Morceaux choisis du journal de Yoda après la grande purge Jedi

– Jour de la retraite 1 :

De retour sur Dagobah.
Finalement !
Ca fait du bien de se retrouver tout seul, pépère. Je pense que je vais passer une retraite sympa ici : il n’y aura personne pour me casser les noix, puisque personne ne connaît cet endroit, et je pourrai profiter des bains relaxants dans les marais bulleux.
ET JE PEUX ENFIN PARLER NORMALEMENT ! Ma technique de passer pour un teubé pour être tranquille a très mal marché durant ces dernières centaines d’années tout compte fait.

 

– Jour de la retraite 2 :

Je fais connaissance avec mon marais. Avoir la maîtrise de la Force dans cet environnement inhospitalier est un atout indéniable.
Surtout pour capter le net intergalactique.
Gratuitement.
Pourquoi s’en priver, avec une Dagobah imprégnée par la Force qui sert d’antenne ?

 

– Jour de la retraite quelconque quelques années après :

Ah, un mec qui a un accident. Ca fait longtemps que je n’ai pas parlé à quelqu’un.
Ca ne me manquait pas.
Je vais aller m’en débarrasser.

 

– Jour de la retraite avec Luke 1 :

La technique de passer pour un teubé pour se débarrasser des emmerdeurs NE fonctionne TOUJOURS PAS.
Je ne sais pas pourquoi je m’acharne.
Maintenant je suis obligé d’aider un abruti qui a crashé son vaisseau sur MA planète. Dans MON marais. Il a foutu un beau bordel ! Ca va me prendre des mois à tout remettre en place une fois qu’il sera parti…

 

– Jour de la retraite avec Luke 3 :

Hum.
Il n’a pas l’air de vouloir partir. Il veut que je lui apprenne des trucs, là, comme tous les autres crétins qui sont morts.
Je veux dire, si c’était infaillible, ils ne seraient pas tous morts, hein !
Bande de débiles.
Je vais lui apprendre vite fait 2-3 machins de base et l’envoyer balader.

 

– Jour de la retraite avec Luke 8 :

BON. Ca va être plus compliqué que prévu. Il est vraiment gratiné celui-là !
Oh, il est gentil, c’est sûr.
Mais son air de lama ahuri me tape sur les nerfs. Je pourrais facilement virer Dark Side sur un moment d’inattention…
Le pire, c’est que j’ai repris mon vieux tic du verbe à la fin à l’oral.
Ca m’éneeerve !

 

– Jour de la retraite avec Luke 9 :

Pour me passer les nerfs, j’ai décidé de me servir de lui comme monture et de le faire courir d’un bout à l’autre des marais, ça me détend.
Et je me fais mousser en lui montrant quelques tours de Force. Je ne suis pas trop rouillé malgré mes 900 ans héhéhé !

 

– Jour de la retraite avec Luke 11 :

Entre deux leçons, j’essaie de lui apprendre des acrobaties pour le revendre à un cirque ambulant si il s’éternise.
Juste au cas où.

 

– Jour de la retraite avec Luke 15 :

Puisqu’il est là, j’en ai profité pour lui faire goûter ces champignons bizarres qui poussent dans la caverne. J’avais jamais osé, moi. Ils sont peut-être mangeables, on ne sait jamais.

Je crois que je n’y goûterai pas finalement.

 

– Jour de la retraite avec Luke 16 :

Ah. Il a survécu.
Et il a gardé sa tête de lama ahuri.

 

– Jour de la retraite avec Luke 19 :

JE VEUX QU’IL S’EN AILLE !
J’EN PEUX PLUS DE SON AIR D’ABRUTI !
Et j’en ai marre de devoir toujours mettre le verbe à la fin. C’est quoi ce tic de merde à la fin ?

 

– Jour de la retraite sans Luke 1 :

Je croyais que je pourrais faire avec, le temps qu’il puisse s’en aller de lui-même, mais non. J’avais l’impression de vivre avec un lama neurasthénique. Je lui ai envoyé un faux rêve prémonitoire grâce à la Force, cette nuit.
Et j’ai fait très attention de ne pas sauter de joie lorsqu’il m’a annoncé qu’il allait s’en aller tout à l’heure.
Enfin ! La tranquillité ! On ne m’y reprendra plus à aller voir les accidentés de la planète !

 

(Si vous voulez voir le journal de Luke pendant la même période, c’est par là => Extraits du journal de Luke pendant son voyage sur Dagobah )
(Si vous voulez voir le journal de R2D2 pendant la même période, c’est par là => Quelques entrées du journal de R2D2 lors de son baby-sitting de Luke sur Dagobah )

La traversée du désert

Billy avait du fuir la petite ville plus tôt que ce qu’il avait prévu. Il aurait été pompeux d’appeler Amboy Town une ville ; il s’agissait juste de quelques maisons en bois regroupées le long d’une grande rue. Il était grillé dans tous les patelins du coin et, si il ne voulait pas finir à croupir dans une prison, il n’avait plus d’autre choix que de traverser le désert. Billy aurait voulu prendre plus d’eau et de vivres pour son voyage dans les terres désolées. Mais il n’avait pas prévu que le marshall à ses trousses le retrouverait si tôt. Il pensait avoir mieux couvert ses traces et soupira à l’encontre des aléas de la vie.

