NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 9

« Nous sommes presque arrivés. » Chuchota le Faucheux dans l’oreille de la jeune femme. Celle-ci frissonna. Cela ne lui disait rien qui vaille de rester aveugle pour mettre les pieds dans un repaire d’araignées. Même métaphoriques. Elle se prit à réfléchir à quel genre d’araignée lui faisait penser Tina. Elle pensa d’abord à ces grosses araignées de jardin striées de noir et jaune. Mais elle se reprit aussitôt, en estimant que ces araignées là étaient beaucoup trop majestueuses par rapport à cette adolescente quelconque.

Ethelle n’avait pas encore décidé à quelle araignée Tina lui faisait penser, lorsque Clay lui fit descendre des marches. Son nez sensible se plissa aussitôt. Elle n’avait aucune idée de l’endroit où elle se trouvait, mais l’hygiène ambiante paraissait inexistante. L’odeur dominante était celle de l’urine, talonnée par celle des égouts et de l’humidité en général. La rouquine espérait qu’ils ne se rendaient pas dans le réseau des eaux usées de la ville. Elle n’avait aucune envie d’abîmer sa dernière paire de bottines. Grimaçant à chaque fois qu’elle entendait ses pas provoquer des clapotis, Ethelle se demandait combien de temps les Faucheux allaient la faire parcourir ce lieu nauséabond. Clay parut sentir son malaise car, au bout de quelques instants, il interpella doucement la petite cheftaine qui les dirigeait : « Tina, maintenant que ça n’a plus d’importance, je lui enlève le bandeau. Elle me gêne pour marcher, ça sera plus pratique comme ça. » Il ne lui avait pas demandé la permission, nota Ethelle, et l’adolescente ne daigna même pas répondre.

A son grand soulagement, la rouquine n’ouvrit les yeux dans un réseau d’égouts. Ils se trouvaient certes en sous-sol, l’endroit était mal entretenu, humide et certainement habité par des colonies de rats, mais il ne s’agissait pas du réseau des eaux usées. Cela ressemblait plutôt à un ensemble de cave ou, plutôt, d’entrepôts souterrains. L’endroit paraissait totalement désaffecté et devait l’être depuis des années, estima Ethelle. Elle avait même une petite idée d’où se trouvait l’endroit, en réalité. L’abandon total des entrepôts du port – fluvial – des Modernités avait résulté de la faillite des trois sociétés qui les occupaient : MécanInc, RotorCorp et AérosTech. La jeune femme était à peu près au courant de tout cela, puisque ces évènements avaient indirectement participé à la chute de son père. Il était très impliqué dans les affaires de ces trois compagnies et leur ruine avait mis un grand coup dans ses affaires autant que dans ses influences.

Ethelle ne savait pas exactement en quoi consistaient lesdites affaires de son père. Elle avait compris quelques petites choses en surprenant des morceaux de conversations par ci par là. Mais elle n’avait jamais eu d’explications précises, Charles Morton ayant toujours été vague sur ces sujets. A l’époque, la jeune femme ne s’intéressait pas très bien au monde des affaires, ce qu’elle regrettait à présent qu’elle en avait besoin. Beaucoup de choses lui passaient au dessus de la tête, et elle se rendait maintenant compte qu’elle avait été aussi superficielle que ses amitiés. Si ça se trouve, si l’un ou l’une de ses amis s’était retrouvé dans sa situation actuelle, peut-être qu’elle se serait montrée aussi infecte qu’eux. La pilule était un peu difficile à avaler et la rouquine s’empressa de diriger ses pensées ailleurs. Elle était plutôt impressionnée de la vitesse à laquelle l’intérieur de ce bâtiment s’était délabré ; cela ne faisait qu’un an qu’il avait été entièrement abandonné. L’humidité ambiante lui expliqua, mieux que des mots, pourquoi le sous-sol paraissait aussi abîmé. Ces entrepôts se trouvaient au bord de la Conquise, le fleuve qui serpentait par la ville, et nécessitaient beaucoup d’entretien pour ne pas voir les caves inondées. Maintenant que plus personne n’était là pour s’occuper des sous-sols, ils se faisaient petit à petit engloutir par la Conquise.

 

 

Seulement 630 mots aujourd’hui. Finalement j’ai de nouveau accumulé du retard. Heureusement qu’un week end de trois jours se profile ! Il va falloir que je sois bien sérieuse.

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 8

– Je ne me suis pas attardé pour voir si elle ne crachait que des étincelles, je t’avoue.
– Oh, émit la rouquine. Pensez-vous qu’elle puisse produire de vraies flammes ?
– Je n’en ai aucune idée, répondit Clay.
– Je ne savais pas que les salamandres étaient aussi dangereuses, reprit Ethelle. Je n’avais jamais entendu parler d’incendies causés ainsi. Est-ce que parce que nous sommes en ville ?
– Non, je ne pense pas. J’ai déjà vu beaucoup de salamandres et aucune ne crachait du feu ; ce ne sont pas des dragons !
– Comment se fait-il que celle là produise des étincelles dans ce cas ?
– Je ne sais pas, soupira le jeune homme. Ecoute… »Ils furent interrompus par une bande qui les apostropha : « Hé, Clay ! Où est-ce que tu avais disparu ? » Ethelle ouvrit des yeux ronds. La fille blonde qui paraissait diriger le petit groupe n’avait pas plus de quatorze ans et possédait une assurance apparemment inébranlable. Fermement campée sur ses appuis, elle croisa les bras et ajouta : « Et c’est qui, la rouquine ?
– Une amie à moi, balaya le jeune homme qui ne semblait pas particulièrement ravi de l’interruption.
– Vraiment ? Lâcha l’adolescente avec un air suspicieux. Je pensais que tous tes amis faisaient partie des Faucheux.
– Et non. » Eluda Clay.

Pendant l’échange, Ethelle resta prudemment silencieuse. Elle trouvait que l’ambiance entre les deux Faucheux était électrique et, comme le jeune homme l’avait bien aidée – et portait encore son sac de voyage – elle ne voulait pas risquer d’envenimer la situation. Pourtant, elle brûlait de remettre cette petite impertinente à sa place. Elle se contenta de la fusiller du regard, mais la blondinette la gratifia d’un coup d’œil encore plus mauvais et Ethelle dut faire appel à toutes ses compétences de fille de bonne famille pour ne pas se jeter sur elle. Les jeunes femmes bien élevées ne se battent pas. De toutes façons, elle ne possédait pas d’aptitude particulière au combat physique : aucune famille aisée n’aimait cultiver ce trait chez sa progéniture. Cela sonnait beaucoup trop rustre et pas assez civilisé. En revanche, la petite fille des rues devait en savoir un rayon sur le sujet. La rouquine se contenta de ronger de son frein, attendant impatiemment que Clay se débarrasse de cette présence malvenue.

« Bref, lâcha l’adolescente d’un ton acide. Après la débandade du parc, tous les Faucheux ont ordre de se retrouver dans l’antre de la veuve-noire. Viens. Et ta copine aussi.
– Pourquoi ? Renâcla le jeune homme sur la défensive.
– Parce qu’il y a des képis qui rôdent de partout, expliqua la petite blonde excédée. Si ils tombent sur elle, elle pourra leur dire dans quelle direction nous sommes allés. » Elle se tut un bref instant et plissa les yeux. « A moins que tu ne préfères que je la tue pour qu’elle garde le silence ?
– Ca va, ça va, temporisa Clay. Allons-y. » Alors que les Faucheux et Ethelle s’éloignaient encore du parc dans la nuit, il esquissa un sourire qui se voulait rassurant à l’intention de sa compagne rousse, qui affichait une mine boudeuse.

Cette dernière n’aimait pas trop l’idée de devoir suivre ces brigands. Personne n’avait daigné lui demander son avis et elle préférait l’idée de faire bande à part. Le terme d’antre de la veuve-noire ne lui disait rien qui vaille, pour ne rien arranger. Elle ne se sentait pas de frayer avec un groupe qui s’assimilait aux araignées. Ethelle avait horreur des araignées. Et des autres animaux rampants en général. Mais surtout des araignées. Ethelle et Clay se laissèrent un peu distancer par le petit groupe de Faucheux. La fille blonde les menant à un train d’enfer, cela ne fut pas une opération très difficile. Une fois qu’ils se trouvèrent un semblant d’intimité, le jeune homme se pencha sur la rouquine et lui déclara tout bas : « Je suis désolé que tu te retrouves au milieu de tout cela, ce n’était pas mon intention.
– Pourriez-vous arrêter de me tutoyer ? Nous ne nous connaissons pas et cela n’est pas convenable. » Le Faucheux lui jeta un regard perplexe. Constatant qu’elle était sérieuse, il expira en haussant les sourcils, désemparé. Il haussa les épaules, ne sachant pas trop réagir face à cette réponse qui n’en était pas une et à laquelle il ne s’attendait visiblement pas.

