décision était prise. Kyr leva de nouveau les yeux vers l’homme et lui dit gravement : « Merci, Rob. » avant de filer avec Kilynn en direction du lieu présumé du guet-apens. Peu de temps après, en entendant les bruits causés par l’échauffourée, ils ralentirent leur allure et sortirent de la route, continuant prudemment leur chemin tout en étant dissimulés par des buissons. Ils parvinrent enfin en vue du combat et observèrent un moment ce qu’il s’y passait. Les brigands de Caer avaient l’avantage, malgré le fait que les cavaliers paraissaient être de bien meilleurs combattants. Cet avantage était très certainement du à l’effet de surprise, couplé au surnombre. L’un des cavaliers était d’ailleurs à terre, Caer l’ayant fait glisser de sa selle. A présent, son cheval piaffait, seul au milieu des combattants.

Kyr pensait qu’avec un peu de chance, ils pourraient passer inaperçus. Après un signe de tête de connivence avec sa sœur, ils se glissèrent prestement au cœur de la mêlée. Grâce à leur petite taille et leur sens de la discrétion, évitant souplement les combattants, ils parvinrent jusqu’au cheval sans cavalier sans que personne ne les remarque, le cœur battant. Mais l’animal n’avait pas très envie de coopérer. Il se cabrait et piaffait, excité par le combat. Kyr essaya de le maintenir par la bride, mais il du s’y reprendre à plusieurs fois, afin d’éviter les coups de sabots du nerveux destrier. Sa sœur, malgré la peur que lui inspirait le cheval énervé, finit par lui prêter main-forte. A deux, ils réussirent à maintenir l’animal assez longtemps pour que Kilynn réussisse à se hisser sur la selle, avant d’aider son frère à faire de même. « Qu’est ce que vous faites là tous les deux ? » tonna soudain la voix de Caer, surmontant le vacarme ambiant et faisant sursauter les enfants.

« On va mettre le cheval à l’abri ! » répondit Kyr tout en talonnant le destrier qui bondit en avant. Il se cramponna aux rênes et au pommeau de la selle et sa sœur s’agrippa à lui. Il avait miraculeusement réussi à diriger l’animal dans la direction qu’il voulait, mais cela n’arrangeait pas le problème du ballotage ajouté à la vitesse. Après environ deux minutes, qui parurent une éternité aux jumeaux, le cheval décida qu’il en avait assez de courir et qu’aller brouter les quelques brins d’herbe sur le bas côté de la route était plus intéressant. La garçon le laissa faire, expirant avec soulagement. « C’est sûr que ça va vite, haleta sa sœur d’une voix rauque. Mais c’est pas très pratique.
– C’est probablement parce qu’on a pas l’habitude de monter sur des bêtes nerveuses comme celle-là » supposa Kyr. En effet, jusqu’à ce jour leur seule expérience en équitation avait été de chevaucher le placide percheron de leur oncle. Ce qui n’avait rien à voir avec le destrier de guerre qu’ils montaient à présent.

« Peut-être, mais il faut qu’on continue quand même. » Cette fois, ce fut Kilynn qui talonna la monture, qui repartit de mauvaise grâce au petit trot. Elle maintient cette allure quelques minutes, le temps qu’ils arrivent à la hauteur où Rob était embusqué. Là, Kyr tira sur les rênes, tandis que le vieil ami de leurs parents sortait des buissons. « Vous êtes vraiment sérieux alors… » constata-t-il. Les jumeaux hochèrent la tête de concert.
« Merci pour tout Rob, lui dit le garçon.
– Penses-tu, il y a des chances que ce soit la dernière chose que je sois capable de faire pour vous.
– Pourquoi tu dis ça ? demanda Kilynn.
– Parce que ça m’étonnerait qu’on se revoit vous et moi, répondit Rob avec un maigre sourire. Vous me semblez partis pour de bon et vous ne pourrez plus revenir vu ce que vous venez de faire à Caer. »

Un martèlement de sabots au galop commença a se faire entendre de la direction dont venait les enfants. « Partez vite ! » Les exhorta Rob, avant de frapper la croupe du cheval pour les faire partir. Ce dernier partit au petit galop, tandis que le brigand retournait dans les buissons. « Ou c’est Caer, ou les cavaliers, pensait Kyr. Dans tous les cas, ce n’est pas bon pour nous… » Leur cheval étant handicapé par deux jeunes cavaliers se ballotant et inexpérimentés, le son de la course de leurs poursuivants se rapprochait inexorablement.