Il espérait que l’eau ne lui ferait pas défaut. Ou pas trop. Juste qu’il puisse survivre à sa traversée. Il jeta un coup d’oeil à sa monture. Il doutait de pouvoir la garder jusqu’au bout : elle mourrait certainement avant la fin du voyage. Billy trouvait ça dommage, car c’était un bon cheval et que c’était un peu du gâchis de gaspiller ainsi un tel animal. Tant pis. Il en volerait un autre à la première occasion.

Bercé par le pas régulier de sa monture qui soulevait la poussière du désert, il ôta son chapeau pour se gratter la tête. Il ne savait pas où il avait ramassé ces poux qui le torturaient depuis plusieurs jours et, comme il n’aurait pas le temps de s’en débarrasser, ils lui tiendraient compagnie durant son voyage solitaire. Billy replaça rapidement son chapeau après cela. Le soleil tapait plutôt fort et, malgré la chaleur des bords qui ceignaient son front et le faisaient suer, il ne voulait pas risquer une insolation.

Pendant les deux premiers jours, le voyage se passa sans encombre, malgré les nuits sans feu. Billy ne voulait pas indiquer sa position au cas où le marshall ait décidé de le suivre jusque dans le désert. Ne voyant pas de signe de poursuite, il se détendit et se laissa aller au luxe du foyer nocturne. En revanche, les jours suivants se firent de plus en plus difficiles. Malgré qu’il prenne soin d’économiser son eau, il devait la rationner de plus en plus et la soif le tenaillait sans discontinuer.

Son cheval tomba raide mort, un soir, sans prévenir. Billy faillit se rompre le cou en chutant avec lui et se rattrapa en roulant sur le côté. Il pensait continuer la route, mais décida de rester là pour la nuit. Après avoir allumé un feu, il découpa quelques morceaux de sa monture qui l’avait vaillamment transporté jusque là. Il n’aimait pas faire cela, mais comme il n’avait plus de vivres, il n’avait pas vraiment le choix. A partir de là, son voyage se fit de plus en plus difficile. Sans cheval, il avançait beaucoup moins vite et se fatiguait bien plus. Il avait besoin de plus d’eau à cause de l’effort, mais il devait continuer d’en boire de moins en moins.

Alors qu’il marchait en titubant, la chaleur et l’inanition commencèrent à le faire délirer. Il avait terminé ses dernières gouttes la veille. A partir de là, Billy se fit avoir par des mirages à plusieurs reprises et s’épuisa à essayer de les rejoindre. Sa soif était dévorante et il n’avait qu’une envie : arriver au bout du désert. C’était ce qui le maintenait debout. Il avait très peur de s’endormir la nuit car il craignait de ne plus jamais se réveiller. Et pourtant, chaque soir il tombait d’épuisement et s’endormait comme une souche à l’endroit où il s’était effondré. Et, chaque matin, un soleil de plomb le réveillait.
Jusqu’au moment où il ne se releva plus.

 

« Et voilà, je l’attendais celle là, ronchonna tout bas Marguerite. Le marshall tombe sur le crâne et rien d’autre. Pourquoi est-ce que, dans les films, on voit toujours des crânes d’hommes dans le désert et jamais le reste ?
– Parce que ça fait partie des codes de l’esthétisme du désert nord américain, expliqua patiemment Blanchette à son amie. Au même titre que les cactus par exemple.
– De toutes façons, je n’aime pas les films dont les humains sont les principaux protagonistes, précisa Marguerite.
– C’est la mode, balaya Blanchette en chuchotant. Tu n’as qu’à imaginer que ce sont des bovins ! Maintenant tais-toi, tu vas déranger les autres spectateurs… » Marguerite remua la queue d’un air agacé et les deux vaches tournèrent de nouveau leur attention sur le film.

Dans le labyrinthe

Il semblait à Faustine qu’elle marchait depuis des heures. Son chargement pesait lourd sur ses jambes douloureuses et la lassitude l’envahissait peu à peu. Après avoir poussé un énième soupir à fendre l’âme, elle s’enquit auprès de sa soeur : « Phoebe, quand est ce qu’on sort de ce labyrinthe ? Je suis fatiguée…
– Bientôt, lui assura l’aînée.
– C’est déjà la troisième fois que tu dis bientôt, ronchonna Faustine. Je croyais qu’on était sensées prendre un raccourci !
– C’en est un ; la maison est à quelques minutes après le labyrinthe.
– Je pense qu’on aurait du le contourner, comme les autres fois. Si on avait fait ça, on serait déjà rentrées.
– Arrête d’exagérer. » Phoebe avait employé un ton excédé et sans appel. Après tout, si elles s’étaient aventurées à la recherche d’un raccourci, c’était parce que Faustine se plaignait de son chargement et de sa fatigue déjà auparavant. Tout en se disant que sa cadette était une pleureuse, elle replaça son fardeau qui avait glissé.

« Je n’exagère pas, protesta la plus jeune. En plus, les murs sont trop glissants pour qu’on puisse les escalader. » L’aînée devait admettre la justesse de ses propos. Sa soeur marquait là un point. Ne trouvant rien à répondre, elle continua de suivre le chemin à embranchements. Phoebe devait se rendre à l’évidence, elles étaient perdues. Mais elle devait continuer à avoir l’air décidé si elle ne voulait pas voir sa cadette paniquer. Elle se concentra sur un vieux truc qu’elle avait entendu un jour : si jamais l’on se trouve dans un labyrinthe, il suffit de suivre toujours le même mur pour en sortir. Continuant de marcher d’un pas assuré, Phoebe s’arrangea pour garder le mur sur sa droite. Cela la menait parfois dans des impasses, mais elle persistait dans son idée, malgré les moqueries de Faustine qui paraissait avoir abandonné tout espoir de sortir de là un jour. Cette dernière ne disait plus un mot et se contentait d’arborer une mine maussade.