« Oui, d’accord, comme tu… comme vous voudrez, princesse.
– Merci, acquiesça la jeune femme qui avait décidé d’être magnanime et d’ignorer l’ironie du dernier mot. Je n’avais pas l’intention de rester avec votre… organisation.
– J’imagine, oui, compatit Clay sur un ton d’excuse. Je pensais pouvoir te… vous laisser partir et les rejoindre seul. Mais Tina nous a trouvés trop tôt.
– C’est bien dommage, déplora Ethelle. Je ne l’aime pas trop : elle est très agressive.
– Il ne faut pas le prendre personnellement, elle est comme ça avec tout le monde.
– Et cela ne la rend pas moins désagréable, pointa sèchement la jeune femme.
– Je sais, je sais, temporisa le Faucheux. Soyez patiente, je vais tout faire pour que vous puissiez partir le plus rapidement possible.
– J’y compte bien, approuva la rouquine. J’ai une importante entrevue demain et j’ai besoin de dormir pour être présentable.
– J’ai compris. Je ferai de mon mieux. »

La réponse de Clay était un peu sèche et Ethelle se dit qu’elle s’était peut-être un peu laissée aller en terme de comportement. En effet, techniquement, qu’avait-elle de plus que ces Faucheux, en dehors de sa bonne éducation ? Cette raison suffisait-elle à elle seule à ce qu’elle s’adresse à ce jeune homme de manière si hautaine ? La jeune femme toussota, gênée, et reprit d’un ton plus doux : « Excusez-moi de m’être un peu emportée. Je suis fatiguée et angoissée ; tout cela me rend irritable.
– Ce n’est rien, balaya Clay avec un sourire.
– Dites, ça ne vous ferait rien de vous taire ? » La voix de Tina, bien que basse pour ne pas alerter les riverains, était hargneuse. Elle devait être encore plus irritable qu’elle-même, songea brièvement Ethelle.

« Attend, lança le jeune homme à la petite cheftaine blonde. A partir d’ici, nous pouvons la laisser partir.
– Non, refusa abruptement Tina.
– Pourquoi cela ? Pondéra Clay. Maintenant que nous sommes loin du parc, nous ne risquons plus qu’elle nous dénonce aux képis.
– Elle vient avec nous, se buta la blondinette. Je ne veux pas risquer qu’elle nous suive sans que nous le sachions. Seuls les Faucheux peuvent savoir où se trouve notre repaire.
– Ta prudence t’honore, la flatta alors le jeune homme. Nous devrions lui bander les yeux, dans ce cas.
– Lui bander les yeux ? Répéta Tina en affichant un air suspicieux.
– Oui, confirma Clay. Nous ne pouvons pas savoir si elle ne dénoncera pas l’antre de la veuve-noire aux képis.
– Je croyais que c’était ton amie, pointa la blondinette.
– Pas au point de lui faire confiance là-dessus, répondit le jeune homme en haussant les épaules d’un air désinvolte. Elle n’a pas prêté serment après tout, et il y a une petite récompense à la clef pour dénoncer ce genre de choses.
– Elle ferait ça ? S’enquit Tina en plissant les yeux.
– Je ne sais pas, continua Clay en ignorant délibérément Ethelle qui lui jetait un regard offusqué. Qui peut le dire ? En tous cas, je ne sais pas si ça vaut vraiment la peine de prendre le risque. De toutes façons, tu pensais bien à quelque chose de ce genre là quand tu craignais qu’elle nous suive sans que nous le sachions, n’est-ce pas ? »

L’adolescente blonde parut mesurer les propos du jeune homme. Puis elle pencha la tête sur le côté. « Ca me paraît une bonne idée, approuva-t-elle finalement. Bande lui les yeux. » Clay acquiesça et sortit de sa poche de quoi bloquer la vue de la rouquine, malgré les protestations de celle-ci. « Si tu continues à faire du bruit, la prévint Tina, je lui dirai de te bâillonner aussi la bouche. » Ethelle la fusilla une nouvelle fois du regard mais se tint désormais tranquille tandis que le Faucheux s’approchait d’elle pour lui bander les yeux. La jeune femme savait qu’elle n’allait pas apprécier l’expérience, mais elle ne s’était pas douté que ça serait à ce point. De ne rien voir provoqua chez elle une petite vague d’angoisse. Elle sentit que Clay lui prenait gentiment le bras pour la guider, tandis que Tina ordonnait de nouveau le départ.

« Tu me paieras cet affront, siffla Ethelle dans la direction approximative du jeune homme qui la guidait.
– Calmez-vous, princesse, lui répartit-il sur un ton un peu moqueur. C’est pour votre bien, même si vous le prenez mal pour le moment.
– En quoi est-ce pour mon bien ? Grommela la jeune femme qui était vexée d’avoir laissé échapper un tutoiement alors même qu’elle s’était montrée désagréable à ce sujet.
– C’est pour que les Faucheux vous laissent partir tranquillement plus tard, expliqua-t-il brièvement.
– Pourquoi ne me laisseraient-ils pas partir ? Je ne leur serai d’aucune utilité : je ne sais rien faire, je ne vaux pas une rançon et je n’ai aucune connaissance intéressante.
– Ils sont plutôt à cheval sur leur sécurité. Ils ne vous laisseront pas partir à votre gré si vous connaissez l’emplacement de l’antre de la veuve-noire.
– Je ne veux même pas y aller, dans cet antre !
– Je sais, je sais, la rassura Clay. Je vous promets que je ferai tout pour que vous puissiez partir le plus rapidement possible sans faire de vagues.
– Et si jamais vos manigances ne fonctionnent pas ? S’enquit Ethelle d’un ton acerbe.
– Et bien, si je n’ai pas le choix, nous causerons des vagues. Mais je préfèrerais l’éviter. »

Les deux jeunes gens se turent et, durant le trajet, le Faucheux se montra attentionné envers sa compagne aveuglée et de mauvaise humeur. Il lui fit éviter les inégalités de la rue et s’arrangea pour que sa marche ne soit interrompue par rien de désagréable. Clay déploya tant de zèle pour son bien-être que la rouquine finit par se reposer entièrement sur lui, lui faisant une confiance – littéralement – aveugle. Elle en était même au point qu’elle avait oublié la présence désagréable de Tina et qu’ils se dirigeaient vers un endroit où elle n’avait aucune envie de se rendre. Lorsqu’un chien aboya soudainement sur leur passage, elle sursauta à peine.

 

 

1750 mots, crunch crunch le retard

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 7

Il s’agissait d’Anna, qu’elle avait connue à l’école de jeunes filles de Notre Dame des Roses et qui avait été l’une de ses amies qu’elle pensait la plus proche. Elle se promenait bras dessus, bras dessous avec une jeune femme qu’Ethelle ne connaissait pas. Leurs regards se croisèrent un bref instant. Puis celui d’Anna se durcit. « Etes-vous folle ? Prenez donc garde où vous mettez les pieds ! » Eructa-t-elle sous le regard éberlué d’Ethelle qui ne l’avait jamais entendue vociférer ainsi. En réflexe, elle esquissa d’ailleurs un pas en arrière, tandis que son ancienne camarade détournait le regard et passait à côté d’elle, comme si elle était une moins que rien et qu’elles ne s’étaient jamais rencontrées. Bouche bée, la rouquine la suivit des yeux et contempla le dos d’Anna s’éloigner, la démarche raide et le pas pressé, fermement accrochée au bras de sa nouvelle amie.

Ethelle resta figée là, ne parvenant pas à détacher son regard de cette amie qui était soudainement devenue une étrangère agressive. Un peu choquée, elle revit son jugement sur Anna. Cela ne lui était plus très utile désormais, mais elle se promit d’être un peu plus vigilante sur la nature de ceux qu’elle côtoyait. Elle devrait ainsi moins se faire rabrouer par ceux qu’elle qualifiait d’amis. La jeune femme restait perdue dans ses pensées, se demandant ce qu’elle avait bien pu faire au monde pour se retrouver dans une telle situation du jour au lendemain. Quelqu’un bouscula soudainement Anna, la faisant hurler, ainsi que son accompagnatrice. « Au voleur ! » S’époumona l’ancienne amie de la rouquine. L’agresseur courut dans la direction d’Ethelle qui, faisant un pas de côté pour le laisser passer, reconnut Clay, le Faucheux. Alors qu’elle lui laissait le passage libre, celui-ci lui adressa un clin d’œil et disparut rapidement sur le petit chemin de pierres blanches.

La jeune femme rousse sourit amèrement ; il s’agissait là d’une bien piètre consolation. Mais sa camarade de Notre Dame des Roses, qui continuait de crier au voleur, avait bien mérité ce qui lui arrivait. Elle lui tourna le dos et continua son errance. Ses pas la menèrent, de manière prévisible, jusqu’à sa petite grotte végétale. Tenant son sac de voyage à deux mains devant elle, elle resta un instant à réfléchir en contemplant les végétaux entrelacés. Sa nature têtue reprit soudainement le dessus. De quel droit le dénommé Clay lui avait-il interdit l’accès au parc des Deux Ormes de nuit ? Après tout, l’accès au parc était interdit pour tout le monde, la nuit. Elle ne voyait donc pas pourquoi elle aurait encore moins le droit que les Faucheux de se trouver là.