« Je les vois ! » s’écria soudainement Kilynn d’une voix rendue suraigüe par la panique. « C’est pas Caer ! » Elle donna un coup de talon dans les flancs de leur monture qui bondit en avant et accéléra de nouveau. Son frère se concentrait sur la tâche ardue de diriger le destrier tout en gardant les yeux ouverts malgré le vent froid qui les faisait larmoyer. Soudain, jetant un coup d’œil au sol, il remarqua fugitivement des traces de sabots énormes imprimées sur la terre de la route forestière. « Nous sommes dans la bonne direction ! lança-t-il à sa sœur. C’est déjà ça ! Regarde par terre, il ne peut y avoir qu’elle qui laisse des traces pareilles.
– Ils se rapprochent encore Kyr ! »

En effet, même si leur monture avait accéléré après le coup de talon de Kilynn, les cavaliers continuaient de gagner du terrain petit à petit. « Suffit qu’on la rattrape avant qu’ils n’arrivent sur nous, reprit le garçon. C’est toi-même qui l’a dit : si on la retrouve on aura plus rien à craindre !
– Drakëwynn ! Aide nous ! » hurla sa jumelle pour toute réponse.

Bien entendu, la Centaure n’apparut pas comme par magie suite à l’appel. Les deux enfants continuaient d’encourager et d’exhorter, tour à tour, leur cheval. Celui-ci réussit à maintenir une distance stable entre lui et leurs poursuivants pendant de longues minutes avant de perdre de nouveau un peu de terrain. A intervalles réguliers, Kilynn continuait d’appeler la Barde à la rescousse. Kyr doutait de l’utilité d’une telle manœuvre, mais si cela rassurait sa sœur d’agir ainsi, soit. « Plus vite ! » cria-t-il, pour sa part, au destrier écumant. Seulement, l’animal avait déjà bien voyagé avant d’arriver à l’embuscade de Caer et ses hommes. Avec, en plus, la course-poursuite, il commençait à ne plus être très vaillant et ralentissait de plus en plus. Heureusement, les autres chevaux n’étaient pas en meilleure forme que lui, bien que montés par des cavaliers bien plus expérimentés. Par conséquent, la distance entre eux ne s’amenuisait pas autant que le craignaient les enfants. Mais c’était encore bien trop rapide à leur goût. Ils tinrent encore quelques minutes à cette allure, avant que le destrier ne décide qu’il en avait assez de galoper, malgré les coups de talon dans les flancs, et qu’il ne passe de lui-même au trot.

« Il était une fois en Yamato » Chapitre 1 : Jynpo et les volatiles (3/7)

Ledit Jynpo était intérieurement inquiet. Jamais au cours de ses voyages en Sylvestrie il n’avait été confronté à un problème aussi épineux. « Que vais-je bien pouvoir faire ? » se demandait-il. A ce propos, il interrogea d’ailleurs ses conseillers : « A votre sens, quel serait donc le choix le plus judicieux ?
– Afin d’éviter tout heurt, je pense que nous devons le laisser venir et, à ce moment là, nous montrer plus intelligent que lui en réagissant de manière inattendue aux intrigues du Clan de la Grue, Jynpo-sama. » Hideaki sembla hésiter un bref instant, mais reprit : « Selon moi, nous ne devons pas leur montrer qu’ils nous ont surpris mais que si l’ambassadeur a réussi à traverser la frontière, c’était seulement votre bon vouloir.
– En effet, ajouta Chiba, si nous parvenons à préparer les appartements de l’ambassadeur Doji et de sa suite suffisamment vite, et selon ses goûts, cela pourrait lui laisser croire que nous attendions sa visite depuis plus longtemps qu’il ne le pense.
– Il serait également judicieux, continua Hideaki, que nous lui laissions croire que nous le faisons suivre depuis qu’il a traversé la frontière.
– Mais cela aurait été déplacé de ma part de le faire suivre, protesta Jynpo.
– Pas si vous lui dites que vous vous inquiétez de sa sécurité puisqu’il jugeait nécessaire de voyager invisible, répondit Chiba.
– En tous cas, c’est là, la solution que je préconiserai, Jynpo-sama, conclut Hideaki.
– Je pense aussi que c’est le choix le plus judicieux, cela ne fait aucun doute, s’empressa de répondre Jynpo. Bien que cela me gêne de devoir mentir à un ambassadeur et ce, dans ma propre maison, je ne peux me résoudre à laisser mon Clan souffrir d’un tel affront et devenir la risée de tout Yamato. »

« A peine avons nous donné la réponse qu’il attendait, il s’est empressé de conclure afin de passer à l’acte le plus vite possible. Je pense que nous avons réussi ce test en donnant la solution qu’il détenait déjà en entrant dans la salle. » songeait Kitsuki Hideaki. Puis il reprit tout haut : « Si cela vous sied, Jynpo-sama, je vais demander à mon neveu Haruko-san , qui s’y connaît bien dans ce genre d’affaires, de s’occuper au plus vite de l’intendance des préparatifs pour recevoir l’ambassadeur Doji du Clan de la Grue.
– Très bien. » approuva le Seigneur du Clan du Dragon en congédiant son conseiller. Puis il se tourna vers Chiba, un doute soudain s’étant emparé de son esprit : « Mais, si ils se sont téléportés, je ne pourrai pas leur dire que nous les suivons depuis la frontière… »

