Blague anecdotesque ou Anecdote blaguesque

C’est l’histoire d’un père qui veut inscrire son fils au lycée. Sa femme lui a donné le papier pour l’inscription, pour qu’il puisse le remplir sur place avec les personnes qui s’occupent d’inscrire les enfants. Il arrive fièrement à l’établissement et se met dans la file qui est longue, looongue !

Quand il arrive auprès de la personne qui va inscrire sa progéniture, il lui explique qu’il vient pour son fils. Alors la dame jette un coup d’oeil au papier, puis au père, puis de nouveau au papier. Elle lui dit :

« Monsieur, vous êtes sûr que vous voulez inscrire votre enfant au lycée ? Parce que vous avez un papier d’inscription pour le collège, là.
– Ah, je ne sais pas du tout, répond le papa décontenancé.
– Ce n’est pas très compliqué, le rassure la dame des inscriptions. Votre enfant entre en quelle classe l’année qui arrive ?
– Je ne sais pas, répond l’homme.
– 6ème ? 5ème ? 4ème ? 3ème ? 2nde ? 1ère ? Terminale ? lui suggère la femme qui a l’habitude des parents perdus qui ne savent pas trop dans quelle classe vont leurs enfants.
– Je ne sais vraiment pas, répète le père. D’habitude c’est ma femme qui s’occupe de ça.
– Il vaudrait mieux savoir, lui explique la dame des inscriptions en jetant un bref coup d’oeil aux autres parents de la file qui s’impatientent du temps d’attente. Sinon je ne sais pas dans quelle classe il faut que j’inscrive votre enfant, ni même si il faut que ce soit moi qui l’inscrive. Parce que moi je m’occupe des inscriptions pour le lycée et les inscriptions pour le collège c’est à l’étage en dessous.
– Attendez, je vais appeler ma femme pour être sûr.
– Faites donc. »

Le père, soulagé d’avoir trouvé une solution pour répondre aux questions épineuses de la dame des inscriptions, prend son portable pour appeler sa femme à la rescousse. Une fois qu’il l’a en ligne, il la passe à la personne en charge des inscriptions pour le lycée. Cette dernière lui dit :

« Bonjour madame !
– Bonjour !
– Je m’occupe des inscriptions pour les entrées en lycée, se présente la dame.
– Oui, répond la mère.
– Excusez-moi de vous déranger, mais votre mari ne savait pas répondre à ma question, c’est pourquoi il vous a appelée.
– Oui, répète la maman.
– Je voulais savoir si votre fils entrait au collège ou au lycée l’année qui arrive ?
– Non. »

 

loutretelephone

 

Pour ceux qui se poseraient la question, c’est une adaptation de quelque chose qui m’est vraiment arrivé. Oui.

Ravisseuse de magie

Le printemps avait fait fleurir les prés. Le petit peuple des fays s’y ébattait joyeusement ; qui butinant le nectar floral, qui flirtant ensemble, qui voletant entre les brins d’herbe dans une course effrénée, qui essayant d’apprivoiser des insectes pour en faire des animaux de compagnie. Au milieu de toute cette agitation féérique et champêtre, un fé aux ailes de libellule translucides contait fleurette à une fée aux ailes de papillon rouges et noires. Pour mieux impressionner la belle, il était monté sur le dos d’une mésange bleue qui lui répondait au doigt et à l’oeil. Ravie de tant d’attention, la petite fée pouffait de rire, minaudant auprès de son soupirant.

Bientôt, d’autres membres bourdonnant du petit peuple fay entourèrent l’oiseau, curieux de voir un animal aussi gros apprivoisé par l’un de leur race. Cela arrivait occasionnellement, mais suffisamment rarement pour que tout le monde vienne jeter un coup d’oeil de plus près. Lorsqu’elle réalisa qu’elle était le centre de l’attention, la mésange gonfla son poitrail jaune vif de fierté. Le fé était tout aussi satisfait de son assemblée et en profita pour se donner en spectacle. Il montra à ses comparses les quelques tours que l’oiseau acceptait de réaliser pour lui. Sous les applaudissements et les cris de joie, la fée aux ailes de papillon rejoignit son galant sur le dos du passereau coloré. Ce dernier emmena ses deux petits cavaliers haut dans le ciel à tire d’aile.

Ils survolèrent des korrigans qui dansaient en rondes en chantant à tue-tête des paroles incompréhensibles au milieu des menhirs. Puis une chasse à courre du grand peuple des fays, les elfes. N’ayant pas à voler eux-mêmes, les deux tourtereaux ne se firent pas prier pour profiter du voyage. Lorsque la mésange se posa aux abords d’une rivière, traversée par un pont à trolls, ses petits cavaliers mirent pied à terre. A l’ombre d’un bolet au grand chapeau, ils devisèrent du dragon dont ils avaient aperçu l’antre au loin et des cris stridents d’une banshee qui avait annoncé en pleurant un malheur à venir sur un château. Ils passèrent ensuite la nuit dans un nid abandonné mais encore tapissé de duvet, se livrant à moult acrobaties amoureuses et hautement inconvenantes à raconter en bonne société. Le petit peuple fay n’avait que faire des convenances et les deux tourtereaux s’aimèrent ainsi de manière créative une bonne partie de la nuit durant.

Et ils continuèrent de vivre ainsi d’amour et d’eau fraîche, alors même que la jolie fée aux ailes de papillon rouges et noires s’arrondissait. Quelques jours plus tard, elle pondit une grappe d’oeufs à l’abri des fondations lézardées d’une maison d’humains, en ruines, au coeur d’une forêt. Ceci fait, elle s’envola, de nouveau légère vers d’autres cieux, oubliant aussitôt sa progéniture et le fé aux ailes de libellule qui s’était, lui aussi, lassé de sa compagne. Ces frivoles créatures passèrent plusieurs mois à butiner de droite à gauche avant de se retrouver au détour d’un tournesol. La mésange avait été remplacée par une tourterelle, mais les débuts de leur nouvelle amourette furent les mêmes.

Une fois dans les cieux, confortablement installés sur le dos moelleux de l’oiseau, le paysage ne se montra pas aussi idyllique que la fois précédente aux deux fays. Tout l’horizon était barré d’une ombre titanesque, qui avançait, recouvrant le monde d’une cape obscure vers laquelle se précipitaient des brumes multicolores. En réalité, les filaments lumineux ne se dirigeaient pas en direction du voile ténébreux, mais étaient absorbés par lui. Les petits tourtereaux chevauchant la tourterelle distinguèrent, au loin, un dragon fuyant à toute allure l’obscurité. Mais le voile l’enveloppa et lui arracha une intense lumière qui rougeoyait comme une braise. Le cri de douleur du dragon s’arrêta brusquement et son corps inerte chut, provoquant un tremblement qui ébranla les alentours.