Ethelle jeta un coup d’œil autour d’elle, pour s’assurer que personne n’était en vue. Une fois qu’elle fut certaine d’être seule, elle se glissa dans l’igloo de verdure. Maintenant à l’abri des regards, elle enleva sa robe encombrante et se vêtit de nouveau de sa tenue d’équitation, plus pratique. La jeune femme se souvenait que son père n’avait pas été particulièrement enchanté de la voir commander cette tenue. Il aurait préféré la voir monter à cheval en amazone. Mais il ne pouvait rien refuser à sa fille unique qui, en plus, avait perdu sa mère si jeune – la pauvre – et Ethelle ne voulait pas d’une tenue pour monter en amazone. Elle avait horreur de monter ainsi à cheval.

Une fois prête – se changer plusieurs fois dans la journée lui rappelait sa vie précédente – elle laissa ses affaires dans la grotte buissonneuse (buissonnière se dit dans ce cas ?) et partit à l’assaut de la ville. Son estomac criait famine et il y avait une chance pour qu’elle se tourne vers la profession de malfrate, alors autant qu’elle s’entraîne dès à présent. Ethelle revint au parc des Deux Ormes juste à temps pour la fermeture. Elle ne savait pas comment Clay et les autres Faucheux faisaient pour entrer après la fermeture. Pour sa part elle préférait s’y faire enfermer. Sans perdre de temps, elle courut se réfugier dans son abri. Épuisée par ses émotions de la journée, la jeune femme ne prit pas la peine de sortir quoique ce soit de son sac. Elle se contenta de s’effondrer par terre et de s’endormir promptement.

Des éclats de voix la tirèrent du sommeil. Se redressant instantanément, Ethelle jeta un rapide coup d’œil à l’extérieur de sa grotte feuillue. D’où elle était, la jeune femme ne distinguait rien. En revanche, une odeur de brûlé piquait ses narines. Inquiète, elle attrapa son sac de voyage et se coula à l’extérieur, tentant de localiser l’origine de la fumée. Elle repéra rapidement les lueurs jaunes d’un feu, au milieu de la pelouse de détente du parc. Intriguée et se sentant téméraire, Ethelle se dirigea dans cette direction. Elle voyait des silhouettes se découper – qu’elle supposa être des Faucheux – courant d’un côté et de l’autre du feu. La jeune femme ne savait pas ce qu’il se passait, mais la confusion paraissait être totale.

La rouquine n’osa pas retourner dans son buisson. Le feu avait l’air de s’étendre sans que personne n’essaie de le maîtriser et elle ne voulait pas se retrouver cuite en papillote. Ni en quoi que ce soit d’autre, d’ailleurs. Une ombre se dressa soudainement devant elle, a contre jour de flammes. « Encore toi ? » Lui lança la silhouette avec la voix de Clay. Ethelle n’eut pas le temps de répondre, et encore moins de s’offusquer d’être ainsi tutoyée, que l’ombre l’attrapa par le bras et l’emmena dans la direction opposée au feu. « Dépêche-toi, tout un tas de gens que tu n’as pas envie de voir ne vont pas tarder. » L’exhorta le jeune homme. La rouquine se pressa, à la suite de Clay qui la guidait dans une direction où elle ne se souvenait pas avoir vu de sortie.

Ethelle n’avait pas l’habitude de courir et s’essouffla vite. Son compagnon lui prit son sac d’autorité pour la soulager. Ils coururent jusqu’aux grilles qui ceinturaient le parc des Deux Ormes. A cet endroit, il y avait un mur contre lequel s’appuyait le système d’arrivée d’eau pour la rivière qui serpentait dans tout le parc. Le tout était dissimulé dans de faux rochers, le long desquels coulait une petite cascade artificielle. La jeune femme ne s’était jamais rendue dans cette partie du parc, mais elle n’avait pas le temps de s’y attarder. Clay grimpa lestement le long des rochers factices et, une fois en haut, se tourna vers Ethelle pour vérifier qu’elle le suivait. Celle-ci gratifiait les degrés de pierre d’un regard perplexe.

« Viens ! » Lui enjoignit le jeune homme. Elle acquiesça et entreprit d’escalader les rochers. Ils étaient glissants et elle s’écorcha les doigts dessus.
Elle réussit à rejoindre Clay plus rapidement qu’elle ne pensait et se sentit fière d’elle-même. La rouquine s’autorisa même de gratifier son compagnon d’un sourire satisfait. Mais celui-ci ne l’attendit pas. Toujours le sac de la jeune femme en main, il passa par dessus le mur et se laissa tomber dans la rue de l’autre côté. Une fois sur le trottoir qui longeait le parc, il leva la tête en direction d’Ethelle et lui adressa un petit signe encourageant. Elle déglutit. Le sol lui paraissait terriblement loin : elle allait forcément se faire mal en sautant de si haut ! « Allez, tu peux le faire. » Clay lui tendait une main en lui faisant signe de le rejoindre. Mais la rouquine avait l’estomac noué de frayeur. Ce mur était tout de même bien plus grand qu’elle.

Des sifflets se firent entendre, en provenance du parc. « La police, lâcha le jeune homme. Dépêche-toi, nous n’avons plus le temps de tergiverser. » Ethelle laissa échapper un demi sanglot d’angoisse. Elle avait très peur de sauter du haut du mur, mais elle n’avait pas du tout envie d’être attrapée par les forces de l’ordre. Depuis qu’ils n’avaient pas poussé l’enquête sur la mort de son père plus loin que la facile constatation du suicide, elle ne leur faisait plus confiance. Qui sait de quoi ils pourraient l’inculper en la trouvant de nuit dans un parc fermé en proie à un incendie ? Elle ne pouvait pas se permettre qu’ils lui mettent la main dessus, sinon elle pourrait certainement dire adieu à ses dernières chances de faire de nouveau partie de la haute société. Timidement, elle enjamba le mur. Se maintenant au rebord, elle fit passer son corps dans le vide, puis se laissa lourdement tomber dans la rue. Clay la gratifia d’une joyeuse tape dans le dos, puis l’entraîna de nouveau dans la nuit éclairée par les lampadaires à gaz.

La jeune femme n’aimait pas le silence de son guide tandis qu’ils parcouraient les rues endormies. « Que s’est-il passé au parc ? S’enquit-elle curieusement.
– Tu ne me croirais pas, balaya Clay en se rembrunissant.
– Essayez donc, insista Ethelle un peu irrité par ce tutoiement intempestif et impertinent.
– C’était une salamandre, je crois, hésita le Faucheux.
– Une salamandre ? Répéta-t-elle un peu dégoûtée. Et comment une salamandre peut-elle mettre le feu à un parc ?
– C’est Tischa qui l’a attrapée. Elle nous l’a amenée et certains des Faucheux se sont mis à la taquiner. Il y en a même un qui voulait la faire rôtir pour voir quel goût elle avait. La salamandre.
– Quelle drôle d’idée, commenta la rouquine qui n’arrivait pas à concevoir que l’on ait envie de goûter à quelque chose d’aussi répugnant pour elle qu’une salamandre. »

Clay haussa les épaules. « Tu sais, reprit-il, quand on a faim, on essaie des choses. Quoiqu’il en soit, la salamandre n’a pas apprécié le traitement. Aux sifflements qu’elle poussait, je pense qu’elle était sacrément en colère. C’est là qu’elle a commencé à gonfler et à briller comme une lanterne ! Et elle s’est mise à cracher des étincelles.
– Les salamandres ne crachent pas de vraies étincelles.
– Et les rats ne rient pas, la rabroua le Faucheux.
– Et les lucioles n’ont pas de visage, continua Ethelle qui, pensive, ne se sentit pas vexée par la répartie de son compagnon.
– Comment ? Ce dernier ne comprenait pas ce qu’elle racontait.
– Je voulais juste dire que je pense que je te crois, expliqua la jeune femme.
– Oh, d’accord. Tu as une drôle de façon de le dire. »

Ils restèrent un instant silencieux, jusqu’à ce qu’Ethelle ne demande de nouveau : « C’est la salamandre qui a causé l’incendie avec ses petites étincelles, alors ? » Clay hocha affirmativement la tête. « C’est impressionnant.
– Tu trouves ? S’étonna le jeune homme.
– Et bien oui, confirma-t-elle. Cette bête a du produire vraiment beaucoup d’étincelles pour pouvoir causer un incendie.

 

 

1771 mots, continuation du rognage de retard en cours

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 6

Mais cela ne vous coûtera rien d’essayer. Sa famille est suffisamment aisée pour que vous soyez à l’abri du besoin. Bien sûr, avant le scandale Morton, vous auriez pu prétendre à bien mieux, mais la situation a malheureusement changé. Je le déplore autant que vous, soyez-en certaine. Ce n’est pas l’idéal, mais je pense que c’est le mieux auquel vous pouvez prétendre pour le moment. Et puis, soyons réalistes, vous n’allez pas pouvoir éternellement rester dans votre hôtel, n’est ce pas ? »

Le Comte Thomas Clayton se tut, attendant la réponse de la fille de feu son vieil ami. Il était visiblement très fier de son idée, qui soulagerait sa conscience en aidant Ethelle, tout en restant loin des éclaboussures du scandale autour de Morton qui, étant à présent décédé, ne pouvait plus se défendre contre ces accusations que sa fille jugeait fallacieuses. Cette dernière ne s’était pas attendue à une aide de ce type. Elle était sous le choc et utilisait la plupart de ses ressources pour garder un masque impassible. Un mariage, c’était tout ce que le meilleur ami de son père pouvait proposer. Avec un parti à l’air un peu douteux, qui plus est.