Elles marchèrent encore quelques minutes en silence, l’une murée dans un silence boudeur et l’autre concentrée sur le trajet. Phoebe sentait qu’elles se rapprochaient de la sortie. Elle espérait la trouver bientôt car elle n’avait pas envie de se faire sermonner pour son retard en arrivant. Leur mère et le reste de la famille avaient besoin de la nourriture qu’elles transportaient. Leur tâche était primordiale ! Ces pensées renforcèrent sa détermination. Elle s’apprêtait à encourager sa soeur, lorsque le sol trembla sous leurs pieds. Faustine poussa un petit cri de surprise et lâcha son précieux chargement. Phoebe se retrouva plaquée contre un mur et attrapa sa cadette avant que celle-ci ne se retrouve propulsée au loin par la secousse. Elles n’avaient jamais expérimenté un tel tremblement de terre et elles se serraient désespérément l’une contre l’autre, apeurées. Une boule plus grande qu’elles les frôla, heurtant en zig-zag les murs dans sa course.

Elles n’eurent pas le temps de se sentir soulagées d’avoir évité de se retrouver écrasées par l’immense boule, qu’un bruit sourd et intense, roulant comme le tonnerre retentit. « Il y en a même là ! » Des mots se détachèrent au sein du grondement qui tonnait tout autour d’elles. Levant la tête, elles aperçurent deux étranges yeux géants qui les fixaient. Ils étaient lisses et plein d’eau ; les soeurs n’avaient jamais rien vu d’aussi laid et effrayant. « C’est fou de se retrouver infestés jusque dans les jouets après seulement deux semaines de vacances ! » Une deuxième voix roula tout autour des deux petites complètement paniquées. Faustine hurlait comme une sirène et Phoebe peinait à ne pas l’imiter. Le labyrinthe fut encore animé de secousses, puis, soudainement, tout se retrouva sans dessus dessous. Les deux soeurs perdirent pied et chutèrent.

Elles atterrirent dans l’herbe, dont les brins amortirent leur chute. L’une et l’autre avaient perdu leur précieux chargement dans la catastrophe, mais elles avaient survécu. Sonnées, elles tournèrent un moment sur elles-mêmes avant que Phoebe ne retrouve le chemin de la fourmilière. Toujours sous le choc, elles s’y précipitèrent. Elles se trouvèrent, par chance, parmi les rares rescapées du génocide qui avait actuellement lieu dans la maison, où la fourmilière s’était approvisionnée durant les deux dernières semaines. Maintenant qu’elles en étaient chassées, les fourmis allaient devoir trouver d’autres sources de nourriture pour maintenir la colonie.

A l’aube d’une nouvelle ère

Elle se réveilla en sursaut. Tout était noir autour de la jeune femme et il lui semblait se trouver dans un environnement très étroit. Elle tâtonna et son impression se confirma : du tissu molletonné l’entourait de partout et, derrière le textile, elle perçut une matière solide. Elle se racla la gorge et tenta d’appeler à l’aide. Sa gorge la brûlait, mais sa voix en sortit tout de même, à son grand soulagement. Sauf que le son était étouffé dans cette atmosphère capitonnée. Cela ressemblait à un cauchemar ; il ne lui fallut pas longtemps avant d’arriver à la conclusion qu’elle se trouvait dans un cercueil.

La panique la gagna instantanément. Qui avait donc bien pu l’enterrer vivante ? Des dizaines de questions se bousculaient dans sa tête. La principale, qui submergeait toutes les autres, étant : comment allait-elle sortir de là ? En criant, elle se mit à frapper contre la couvercle, arrachant le tissu au passage. La jeune femme savait qu’elle allait manquer d’air dans un futur proche et ses coups se firent frénétiques.

Un craquement retentit. De la terre se déversa sur elle. L’espoir qui naquit en elle à ce moment lui donna un regain d’énergie et, finissant d’arracher les lattes de son cercueil bon marché, elle creusa la terre. Sachant que l’amas de terre risquait de l’étouffer, elle avait l’intention de se frayer un chemin vers la surface d’une seule traite. Ses efforts se virent récompensés plus vite que ce qu’elle pensait ; elle ne devait pas avoir été enterrée très profondément. A son grand soulagement, elle s’extirpa bientôt entièrement du sol. La reconnaissance envers quiconque avait décidé de ne pas poser de dalle en pierre sur sa tombe lui effleura brièvement l’esprit.

La jeune femme jeta un coup d’oeil circulaire. Il faisait nuit, rendant le petit cimetière où elle se trouvait particulièrement lugubre. Elle épousseta machinalement la terre de ses vêtements. Ce faisant, elle remarqua qu’elle portait la plus jolie robe qu’elle possédait, robe qu’elle n’avait mise qu’une seule fois à l’occasion d’un mariage. Cette constatation lui arracha un sourire. Puis elle secoua la tête et, se dirigeant vers la sortie du cimetière, elle se demanda ce qui avait pu la conduire à se retrouver enterrée.