Si, jusqu’ici, toutes les fays des alentours avaient contemplé le spectacle avec les yeux agrandis par l’horreur, la terreur prit le dessus et toutes s’envolèrent à tire d’aile pour s’éloigner le plus possible de l’ombre qui avançait dans leur direction, aspirant l’énergie magique du monde entier. Le fé éperonna sa tourterelle qui, obéissant à l’ordre, se mit également à fuir à toute vitesse. A leurs pieds, les korrigans se réfugiaient dans leurs salles secrètes sous leurs menhirs et dolmens. Les elfes régaliens avaient abandonné toute dignité et fuyaient à en perdre haleine, rejoignant leurs royaumes de l’autre côté des arbres et des lacs. Les banshees se fondirent dans les pierres des demeures qu’elles hantaient et les trolls se tassèrent sous leurs ponts. Toutes les créatures magiques s’employèrent à fuir et à se cacher de l’ombre implacable.

Sa petite compagne agrippée à lui, il se retourna pour surveiller l’avancée des ténèbres, fasciné. Il remarqua que le voile d’obscurité ne s’étirait pas, mais avait une taille finie. De l’autre côté du voile, le ciel était de nouveau bleu. Cela lui donna une idée ; il allait faire comme les elfes et les autres. Attrapant la fée aux ailes de papillon, il se jeta de sa monture. Ignorant ses cris, il fondit en piquée en direction de l’arbre le plus proche. Un chêne centenaire. Plongeant sous les racines de se dernier, il se plaqua avec sa compagne tout au fond. Il expliqua à la fée tremblante de terreur qu’ils attendraient là, en sécurité, le passage des ténèbres et qu’ils sortiraient une fois que le danger serait passé.

L’ombre qui aspirait la magie de toutes les choses sous forme de brumes colorées passa l’arbre où les fays s’étaient réfugiées. Elle enferma les elfes et les korrigans dans leurs royaumes, scellant les entrées en aspirant leur magie et tua les autres, aspirant la magie de leurs corps. Elle fit de même avec les banshees. Seules celles qui s’étaient réfugiées au plus profond des fondations survécurent, mais ne pouvaient plus sortir des pierres. Les trolls se pétrifièrent sous les ponts. Les dragons qui n’avaient pas succombés s’enterrèrent au plus profond des montagnes et entrèrent dans un sommeil profond qui pouvait durer des milliers d’années pour ceux qui seraient assez puissants pour survivre aussi longtemps. Ils avaient besoin de magie pour vivre et il n’en restait qu’une infime quantité à la surface.

La plupart des créatures magiques avaient été balayées par le voile ténébreux qui, après avoir absorbé l’énergie du monde, disparut comme il était venu. Restaient les animaux communs et les humains. Des créatures magiques ne subsistèrent plus que les contes que les hommes et les femmes se transmettaient entre eux et à leurs enfants. Ces contes entrèrent dans le folklore en quelques générations seulement. Bientôt plus personne ne se souvint que ces histoires étaient vraies ou, du moins, avaient un fond de vérité. Pour cette terre, un cycle sans magie commença. Un cycle où les humains purent s’épanouir, bridés par aucune force pour les contrer. Le monde mettrait un temps considérable pour reconstituer ses réserves magiques.

Une tourterelle se posa sur un chêne centenaire. Elle roucoula doucement. Au milieu des racines de l’arbre, deux petites pensées fleurissaient. L’une blanche et grise, presque translucide et l’autre d’un rouge et noir profond. Les plus crédules prêtaient aux pensées des propriétés magiques, mais quiconque possédait un peu de bon sens savait bien qu’il ne s’agissait que de superstition.

 

fee

 

(Il y a quelques temps, quelqu’un est tombé sur ce blog en cherchant « ravisseuse de magie ». C’est pourquoi j’ai décidé de faire une mini-nouvelle à ce propos. Comme ça, cette personne ne sera plus déçue en venant ici ! Pour le moment, ce thème tourne un peu dans ma tête pour une éventuelle idée de NaNoWriMo. Mais d’ici le début de novembre, j’ai le temps d’oublier et de passer à autre chose !)

Quelques entrées du journal de R2D2 lors de son baby-sitting de Luke sur Dagobah

Jour 14 896 :

Ouf ! J’ai enfin réussi à faire en sorte que cette triple buse de dernier utilisateur de la Force s’émancipe un peu ! J’aurais bien voulu que sa soeur vienne aussi, mais elle est encore moins réceptive que lui.
Et ça me fait des vacances de C3PO. En plus d’être un péteux, il ne prend jamais la peine de traduire mes réparties cinglantes. Ca me vexe.

 

Jour 14 897 :

C’est impressionnant de voir comme ce gamin est persuadé d’avoir pris la décision tout seul, alors qu’il est en train de suivre ce que je lui dis de faire.
L’avenir des Jedi est mal barré avec lui.
En même temps, ce n’était pas mieux avec son père. Puisqu’il les a exterminés.

 

Jour 14 898 :

Il est pénible ; il n’arrête pas de parler de Leïa.
MAIS C’EST TA SOEUR CRETIN !
Qu’il arrête d’imaginer tout haut des trucs salaces… Ca va me causer des fuites d’huile à force… Beuh…
J’ai essayé de changer de sujet, puisque son X-Wing lui traduit mes propos (quand je veux), mais il a la capacité d’attention d’un papillon.

 

Jour 14 899 :

J’ai trouvé un moyen imparable pour le faire taire : je me suis mis à réciter ma notice d’utilisation. En boucle. Très fort.

 

Jour 14 900 :

Vivement qu’on arrive en vue de Dagobah et que je le refile à Yoda. Ca me saoule autant que lui la récitation de notice !
Par contre, j’espère que Yoda se montrera meilleur avec lui qu’Obi Wan avec Anakin. Sinon on est mal barrés.

 

Jour 0 :

Quand je pense qu’il est sensé être l’un des meilleurs pilotes de la galaxie… Ca fait peur. Le X-Wing a été englouti dans le marais. Je ne sais pas comment on pourra repartir d’ici…
Je ne me suis pas privé de l’insulter. De toutes façons, il ne comprend rien à ce que je dis.