Elle fixa ses yeux bleus dans ceux du Comte. « Une union n’est pas une chose à prendre à la légère, parvint-elle à formuler. Il faut que je réfléchisse à cette éventualité que je n’avais pas du tout prévue.
– Je comprends, acquiesça Clayton. Mais ne perdez pas trop de temps. Je suppose que vos ressources financières qui vous permettent de payer Grand Grison ne sont pas extensibles. Et le jeune homme en question peut toujours changer d’avis sur l’une ou l’autre prétendante pendant que vous réfléchissez à la question.
– Je ne tarderai pas trop, lui promit Ethelle avec le plus d’assurance possible.
– Tant mieux, se réjouit le Comte. Pour vous aider, j’ai pris la liberté de vous prévoir un rendez-vous avec votre potentiel futur mari.
– Oh, merci, déclara machinalement la rouquine.
– Ne me remerciez pas, voyons, balaya Thomas Clayton avec magnanimité. C’est la moindre des choses d’essayer de vous sortir de cette situation compliquée ! Je ne vois pas comment vous pourriez y arriver toute seule.
– Bien sûr. »

Son égo n’avait pas vraiment apprécié la dernière phrase du vieil ami de son père. Ethelle ne pouvait pas s’empêcher de se sentir piquée par cette phrase beaucoup trop condescendante. Elle avait déjà remarqué ce trait de caractère irritant du Comte lorsqu’il s’adressait à son propre fils. Pour sa part, la jeune femme n’avait pas encore eu l’occasion de le subir, et elle aurait préféré rester dans l’ignorance. Thomas Clayton lui apparut soudainement plus détestable que secourable. Elle n’aimait pas trop cette idée de mariage et encore moins le fait qu’il lui propose un parti obscur au lieu de l’un de ses fils, neveux ou enfants d’amis, par exemple. Ses pensées furent interrompues par le Comte qui, enchanté de l’impression d’assentiment que lui avait donné la rouquine, reprenait :

« Bien, je suis ravi que nous ayons trouvé un terrain d’entente, en tous cas. Je vais devoir vous laisser prendre congé : j’ai beaucoup d’affaires importantes à traiter aujourd’hui. Je vous laisserai vous adresser à mon secrétaire, c’est lui qui dispose des détails de votre rendez-vous. Je vous souhaite toute la réussite du monde dans votre entreprise ! Vous êtes une jeune femme charmante, vous avez toutes vos chances. » Ethelle s’efforça de sourire ; après tout Clayton était persuadé d’avoir véritablement agi dans son intérêt à elle. La jeune femme le remercia, les formules de politesse lui venant machinalement à la bouche ; elle avait toujours bien maîtrisé l’étiquette. C’était, à certains moments, une seconde nature pour elle. Bien rodée, elle pouvait ainsi se sortir de situations mondaines désagréables, sans avoir l’impression d’avoir fait le moindre effort. Ce qu’elle appliquait consciencieusement avec le Comte, tout en ayant l’impression de continuer à vivre des évènements surréalistes, comme depuis le décès de son père.

En sortant du bureau, le secrétaire vint à sa rencontre. Ethelle ne lui avait pas accordé beaucoup d’attention pendant son attente, mais il paraissait un jeune homme plein de bonne volonté. Il avait déjà préparé une feuille avec toutes les informations dont la rouquine pourrait avoir besoin en vue de son rendez-vous avec celui que Clayton avait qualifié de son potentiel futur mari. « Merci beaucoup, lui déclara aimablement Ethelle avec un sourire.
– De rien, mademoiselle. Je me tiens à votre disposition si vous avez des questions.
– Je suis certaine que votre papier est parfaitement complet, lui assura la rouquine.
– Merci mademoiselle. » Le jeune secrétaire rosit légèrement.

« Où se trouve l’homme qui s’était assis ici ? L’archéologue ? s’enquit Ethelle en constatant que le petit salon d’attente était désormais vide.
– Oh, je ne sais pas mademoiselle, il est parti peu de temps après que vous soyez entrée dans le bureau de monsieur Clayton.
– Savez-vous où je peux le trouver ? L’interrogea ensuite la jeune femme qui ressentait le besoin de discuter avec une personne un peu excentrique qui lui changerait les idées.
– Malheureusement non, déplora le secrétaire. Je ne connais même pas son nom : il n’avait pas de rendez-vous avec madame Cranberry. Il est arrivé à l’improviste.
– Je vois, soupira-t-elle. Merci quand même, vous avez été fort aimable, monsieur. » Elle repensait à ce petit moment de félicité où elle sirotait son thé chaud qu’il lui avait apporté, confortablement installée sur le fauteuil vert, en étant persuadée que des jours meilleurs l’attendaient. Le jeune homme rougit carrément, mais ne parvint pas à faire durer la conversation. Ethelle s’en allait déjà, serrant fermement les anses de son sac de voyage.

En sortant dehors, sous le froid soleil de la matinée bien entamée, la rouquine se sentit un peu hébétée. Elle descendit les marches en pierre du Parlement comme dans un rêve. Puis se mit à marcher sans but dans la rue. Ses pas la menèrent inconsciemment jusqu’au parc des Deux Ormes. En s’installant sur un joli petit banc de bois blanc verni et aux armatures de fer forgé donnant sur une petite rivière artificielle bordée de joncs et de roseaux, la jeune femme songea qu’elle avait peut-être fini par considérer le parc comme sa maison. Elle se demanda si elle se sentait clocharde et que c’était pour cette raison qu’elle s’était dirigée ici sans y penser. Contemplant l’eau qui coulait en clapotant joyeusement, Ethelle se rappela de sa conversation avec – comment s’appelait-il déjà ? Oh, Clay – qui lui avait dit qu’elle n’était pas la bienvenue aux Deux Ormes et qu’elle devrait quitter l’endroit sous peine d’avoir de sérieux ennuis. Les larmes lui montèrent aux yeux. Elle était rejetée de partout. Peut-être qu’elle n’avait effectivement pas d’autre choix que de tenter cette idée de mariage.

La jeune femme ravala ses larmes et sortit, de la poche où elle l’avait fourré, le papier que lui avait donné le secrétaire du Comte Clayton. Comme elle l’avait froissé d’énervement, elle le lissa consciencieusement, puis le parcourut. La rouquine apprit ainsi que le jeune homme à marier se nommait Nicolas Merryweather et qu’elle avait rendez-vous avec lui le lendemain, à l’heure du thé, dans un salon célèbre du centre ville où il avait accepté de la rencontrer. Elle laissa échapper un petit rire amer. Serait-elle encore vivante demain ? Ethelle n’avait toujours rien mangé depuis la veille, elle n’avait pas d’autre robe à mettre, n’avait aucune possibilité de prendre un bain, ni moyen de se rendre présentable. Une personne aussi difficile que semblait être le dénommé Nicolas ne laisserait jamais passer de tels manquements ; ses chances de l’intéresser étaient très minces, sans même compter que son nom de famille seul était un inconvénient pour le moment.

La jeune femme plia soigneusement le papier en quatre et le mit de nouveau dans sa poche, de manière plus minutieuse cette fois, et se laissa aller au découragement. Son regard erra de nouveau sur l’eau courante. Elle ne voyait plus d’autre solution pour fuir la misère et entreprendre de laver le nom de son père. La rouquine avait beaucoup compté sur le soutien du vieil ami de son père. Mais, comme ses amis à elle, l’attachement était superficiel ou même juste artificiel. Peu importait la nuance : le résultat était le même. Elle se retrouvait dans la rue, sans ressource ni personne vers qui se tourner. Complètement désemparée, Ethelle se prit désormais à se trouver plus compréhensive et compatissante envers les désespérés qui faisaient la manche, vendaient leur corps ou volaient.

Même si elle en était un peu honteuse, elle-même était devenue une voleuse passable en peu de temps. En témoignait ce pot de confit de canard qu’elle avait dérobé la veille mais qu’elle n’avait – ô ironie – aucun moyen de faire chauffer pour le manger. Au point où elle en était, la rouquine considéra la possibilité de le manger froid. Elle grimaça ; apparemment elle n’était pas encore prête pour ce genre d’extrémité. Son estomac gargouilla, certainement pour lui exprimer son désaccord. Il se sentait négligé et le lui faisait savoir. Elle poussa un long soupir. Que devait-elle faire à présent ? Se rendre à l’entrevue organisée avec Nicolas Merryweather ? Retourner sonner aux habitations huppées de ses amis au cas où l’un d’entre eux aurait changé d’avis ? Quitter la ville pour tenter sa chance ailleurs ? Faire la manche ou vendre son corps ou voler comme les autres démunis ? Mourir de froid dans un coin ?