Mirumoto Chiba fut surpris par les paroles de Jynpo. Il connaissait certes le principe de la téléportation et savait que certains Shugenjas en étaient capables, néanmoins il avait toujours entendu dire qu’il s’agissait là d’une méthode bien hasardeuse à moins d’être très puissant. D’autant plus pour transporter autant de personne. Mais la remarque de son Seigneur lui semblait avisée, après tout Jynpo avait bien plus d’expérience que lui malgré son jeune âge. C’est pourquoi il suggéra : « Si vous me le permettez, mon Seigneur, je vais aller trouver votre conseiller Shugenja, Liang-san, pour savoir dans quelle mesure cela est possible.
– Fais donc, lui enjoignit Jynpo. Et reviens ensuite me dire ce qu’il en est. »

Le conseiller militaire se leva, s’inclina et partit. C’est à ce moment là qu’une évidence s’imposa à l’esprit du jeune chef du Clan du Dragon : il ne s’était pas assis à la place du chef de Clan. « J’espère qu’ils ne s’en sont pas rendus compte, songea-t-il. Sinon je vais encore passer pour un idiot. Que faire à présent ? M’asseoir à la place du chef et je passerai pour un idiot quand ils reviendront ou rester là et, si ils s’en étaient aperçus, continuer de passer pour un idiot ?… Je sais ! Je vais me lever et parcourir la pièce pour faire comme si je réfléchissais à cette grave situation, à laquelle je n’ai pas vraiment tout compris d’ailleurs. » Il se leva donc et, faisant les cent pas, continuait de réfléchir : « N’empêche elle est grande cette salle. Je peux en mettre des conseillers dedans ! Quand je pense qu’on était que trois… J’ai pas du avoir l’air très malin à leur dire de nous réunir ici, mon cabinet de travail était bien assez grand pour cela et surtout, nous n’aurions pas eu à nous déplacer. Après tout, c’est une Salle du Conseil, il faut bien qu’elle serve dans ce genre de situation. C’est presque une tradition. » D’un coup, il s’arrêta, net : « Par Tyr ! Je n’ai plus rien à me mettre ! Ma belle armure est encore toute sale et bosselée ! Quoique… c’est vrai qu’ici les gens auraient mal pris le fait de me voir en armure de guerre dans ma propre demeure, ce serait plus une coutume de Sylvanie. Je risque de passer pour un pleutre en armure de combat, devant un simple ambassadeur et sa suite. Et puis ses gardes ils me font même pas peur ! J’ai vaincu le Roi des Goules moi ! Et je n’ai presque plus peur des dragons… »

Sur ces entrefaites, Chiba revint, accompagné d’un homme fin, aux longs cheveux grisonnants et au menton orné d’une courte barbe taillée en pointe. A peine plus âgé que Kitsuki Hideaki, il avait beaucoup de prestance, sans pour autant égaler Jynpo, et la sagesse se lisait dans ses yeux. Tamori Liang et Mirumoto Chiba s’inclinèrent tout deux devant leur Seigneur et attendirent, comme toujours, que ce dernier prenne la parole. Jynpo, plongé dans ses pensées, mit quelques instants à s’apercevoir de leur présence. « Tiens Liang ! Chiba t’a-t-il mis au courant de la situation ?
– Oui, mon Seigneur, répondit Liang en faisant mine de ne pas se rendre compte de la manière rustre dont Jynpo s’adressait à lui. Selon moi il ne fait aucun doute que la brusque apparition du diplomate du Clan de la Grue et son escorte est liée à la magie. Cependant, les téléportations simples sont très hasardeuses si l’on a pas une parfaite connaissance du lieu où l’on se rend. De plus, pour transporter autant de personnes, il aurait fallu faire appel à certains des plus puissants Shugenjas de l’Empire, ce qui me paraît peu probable. Je ne pense pas qu’ils s’embarrasseraient de la sorte pour un ambassadeur, sans compter les risques pour ledit ambassadeur de se retrouver ailleurs qu’à l’endroit escompté.
– Même si c’était le cas, ajouta Chiba, ils ne pourront pas vous accuser de mentir lorsque vous le leur direz que nous les avons fait suivre, car alors ils avoueraient leur volonté de mettre leurs hôtes dans l’embarras et de ne pas respecter nos frontières, Jynpo-sama.
– Mais alors, comment sont-ils arrivés là ? demanda Jynpo. Car il ne me semble pas que les sorts d’invisibilité puisse les dissimuler tout au long d’un tel trajet, à moins d’être accompagnés d’un grand nombre de Shugenjas, ce qui n’est pas le cas.
– Je vois que Monseigneur s’y connaît bien en magie, apprécia Liang. C’est effectivement le cas. Je vais faire des recherches pour savoir par quel subterfuge magique ils auraient réussi à passer ainsi nos frontières. »