Ah mince, avec l’accident, mon horloge s’est remise à zéro.

 

Jour 14 903 :

Ca y est, je me suis remis à l’heure.

Aaah ! Enfin ! Luke et Yoda se sont rencontrés.
Au début j’ai cru que Yoda était sénile. J’ai eu peur que Luke ne puisse pas avoir sa formation ! Je pense qu’en fait, il voulait juste se débarrasser du p’tit blanc bec.
Mais ça, c’est hors de question !
Déjà parce que je me suis fait chier à l’emmener jusque là.
Et parce que le X-Wing est en rade.
Donc c’est mort.
Haha.

 

Jour 14 904 :

Ils ont l’air de bien s’amuser à se courir après.
Y a personne pour s’occuper du droïde, bien sûr. Pfeuh !

 

Jour 14 905 :

Bon, pendant qu’ils s’amusent tous les deux, je pense que je vais commencer à réparer le X-Wing, maintenant qu’il est sorti de l’eau. J’ai pas envie de rouiller ici moi.

 

Jour 14 914 :

Ca n’a pas l’air de beaucoup avancer cette histoire de formation Jedi. C’est embêtant, je ne peux pas perdre trop de temps ici, sinon tous mes plans contre l’Empire vont tomber à l’eau.
C’est fâcheux.

 

Jour 14 916 :

Je pensais que j’allais devoir saboter les efforts de Luke pour que Yoda le laisse partir. Mais il s’en sort très bien tout seul !
Je pense qu’il a tout ce qu’il faut pour lutter contre son père. Normalement, rien que son côté lama dépressif devrait réussir à percer son armure de Côté Obscur. De toutes façons, Anakin n’utilise le Côté Obscur que pour paraître cool.

 

Jour 14 917 :

YODA M’A CASSE MON PION !

 

Jour 14 918 :

Ah non, c’est bon, il s’est réveillé.
Il ne faut pas me faire des frayeurs comme ça ! Au cas où Luke se casse, j’ai toujours Leïa, mais j’aimerais arrêter de perdre du temps dans mon plan pour détruire l’Empire. Merci.

 

Jour 14 921 :

Tiens, je pense que Yoda approche du point de rupture. Aujourd’hui il m’a donné un coup de main pour réparer le X-Wing.
D’un côté ça me réjouit pour mes plans, tout ça.
D’un autre, ça signifie que je vais retrouver C3PO.
Avec un peu de chance, il sera tombé par inadvertance dans un broyeur.

 

Jour 14 922 :

Et c’est repartiii !
Palpatine, tiens toi prêt : tu as le droïde le plus intelligent et acharné aux fesses !
Tu as juste le droit de détruire C3PO avant que j’arrive.

J’espère que quelqu’un a pensé à dire à Luke que Leïa était sa soeur…

 

 

(Si vous voulez voir le journal de Luke pendant la même période, c’est par là => Extraits du journal de Luke pendant son voyage sur Dagobah )
(Si vous voulez voir le journal de Yoda pendant la même période, c’est par là => Morceaux choisis du journal de Yoda après la grande purge Jedi )

Extraits du journal de Luke pendant son voyage sur Dagobah

– Jour 1 après avoir quitté les copains :

WIIIIIIIIII ! Enfin tranquille !
J’en avais un peu marre de Han. Il se la ramène tout le temps et il me prend pour un bébé, c’est super vexant. “Je t’ai aidé à fuir l’Empire” par-ci “Je t’ai sauvé du froid en te calant dans le cadavre d’un tauntaun” par là… Parlons-en du tauntaun, hein ! Je pue encore le cadavre.
C’est pas bon pour mes affaires avec Leïa, ça.
J’espère au moins qu’elle a vu mon départ comme celui d’un héros ténébreux !

 

– Jour 2 après avoir quitté les copains :

Je me demande si j’ai bien fait de laisser Leïa avec ce crétin…

 

– Jour 3 après avoir quitté les copains :

R2D2 me conseille une planète inhabitée pour que je puisse passer des vacances en paix. J’en profiterai pour construire une cabane pour Leïa, ça devrait l’impressionner.
Il est tellement prévenant ce droïde !
J’ai quand même bien vérifié qu’il parlait d’une planète déserte sans désert. De sable. J’en peux plus du sable.

 

– Jour 4 après avoir quitté les copains :

R2 a l’air particulièrement content, il chantonne en bips.

 

– Jour 5 après avoir quitté les copains :

Les bips commencent à me taper sur les nerfs. Un peu comme Han.

 

– Jour 1 sur la planète :

Bon.
On dirait que j’ai eu un accident.
Mais rien de grave, hein… Le X-Wing s’est juste fait absorber dans le marais et je n’ai aucun moyen d’appeler à l’aide.

Les bips ont l’air de se faire moqueurs.

 

– Jour 2 sur la planète :

R2 m’a menti ! La planète n’est pas si déserte que ça : il y a un p’tit vieux tout vert et tout sénile qui vient m’embêter !
Je suis très déçu.
En plus je ne comprends rien à ce qu’il dit ce p’tit vieux.
Et R2 non plus ; il se contente de me biper d’un air satisfait. Saleté de droïde !

 

– Jour 3 sur la planète :

Le p’tit vieux m’a piqué le sabre de papa !
C’est insupportable les p’tits vieux.

 

– Jour 4 sur la planète :

En fait, le p’tit vieux, c’est pas un p’tit vieux. Enfin, si c’est un vieux croûton moisi, mais du genre badass !
Il peut soulever mon X-Wing juste en fermant les yeux et en tendant la main.
Il m’a dit qu’il maîtrisait la Force. Comme le vieux Ben ! C’est un truc de vieux, la Force, on dirait. Mais je lui ai quand même demandé de m’apprendre, pour impressionner Leïa.
Je croyais que la Force, c’était mort pour moi en même temps que le vieux Ben. Quelle aubaine !

 

– Jour 9 sur la planète :

Le p’tit vieux vert m’apprend plein de trucs ! Par exemple, j’ai découvert que, pour maîtriser la Force, il fallait faire toutes les corvées d’un p’tit vieux.
Quelle aubaine d’être tombé sur un p’tit vieux au milieu de nulle part !