Elle était considérée comme malchanceuse en général, mais à ce point, cela dépassait l’entendement. Ses derniers souvenirs remontaient à son agression. La jeune femme avait l’impression que c’était la veille, mais comment le savoir ? Elle n’avait certainement pas été enterrée en un jour. Et puis elle se souvenait avoir été prise en charge par une ambulance à l’issue de l’agression. Les médecins avaient certainement du pouvoir faire quelque chose pour elle ; ses blessures n’étaient pas si graves que cela, si ? Elle avait entendu parler de ces gens dans le coma qui avaient été déclarés morts et avaient été enterrés par erreur et se demanda si cela avait été son cas. Peut-être que son agresseur l’avait bel et bien battue à mort.

A ce souvenir, la jeune femme frissonna. Et, lorsqu’elle se remémora sa terrible rencontre, ses jambes se dérobèrent et elle se retrouva, sanglotante, par terre sous un cyprès. Elle s’efforça de sécher ses larmes au plus vite. Il ne fallait pas rester là. La jeune femme se leva, tentant de renforcer sa détermination. Elle devait absolument retrouver sa famille. Ils étaient certainement tous effondrés à l’heure qu’il était.

En sortant du petit cimetière qui ne lui évoquait rien, elle pénétra dans un petit village, où elle ne se souvenait pas avoir déjà mis les pieds non plus. La jeune femme ne savait pas si sa mémoire était défaillante, ou si il s’agissait d’une lubie familiale de l’avoir enterrée ici. Laissant ses questionnements de côté, elle avisa la première maison qu’elle rencontra. Son éducation l’informa qu’elle allait déranger ses occupants au milieu de leur sommeil. Mais sa raison la rassura en lui faisant réaliser qu’elle était choquée, pleine de terre, morte de faim et qu’elle avait besoin d’assistance.

Comme personne ne répondit à son coup de sonnette, elle se laissa aller à appuyer frénétiquement sur le bouton et si elle dérangeait des voisins, tant mieux. Cela ne produisit aucun effet. « Ouvrez-moi ! S’il vous plait ! » Se mit-elle à hurler de sa voix cassée tout en continuant de torturer le bouton de la sonnette, avant de se mettre à frapper comme une forcenée.

La jeune femme se tut soudainement, surprise de voir la porte s’ouvrir sous l’action de son poing, en grinçant. Intriguée, elle entra. La maison avait l’air d’avoir subi une vraie tornade. La jeune femme se demanda si elle avait été cambriolée et si elle devait appeler la police. Une cuisine s’ouvrait directement à sa gauche. En pénétrant dans la pièce, elle se précipita sur le réfrigérateur pour manger quelque chose. Mais celui ci était vide, de même que les placards. Un papier arraché se trouvait aimanté sur la porte du frigo à l’aide d’un magnet représentant un lama dédaigneux.

Elle s’approcha pour déchiffrer le mot écrit à la va-vite. « Daniel, nous sommes partis nous réfugier à l’abri 07 avec les enfants. Si tu lis ce mot, rejoins-nous. A bientôt, j’espère. » La jeune femme n’avait jamais entendu parler de l’abri 07. Y avait-il eu une catastrophe durant son coma ? Elle se laissa tomber sur une chaise, épuisée, démoralisée et affamée. Elle souhaita brièvement ne s’être jamais réveillée. Assaillie par de noires pensées, elle se leva bientôt pour errer dans la maison abandonnée, telle une âme en peine.

Avisant la télévision du salon, elle l’alluma. Aucune image ne s’afficha, mais une voix prodiguait des conseils : « … Ne sortez de chez vous que de jour et seulement si nécessaire. Si vous décidez de vous rendre dans un abri, faites le voyage d’une traite et en journée. Ne vous approchez d’aucun individu que vous ne connaissez pas et… » La jeune femme éteignit le poste aussitôt, ne pouvant se résoudre à digérer plus d’informations effrayantes dans l’immédiat.

Puisque les consignes étaient de sortir seulement en journée, elle décida d’attendre le matin pour s’en aller. Pour plus de précautions, elle alla même fermer la porte d’entrée, inquiète des dangers qui pouvaient la menacer dehors, dans la nuit. Heureusement, elle n’eût pas à attendre très longtemps. L’aube pointa rapidement le bout de son nez. Ne pouvant plus attendre, elle sortit impatiemment de la maison, espérant trouver rapidement quelqu’un qui pourrait l’aider, avant qu’elle ne tombe d’inanition.

Sortant du village désert, elle emprunta la route qui passait à travers champ. Après avoir fait quelques dizaines de mètres, le soleil la baigna de ses rayons matinaux. Elle hurla de douleur. Les rayons la brûlaient et elle se sentit flamber. Sa dernière pensée fut pour l’homme qui l’avait violemment agressée dans une ruelle et à ses canines proéminentes qui l’avaient mordue dans le cou.

Les Plus Grandes Peurs

Faramund balaya d’un regard expert la table chargée de victuailles, toutes plus appétissantes les unes que les autres. Ses petits yeux s’illuminèrent de convoitise alors qu’il sélectionnait délicatement une cuisse de pintade rôtie à point. Il mordit dedans avec entrain. « Délicieux ! » Estima-t-il, en croquant ensuite dans une pomme juteuse qu’il tenait dans son autre main aux doigts tous aussi boudinés. « Oh non ! Lui lança Perrine sur un ton de reproche. Tu as encore touché à la nourriture des plats avec tes doigts ! » Un masque dégoûté tordit son visage, mais la remarque provoqua une hilarité irrépressible chez leur compagnon Morghan. Perrine tourna la tête dans sa direction, ses yeux lançant des éclairs.