« Kyr et Kilynn » Chapitre 1 : Drakëwynn (5/8)

Ce n’était pas un véritable argument, ils le savaient tous les deux. Kyr savait aussi que la Centaure intimidait beaucoup sa sœur, mais que c’était justement l’une des principales raisons pour laquelle elle voulait la suivre : elle se sentirait en sécurité en restant auprès de quelqu’un d’intimidant. De plus, il devait bien l’avouer, il ne voyait pas de meilleure marche à suivre pour le moment. Il alla ouvrir la porte de la grange et la lumière du soleil, bien qu’automnal, les éblouit. « Il est tard, constata-t-il. Ca va être difficile de la rattraper, elle a du partir depuis longtemps.
– Oui, mais il fait beau, on ira vite.
– Le problème, c’est qu’elle aussi… Il nous faudrait un cheval.
– Un cheval ? s’étonna Kilynn. Où comptes-tu en trouver un ? D’autant qu’on a pas les moyens pour ça…
– Je ne sais pas encore, mais il faut se dépêcher, sinon on ne pourra jamais la rejoindre.
– Commençons à pieds, Kyr, on verra bien sur le chemin. »

Il poussa un grognement approbateur. Pressés, ils répartirent rapidement leurs nouvelles possessions entre leurs deux sacs. Cela faisait quelques temps qu’ils n’avaient pas possédé autant de choses. « N’oublie pas la couverture Kilynn, on en aura probablement besoin… Quelle idée de partir en voyage à la fin de l’automne…
– C’est suicidaire, convint sa sœur. Mais si on retrouve Drakëwynn, tout se passera bien. »

Kyr la fixa d’un air perplexe. Elle semblait animée d’une confiance inébranlable en cette terrifiante ménestrelle qui, selon lui, tenait plus du monstre que du Centaure. « Allons-y. » Fins prêts, ils sortirent tous deux dans la cour de la ferme, dont le corps d’habitation était encore fumant de l’incendie de la veille. Suivant les traces très reconnaissables des gros sabots de Drakëwynn, ils parvinrent de nouveau dans les bois, qui étaient aussi silencieux que s’il venait de neiger. Les jumeaux jetaient des coups d’œil nerveux autour d’eux.

« Mais qu’est ce que vous faites là tous les deux ? » s’enquit soudainement une voix étonnée qui semblait provenir de nulle part. Il s’agissait de Rob, qui était de guet dans les buissons. Il en sortit et rejoignit Kyr et Kilynn sur la route. Il arborait un grand sourire, paraissant soulagé de les trouver là. « On se demandait ce qui vous était arrivé, les jeunes ! Je suis bien content de vous avoir trouvés sains et saufs. Allez, venez, on va retourner voir le Grand Caer pour lui annoncer que vous allez bien.
– Non Rob, Kyr et moi n’irons pas voir Caer. On part.
– … Vous partez ?
– Oui, la Centaure d’hier, c’en était trop, intervint Kyr. On est juste des enfants de paysans nous, on est pas faits pour ça. On s’en va pour essayer de trouver un coin moins moisi pour vivre.
– Je… Je comprends, balbutia Rob abasourdi par cette annonce inattendue.
– On a pas pu dormir de la nuit, rajouta le garçon en grommelant. J’ai pas arrêté de faire des cauchemars à propos d’une Centaure démoniaque qui me poursuivait en rugissant pour me dévorer…
– C’est vrai que vous êtes encore jeunes vous deux pour jouer les bandits de grands chemins, compatit l’adulte. Mais je dois avouer qu’elle nous a causé à tous une sacrée frayeur ! Vous êtes vraiment sûrs de vouloir partir comme ça, que tous les deux et tout ? » Son regard exprimait clairement ce qu’il pensait de cette idée dangereuse, et ce n’était pas de l’optimisme. Les enfants hochèrent néanmoins la tête de concert. « Mais vous savez que Caer va vous considérer comme des traîtres et des déserteurs ?
– Oui. » répondit platement Kyr.

« C’est vrai que c’est du quitte ou double cette histoire, pensa-t-il. Si Drakëwynn veut bien de nous, on sera à l’abri de tout pendant un moment. Par contre, si elle refuse ou qu’on ne la retrouve pas, nous ne pourrons plus nous raccrocher à elle, ni à Caer. J’espère que l’intuition de Kilynn est la bonne… » Il lui jeta un coup d’œil. Jusqu’ici les intuitions de Kilynn avaient toujours été fiables, mais son frère préférait garder tout de même un certain recul.