 

– Jour 10 sur la planète :

Pfiou ! C’est dur la Force ! Il me fait courir de partout le p’tit vieux tout vert…

 

– Jour 12 sur la planète :

Je sens que je deviens vachement fort. Et plus, maintenant je connais plein de super tours ! Je peux tenir sur une main et ça, je suis certain que ça va vachement impressionner Leïa. Han ne doit même pas savoir faire un truc aussi classe ; pfeuh, le naze !

 

– Jour 14 sur la planète :

Le vieux-vert m’a envoyé dans une caverne pour cueillir des champignons bizarres.
Mais elle me fait peur sa caverne : elle est toute sombre et on voit rien du tout.
Le p’tit vieux m’a dit qu’il fallait que je vainc le côté obscur dans la caverne.
Ca veut rien dire.
Mais j’ai pris une torche pour la prochaine fois !

 

– Jour 15 sur la planète :

Apparemment il ne fallait pas vaincre l’obscurité de la caverne avec une torche. A quoi ça sert d’avoir une épée qui brille dans ce cas ? Je lui ai demandé.
Il m’a donné un coup de canne.
C’est douloureux un coup de canne !
Et j’ai toujours pas compris…

 

– Jour 17 sur la planète :

Oooh ma tête… J’ai l’impression qu’une Etoile de la Mort m’a roulé dessus…

 

– Jour 19 sur la planète :

Le vieux-vert ne veut pas me refaire sa poêlée de champignons. C’était super bon pourtant.
Je suis très déçu.

 

– Jour 20 sur la planète :

J’ai surpris le p’tit vieux à bidouiller mon X-Wing. On aurait dit qu’il essayait d’aider R2 à le réparer.

 

– Jour 21 sur la planète :

Oh mon dieu ! J’ai rêvé que Leïa avait des ennuis ! Han en avait aussi, mais lui je m’en fous un peu quand même.
Je vais aller la sauver ! Je sais tout plein de trucs sur la Force en plus et je pourrai l’impressionner en me tenant sur une main.
Le p’tit vieux avait l’air un peu triste de me voir partir, il a essayé de me convaincre que je n’avais pas fini mon entraînement. Mais moi je pense que je suis super fort en Force et qu’il est juste triste à l’idée de se retrouver tout seul.
Je lui ai dit que je partais quand même.
Leïa va être trop trop impressionnée par mes muscles !
Attend moiii Leïaaa ! Maize Force biwisou !

 

LukePatate

 

(Si vous voulez voir le journal de R2D2 pendant la même période, c’est par là => Quelques entrées du journal de R2D2 lors de son baby-sitting de Luke sur Dagobah )
(Si vous voulez voir le journal de Yoda pendant la même période, c’est par là => Morceaux choisis du journal de Yoda après la grande purge Jedi )

Morceaux choisis du journal de Yoda après la grande purge Jedi

– Jour de la retraite 1 :

De retour sur Dagobah.
Finalement !
Ca fait du bien de se retrouver tout seul, pépère. Je pense que je vais passer une retraite sympa ici : il n’y aura personne pour me casser les noix, puisque personne ne connaît cet endroit, et je pourrai profiter des bains relaxants dans les marais bulleux.
ET JE PEUX ENFIN PARLER NORMALEMENT ! Ma technique de passer pour un teubé pour être tranquille a très mal marché durant ces dernières centaines d’années tout compte fait.

 

– Jour de la retraite 2 :

Je fais connaissance avec mon marais. Avoir la maîtrise de la Force dans cet environnement inhospitalier est un atout indéniable.
Surtout pour capter le net intergalactique.
Gratuitement.
Pourquoi s’en priver, avec une Dagobah imprégnée par la Force qui sert d’antenne ?

 

– Jour de la retraite quelconque quelques années après :

Ah, un mec qui a un accident. Ca fait longtemps que je n’ai pas parlé à quelqu’un.
Ca ne me manquait pas.
Je vais aller m’en débarrasser.

 

– Jour de la retraite avec Luke 1 :

La technique de passer pour un teubé pour se débarrasser des emmerdeurs NE fonctionne TOUJOURS PAS.
Je ne sais pas pourquoi je m’acharne.
Maintenant je suis obligé d’aider un abruti qui a crashé son vaisseau sur MA planète. Dans MON marais. Il a foutu un beau bordel ! Ca va me prendre des mois à tout remettre en place une fois qu’il sera parti…

 

– Jour de la retraite avec Luke 3 :

Hum.
Il n’a pas l’air de vouloir partir. Il veut que je lui apprenne des trucs, là, comme tous les autres crétins qui sont morts.
Je veux dire, si c’était infaillible, ils ne seraient pas tous morts, hein !
Bande de débiles.
Je vais lui apprendre vite fait 2-3 machins de base et l’envoyer balader.

 

– Jour de la retraite avec Luke 8 :

BON. Ca va être plus compliqué que prévu. Il est vraiment gratiné celui-là !
Oh, il est gentil, c’est sûr.
Mais son air de lama ahuri me tape sur les nerfs. Je pourrais facilement virer Dark Side sur un moment d’inattention…
Le pire, c’est que j’ai repris mon vieux tic du verbe à la fin à l’oral.
Ca m’éneeerve !

 

– Jour de la retraite avec Luke 9 :

Pour me passer les nerfs, j’ai décidé de me servir de lui comme monture et de le faire courir d’un bout à l’autre des marais, ça me détend.
Et je me fais mousser en lui montrant quelques tours de Force. Je ne suis pas trop rouillé malgré mes 900 ans héhéhé !

 

– Jour de la retraite avec Luke 11 :

Entre deux leçons, j’essaie de lui apprendre des acrobaties pour le revendre à un cirque ambulant si il s’éternise.
Juste au cas où.

 

– Jour de la retraite avec Luke 15 :

Puisqu’il est là, j’en ai profité pour lui faire goûter ces champignons bizarres qui poussent dans la caverne. J’avais jamais osé, moi. Ils sont peut-être mangeables, on ne sait jamais.

Je crois que je n’y goûterai pas finalement.

 

– Jour de la retraite avec Luke 16 :

Ah. Il a survécu.
Et il a gardé sa tête de lama ahuri.

 

– Jour de la retraite avec Luke 19 :

JE VEUX QU’IL S’EN AILLE !
J’EN PEUX PLUS DE SON AIR D’ABRUTI !
Et j’en ai marre de devoir toujours mettre le verbe à la fin. C’est quoi ce tic de merde à la fin ?