Ethelle essaya d’imaginer un instant ce que pourrait donner une carrière de voleuse. Elle aimait bien l’idée de devenir une voleuse célèbre, mais pas trop celle de finir pendue à un gibet. La justice n’appréciait pas vraiment la profession de voleur. Malheureusement, aucune des autres possibilités ne lui plaisait non plus. Sa préférée était celle qui consistait à aller demander de l’aide à ses amis une fois de plus. Mais elle savait qu’il y avait peu de chance qu’ils aient changé d’avis et répugnait de ressentir de nouveau une telle déception. La jeune femme resserra un peu sa pèlerine. Malgré la fin de matinée, il faisait plutôt froid. Si elle se mariait avec Merryweather, elle serait au moins assurée de passer l’hiver dans une vraie maison chauffée.

En attendant, si Ethelle ne voulait pas tomber malade, elle devait faire un peu d’exercice. Récupérant son sac de voyage à côté d’elle, elle se leva et erra sur les chemins de pierres blanches du parc, admirant les pelouses encore vertes et les buissons et arbres bien entretenus. Il y avait également des parterres de fleurs envahis de pensées colorées et de violettes aux douces fragrances. Elle était tellement concentrée sur son admiration pour les plantes qu’elle faillit percuter quelqu’un.

 

 

1800 mots, je rogne un petit peu sur mon retard ^^

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 5

Pour le moment, cette situation lui convenait parfaitement.

La porte du bureau voisin à celui du Comte s’ouvrit avec fracas, faisant sursauter Ethelle et le secrétaire qui triait des dossiers sur les étagères voisines. Un homme sortit de la pièce et attrapa fermement la porte, comme si il essayait de la dégonder. « Pas littéralement ! » Rugit une voix féminine et sèche provenant du bureau. « Ne vous faites pas plus bête que vous ne l’êtes Simon !
– Je ne pense pas que je pourrai en tirer grand chose, déplora ledit Simon en ignorant la femme.
– Laissez cette porte, Simon et fermez la ! » L’homme finit par obéir. Il claqua la porte et alla s’affaler sur un fauteuil situé en face d’Ethelle. Il soupira en passant une mains dans ses cheveux en bataille et posa ses pieds croisés sur la table basse qui les séparait.

La jeune femme l’inspecta machinalement. Ses vêtements, bien que de bonne qualité, étaient un peu poussiéreux et son apparence générale un peu négligée. Elle avait déjà vu des personnes porter ce genre de tenue ; ils s’auto proclamaient explorateurs ou aventuriers et voyageaient de par le monde, d’où ils ramenaient anecdotes et objets mystérieux. Comme si il avait senti qu’il était observé, Simon leva les yeux sur elle. « Vous paraissez un peu déconfit, commenta Ethelle.
– Je le suis, précisa l’homme. Personne ne veut m’écouter et c’est assez frustrant.
– Je vois tout à fait ce que vous voulez dire. » Compatit la jeune femme. Lors de la mort de son père, personne n’avait voulu la croire lorsqu’elle disait qu’il ne fallait pas s’en tenir à la thèse du suicide. Même l’officier de police ne lui avait pas prêté une oreille attentive. Cela, en particulier, l’avait beaucoup découragée. Si même les forces de police ne prenaient pas la peine d’enquêter, comment allait-elle pouvoir laver le nom de Morton ?

« Seriez-vous un explorateur ? s’enquit Ethelle intriguée par cet homme qui ne savait pas se tenir au milieu du Parlement.
– Encore mieux ! S’exclama celui-ci, un grand sourire illuminant son visage. Je suis un archéologue !
– Et vous recherchiez des fonds pour une expédition archéologique ?
– Pas vraiment, non. Je voulais surtout faire part de certaines de mes découvertes qui sont d’une importance capitale pour notre avenir. Mais aucune des personnes que je connais au gouvernement ne veut m’écouter.
– Avez-vous essayé de contacter des journalistes ? suggéra la jeune femme.
– J’y ai pensé, acquiesça Simon. Mais je ne suis pas certain du bien fondé de dévoiler mes hypothèses au monde entier.
– Pourquoi donc ? »

Ethelle avait fini par se trouver intriguée par ce que lui racontait l’archéologue. Il paraissait d’ailleurs enthousiaste d’avoir enfin une oreille attentive et parut réfléchir à la meilleure façon de lui présenter les choses. Après quelques secondes de réflexion, il lui demanda : « Auriez-vous remarqué des choses étranges, dernièrement ?
– Oh, et bien je remarque sans arrêt des choses étranges, répondit la jeune femme.
– Oui, c’est sûr qu’il y a beaucoup de choses étranges dans le monde, convint Simon. Mais je parle là de choses surnaturelles.
– Surnaturelles ? » Ethelle s’apprêtait à railler l’explorateur, mais se souvint brusquement du rat qui riait et de la grosse luciole qui avait eu l’air d’avoir un visage. Etait-ce à ce genre de choses qu’il faisait allusion ? Elle n’osa pas mentionner ce qu’elle avait vu la veille. D’autant qu’elle n’avait pas vraiment vu le rat et elle n’était pas très réveillée quand elle avait vu la luciole.

« Je suis certain que vous avez été témoin d’évènements étranges, persista Simon. Il y en a de plus en plus. Evidemment, les gens n’ont pas envie de voir le surnaturel, ils ont peur de passer pour des fous. Mais moi je sais bien que depuis des années, de nouvelles choses font leur apparition.
– De nouvelles choses ? L’archéologie ne concerne-t-elle pas plutôt l’étude du passé ? Pointa Ethelle d’un ton un peu acide, car elle n’était pas très sûre d’apprécier le discours de son interlocuteur.
– Oh si ! Et justement ! S’exclama l’homme avec véhémence. Tout est lié : ces apparitions étranges sont en rapport direct avec mes dernières découvertes.
– Vraiment ? »

La jeune femme était à la fois gênée des implications de l’apparition de choses surnaturelles qui la mettaient mal à l’aise, et intriguée par les explications de l’archéologue qui rendaient légitime ses observations de la veille. Elle avait brièvement pensé que ses déboires avaient fini par lui faire perdre la tête. Au moment où Simon allait entrer dans des détails, ils furent interrompus par le Comte Clayton qui sortait de son bureau avec le rendez-vous précédent celui qui était prévu avec Ethelle. Ils avaient l’air d’être arrivés à un accord qui leur convenait à tous les deux, si la jeune femme en croyait leur façon de parler très forte agrémentée de gros rires. Le visiteur finit par s’en aller et Thomas Clayton tourna la tête en direction du petit salon où se trouvaient Ethelle et Simon qui discutaient ensemble. « Ah, mademoiselle Morton, vous êtes déjà arrivée, se réjouit le Comte en s’approchant d’elle et lui tendant la main pour l’aider à se lever.
– Je suis toujours à l’heure, l’informa-t-elle en quittant le fauteuil avec une pointe de regret.
– Bien sûr, mademoiselle Morton, je n’en doute pas un instant. » Il jeta un coup d’oeil mi intrigué, mi dégoûté, en direction de Simon. Il ne pouvait clairement pas avoir une bonne opinion d’un homme à la mise aussi négligée. « Venez donc dans mon bureau, nous serons plus à l’aise et plus au calme. » La rouquine acquiesça d’un signe de tête et précéda Clayton dans son bureau. Il ferma soigneusement la porte, invita la jeune femme à s’installer dans un fauteuil similaire à ceux du petit salon d’attente qui faisait face à son bureau et s’assit lui-même derrière.

« Bienvenue mademoiselle Morton, j’espère que votre séjour à l’hôtel Grand Grison se passe bien.
– L’hôtel Grand Grison ? répéta Ethelle un peu perdue.
– Oui, j’ai entendu dire que c’était à cet endroit que vous logiez, ce n’est pas le cas ?
– Oh, si si c’est bien cela. » C’était effectivement dans cet hôtel chic qu’elle avait pris une chambre juste après la saisie des biens de son héritage, jusqu’à ce qu’elle n’ait plus de ressources financières. Mais ses dernières nuits dans le parc des Deux Ormes étaient encore tellement marquantes et présentes dans son esprit qu’elle en avait presque oublié l’hôtel.
Elle reprit rapidement constance et décida qu’il était mieux que le Comte pense qu’elle logeait encore à l’hôtel au lieu qu’elle soit une sans-abri qui dormait dans un buisson au milieu d’un parc. Cela n’aurait pas été une situation convenable pour un homme respectable tel que Thomas Clayton que de recevoir une simple clocharde dans son bureau du Parlement. D’autant plus que, étant donné le regard de dédain dont il avait gratifié l’archéologue, cette perspective l’aurait très certainement dégoûté, même si il connaissait Ethelle depuis qu’elle était toute petite. Si il pensait qu’elle vivait toujours dans un endroit chic, elle ne comptait pas le détromper, et ça servait plutôt bien ses affaires.