Rob avait l’air gêné. « Je pourrais toujours essayer de leur faire penser que vous êtes morts, mais vous ne pourrez plus jamais revenir… En souvenir de vos parents, qui étaient de bons amis à moi, j’aimerais bien pouvoir vous aider en quoique ce soit, mais je ne sais vraiment pas comment.
– Tu… tu pourrais peut-être nous dire comment on pourrait trouver un cheval, suggéra Kilynn.
– Un cheval ? Vous avez l’intention de partir si loin que ça ?… Enfin… C’est marrant que tu me dises ça, Caer est justement sur un gros coup concernant des chevaux, là. Tout à l’heure, Mish qui surveillait avec moi, est parti le prévenir qu’une troupe d’une demi-douzaine de cavaliers se dirigeait vers lui, sur la route. Je pense que si vous vous dépêchez, vous pourrez profiter du boxon pour piquer un cheval. Par contre, ce sera risqué… »

« Il était une fois en Yamato » Chapitre 1 : Jynpo et les volatiles (2/7)

« J’ai trouvé ! s’exclama le chef du Clan du Dragon.
– Alors, que convient-il de faire face à l’intrusion non autorisée de l’ambassadeur Doji du Clan de la Grue, honorable Jynpo-sama ? » s’enquit Kistuki Hideaki.

Jynpo resta interdit quelques instants. Puis, comprenant que son idée pour résoudre le problème des poules n’avait rien à voir avec une intrusion non autorisée sur les terres de son Clan, il demanda, étonné : « Comment ça une intrusion non autorisée ?
– En effet mon Seigneur, cette intrusion n’a, en aucun cas, été autorisée durant votre exil forcé. » L’informa le conseiller Hideaki.
Le jeune seigneur comprit enfin de quoi il retournait, soit un grave affront de la part du Clan de la Grue, et posa précautionneusement son rapport sur les gallinacés. Il comptait fermement s’occuper de cela par la suite. « Il ne faut vraiment pas que j’oublie mon idée pour régler ce problème, pensait-il par devers lui. Pour une fois que j’y arrive tout seul, sans conseillers ni amis ! » Puis, il se leva, l’air grave et déclara : « Dans ce cas, nous ne pouvons pas rester sans réagir face à un tel affront venant de nos ennemis. Il faut une action forte ! C’est pourquoi je vous propose d’aller immédiatement débattre de la question dans la Salle du Conseil. »

Les deux conseillers s’inclinèrent, avant de suivre Jynpo qui se dirigeait déjà vers la salle, l’air plus concentré que jamais. Tout en parcourant les couloirs, Chiba admirait intérieurement son maître : « Malgré son jeune âge, les épreuves qu’il a affrontées ont fait de lui un vrai samouraï et un Seigneur des plus éclairé. Il a une telle aura de bravoure, les hommes le suivraient sans hésiter jusqu’aux tréfonds de l’Outreterre. De plus, à part le Shogun en personne, aucun guerrier ne peut rivaliser de force avec lui. Je suis certain qu’il est déjà en train de peaufiner les détails de sa stratégie en cas d’invasion du Clan de la Grue. » Hideaki, dans son esprit, appréciait la sagesse et l’intelligence dont faisait preuve Jynpo : « Quel grand homme ! Il dispose d’un esprit affûté et a probablement déjà pris en compte tous les tenants et les aboutissants des retombées politiques de chaque solution qui s’offre à lui. Je suis sûr qu’il a prévu que le trajet de son cabinet de travail à la Salle du Conseil lui laissera le temps de deviner les véritables intentions du Clan de la Grue. »

Pendant ce temps, Jynpo était, en effet, plongé dans ses pensées : « Il ne faut vraiment pas que j’oublie comment sauver les gallinacés de ce village, sinon ils vont encore se moquer de moi et me traiter de bébé-samouraï ! Non, mais en plus, je suis sûr de mon coup, j’ai eu une excellente idée. Ca marchera ! Avec celui-là, j’aurais fini de prendre connaissance de quatre rapports. Heureusement qu’il n’y avait pas de problème à régler pour les trois premiers… J’aurai bien travaillé aujourd’hui, je suis plutôt content, mais il faut encore que je m’occupe de cette nouvelle complication. Bon, comment je vais faire ? » C’est à ce moment précis qu’ils arrivèrent tous les trois devant la Salle du Conseil.