 

– Jour de la retraite sans Luke 1 :

Je croyais que je pourrais faire avec, le temps qu’il puisse s’en aller de lui-même, mais non. J’avais l’impression de vivre avec un lama neurasthénique. Je lui ai envoyé un faux rêve prémonitoire grâce à la Force, cette nuit.
Et j’ai fait très attention de ne pas sauter de joie lorsqu’il m’a annoncé qu’il allait s’en aller tout à l’heure.
Enfin ! La tranquillité ! On ne m’y reprendra plus à aller voir les accidentés de la planète !

 

(Si vous voulez voir le journal de Luke pendant la même période, c’est par là => Extraits du journal de Luke pendant son voyage sur Dagobah )
(Si vous voulez voir le journal de R2D2 pendant la même période, c’est par là => Quelques entrées du journal de R2D2 lors de son baby-sitting de Luke sur Dagobah )

La traversée du désert

Billy avait du fuir la petite ville plus tôt que ce qu’il avait prévu. Il aurait été pompeux d’appeler Amboy Town une ville ; il s’agissait juste de quelques maisons en bois regroupées le long d’une grande rue. Il était grillé dans tous les patelins du coin et, si il ne voulait pas finir à croupir dans une prison, il n’avait plus d’autre choix que de traverser le désert. Billy aurait voulu prendre plus d’eau et de vivres pour son voyage dans les terres désolées. Mais il n’avait pas prévu que le marshall à ses trousses le retrouverait si tôt. Il pensait avoir mieux couvert ses traces et soupira à l’encontre des aléas de la vie.

Il espérait que l’eau ne lui ferait pas défaut. Ou pas trop. Juste qu’il puisse survivre à sa traversée. Il jeta un coup d’oeil à sa monture. Il doutait de pouvoir la garder jusqu’au bout : elle mourrait certainement avant la fin du voyage. Billy trouvait ça dommage, car c’était un bon cheval et que c’était un peu du gâchis de gaspiller ainsi un tel animal. Tant pis. Il en volerait un autre à la première occasion.

Bercé par le pas régulier de sa monture qui soulevait la poussière du désert, il ôta son chapeau pour se gratter la tête. Il ne savait pas où il avait ramassé ces poux qui le torturaient depuis plusieurs jours et, comme il n’aurait pas le temps de s’en débarrasser, ils lui tiendraient compagnie durant son voyage solitaire. Billy replaça rapidement son chapeau après cela. Le soleil tapait plutôt fort et, malgré la chaleur des bords qui ceignaient son front et le faisaient suer, il ne voulait pas risquer une insolation.

Pendant les deux premiers jours, le voyage se passa sans encombre, malgré les nuits sans feu. Billy ne voulait pas indiquer sa position au cas où le marshall ait décidé de le suivre jusque dans le désert. Ne voyant pas de signe de poursuite, il se détendit et se laissa aller au luxe du foyer nocturne. En revanche, les jours suivants se firent de plus en plus difficiles. Malgré qu’il prenne soin d’économiser son eau, il devait la rationner de plus en plus et la soif le tenaillait sans discontinuer.

Son cheval tomba raide mort, un soir, sans prévenir. Billy faillit se rompre le cou en chutant avec lui et se rattrapa en roulant sur le côté. Il pensait continuer la route, mais décida de rester là pour la nuit. Après avoir allumé un feu, il découpa quelques morceaux de sa monture qui l’avait vaillamment transporté jusque là. Il n’aimait pas faire cela, mais comme il n’avait plus de vivres, il n’avait pas vraiment le choix. A partir de là, son voyage se fit de plus en plus difficile. Sans cheval, il avançait beaucoup moins vite et se fatiguait bien plus. Il avait besoin de plus d’eau à cause de l’effort, mais il devait continuer d’en boire de moins en moins.

Alors qu’il marchait en titubant, la chaleur et l’inanition commencèrent à le faire délirer. Il avait terminé ses dernières gouttes la veille. A partir de là, Billy se fit avoir par des mirages à plusieurs reprises et s’épuisa à essayer de les rejoindre. Sa soif était dévorante et il n’avait qu’une envie : arriver au bout du désert. C’était ce qui le maintenait debout. Il avait très peur de s’endormir la nuit car il craignait de ne plus jamais se réveiller. Et pourtant, chaque soir il tombait d’épuisement et s’endormait comme une souche à l’endroit où il s’était effondré. Et, chaque matin, un soleil de plomb le réveillait.
Jusqu’au moment où il ne se releva plus.

 

« Et voilà, je l’attendais celle là, ronchonna tout bas Marguerite. Le marshall tombe sur le crâne et rien d’autre. Pourquoi est-ce que, dans les films, on voit toujours des crânes d’hommes dans le désert et jamais le reste ?
– Parce que ça fait partie des codes de l’esthétisme du désert nord américain, expliqua patiemment Blanchette à son amie. Au même titre que les cactus par exemple.
– De toutes façons, je n’aime pas les films dont les humains sont les principaux protagonistes, précisa Marguerite.
– C’est la mode, balaya Blanchette en chuchotant. Tu n’as qu’à imaginer que ce sont des bovins ! Maintenant tais-toi, tu vas déranger les autres spectateurs… » Marguerite remua la queue d’un air agacé et les deux vaches tournèrent de nouveau leur attention sur le film.

Dans le labyrinthe

Il semblait à Faustine qu’elle marchait depuis des heures. Son chargement pesait lourd sur ses jambes douloureuses et la lassitude l’envahissait peu à peu. Après avoir poussé un énième soupir à fendre l’âme, elle s’enquit auprès de sa soeur : « Phoebe, quand est ce qu’on sort de ce labyrinthe ? Je suis fatiguée…
– Bientôt, lui assura l’aînée.
– C’est déjà la troisième fois que tu dis bientôt, ronchonna Faustine. Je croyais qu’on était sensées prendre un raccourci !
– C’en est un ; la maison est à quelques minutes après le labyrinthe.
– Je pense qu’on aurait du le contourner, comme les autres fois. Si on avait fait ça, on serait déjà rentrées.
– Arrête d’exagérer. » Phoebe avait employé un ton excédé et sans appel. Après tout, si elles s’étaient aventurées à la recherche d’un raccourci, c’était parce que Faustine se plaignait de son chargement et de sa fatigue déjà auparavant. Tout en se disant que sa cadette était une pleureuse, elle replaça son fardeau qui avait glissé.