« Arrête de te moquer, lui lança-t-elle tandis que l’interpellé frappait la lourde table en chêne du poing tellement il riait. L’hygiène c’est du sérieux ! On peut attraper des choses dangereuses en mangeant de la nourriture souillée, et personne ne sait si Faramund s’est lavé les mains avant de se mettre à table…
– Cesse donc de t’embêter avec des trucs pareils, s’esclaffa Morghan. Vis un peu, Perrine, au lieu de paniquer à chaque fois que tu penses que des microbes vont t’agresser. » Pour prouver ses dires, il s’employa à mettre ses doigts dans tous les plats à la portée de son amie phobique des germes. Elle poussa un petit cri horrifié.

« Qu’est ce que tu fais ? S’alarma Perrine dont la voix grimpa aussitôt dans les aigus.
– Calmez-vous un peu, intervint posément la quatrième. Je n’aime pas quand vous vous disputez.
– Ne t’en fait pas Guylaine, la rassura Morghan en se précipitant vers elle comme si il était monté sur ressorts pour la serrer dans ses bras. Ce n’est pas une vraie dispute, il n’y a aucun conflit ici. » Faramund avait continué de profiter goulûment des plats fumants qui l’entouraient, ignorant totalement ses compagnons. Perrine lui jeta un regard désespéré.

« Tu sais, lui dit-elle, la nourriture ne va pas s’envoler : prend le temps de mâcher au moins. Je ne voudrais pas que tu t’étouffes.
– Aucun risque, postillonna son ami glouton. Je préfère profiter de manger tant qu’il y a de la nourriture. Au cas où il n’y en ait plus. On ne sait jamais !
– Toi et ta peur de manquer… Soupira Perrine.
– Tu peux parler ! Lui lança moqueusement Morghan en bondissant. Tu as autant la trouille des germes que Faramund la peur de manquer. Une belle bande de bras cassés !
– Inutile de nous chamailler, intervint une nouvelle fois Guylaine de sa voix apaisante. Nous avons tous les quatre des peurs très profondes.
– C’est vrai, appuya Faramund en mordant dans une côtelette de sanglier. Tu es particulièrement fatigant avec ton entrain, Morghan. Ce n’est pas parce qu’il y a du silence que nous avons arrêté de respirer.
– Je n’y suis pour rien, je me sens obligé de remplir le silence de vie, ça m’angoisse sinon.
– C’est notre cas à tous, posa Guylaine. Nous avons tous nos angoisses et elles sont irrépressibles, alors cela ne sert à rien de nous disputer à ce propos. »

Une cloche au glas sinistre l’interrompit. « On nous appelle : il est l’heure, soupira-t-elle en se levant de table.
– Quelqu’un peut-il m’aider avec mon armure ? » S’enquit Faramund en bourrant ses poches de pain et de fruits. Ses trois compagnons l’aidèrent à enfiler les différentes pièces d’acier et à les boucler. Lorsqu’ils se retrouvèrent tous parés à sortir de la salle, Morghan lança joyeusement : « C’est parti ! Allons enfin répandre nos plus grandes peurs dans les cœurs des hommes ! »

Sortant de leur demeure, les quatre cavaliers attrapèrent leurs fières montures, les enfourchèrent et s’abattirent sur le monde.

La série des mots-clefs : Alors, il me sembla que l’air s’épaississait…

Bien évidemment, le temps que je prenne cette grande digitale en photo, en essayant de capturer toute l’essence de sa beauté mortelle, le reste du groupe avait disparu. J’ai donc tendu l’oreille pour déterminer la direction dans laquelle ils s’étaient dirigés. Rien ne troublait les pépiements des oiseaux ni le bruit du vent qui agitait paresseusement les branches des arbres. Un peu décontenancé, je suis allé dans la direction générale qu’il me semblait qu’ils avaient prise. Hésitant, j’ai ensuite marché quelques pas dans plusieurs directions, tout en sachant que chaque moment perdu les éloignait de moi. Soudain, la lumière se fit dans mon esprit. Fier de toutes les inventions pratiques que mes congénères avaient créées, je me suis triomphalement emparé de mon téléphone. Ma satisfaction fut de courte durée. Dans cet écrin de nature perdu, mon petit bijou de technologie ne captait aucun signal, que ce soit téléphonique ou Internet.

J’ai un moment caressé l’idée de rester sur place pour être plus facile à retrouver lorsqu’ils se rendraient compte de mon absence prolongée. Mais, après être resté assis sur une souche pendant quelques minutes, j’ai compris que je ne pourrai pas rester ainsi inactif. Je me suis levé et, après m’être dégourdi les jambes, je me suis aventuré à l’exploration. De toutes façons, cette forêt devait bien avoir une fin. Plus personne ne se perdait dans les bois de nos jours, n’est ce pas ? Cette assertion se trouva bientôt confirmée par le fait que je finis bientôt par rencontrer un chemin. Rassuré, je l’ai joyeusement emprunté afin de rejoindre au plus vite un brin de civilisation. A intervalles réguliers, je vérifiais si mon téléphone captait enfin un réseau. Malheureusement, dans cet environnement vallonné recouvert d’arbres, il ne captait toujours aucune antenne ni satellite.