En entrant dans la pièce, Jynpo jeta un regard empli de nostalgie à cet endroit, qu’il n’avait pas vu depuis qu’il avait du quitter Yamato et son père, pour se rendre dans la lointaine, barbare et froide Sylvanie. Il contempla les moelleux coussins de soie marquant la place du chef de Clan, autrefois occupée par son père. Il alla s’asseoir à la place qui était déjà la sienne à l’époque, à la droite du chef de Clan. Une fois qu’il fut installé, il fit signe à ses conseillers de prendre place à leur tour. Voyant que Jynpo ne siégeait pas en tant que Seigneur, ils hésitèrent un bref instant, mais obéirent. Attendant que son maître prenne la parole, Hideaki songeait aux raisons qui l’avaient poussé à laisser de côté le siège de Seigneur où il aurait du prendre place : « Il n’a pas terminé le deuil de son père. Par respect il lui laisse encore la place. De plus, il ne veut certainement pas s’asseoir à l’endroit où le traître qui a tué son père s’est assis. Peut-être faudrait-il suggérer au futur Intendant de changer les coussins, cela l’aidera peut-être. »

« Alors, comment pensez-vous que le problème devrait être réglé ? » demanda Jynpo à ses conseillers en espérant qu’ils lui diraient comment réagir, car, pour sa part, n’ayant pas eu le temps d’y réfléchir, il n’en avait strictement aucune idée. « Il nous teste ! » pensèrent Chiba et Hideaki, persuadés que leur maître avait déjà la bonne réponse, mais qu’il voulait les mettre à l’épreuve pour se faire une idée par lui-même de la valeur de ses hommes, ainsi que l’aurait fait tout bon Seigneur nouvellement arrivé au pouvoir.

« A mon sens, il y a plusieurs solutions possibles, Maître, commença le conseiller diplomate. Premièrement, nous pouvons attendre l’arrivée de l’ambassadeur Doji au château. A partir de là, nous devrons l’accueillir selon les règles de l’hospitalité, pour ne pas entacher l’honneur du Clan du Dragon, mais il sera alors très difficile d’obtenir réparation de l’affront qui nous a été fait. La deuxième solution serait d’envoyer des hommes à sa rencontre, afin d’exiger des explications à cette intrusion et demander directement réparation. Si cela s’avère impossible, l’honneur nous obligera à en venir aux armes. Cela, en plus de risquer une confrontation directe envers le Clan de la Grue, montre aux autres Clans que notre frontière est aussi facile à traverser qu’une muraille de papier. Malgré notre réaction brutale, elle n’aurait été que trop tardive.
– Mais dites-moi, comment se fait-il que nous ayons été informés si tard de leur présence sur nos terres ? s’enquit Jynpo.
– Des Shugenjas sont probablement liés à cette affaire, Maître, répondit sombrement Chiba. Ils ont du les masquer magiquement pour qu’ils puissent arriver sans encombre en plein cœur de notre territoire.
– Il est à noter, intervint Hideaki, qu’il s’agit là probablement d’un test de la part du Clan de la Grue. N’oublions pas que derrière le raffinement dont ils font preuve, ils n’en restent pas moins des conspirateurs difficilement égalables. D’après moi, ils cherchent à savoir ce que valent vos décisions et connaître vos réactions pour savoir dans quel camp considérer notre Clan pour leurs futures machinations. Peut-être pensent-ils, naïvement, pouvoir manipuler l’actuel héritier du trône impérial, mon Seigneur.
– Nous pouvons également faire effectuer une marche forcée à nos armées en direction de notre frontière commune avec le Clan de la Grue, afin de les intimider Seigneur, suggéra Chiba.
– Ce serait une bonne solution, déclara Hideaki, si elle n’était pas aussi tardive. Sans compter que le Clan du Phénix, qui attend de voir si vous, Jynpo-sama, être aussi bon stratège que guerrier, peut profiter de cette occasion pour marquer des points décisifs dans la guerre qui nous oppose à eux. »

« Kyr et Kilynn » Chapitre 1 : Drakëwynn (4/8)

Le lendemain, les deux enfants se réveillèrent plus tard que ce dont ils avaient l’habitude. Lorsqu’ils ouvrirent les yeux, le feu était éteint et il n’y avait plus trace de la Centaure, ni de ses affaires, ni de son compagnon ailé. « Elle est partie ! s’étonna Kyr.
– Tu crois qu’elle a entendu ce qu’on disait hier soir ? s’inquiéta sa sœur.
– Pas possible, elle dormait. »

Kilynn n’en était pas si sûre, mais elle n’ajouta rien. « Et, reprit son frère, elle ne nous aurait pas laissé tout ça. » Le « ça » en question désignait le tas d’objets que Drakëwynn avait ramené de la maison brûlée et laissé sur place. A côté, sur la caisse retournée, il y avait un petit baluchon qui contenait les mêmes petites pommes qu’ils avaient mangées la veille, deux miches de pain presque fraiches et quelques lambeaux de viande séchée.