« J’ai été tellement désolé d’apprendre la mort tragique de votre père, compatit le Comte.
– Les morts sont toujours tragiques, commenta la jeune femme avec un petit air pincé.
– En effet, convint Clayton avec un fin sourire. Vous avez toujours autant d’esprit ; c’est un plaisir de constater que vous ne vous êtes pas laissée abattre par la situation.
– Merci, mais je vous avoue que ça n’a pas été tous les jours facile. » La rouquine se souvenait notamment du premier soir où elle avait du dormir dans le parc des Deux Ormes. Ce soir là il y avait eu une averse particulièrement abondante et elle avait cru mourir de froid dans l’humidité ambiante, recroquevillée dans sa pèlerine au sein de sa grotte végétale. Elle avait beaucoup pleuré en grelottant cette nuit là. Mais elle avait survécu et le lendemain il avait fallu trouver à manger, tout en essayant de trouver des contacts qui auraient pu l’aider, au moins en l’hébergeant momentanément.

« Je n’en doute pas, les circonstances de cette disparition étaient vraiment dramatiques, continua le Comte. Mais passons. Alors, que puis-je faire pour vous aujourd’hui ?
– Tout d’abord, je vous remercie de bien avoir voulu me recevoir, commença la jeune femme. Dernièrement, cela a été un peu compliqué de trouver des personnes qui voulaient bien m’accorder du temps.
– Je comprends, beaucoup de gens manquent cruellement de certaines qualités humaines, déplora Clayton. Mais en tant que fille de mon ami d’enfance, vous pouvez compter sur moi mademoiselle.
– Cela me fait chaud au coeur de savoir que je ne suis pas abandonnée de tous, avoua franchement Ethelle. Depuis que tous mes biens ont été saisis, je me sens un peu désemparée, et j’aurais bien besoin d’aide pour remettre le pied à l’étrier.
– J’imagine. » Compatit le Comte d’une voix douce. Il la gratifia d’un regard compréhensif, poussa un profond soupir et se redressa face à son bureau.

Il reprit gravement : « Mademoiselle Morton, il faut que vous ayez bien conscience que le scandale autour de votre père va m’empêcher de vous aider publiquement. Je prends même déjà un risque pour ma notoriété de vous accueillir ici. En revanche, je peux essayer de vous aider par des moyens un peu détournés. » La jeune femme était très angoissée en attendant de savoir si le Comte allait pouvoir effectivement l’aider, ou si il s’agissait encore d’un espoir qui serait déçu. Elle s’efforça de n’en rien laisser paraître et de patienter tandis que Clayton s’étendait sur le fait qu’il n’allait pas pouvoir lui accorder une véritable aide directe. « Je connais un certain jeune homme de bonne famille auquel ses parents ont du mal à lui trouver un parti. Il s’avère qu’il les rejette tous et tout le monde se demande si il trouvera un jour une femme qui lui conviendra. Alors, j’en conviens, il se peut que vous ne l’intéressiez pas non plus.

 

 

1678 mots, je n’ai pas encore commencé à rattraper mon retard, mais au moins j’en ai pas plus !

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 4

Le bâtiment faisait partie des plus imposants de la ville. A la fois massif et élégant avec ses colonnades élancées, il était clairement d’inspiration antique. Le fronton représentait des personnages classiques, en toges ou nus, qui étaient mis en scène dans diverses saynètes dont la signification restait obscure pour la plupart des gens. Ethelle s’était toujours demandée pourquoi les commanditaires de ces bâtiments les avaient voulu ornés de tellement de corps nus, alors que leur société était plutôt prude. Chacun pouvait être choqué lorsqu’un vêtement montait au dessus de la cheville, notamment. La jeune femme avait toujours trouvé cela ridicule ; elle ne voyait pas ce qu’il y avait de si affriolant dans un bas de mollet.

Le brouillard s’était un peu levé et la ville devenait plus fourmillante de piétons et de véhicules tractés par des chevaux tantôt animaux et tantôt mécaniques. Les voitures à moteur avaient fait leur apparition quelques années auparavant et avaient fait un tabac chez les familles suffisamment aisées pour s’en offrir une. Elles allaient plus vite qu’un cheval et n’avaient pas besoin de se reposer. Au début, il y avait eu pas mal d’accidents, surtout en ville où les piétons étaient pléthore. Mais le gouvernement avait rapidement pris les choses en main et établi tout un ensemble de règles à suivre, pour conduire ces véhicules en parfait accord avec « l’Etiquette de la Route ». Depuis, le nombre d’incidents impliquant ces voitures mécaniques avait beaucoup baissé. De plus, les piétons s’habituèrent rapidement à prendre plus de précautions avant de s’aventurer sur la rue où la circulation avait beaucoup augmenté. Certains quartiers aux rues plus larges que les autres avaient vu l’apparition de trottoirs surélevés où les piétons pouvaient marcher sans risquer de se faire renverser.

Ethelle avait adoré la petite voiture que son père lui avait offert pour son dernier anniversaire. Les finitions en laiton étaient finement ciselées et le tout était vernis. Elle avait rendue ses anciennes amies jalouses et avait organisé moult sorties à la campagne dont elles avaient toutes beaucoup profité. Malheureusement, la jolie voiture avait été saisie, comme tout le reste. Balayant ses pensées, elle gravit les degrés de pierre du Parlement. Elle savait très bien où trouver le bureau du Comte Clayton, elle s’y dirigea sans hésiter. Le secrétaire qui l’accueillit la fit patienter dans une petite alcôve meublée de petit fauteuils de cuir vert moelleux. La jeune femme s’installa avec délectation sur le meuble rembourré. Il lui semblait que cela faisait une éternité qu’elle n’avait pas eu l’occasion de s’assoir sur quelque chose d’aussi confortable.

Pour adoucir son attente, le secrétaire du Comte lui amena une tasse de thé aromatisé aux fruits. Ethelle le remercia avec une chaleur qui surprit l’employé. Elle ne put pas s’empêcher de se brûler la langue avec la boisson encore presque bouillante, tellement elle était pressée de goûter de nouveau à ce breuvage qui lui avait tant manqué. La jeune femme resta un instant, les yeux mi clos, à profiter du thé chaud, confortablement assise sur le joli fauteuil. Elle avait presque l’impression d’être de nouveau dans sa vie d’avant et espéra qu’elle pourrait en profiter le plus longtemps possible. Heureusement pour elle, le rendez-vous précédent de Clayton paraissait s’éterniser.

 

 

535 mots

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 3

Auparavant, la jeune femme n’aimait pas les matins citadins, en grande partie à cause du brouillard qui envahissait les rues. Elle pensait à l’époque qu’il avait une mauvaise influence sur son teint. Et c’était peut-être le cas, mais elle avait désormais des sujets de préoccupation un peu moins superficiels. Le froid, par exemple. Elle fit jouer les articulations de ses doigts, déjà engourdis par la bise matinale. Pour paraître plus présentable, elle avait délaissé ses gants de cuir lacérés. Ils étaient désormais dans son sac de voyage, en compagnie de ce qui lui restait. Ethelle s’arrêta devant une vitrine pour inspecter son allure générale. Elle soupira de soulagement. Sa coiffure paraissait correcte, et le poudrage également. Rassurée sur son apparence, elle reprit son chemin après avoir arrangé quelques mèches.

Le Comte Thomas Clayton lui avait donné rendez-vous sur son lieu de travail, au Parlement.

Très peu de mots aujourd’hui, mais ça sera rattrapé ce week end 😉

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 2

Elle se glissa entre des branchages pour se réfugier à l’abri d’une grotte végétale. Suffisamment spacieuse pour qu’elle puisse s’y étendre de tout son long, les parois de branches et de feuilles étaient très épaisses. La nuit précédente avait vu une averse arroser la ville ; mais Ethelle n’avait pas du tout été mouillée par la moindre goutte. Si elle n’avait pas été persuadée que Thomas Clayton la sortirait de la rue, la jeune femme aurait presque déploré de devoir quitter une cachette aussi pratique. Le seul inconvénient étant que les branches entrelacées ne laissaient pas plus passer la lumière que la pluie. Bien sûr, l’ouverture par laquelle Ethelle entrait dans son igloo de verdure permettait de bénéficier de la lumière d’un lampadaire à gaz qui éclairait la rue voisine. Mais il fallait se placer très près de l’entrée pour cela et l’éclairage restait insuffisant pour lire, par exemple. Il lui permettait juste de se repérer dans ses affaires.

La rouquine s’enveloppa avec délectation dans sa pèlerine de velours doublée. Pour le moment le vêtement était encore froid, mais il allait très rapidement lui procurer une douce chaleur. Elle posa son pot en verre de confit de canard devant l’entrée, afin de pouvoir l’admirer à la lueur du lampadaire à gaz, et se frotta les mains gantées de mitaines pour les réchauffer. La jeune femme avait un peu honte d’avoir découpé ses coûteux gants de cuir. Elle n’avait pas eu le choix : en restant dehors, et ce malgré que ce soit seulement le début de l’automne, elle avait été obligée de garder ses gants en permanence sous peine de voir ses mains engourdies. Sauf qu’elle avait eu besoin des capacités motrices fines de ses doigts. Avec regret, elle s’était résolue à faire comme les femmes de basses extraction qui portaient des mitaines, de laine quant à elles. Cette matière devait maintenir la chaleur plus efficacement, supposait Ethelle. Heureusement, elle n’aurait pas à vérifier cela par elle-même.