Tout en marchant, je commençais à me demander combien de temps il allait encore me falloir pour arriver quelque part. Le chemin forestier, bien que baigné d’une jolie lumière verte et dorée qui passait à travers les feuilles, finissait par me lasser. Un cadre peut s’avérer à la fois joli et répétitif. Un petit étang vint rompre cette monotonie et, fatigué, je décidais de me reposer un instant à son bord. Alors, il me sembla que l’air s’épaississait, tandis que l’odeur de l’humus se faisait plus prenante. Que se passait-il ? Peut-être étais-je déshydraté. Je me suis donc fébrilement emparé de ma gourde pour en boire quelques gorgées. Ceci fait, je me suis rendu compte que de légères volutes de brume s’élevaient du sol.

Je ne me sentais pas mieux ; j’avais l’impression d’avoir la tête cotonneuse. Puis le martèlement commença. J’ai d’abord cru à une migraine tapageuse mais, le son devenant plus distinct, je reconnus le bruit de sabots au galop sur le chemin de terre. Je me suis levé et retourné, soulagé de pouvoir finalement demander de l’aide. Sauf que les cavaliers qui s’offrirent à ma vue paraissaient provenir d’un autre temps. Il s’agissait de tout un équipage de damoiselles et de damoiseaux tous de blanc vêtus, menés par une femme magnifique à l’air sévère. Bouche-bée, j’admirais cette apparition surnaturelle. La tête de la meneuse était ceinte d’une couronne de feuilles de chêne et un poulain immaculé suivait sa monture richement apprêtée. Ils m’ignorèrent totalement, passant à côté de moi comme si je n’étais pas là. Au moment où les chevaux pénétrèrent dans l’eau à grand renfort de gerbe étincelantes, je sombrai dans l’inconscience.

« On l’appelle la Mare-aux-Fées ou la Mare-au-Diable. » Disait quelqu’un tandis que mon cerveau tentait désespérément de reprendre le contrôle. « Et le Diable sait comment ce touriste a pu arriver jusque là. » En ouvrant péniblement mes paupières, j’ai pu constater que je me trouvais dans un véhicule de pompiers, solidement arrimé à une civière. Le guide qui avait emmené mon groupe dans la forêt se trouvait également là. C’était lui qui parlait. « J’ai suivi le chemin, suis-je parvenu à dire avec un tout petit filet de voix.
– Le chemin ? s’étonna l’homme. Mais aucun chemin ne mène à la Mare-aux-Fées ! »

Car, oui, quelqu’un est arrivé ici en tapant dans son moteur de recherche : « Alors il me sembla que l’air s’épassissait ». J’espère que maintenant il ne sera plus déçu !

La série des mots-clefs 1

Voici, comme prévu, une toute petite élucubration d’après une recherche qui a mené quelqu’un ici.

Ils se trouvaient à peine à deux mètres l’un de l’autre, immobiles. Les deux se fixaient en chiens de faïence. L’enjeu : le contenu d’un paquet de chips à la moutarde qui s’était déversé entre eux sur la nappe de pique-nique. Il s’agissait d’un moment fort, d’un schéma qui se répétait depuis des temps immémoriaux. L’homme contre l’animal. Le défi. Autour d’eux, plus rien ne comptait, ni le soleil éclatant de ce dimanche matin, ni la douce brise qui faisait onduler l’herbe du parc. C’était comme si le monde s’était arrêté de tourner. Lequel des deux sortira vainqueur de la confrontation ? L’homme civilisé ou l’écureuil au regard de tueur ?

Les mots-clefs étaient « écureuil regard tueur ». Je pense que le moteur de recherche avait mené la personne ici à cause de ceci. Il y a une jolie illustration d’écureuil avec une magnifique légende.

Terreur Nocturne

Il s’immobilisa, tous les sens en alerte dans l’obscurité environnante. Il avait marché sur une lame grinçante du parquet et il craignait d’avoir attiré l’attention de la Créature. Ses yeux fouillèrent la pénombre dans laquelle la maison était plongée, à la recherche d’un mouvement suspect. Son coeur battait la chamade ; il devait faire preuve d’une grande maîtrise de soi afin de ne pas céder à la panique et se mettre à courir en hurlant. S’étant assuré, autant que possible, que la Chose n’avait pas été alertée, il reprit sa lente progression en direction de la sortie de la maison.

Le coeur tambourinant à tout rompre sous l’angoisse, il s’employait à lever doucement un pied après l’autre et de les poser avec tout autant de précaution, pour ne pas faire gémir le plancher. A chaque instant, la frayeur menaçait de le submerger. Il ne voulait pas mourir ! Il savait qu’il allait devoir passer devant la cuisine et que c’était là où il supposait que la Créature se trouvait. Il n’osait même pas imaginer qu’elle aurait pu s’être déplacée ailleurs. Cette bête là était étonnamment silencieuse et paraissait douée pour tendre des embuscades fulgurantes.

Pris d’une impulsion soudaine, il se retourna brusquement et inspecta rapidement l’obscurité du regard à la recherche des yeux bleus électriques de la Chose. Rien. Il s’autorisa un soupir intérieur avant de reprendre sa progression vers la sortie, en repoussant courageusement les assauts de son angoisse. Silencieusement, un pied en chaussette après l’autre et il pourrait survivre.