« Regarde ! » s’écria Kilynn en ouvrant une bourse, posée bien évidence à côté du baluchon. Sous les yeux ébahis des enfants, s’échappèrent du petit sac en cuir toute une grosse poignée de pièces de cuivre, agrémentée de six deniers d’argent et de deux couronnes d’or brillantes. Il s’agissait de la somme, en pièces sonnantes et trébuchantes, la plus importante qu’ils n’avaient jamais vu d’un seul coup. « Avec ça, on n’a plus besoin de rester faire les bandits avec Caer pour avoir de quoi manger cet hiver, murmura Kyr.
– Tu sais ce qu’on aurait du faire ? C’est rester avec elle, déplora doucement sa sœur.
– Avec ce monstre ?
– Le monstre a été plutôt gentil avec nous, hein.
– Bah, dit son frère. Elle a probablement autre chose à faire que de se coltiner deux petits brigands comme nous. Examinons d’un peu plus près ce qu’elle nous a laissé. »

Il n’y avait pas grand chose, d’autant que Drakëwynn n’avait rien récupéré d’ordre vestimentaire, probablement par crainte de la maladie. La seule chose de ce type là qu’elle leur avait laissé était la grande couverture douce et chaude dont elle les avait enveloppés la veille. Tout ça représentait déjà beaucoup à leurs yeux. En outre, elle avait récupéré quelques outils et ustensiles divers comme une pierre allume-feu, un marteau, de la corde, un grand couteau… Elle leur avait même dégotté deux sacs qu’ils pouvaient aisément porter, comme si elle avait pensé depuis le début leur laisser de quoi s’équiper. Mais ce qui intéressa le plus les enfants fut sans aucun doute un petit arc, accompagné de son carquois qui contenait quelques flèches.

« Si on ne rejoint pas Caer, qu’allons-nous faire ? » s’enquit Kilynn. Ils cogitèrent tous deux un moment, tout en grignotant le pain laissé par la Centaure, avant qu’elle ne reprenne la parole : « On ne peut pas rester là en plus, si la bande nous trouve, ils vont nous piquer ce que la ménestrelle nous a laissé et on en verra pas le douzième du bénéfice qu’ils en tireront.
– Tu n’as pas tort, acquiesça son frère. De toutes façons, nous devrions aller habiter ailleurs. Ca ne doit pas être aussi pourri partout qu’ici.
– Je suis d’accord, mais il va être difficile pour deux jeunes de douze ans comme nous de s’installer tous seuls quelque part avec leurs propres moyens sans que cela paraisse suspect. On va vite avoir des ennuis. »

Kyr soupira. Il connaissait ce ton. Kilynn avait quelque chose derrière la tête et elle n’en démordrait pas. Mais, ce qu’elle disait jusqu’ici lui semblait sensé, il lui demanda donc : « Qu’est ce que tu proposes ?
– Suivre Drakëwynn. Elle est suffisamment aisée pour nous avoir laissé tout ça. Si on reste avec elle, nos possessions lui importeront peu. En plus, elle est capable de faire fuir les bandits de grands chemin d’un simple chant ! Alors que nous, si on part tous les deux, on aura pas fait une dizaine de kilomètres avant d’être morts avec tous ces crève-la-faim du coin. Et, si on reste ici, tu sais bien que même si les gens de la bande de Caer font partie du même village que nous, les temps sont si durs qu’ils n’auront pas de pitié avec nous. Même si on la connaît que depuis hier, la personne en qui nous pouvons avoir le plus confiance, c’est elle, quelqu’un qui ne manque de rien et se fiche totalement de ce qu’on a. On devrait voyager avec elle. Du moins, jusqu’à ce qu’on trouve un endroit où vivre tranquilles. »

Kyr était époustouflé. Cela faisait bien longtemps que Kilynn ne lui avait pas tenu un tel discours. Au moins depuis que le dernier membre de leur famille était mort, emporté par la maladie. Mais quelque chose chiffonnait encore le garçon : « Ce que tu dis semble raisonnable, mais…
– Mais ?
– Mais, même si elle s’est occupée de nous, qu’elle nous a donné toutes ces choses, elle me fait peur. Tu as vu les drôles d’écailles qu’elle a sous les yeux et sur les bras ? Et puis ses dents et ses griffes… On dirait un démon !
– Elle a dit qu’elle nous mangerait pas. »

« Il était une fois en Yamato » Chapitre 1 : Jynpo et les volatiles (1/7)

Il était une fois Gaïa, la planète aux sept continents, parmi lesquels se trouve la froide Sylvestrie, ravagée par la guerre depuis le débarquement des hordes de diables et de démons. Au nord est du continent Sylvestre, après avoir traversé la mer Impériale, se trouve Yamato, berceau du bushido autant que du nindo. Au cœur de ce continent, dans une région bordée de hautes montagnes aux neiges éternelles, se trouvent les terres de l’énigmatique Clan du Dragon. En son centre se dresse fièrement sa capitale, surplombée par le château Togashi, demeure ancestrale entourée de ses ailes plus récentes construites au fil des ans, ainsi que de somptueux jardins colorés aux multiples senteurs. En remontant la grande rue, on arrive face à la porte principale de la muraille entourant le palais, gardée par deux fiers samouraïs. Après avoir franchi la porte et traversé les somptueux jardins, on arrive enfin à l’entrée du château, qui forme une avancée, elle aussi gardée par de valeureux samouraïs. A l’intérieur de l’édifice, après avoir traversé de nombreux couloirs emplis de serviteurs affairés à diverses tâches, on finit par arriver devant une porte coulissante, ouvrant sur le cabinet de travail de la deuxième personne la plus puissante de Yamato.