Tout en s’asseyant en tailleur face au confit de canard en pot, elle sortit une brosse de son sac de voyage et commença à démêler son opulente chevelure rousse. Ce faisant, elle laissa ses pensées vagabonder. La première chose qu’elle ferait une fois qu’elle aurait retrouvé un environnement décent, serait de prendre un bain. Chaud. Et mousseux. Elle ne dégageait pas encore d’odeur corporelle notable, mais elle ne s’en sentait pas moins crasseuse. Même si elle savait qu’elle aurait du mal à continuer ainsi pendant longtemps, Ethelle faisait tout pour se débarbouiller au mieux pour être présentable. Elle comptait utiliser toutes ses dernières ressources d’artifices de propreté et de beauté pour son rendez-vous.

A la base, elle avait aussi prévu de prendre un bon repas pour paraître au mieux de sa forme. Son visage lui avait fait peur la dernière fois qu’elle avait eu l’occasion de se regarder dans un miroir. Malheureusement, si elle voulait tenir sa promesse à Clay de rester discrète, elle n’allait pas pouvoir faire chauffer ce fameux confit de canard. Il lui faisait très envie, mais les effluves qu’il allait exhaler pendant la cuisson allait forcément attirer l’attention. La jeune femme n’appréciait pas trop ce dilemme. Elle interrompit brièvement le brossage de ses cheveux pour ranger la conserve tentatrice dans son sac de voyage, en compagnie de ses autres possessions. Ceci fait, elle s’assit de nouveau et reprit la brosse pour continuer de démêler machinalement ses mèches. Cette activité anodine et répétitive lui permettait de se détendre. Parfois aussi de réfléchir. Pour le moment, elle se contentait de passer longuement la brosse dans ses cheveux, en comptant à rebours à partir de cent.

Une luciole, aussi grosse que la précédente qui avait fait irruption pendant sa discussion avec le dénommé Clay, s’invita dans la grotte végétale, l’illuminant d’une douce lumière verte. Ethelle la suivit du regard, sans arrêter le mouvement. L’insecte voleta de part et d’autre des parois, comme si il visitait l’endroit. Après avoir fait le tour du propriétaire, la luciole s’approcha de la jeune femme qui suspendit son geste. Bouche bée, elle cligna plusieurs fois des yeux pour s’assurer qu’elle ne rêvait pas. Elle avait cru voir un visage humanoïde au lieu de la tête insectoïde qu’elle s’était attendue à trouver. Malheureusement, le vol erratique de la petite bête l’empêchait de l’étudier de plus près. Laissant tomber sa brosse, Ethelle tenta d’attraper la luciole. Après quelques minutes de chasse, l’insecte s’échappa par l’entrée, se mettant hors de portée de la jeune femme en voletant en direction de la cime des arbres.

Sa poursuivante ne sortit pas de son refuge, se bornant à contempler la lumière verte de la luciole disparaître au loin, entre les feuilles. Un peu déçue, Ethelle haussa les épaules et ramassa sa brosse. Ne sachant plus où elle en était dans son compte, elle rangea l’objet dans son sac et commença à préparer sa couche pour la nuit. Comme le reste des rares conforts de sa vie dans la rue, son lit était rudimentaire, comportant une couverture sur le sol, une couverture sur elle et son sac de voyage en guise d’oreiller. La jeune femme ne parvenait pas à s’habituer à dormir ainsi. Son sommeil était perpétuellement agité et des cernes ajoutaient à sa mauvaise mine générale. Il lui paraissait bien loin le temps où elle dormait dans un vrai lit au matelas moelleux et aux oreillers de plumes ! Elle enleva ensuite sa douce pèlerine, pour la placer en guise de couverture supplémentaire et se glissa dans sa couche de fortune. Elle se blottit du mieux qu’elle put dans ses couvertures et chercha avidement le sommeil.

 

Le soleil la réveilla tôt le lendemain matin. La jeune femme s’étira longuement. Encore une fois, elle avait mal dormi, mais l’expectative de la journée lui donna une bonne dose de motivation. Elle se leva d’un coup, manquant de se heurter la tête contre la voûte de branchages. Se souvenant juste à temps qu’elle se trouvait dans un lieu bas de plafond, Ethelle évita la bosse qui aurait résulté de cette rencontre malencontreuse entre sa tête et une branche. Son ventre gargouilla soudainement, la rappelant à des considérations encore plus primaires. La jeune femme n’avait pas dîné la veille et elle n’avait rien pour le petit-déjeuner. En soupirant, elle se résigna à devoir se rendre à son rendez-vous l’estomac vide.

Pour ne plus penser à la faim qui la tenaillait, elle se mit au travail. Elle commença par sortir de son sac de voyage sa dernière robe présentable et la posa sur les couvertures étalées au sol, pour ne pas la salir. Ethelle laissa échapper une petite grimace en constatant que le vêtement était un peu froissé malgré ses soins. Elle devrait faire avec, n’ayant aucun moyen de faire du repassage. En souriant de le retrouver, elle récupéra son chapeau préféré, puis quelques bijoux sans lesquels elle ne paraîtrait pas à sa place lors de sa rencontre avec le Comte Thomas Clayton. Ceci fait, elle entreprit de se changer. Puis de coiffer son opulente chevelure rousse, à grand renfort d’épingles à cheveux, pour la rendre présentable. Sans aide ni miroir, l’opération était délicate et elle espérait que le résultat n’était pas grotesque. Une fois prête, elle rangea ses dernières affaires dans son sac de voyage, prit une grande inspiration, et sortit de son refuge. Comme elle était debout, la jeune femme lissa sa jupe, vérifia qu’aucune feuille ou brindille n’était restée collée, ajusta son petit chapeau et, son sac de voyage en main, elle entreprit de sortir du parc.

Bien évidemment, si elle se rendait dès à présent à son rendez-vous, elle serait beaucoup trop en avance. Elle en profita pour faire un petit tour en ville, profitant de ce moment agréable où tout le monde se réveille, malgré le supplice des appétissantes odeurs émanant des boulangeries.

 

 

1300 mots, et voilà, à peine le deuxième jour et je suis déjà en retard 😛

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 1

Elle s’immobilisa, tous ses sens aux aguets. Ses yeux balayèrent rapidement les environs, faiblement éclairés par les lampadaires à gaz de la rue d’à côté, et elle serra instinctivement son butin contre elle. Une fois assurée que l’inquiétude la fourvoyait et que personne ne la menaçait ni ne la surveillait, elle relâcha son souffle. La jeune femme ne s’était même pas rendue compte qu’elle s’était arrêtée de respirer. Elle se morigéna intérieurement ; le parc dans lequel elle avait trouvé refuge était fermé pour la nuit. Il ne devrait pas y avoir âme qui vive jusqu’au lendemain matin, à l’ouverture. Ethelle s’efforça de se détendre. Le parc des Deux Ormes, bien que très étendu pour un parc citadin, n’était pas surveillé pendant sa fermeture nocturne. Elle devrait être tranquille, au moins jusqu’à ce que le soleil se lève. La rouquine sourit inconsciemment à l’idée de se reposer en profitant d’un bon repas volé une heure plus tôt.

« Que fais-tu ici ? » La voix la surprit tellement qu’elle ne put retenir un petit cri en même temps qu’elle sursautait. Elle agrippa plus fort son précieux butin, par réflexe. La jeune femme se tourna pour faire face à son interlocuteur. Ce dernier la dépassait d’une tête qu’il avait surmontée d’une masse de cheveux bruns ajustés comme ceux d’un dandy, ne ressemblait pas le moins du monde à un garde et n’était certainement pas l’un de ces dandys auxquels il essayait de ressembler. Ethelle savait fort bien ce qu’il en était ; elle avait fréquenté son content de godelureaux avant sa chute de statut. Si la coiffure du jeune homme pouvait faire illusion, il n’en était pas de même de sa tenue vestimentaire, qui laissait à désirer pour un œil averti comme le sien.