Un bruit assourdissant provint de la cuisine. Il s’arrêta de nouveau, comme une bête traquée, le coeur battant encore plus vite dans sa poitrine. La Créature devait avoir fait tomber de la vaisselle. Il resta immobile, priant qu’elle ne sorte pas de la pièce. Il entendit des fouissements dans les tessons, accompagnés de grognements. Espérant que la Chose était occupée à dévorer le contenu de la vaisselle cassée et que le bruit couvrirait sa progression, il avança un peu plus vite, jusqu’à arriver à la porte de la cuisine. Une fois là, il s’adossa au mur, prit une silencieuse inspiration et risqua un coup d’oeil dans la pièce.

Ses yeux rencontrèrent alors les yeux bleus électriques de la Créature. Sa bouche s’ouvrit sur un cri, qu’il ne put jamais pousser, tandis qu’elle lui tranchait la gorge. Avant que son regard ne se voile définitivement, il aurait pu jurer qu’elle souriait.

La quête du sapin, ou l’échec du jet de volonté.

En général, je n’aime pas faire dans l’autobiographique. Mais de temps en temps, il faut bien se prêter à l’exercice. Voici donc une petite anecdote toute simple qui m’est arrivée il y a quelques temps, durant l’année à présent révolue de 2013. Cette année là, j’avais décidé de faire l’acquisition d’un véritable sapin synthétique pour les fêtes. En réalité, cela faisait plusieurs années que j’avais prévu un tel achat, mais mes habitudes de poisson rouge m’avaient systématiquement fait oublier. Cette fois-ci, empoignant fermement ma fuyante motivation à deux mains, je me suis rendue dans une enseigne très connue qui vend habituellement de vraies plantes vivantes, mais qui se diversifie dans le plastique en période de Noël. Et aussi en guirlandes qui froufroutent, mais là n’est pas la question.

Or donc je me suis retrouvée dans ce magasin, à l’atmosphère lourde et moite, aux odeurs riches typiques des endroits envahis de plantes et d’animaux, à fureter entre les différents modèles de ces merveilleux sapins qui ne perdent pas leurs épines. Certains déploreront que ces arbres ne dégagent pas de ces agréables fragrances typiques des conifères. Et ils auront raison. Mais moi, je ne voulais plus d’épines ni de transport de cadavre jusqu’à une benne. Sans compter que, de nos jours, les fabricants font de si jolis sapins synthétiques qu’il serait dommage de ne point décorer son salon avec. L’un d’entre ces faux arbres, notamment, m’avait tapé dans l’œil. Il était à l’image de je-ne-sais-plus-quel-sapin de Norvège et on aurait juré qu’il était vrai. Vraiment. Et magnifique en plus. Et très grand. Et, malheureusement, très cher. Beaucoup trop pour l’investissement que je comptais faire.

Après un soupir intérieur, écoutant ma Sagesse, je me suis donc tournée vers des arbres à la stature plus raisonnable. Mon choix se porta finalement sur un joli sapin dit Tuscan, fabriqué en Thaïlande et importé par une entreprise de la commune de St Vulbas dans l’Ain. Il était à la fois moins coûteux et disponible en plusieurs tailles. Cela avait surtout son importance car j’allais devoir ramener mon butin à pieds en le portant à la force de mes petits bras non musclés. Lequel prendre ? Celui qui mesure 1m25 ? Pfff, vous plaisantez ? Je veux un arbre, pas un géranium. Celui de 2m05 ? Cela me faisait envie, mais je ne me voyais pas transporter le carton sur plus de cent mètres. Il me restait donc à départager les deux choix intermédiaires : 1m55 et 1m85.

Là, ma Sagesse intérieure intervint de nouveau en m’interpellant : « Sophie ! » (car je me nomme ainsi) « Sophie, ne te montre point trop gourmande, prend donc le sapin le plus petit, il est raisonnablement haut, il est moins coûteux et tu pourras le porter plus aisément sur le long trajet du retour. » (Oui, ma Sagesse intérieure s’exprime parfois de manière un peu pompeuse) D’humeur raisonnable, j’ai décidé de suivre ce sage conseil que je m’étais donné à moi-même. Je me suis donc dirigée vers la pile des cartons contenant les arbres d’1m55. Malheureusement, cette pile était bien trop haute pour que je puisse attraper l’un des cartons avec mes petits bras, contrairement à la pile tentatrice des sapins d’1m85 qui se trouvait juste à la bonne hauteur.

Bâillonnant solidement ma Sagesse qui me conseillait d’aller voir un vendeur – parler à quelqu’un que je ne connais pas, et puis quoi encore – je l’enfermais soigneusement dans un réduit obscur d’un coin de mon esprit. Ceci fait, j’ai soupesé l’un de ces fameux cartons. En fait, ils étaient plus légers que ce à quoi je m’attendais. Oubliant immédiatement, et fort à propos, toutes les autres considérations, je me suis fièrement rendue à la caisse, portant mon trophée à deux mains garnies de mitaines bleues. Mon acquisition dûment payée, je pouvais dès lors la ramener jusque chez moi.

Je l’avais pressenti, mais à ce moment là débuta mon chemin de croix (moi, exagérer ? Je ne vois pas ce qui vous fait dire une chose pareille). Dans les faits, la durée du voyage doit être approximativement d’une quinzaine de minutes en marchant d’un bon pas. Mais, appesantie par huit kilos de sapin synthétique portés à bout de bras, faute d’une meilleure solution, le retour s’avéra pour le moins désagréable et plus long. Bien évidemment, le fait que j’ai trouvé ce trajet désagréable et interminable était purement subjectif. Néanmoins, cela ne m’a pas empêchée d’avoir bien chaud en arrivant. Mais il était enfin là, ce carton du mérite, à trôner au milieu du salon. Une fois mon souffle repris, j’ai longuement contemplé mon butin, emplie d’un doux sentiment de satisfaction.