« Je n’exagère pas, protesta la plus jeune. En plus, les murs sont trop glissants pour qu’on puisse les escalader. » L’aînée devait admettre la justesse de ses propos. Sa soeur marquait là un point. Ne trouvant rien à répondre, elle continua de suivre le chemin à embranchements. Phoebe devait se rendre à l’évidence, elles étaient perdues. Mais elle devait continuer à avoir l’air décidé si elle ne voulait pas voir sa cadette paniquer. Elle se concentra sur un vieux truc qu’elle avait entendu un jour : si jamais l’on se trouve dans un labyrinthe, il suffit de suivre toujours le même mur pour en sortir. Continuant de marcher d’un pas assuré, Phoebe s’arrangea pour garder le mur sur sa droite. Cela la menait parfois dans des impasses, mais elle persistait dans son idée, malgré les moqueries de Faustine qui paraissait avoir abandonné tout espoir de sortir de là un jour. Cette dernière ne disait plus un mot et se contentait d’arborer une mine maussade.

Elles marchèrent encore quelques minutes en silence, l’une murée dans un silence boudeur et l’autre concentrée sur le trajet. Phoebe sentait qu’elles se rapprochaient de la sortie. Elle espérait la trouver bientôt car elle n’avait pas envie de se faire sermonner pour son retard en arrivant. Leur mère et le reste de la famille avaient besoin de la nourriture qu’elles transportaient. Leur tâche était primordiale ! Ces pensées renforcèrent sa détermination. Elle s’apprêtait à encourager sa soeur, lorsque le sol trembla sous leurs pieds. Faustine poussa un petit cri de surprise et lâcha son précieux chargement. Phoebe se retrouva plaquée contre un mur et attrapa sa cadette avant que celle-ci ne se retrouve propulsée au loin par la secousse. Elles n’avaient jamais expérimenté un tel tremblement de terre et elles se serraient désespérément l’une contre l’autre, apeurées. Une boule plus grande qu’elles les frôla, heurtant en zig-zag les murs dans sa course.

Elles n’eurent pas le temps de se sentir soulagées d’avoir évité de se retrouver écrasées par l’immense boule, qu’un bruit sourd et intense, roulant comme le tonnerre retentit. « Il y en a même là ! » Des mots se détachèrent au sein du grondement qui tonnait tout autour d’elles. Levant la tête, elles aperçurent deux étranges yeux géants qui les fixaient. Ils étaient lisses et plein d’eau ; les soeurs n’avaient jamais rien vu d’aussi laid et effrayant. « C’est fou de se retrouver infestés jusque dans les jouets après seulement deux semaines de vacances ! » Une deuxième voix roula tout autour des deux petites complètement paniquées. Faustine hurlait comme une sirène et Phoebe peinait à ne pas l’imiter. Le labyrinthe fut encore animé de secousses, puis, soudainement, tout se retrouva sans dessus dessous. Les deux soeurs perdirent pied et chutèrent.

Elles atterrirent dans l’herbe, dont les brins amortirent leur chute. L’une et l’autre avaient perdu leur précieux chargement dans la catastrophe, mais elles avaient survécu. Sonnées, elles tournèrent un moment sur elles-mêmes avant que Phoebe ne retrouve le chemin de la fourmilière. Toujours sous le choc, elles s’y précipitèrent. Elles se trouvèrent, par chance, parmi les rares rescapées du génocide qui avait actuellement lieu dans la maison, où la fourmilière s’était approvisionnée durant les deux dernières semaines. Maintenant qu’elles en étaient chassées, les fourmis allaient devoir trouver d’autres sources de nourriture pour maintenir la colonie.

A l’aube d’une nouvelle ère

Elle se réveilla en sursaut. Tout était noir autour de la jeune femme et il lui semblait se trouver dans un environnement très étroit. Elle tâtonna et son impression se confirma : du tissu molletonné l’entourait de partout et, derrière le textile, elle perçut une matière solide. Elle se racla la gorge et tenta d’appeler à l’aide. Sa gorge la brûlait, mais sa voix en sortit tout de même, à son grand soulagement. Sauf que le son était étouffé dans cette atmosphère capitonnée. Cela ressemblait à un cauchemar ; il ne lui fallut pas longtemps avant d’arriver à la conclusion qu’elle se trouvait dans un cercueil.

La panique la gagna instantanément. Qui avait donc bien pu l’enterrer vivante ? Des dizaines de questions se bousculaient dans sa tête. La principale, qui submergeait toutes les autres, étant : comment allait-elle sortir de là ? En criant, elle se mit à frapper contre la couvercle, arrachant le tissu au passage. La jeune femme savait qu’elle allait manquer d’air dans un futur proche et ses coups se firent frénétiques.

Un craquement retentit. De la terre se déversa sur elle. L’espoir qui naquit en elle à ce moment lui donna un regain d’énergie et, finissant d’arracher les lattes de son cercueil bon marché, elle creusa la terre. Sachant que l’amas de terre risquait de l’étouffer, elle avait l’intention de se frayer un chemin vers la surface d’une seule traite. Ses efforts se virent récompensés plus vite que ce qu’elle pensait ; elle ne devait pas avoir été enterrée très profondément. A son grand soulagement, elle s’extirpa bientôt entièrement du sol. La reconnaissance envers quiconque avait décidé de ne pas poser de dalle en pierre sur sa tombe lui effleura brièvement l’esprit.

La jeune femme jeta un coup d’oeil circulaire. Il faisait nuit, rendant le petit cimetière où elle se trouvait particulièrement lugubre. Elle épousseta machinalement la terre de ses vêtements. Ce faisant, elle remarqua qu’elle portait la plus jolie robe qu’elle possédait, robe qu’elle n’avait mise qu’une seule fois à l’occasion d’un mariage. Cette constatation lui arracha un sourire. Puis elle secoua la tête et, se dirigeant vers la sortie du cimetière, elle se demanda ce qui avait pu la conduire à se retrouver enterrée.

Elle était considérée comme malchanceuse en général, mais à ce point, cela dépassait l’entendement. Ses derniers souvenirs remontaient à son agression. La jeune femme avait l’impression que c’était la veille, mais comment le savoir ? Elle n’avait certainement pas été enterrée en un jour. Et puis elle se souvenait avoir été prise en charge par une ambulance à l’issue de l’agression. Les médecins avaient certainement du pouvoir faire quelque chose pour elle ; ses blessures n’étaient pas si graves que cela, si ? Elle avait entendu parler de ces gens dans le coma qui avaient été déclarés morts et avaient été enterrés par erreur et se demanda si cela avait été son cas. Peut-être que son agresseur l’avait bel et bien battue à mort.