Jynpo, le coude sur la table, se tenant la tête de ses doigts repliés, contemplait successivement d’un air désespéré, les rapports qu’il tenait de son autre main et ceux qu’il lui restait à traiter. Cette pile qu’il s’échinait à faire rétrécir depuis bientôt trois heures mais qui lui paraissait toujours aussi haute. « J’en ai marre ! » lâcha-t-il soudainement, avant de vérifier précipitamment que personne ne l’avait entendu. Après tout, la deuxième personne la plus puissante de Yamato, héritier direct du trône impérial et chef du Clan du Dragon ne pouvait se permettre de rechigner à faire son devoir. Devoir qu’il avait d’ailleurs délaissé depuis trop longtemps. Bien que son excuse, tout à fait valable, était de protéger le monde. Et, même s’il n’était de retour dans son clan que depuis quelques jours à peine, ses compagnons d’armes, avec lesquels il avait mené sa tâche à bien, lui manquaient déjà. Pourtant, ils n’étaient pas des samouraïs ni ne suivaient le bushido. Néanmoins il avait appris à les apprécier et, il devait bien le reconnaître, il leur devait la vie. Il les avait rencontrés lorsque son oncle, Shiro, l’avait envoyé en soi-disant voyage initiatique, dans le lointain continent de Sylvanie. Au cours de ses pérégrinations, il avait appris que son oncle cherchait en réalité à se débarrasser de lui, après avoir assassiné son frère, le père de Jynpo, afin de prendre la tête du Clan du Dragon. A plus long terme, Shiro envisageait de tuer l’Empereur car, son neveu loin de Yamato, il devenait l’héritier direct du trône impérial. Maintenant que Jynpo avait tué son oncle, il se devait de reprendre son clan en main.

Il reprit la lecture du rapport sur le taux de mortalité grandissant des poules, probablement du à un parasite, dans un petit village à quelques kilomètres à l’est de la petite ville d’Okinawa, dans une région secondaire du Clan du Dragon, peu productive en gallinacés. « Il faut absolument que je trouve un nouvel intendant. » soupira-t-il tout haut. C’est ce moment que choisit un soldat de sa garde personnelle pour arriver en trombe, s’agenouiller devant lui et attendre l’autorisation de parler. Jynpo, trop heureux de pouvoir reporter à plus tard le problème des poulets, lui fit signe de prendre la parole. « Une escorte armée battant étendard de l’ambassadeur de la famille Doji du Clan de la Grue, a été aperçue à une journée de marche de notre capitale, Jynpo-sama. » Ayant délivré son message, le soldat toujours haletant, baissa de nouveau la tête, attendant une réponse de son seigneur.

« L’ambassadeur du Clan de la Grue ? s’étonna le chef du Clan du Dragon. Préparez-vous à le recevoir comme il convient. » ordonna-t-il sur le ton de la conversation. Puis, déjà revenu aux problèmes gallinacés, il congédia le soldat. Ce dernier, un peu perplexe quant à la réponse de Jynpo et n’étant pas certain de comprendre quelle était la manière convenable de répondre à une telle intrusion sans préavis, obéit tout de même et s’en fut remettre le message à son supérieur.

Quelques minutes plus tard, Mirumoto Chiba et Kitsuki Hideaki, les deux principaux conseillers de Jynpo, firent leur entrée dans le cabinet de travail de ce dernier. Chiba était le premier conseiller militaire et chef de la garde personnelle de la noble maison du Clan du Dragon. L’allure martiale et vêtu comme pour aller au combat, bien que tenant son casque à la main, il semblait perpétuellement imperturbable. Il faisait partie de la grande famille Mirumoto dont Jynpo était également issu. Les Mirumoto, qui avaient donc pour chef de famille l’actuel dirigeant du Clan du Dragon, étaient le noyau dur des armées du Clan. Grands Samouraïs, ils avaient élaboré une technique de combat particulière. En effet, ils s’étaient spécialisés dans le combat à deux armes impliquant un katana et un wakisashi. Hideaki, quant à lui, était un homme plutôt sec au regard calculateur. Contrairement à Chiba qui était dans la force de l’âge et à Jynpo, qui était dans la fleur du sien, lui était un homme d’âge mûr. Il faisait partie de la famille Kitsuki, à l’origine de nombreux magistrats de renoms. Principal diplomate du Clan, il conseillait Jynpo en matière de relations extérieures.