Puis, je l’ai laissé là, en plein milieu où mon compagnon ne pourrait pas le manquer en rentrant. Ainsi il pourrait longuement se féliciter d’avoir une compagne aux choix si pertinents. Ensuite, je suis allée vaquer à mes occupations. De manière tout à fait fortuite, j’avais oublié de délivrer ma Sagesse, qui devait probablement être en train de se débattre dans ce cagibi obscur où je l’avais ligotée et enfermée. D’autres parties de moi-même beaucoup moins avouables en profitèrent pour se montrer.

« Et si tu ouvrais cette mystérieuse boîte ? m’enjoignirent-elles pleines d’entrain.
– Non, résistai je avec bravoure. Ce n’est pas le moment et, de toutes façons, ce carton n’a rien de mystérieux : il contient un sapin synthétique en morceaux.
– Mmmh, mais comment se présentent ces morceaux ? s’interrogèrent-elles en se faisant plus pressantes. Il nous tarde tellement de le savoir !
– Et bien, il va falloir attendre, assénai je fièrement.
– Mais l’attente nous fait souffrir, se plaignirent les parties moins avouables de moi-même.
– Peu m’importe, répondis-je imperturbablement.
– Allons, allons, tu ne vas pas nous dire que tu n’as pas envie de voir comment cela se présente… » Me susurrèrent-elles en se faisant câlines et enjôleuses.

Je voulais vraiment résister, mais n’ayant plus ma Sagesse pour m’assister, les graines de la tentation prirent rapidement racine dans le terreau fertile de ma curiosité. A la grande satisfaction des parties moins avouables de moi-même, j’ai finalement entrepris d’ouvrir ce carton du mérite que j’avais si courageusement transporté. J’ai alors eu la joie de constater que le sapin n’était pas composé de seulement quelques morceaux à assembler, mais bel et bien de toute une multitude. Le tourbillon de la tentation continua de m’emporter vers le fond : je me suis empressée de sortir les divers composants et de déterminer comment ils s’imbriquaient les uns les autres. Petit à petit, je montais mon beau sapin, Roi des forêts synthétiques. Mes parties moins avouables et moi-même trépignions de joie, comme des enfants le jour de Noël, jour qui se tiendrait un mois plus tard.

J’ai reculé, afin d’avoir une vue d’ensemble de mon oeuvre. Je me suis alors aperçue qu’il manquait un petit quelque chose. En effet, cet arbre était certes majestueux dans sa nudité sapinesque, mais il fallait encore l’habiller et le parer de fastes. Juste pour voir ce que cela donnerait, bien sûr. Je me suis donc précipitée, de mon agilité d’hippopotame neurasthénique, vers mon placard où je gardais les apprêts colorés et froufrouteux de Noël. Puis, avec moult tendresse, je me suis employée à orner mon synthétique sapin de brillance et de bonheur. Une fois encore, j’ai reculé afin d’admirer le résultat. Or, admirable, il l’était assurément. Très fière de moi, je n’ai pu m’empêcher d’immortaliser mon chef d’œuvre en prenant une photo, que j’ai ensuite fièrement affichée partout sur Internet.

C’est ainsi que, par manque de volonté, mon sapin de Noël se trouva prêt avant même le mois de Décembre.

Ceci était la version romancée. Mais en réalité, à la base j’avais fait une esquisse non terminée de cette histoire en petite BD que voici :

La quête du sapin

Les affres des révisions

A un ami qui avouait se prendre la tête sur ses révisions de sociologie en statut facebook, j’ai répondu ça :

Il était une fois, au sommet d’une tour d’ivoire, la plus haute, un homme qui se tenait, assis à une table, dans une petite pièce étriquée. Comme il se sentait seul et désemparé ! Régulièrement, il jetait un oeil désespéré au travers de la meurtrière qui lui servait de fenêtre. L’enfermement lui pesait moult et ô combien se sentait-il oppressé… Il avait comme mission de lire et mémoriser un grimoire gigantesque sur la couverture duquel était gravé dans le cuir : Sociologia. Un mot dangereux à prononcer dans son entier et que d’aucun des plus courageux en parlaient à voix basse sous le terme de Socio. De fait, l’ouvrage ne paraissait pas si volumineux au premier abord. Mais il avait été maudit des dizaines d’années auparavant par un sorcier mal intentionné qui détestait le pauvre malheureux cloîtré. La malédiction rendit le livre infini : à chaque fois que le prisonnier arrivait à la dernière page, il s’en trouvait toujours une à la suite et jamais cela ne se terminait. Il tint ainsi des mois et des mois, subissant son calvaire de manière héroïque. D’un héroïsme dont personne n’entendrait jamais parler et qu’aucun Barde ne mettrait jamais en chanson. Finalement, devenant fou, l’homme ne supporta brutalement plus sa condition. N’ayant pas d’autre possibilité d’en finir, il heurta violemment la table de sa tête. Cette dernière éclata comme un fruit mûr, éclaboussant les alentours de morceaux de cervelle baignant dans du sang encore chaud, et brisant le meuble dans un « Klong ! » assourdissant. Que personne n’entendit.