A ce souvenir, la jeune femme frissonna. Et, lorsqu’elle se remémora sa terrible rencontre, ses jambes se dérobèrent et elle se retrouva, sanglotante, par terre sous un cyprès. Elle s’efforça de sécher ses larmes au plus vite. Il ne fallait pas rester là. La jeune femme se leva, tentant de renforcer sa détermination. Elle devait absolument retrouver sa famille. Ils étaient certainement tous effondrés à l’heure qu’il était.

En sortant du petit cimetière qui ne lui évoquait rien, elle pénétra dans un petit village, où elle ne se souvenait pas avoir déjà mis les pieds non plus. La jeune femme ne savait pas si sa mémoire était défaillante, ou si il s’agissait d’une lubie familiale de l’avoir enterrée ici. Laissant ses questionnements de côté, elle avisa la première maison qu’elle rencontra. Son éducation l’informa qu’elle allait déranger ses occupants au milieu de leur sommeil. Mais sa raison la rassura en lui faisant réaliser qu’elle était choquée, pleine de terre, morte de faim et qu’elle avait besoin d’assistance.

Comme personne ne répondit à son coup de sonnette, elle se laissa aller à appuyer frénétiquement sur le bouton et si elle dérangeait des voisins, tant mieux. Cela ne produisit aucun effet. « Ouvrez-moi ! S’il vous plait ! » Se mit-elle à hurler de sa voix cassée tout en continuant de torturer le bouton de la sonnette, avant de se mettre à frapper comme une forcenée.

La jeune femme se tut soudainement, surprise de voir la porte s’ouvrir sous l’action de son poing, en grinçant. Intriguée, elle entra. La maison avait l’air d’avoir subi une vraie tornade. La jeune femme se demanda si elle avait été cambriolée et si elle devait appeler la police. Une cuisine s’ouvrait directement à sa gauche. En pénétrant dans la pièce, elle se précipita sur le réfrigérateur pour manger quelque chose. Mais celui ci était vide, de même que les placards. Un papier arraché se trouvait aimanté sur la porte du frigo à l’aide d’un magnet représentant un lama dédaigneux.

Elle s’approcha pour déchiffrer le mot écrit à la va-vite. « Daniel, nous sommes partis nous réfugier à l’abri 07 avec les enfants. Si tu lis ce mot, rejoins-nous. A bientôt, j’espère. » La jeune femme n’avait jamais entendu parler de l’abri 07. Y avait-il eu une catastrophe durant son coma ? Elle se laissa tomber sur une chaise, épuisée, démoralisée et affamée. Elle souhaita brièvement ne s’être jamais réveillée. Assaillie par de noires pensées, elle se leva bientôt pour errer dans la maison abandonnée, telle une âme en peine.

Avisant la télévision du salon, elle l’alluma. Aucune image ne s’afficha, mais une voix prodiguait des conseils : « … Ne sortez de chez vous que de jour et seulement si nécessaire. Si vous décidez de vous rendre dans un abri, faites le voyage d’une traite et en journée. Ne vous approchez d’aucun individu que vous ne connaissez pas et… » La jeune femme éteignit le poste aussitôt, ne pouvant se résoudre à digérer plus d’informations effrayantes dans l’immédiat.

Puisque les consignes étaient de sortir seulement en journée, elle décida d’attendre le matin pour s’en aller. Pour plus de précautions, elle alla même fermer la porte d’entrée, inquiète des dangers qui pouvaient la menacer dehors, dans la nuit. Heureusement, elle n’eût pas à attendre très longtemps. L’aube pointa rapidement le bout de son nez. Ne pouvant plus attendre, elle sortit impatiemment de la maison, espérant trouver rapidement quelqu’un qui pourrait l’aider, avant qu’elle ne tombe d’inanition.

Sortant du village désert, elle emprunta la route qui passait à travers champ. Après avoir fait quelques dizaines de mètres, le soleil la baigna de ses rayons matinaux. Elle hurla de douleur. Les rayons la brûlaient et elle se sentit flamber. Sa dernière pensée fut pour l’homme qui l’avait violemment agressée dans une ruelle et à ses canines proéminentes qui l’avaient mordue dans le cou.

Les Plus Grandes Peurs

Faramund balaya d’un regard expert la table chargée de victuailles, toutes plus appétissantes les unes que les autres. Ses petits yeux s’illuminèrent de convoitise alors qu’il sélectionnait délicatement une cuisse de pintade rôtie à point. Il mordit dedans avec entrain. « Délicieux ! » Estima-t-il, en croquant ensuite dans une pomme juteuse qu’il tenait dans son autre main aux doigts tous aussi boudinés. « Oh non ! Lui lança Perrine sur un ton de reproche. Tu as encore touché à la nourriture des plats avec tes doigts ! » Un masque dégoûté tordit son visage, mais la remarque provoqua une hilarité irrépressible chez leur compagnon Morghan. Perrine tourna la tête dans sa direction, ses yeux lançant des éclairs.

« Arrête de te moquer, lui lança-t-elle tandis que l’interpellé frappait la lourde table en chêne du poing tellement il riait. L’hygiène c’est du sérieux ! On peut attraper des choses dangereuses en mangeant de la nourriture souillée, et personne ne sait si Faramund s’est lavé les mains avant de se mettre à table…
– Cesse donc de t’embêter avec des trucs pareils, s’esclaffa Morghan. Vis un peu, Perrine, au lieu de paniquer à chaque fois que tu penses que des microbes vont t’agresser. » Pour prouver ses dires, il s’employa à mettre ses doigts dans tous les plats à la portée de son amie phobique des germes. Elle poussa un petit cri horrifié.

« Qu’est ce que tu fais ? S’alarma Perrine dont la voix grimpa aussitôt dans les aigus.
– Calmez-vous un peu, intervint posément la quatrième. Je n’aime pas quand vous vous disputez.
– Ne t’en fait pas Guylaine, la rassura Morghan en se précipitant vers elle comme si il était monté sur ressorts pour la serrer dans ses bras. Ce n’est pas une vraie dispute, il n’y a aucun conflit ici. » Faramund avait continué de profiter goulûment des plats fumants qui l’entouraient, ignorant totalement ses compagnons. Perrine lui jeta un regard désespéré.