Inconscient de cette évaluation, l’importun esquissa un petit sourire, plutôt satisfait de son effet. Il se rembrunit presque aussitôt. « Tu ne peux pas rester ici, l’informa-t-il.
– Et pourquoi donc, je te prie ? Ne me dis pas que ce parc t’appartient, je ne te croirai pas, le prévint-elle avec morgue.
– Oh, mais je n’ai pas cette prétention, lui assura le prétendu dandy. Mais tu te trouves sur le territoire des Faucheux : tu risques des ennuis si tu te permets d’outrepasser les limites.
– Vraiment ? Ironisa Ethelle. Ce parc appartient à la ville, il ne fait partie d’aucun territoire. Je suis bien placée pour le savoir : mon père faisait partie du conseil municipal.
– Peut-être, admit le jeune homme. Mais pas la nuit. Pendant la nuit, les règles des conseils municipals n’ont pas cours.
– Municipaux, corrigea machinalement son interlocutrice.
– Si tu veux, concéda-t-il. Je n’ai pas vraiment eu l’occasion d’avoir une éducation de la haute. Alors tant qu’on se comprend, ça me convient. De toutes façons, tu as l’air mal placée pour donner des leçons, demoiselle Clocharde. »

Ethelle rougit et pinça les lèvres. La phrase avait sérieusement giflé son égo. Cette assertion était techniquement juste : pour le moment, elle se trouvait sans abri. Et, pour être plus libre de ses mouvements, elle avait abandonné les robes à cerceaux et jupons qui étaient la marque des femmes aisées. Elle arborait à présent sa vieille tenue d’équitation, inadaptée pour une soirée mondaine, mais beaucoup plus pour évoluer dans la rue et se cacher dans les ombres. Mais elle se considérait toujours comme la jeune fille de bonne famille qu’elle avait été durant la plus grande partie de sa vie. Se faire rattraper par la dure réalité était toujours douloureux pour elle. « Je suis désolé, s’excusa le jeune homme l’air un peu gêné. C’était un peu indélicat de ma part.
– Ce n’est rien, grommela la rouquine en secouant sa chevelure ondulée.
– Mais tu dois toujours partir, précisa-t-il.
– Je n’ai nulle part ailleurs où aller… Et j’ai laissé mes affaires dans un buisson. »

Un silence embarrassé suivit. Une brise fraîche les fit frissonner, agitant les feuilles des arbres bien entretenus qui les entouraient. Une grosse luciole passa entre eux. Le Faucheux toussota et reprit : « Je peux peut-être m’arranger pour qu’ils ne se rendent pas compte de ta présence, si tu te caches bien. » Ethelle écarquilla des yeux bleus plein d’espoir. « Mais tu devras déménager dès demain ! Précisa rapidement le jeune homme. J’aurai des ennuis, sinon.
– Marché conclu, se réjouit la rouquine rassurée d’avoir un peu de répit. De toutes façons, si ma journée de demain se déroule comme je le souhaite, je n’aurai plus à empiéter sur les territoires de qui que ce soit.
– Tant mieux pour toi, je crois. »

Son interlocuteur n’avait bien sûr pas compris ce à quoi elle faisait allusion. Le lendemain, elle avait rendez-vous avec l’un des plus vieux amis de son père. Elle espérait qu’il l’aiderait à remettre le pied à l’étrier et qu’elle pourrait récupérer, du moins en partie, sa vie d’avant. Ethelle se doutait que ça ne serait certainement pas si simple et qu’elle devrait faire beaucoup d’efforts pour récupérer les avantages et la richesse perdus. Mais la jeune femme était volontaire et elle se sentait prête à tout pour atteindre son objectif. Elle espérait juste que le Comte Thomas Clayton n’avait pas été abusé par les fausses accusations portées à l’encontre de son père. Jusque là, il avait été le seul à bien avoir voulu la gratifier d’un rendez-vous. Ethelle comptait beaucoup sur cette rencontre : il était son dernier recours.

Elle se raccrochait désespérément au fait que Clayton était un ami d’enfance de son père ; il ne pouvait pas se laisser berner par des vilainies. La jeune femme retrouverait bientôt son train de vie. Sa fortune et ses biens, dont elle aurait du hériter, avaient été saisis depuis la mort de son père, qui avait fait suite à un scandale tonitruant qui avait sali le nom des Morton. Beaucoup de gens important avaient, soi-disant, perdu beaucoup d’argent à cause de Charles Morton et tout avait été pris pour les rembourser. Ethelle s’était retrouvée sans ressources du jour au lendemain. Elle avait, pour ainsi dire, tout perdu en même temps. La notoriété de son nom, les richesses paternelles, son père et ses amis. La jeune femme avait pu se rendre compte de la superficialité des relations qu’elle avait avec ses prétendus amis. Aucun n’avait accepté de l’héberger, à cause du scandale Morton dont personne ne voulait être rattaché de près ou de loin, et la plupart d’entre eux avaient même refusé de la voir, lui barrant l’accès à leur maison avec des domestiques zélés.

Très rapidement, elle avait eu l’impression de vivre un cauchemar sans fin. Sa mère étant morte en couche, son père n’ayant pas de famille, ni gardé de contact avec celle de sa femme, Ethelle s’était retrouvée sans-abri presque du jour au lendemain. Même si cela faisait seulement quelques mois qu’elle était officiellement adulte, elle n’avait pas pu bénéficier d’un tuteur pour l’aider à se retourner. Au début, elle avait vendu certaines de ses affaires pour payer une jolie chambre dans un hôtel huppé. A ce moment là, elle pensait encore qu’elle allait pouvoir trouver du soutien. Elle ne s’attendait pas à être ainsi unanimement rejetée. Heureusement pour elle, Ethelle Morton était dotée d’une volonté de fer. Les moments de déréliction et d’abattement passèrent rapidement, remplacés par la rancœur envers ceux qui avaient causé du tort à son père et par une profonde détermination. D’abord elle devait récupérer son héritage et ensuite mettre à bas ceux qui avaient sali son nom. De plus, elle trouvait la mort de son géniteur mystérieuse. Les journaux avaient évoqué un suicide suite au scandale qu’il n’aurait pas supporté. Mais sa fille en doutait. Et elle comptait bien éclaircir cette histoire.

En attendant, Ethelle n’avait plus d’argent pour payer une chambre, même bon marché. Elle ne voulait absolument pas se séparer des quelques possessions qui lui restaient. La jeune femme frissonna : elle avait faim et commençait à avoir froid. Elle était impatiente de se retrouver dans sa cachette du parc des Deux Ormes pour s’emmitoufler dans la dernière pèlerine qui lui restait. Elle avait espéré manger un repas chaud mais, si elle devait se montrer discrète pour ne pas attirer l’attention des Faucheux, elle doutait de pouvoir faire de la cuisine. Dans tous les cas, elle ne savait pas vraiment cuisiner. Ses connaissances en la matière se bornaient à savoir faire réchauffer quelque chose de déjà préparé. C’était d’ailleurs ce qu’elle avait pensé faire, avec ce pot de conserve de canard confit accompagné de pommes de terre, qu’elle serrait toujours aussi fort contre elle et qui était présentement son butin le plus précieux. La sensation de faim était quelque chose de nouveau pour elle et elle avait hâte de retourner à une situation où elle n’aurait plus à ressentir une telle chose.

La rouquine crut entendre un petit rire dans son dos, qui interrompit ses pensées. Elle se retourna brièvement. Mais il n’y avait personne. Le jeune homme face à elle supposa : « Ce devait être un rat, je pense.
– Les rats ne rient pas, se défendit Ethelle.
– Je ne pense pas que c’était un rire, continua le Faucheux. Ca devait être un cri.
– Peut-être.
– Il ne faut pas en avoir peur : les petites bêtes ne mangent pas les grosses, la rassura le jeune homme.
– Je n’ai pas peur, se buta-t-elle. Et elles ne mangent peut-être pas les grosses bêtes, en attendant elles amènent plein de maladies.
– Tu as juste à ne pas les toucher. »

Ethelle fit la grimace à l’idée de toucher ces créatures qui lui évoquaient les égouts et la pauvreté. Son interlocuteur sourit et lui déclara : « Tu devrais aller te cacher maintenant. D’autres Faucheux ne devraient pas tarder à arriver ; on a un meeting ici ce soir.
– Oh, d’accord. » La jeune femme hésita, se mordit la lèvre, et se décida finalement. « Et merci.
– De rien, répondit-il. Au fait, je m’appelle Clay.
– Enchantée, répartit-elle machinalement. Je suis Ethelle.
– Bonne nuit, dans ce cas, Ethelle. » Cette dernière sourit et s’en fut dans les ombres du parc. Sachant qu’elle devait se montrer discrète, elle tenta de faire le moindre bruit possible en marchant dans l’herbe. Mais elle avait l’impression que toutes les feuilles et les brindilles du parc se calaient exprès sous ses pieds pour la contrarier.

 

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NaNoWriMo 2016

Bonjouuur !

Comme tous les ans, pour la troisième année consécutive, je participe au NaNoWriMo. Je suppose qu’à force que j’en parle, vous savez maintenant de quoi il s’agit. En tous cas, pour moi il s’agit de faire des romans finis que je peux retravailler derrière. J’ai d’ailleurs fini celui qui s’appelait Bård et s’appelle maintenant Le Coeur de l’Hiver et qui m’avait fait un NaNoWriMo et deux NaNoCamps (laborieux pour ces derniers). Je ne sais pas trop quand j’aurai envie de reprendre celui de l’année dernière. Car j’aimerais bien reprendre des romans que j’avais commencé avant de me lancer dans les aventures NaNotesques.

On verra.

Quoiqu’il en soit, n’hésitez pas à participer vous aussi, si ça vous intéresse ! 50 000 mots en 30 jours, c’est faisable ! Oh, et comme les autres fois, je vais vous partager ma production journalière.