« Tu sais, lui dit-elle, la nourriture ne va pas s’envoler : prend le temps de mâcher au moins. Je ne voudrais pas que tu t’étouffes.
– Aucun risque, postillonna son ami glouton. Je préfère profiter de manger tant qu’il y a de la nourriture. Au cas où il n’y en ait plus. On ne sait jamais !
– Toi et ta peur de manquer… Soupira Perrine.
– Tu peux parler ! Lui lança moqueusement Morghan en bondissant. Tu as autant la trouille des germes que Faramund la peur de manquer. Une belle bande de bras cassés !
– Inutile de nous chamailler, intervint une nouvelle fois Guylaine de sa voix apaisante. Nous avons tous les quatre des peurs très profondes.
– C’est vrai, appuya Faramund en mordant dans une côtelette de sanglier. Tu es particulièrement fatigant avec ton entrain, Morghan. Ce n’est pas parce qu’il y a du silence que nous avons arrêté de respirer.
– Je n’y suis pour rien, je me sens obligé de remplir le silence de vie, ça m’angoisse sinon.
– C’est notre cas à tous, posa Guylaine. Nous avons tous nos angoisses et elles sont irrépressibles, alors cela ne sert à rien de nous disputer à ce propos. »

Une cloche au glas sinistre l’interrompit. « On nous appelle : il est l’heure, soupira-t-elle en se levant de table.
– Quelqu’un peut-il m’aider avec mon armure ? » S’enquit Faramund en bourrant ses poches de pain et de fruits. Ses trois compagnons l’aidèrent à enfiler les différentes pièces d’acier et à les boucler. Lorsqu’ils se retrouvèrent tous parés à sortir de la salle, Morghan lança joyeusement : « C’est parti ! Allons enfin répandre nos plus grandes peurs dans les cœurs des hommes ! »

Sortant de leur demeure, les quatre cavaliers attrapèrent leurs fières montures, les enfourchèrent et s’abattirent sur le monde.

La série des mots-clefs : Alors, il me sembla que l’air s’épaississait…

Bien évidemment, le temps que je prenne cette grande digitale en photo, en essayant de capturer toute l’essence de sa beauté mortelle, le reste du groupe avait disparu. J’ai donc tendu l’oreille pour déterminer la direction dans laquelle ils s’étaient dirigés. Rien ne troublait les pépiements des oiseaux ni le bruit du vent qui agitait paresseusement les branches des arbres. Un peu décontenancé, je suis allé dans la direction générale qu’il me semblait qu’ils avaient prise. Hésitant, j’ai ensuite marché quelques pas dans plusieurs directions, tout en sachant que chaque moment perdu les éloignait de moi. Soudain, la lumière se fit dans mon esprit. Fier de toutes les inventions pratiques que mes congénères avaient créées, je me suis triomphalement emparé de mon téléphone. Ma satisfaction fut de courte durée. Dans cet écrin de nature perdu, mon petit bijou de technologie ne captait aucun signal, que ce soit téléphonique ou Internet.

J’ai un moment caressé l’idée de rester sur place pour être plus facile à retrouver lorsqu’ils se rendraient compte de mon absence prolongée. Mais, après être resté assis sur une souche pendant quelques minutes, j’ai compris que je ne pourrai pas rester ainsi inactif. Je me suis levé et, après m’être dégourdi les jambes, je me suis aventuré à l’exploration. De toutes façons, cette forêt devait bien avoir une fin. Plus personne ne se perdait dans les bois de nos jours, n’est ce pas ? Cette assertion se trouva bientôt confirmée par le fait que je finis bientôt par rencontrer un chemin. Rassuré, je l’ai joyeusement emprunté afin de rejoindre au plus vite un brin de civilisation. A intervalles réguliers, je vérifiais si mon téléphone captait enfin un réseau. Malheureusement, dans cet environnement vallonné recouvert d’arbres, il ne captait toujours aucune antenne ni satellite.

Tout en marchant, je commençais à me demander combien de temps il allait encore me falloir pour arriver quelque part. Le chemin forestier, bien que baigné d’une jolie lumière verte et dorée qui passait à travers les feuilles, finissait par me lasser. Un cadre peut s’avérer à la fois joli et répétitif. Un petit étang vint rompre cette monotonie et, fatigué, je décidais de me reposer un instant à son bord. Alors, il me sembla que l’air s’épaississait, tandis que l’odeur de l’humus se faisait plus prenante. Que se passait-il ? Peut-être étais-je déshydraté. Je me suis donc fébrilement emparé de ma gourde pour en boire quelques gorgées. Ceci fait, je me suis rendu compte que de légères volutes de brume s’élevaient du sol.

Je ne me sentais pas mieux ; j’avais l’impression d’avoir la tête cotonneuse. Puis le martèlement commença. J’ai d’abord cru à une migraine tapageuse mais, le son devenant plus distinct, je reconnus le bruit de sabots au galop sur le chemin de terre. Je me suis levé et retourné, soulagé de pouvoir finalement demander de l’aide. Sauf que les cavaliers qui s’offrirent à ma vue paraissaient provenir d’un autre temps. Il s’agissait de tout un équipage de damoiselles et de damoiseaux tous de blanc vêtus, menés par une femme magnifique à l’air sévère. Bouche-bée, j’admirais cette apparition surnaturelle. La tête de la meneuse était ceinte d’une couronne de feuilles de chêne et un poulain immaculé suivait sa monture richement apprêtée. Ils m’ignorèrent totalement, passant à côté de moi comme si je n’étais pas là. Au moment où les chevaux pénétrèrent dans l’eau à grand renfort de gerbe étincelantes, je sombrai dans l’inconscience.

« On l’appelle la Mare-aux-Fées ou la Mare-au-Diable. » Disait quelqu’un tandis que mon cerveau tentait désespérément de reprendre le contrôle. « Et le Diable sait comment ce touriste a pu arriver jusque là. » En ouvrant péniblement mes paupières, j’ai pu constater que je me trouvais dans un véhicule de pompiers, solidement arrimé à une civière. Le guide qui avait emmené mon groupe dans la forêt se trouvait également là. C’était lui qui parlait. « J’ai suivi le chemin, suis-je parvenu à dire avec un tout petit filet de voix.
– Le chemin ? s’étonna l’homme. Mais aucun chemin ne mène à la Mare-aux-Fées ! »

Car, oui, quelqu’un est arrivé ici en tapant dans son moteur de recherche : « Alors il me sembla que l’air s’épassissait ». J’espère que maintenant il ne sera plus déçu !