Paranoïa

Cela faisait des lunes et des lunes que la tribu des Pieds Gauches avait découvert ce petit coin de paradis. Lorsque Grand Pied les avait guidés jusqu’à cette terre promise, il était entré dans la légende et on se souvenait encore de lui de nombreuses générations plus tard. Dans cette vallée riche en ressources et difficile d’accès, les Pieds Gauches avaient prospéré. Tous les membres de la tribu vivaient une vie opulente et détendue. Personne n’avait plus à s’inquiéter d’un quelconque danger dans la Vallée de la Tranquillité et personne ne s’inquiétait plus de quoi que ce soit. Sauf peut-être des gros rhumes. Et encore… C’était surtout l’occasion de se faire dorloter par les autres Pieds Gauches. Tout le monde finissait par tomber malade avant que le rhume ne disparaisse, mais tout le monde avait eu son heure de petits soins. La vie était belle pour la tribu !

Sauf pour Arda.

Contrairement à tous les autres Pieds Gauches, cette petite fille ne se sentait pas en sécurité dans cette vallée idyllique. Un rien suffisait à la chiffonner. Il lui suffisait de passer devant un recoin sombre pour craindre que quelque chose de mauvais s’y cache. La plupart du temps, elle prenait sur elle-même d’aller vérifier, sinon elle n’arrivait pas dormir la nuit suivante. D’ailleurs, tous les soirs elle effectuait une petite patrouille autour de son foyer, pour être certaine que rien de mauvais ne se cachait dans les alentours. Ses amis se moquaient d’elle et la traitaient souvent de peureuse. Mais Arda savait que quelque chose les menaçait tous ; elle le sentait dans ses tripes. Le seul problème c’est qu’elle ne disposait d’aucune preuve que ses amis estimeraient suffisamment concrète.

La petite fille avait commencé par leur dire qu’elle avait vu des mouvements suspects dans les ombres et, qu’un soir, elle avait même aperçu la silhouette d’un homme qu’elle ne connaissait pas. Cela fit s’esclaffer ses amis qui ne pensaient pas qu’elle pouvait reconnaître tous les membres de la tribu par leur silhouette et qui estimèrent qu’elle avait la berlue. Mais Arda était certaine de ce qu’elle avait vu et décida de partir à la recherche de preuves irréfutables. Et, alors même qu’elle cherchait vainement des traces de l’homme mystérieux, elle savait que ses amis se moquaient d’elle dans son dos. De toutes façons, ils ne l’appréciaient pas vraiment, elle en était persuadée. Ils ne restaient avec elle que pour pouvoir se moquer ensuite. Et cela la rendait triste.

Arda trouva une empreinte de pas à moitié effacée à côté d’un buisson sur le chemin qui menait à l’extérieur de la Vallée de la Tranquillité, un pot de céréales renversé dans la réserve de la tribu et mille autre menus indices qui, mis bout à bout, signalait que quelque chose ne tournait pas rond au sein des Pieds Gauches. La fillette brava de nouveau ses amis, mais ils se moquèrent encore à cause de la faiblesse de ses trouvailles, la laissant une nouvelle fois triste et désemparée. Pourquoi personne ne voulait-il la croire ?

Après avoir conclu qu’ils étaient bêtes ou qu’ils ne l’aimaient pas, Arda prit la ferme décision d’aller en parler avec des adultes. Le danger qui menaçait était trop grand et cela la paniquait. Au début, ses parents la gratifièrent d’un étrange coup d’oeil en l’écoutant parler. Elle commença alors à se dire qu’eux non plus n’allaient pas le croire. Peut-être qu’ils ne l’aimaient pas eux non plus et qu’ils auraient préféré avoir une petite fille plus joyeuse qu’elle. D’ailleurs, ce bébé idéal qui détournerait définitivement ses parents d’elle était certainement en chemin. Sa mère était enceinte jusqu’aux yeux ; il ou elle arriverait d’un jour à l’autre.

Tandis qu’elle ressassait ses idées noires, son père la prit par la main et lui demanda de lui montrer toutes ces choses suspectes qu’elle avait découvertes. Elle se demanda si c’était pour confirmer à sa mère – qui la considérait d’un air inquiet – qu’elle était bel et bien folle. Elle accepta néanmoins. A la fin de leur petite promenade, son père la remercia et s’en fut trouver le conseil des Anciens de la tribu des Pieds Gauches. Ca y était : Arda se sentait encore plus déprimée. Le conseil, sur les témoignages de son père, allait l’estimer folle. Peut-être qu’ils l’enfermeraient, ou l’exileraient ou la déclareraient tabou.

La corne du rassemblement retentit. Inquiète, elle se rendit audit rassemblement avec sa mère et tous les autres membres de la tribu, intrigués. Les Anciens appelaient à tous les chasseurs, chasseresses et apprentis, car une menace planait sur eux. Il allait peut-être falloir en venir aux mains et le groupe de chasse disposait de sagaies et de pierres dont ils savaient très bien se servir. Arda s’étonna. Tout portait à penser qu’elle avait été crue. A leur retour, ils l’accuseraient certainement d’avoir dérangé toute la tribu. Mais des gens avaient pris son avis en compte et allaient s’occuper du danger. Elle se doutait bien qu’en réalité les Anciens avaient surtout écouté son père et que celui-ci avait certainement omis de préciser qu’il s’agissait des craintes d’une petite fille.

Quelques heures plus tard, le groupe de chasse fut de retour. Nombre d’entre eux portaient divers égratignures et hématomes et deux étaient trop blessés pour marcher. Arda frémit. Elle savait bien que ses craintes étaient fondées. Son père vint vers elle, l’attrapa et la présenta à tous les Pieds Gauches. Tout le monde l’ovationna, car elle avait sauvé sa tribu du désastre. Une tribu extérieure avait, à son tour, découvert l’emplacement de la Vallée de la Tranquillité et avait voulu se l’approprier. Les mises en garde d’Arda étaient arrivées juste à temps et ses habitudes de vérifications compulsives leur avaient évité de nombreuses pertes.

Depuis ce jour, quelques membres des Pieds Gauches se sont mis à se relayer pour surveiller l’entrée de la vallée. Arda qui continuait à voir toujours le mal partout – car telle était sa nature – devint l’une des meilleures sentinelles et la plus attentive au moindre détail. Personne ne réussit jamais à passer sa surveillance.

(Cette fois c’était sur une suggestion de PiiX)

Aussi pluvieux que le mois de Juin 2016

Salutations !

J’espère que tout va pour le mieux pour vous en ce pluvieux début mois de Juin ! Comme je l’ai moult fois répété, écrire sur mon balcon lorsqu’il pleut, c’est vraiment la situation que je préfère. Malheureusement, ça ne se commande pas ! Dans tous les cas, je suis contente de m’être remise aux micro-nouvelles. Ce ne sont pas des écrits que je travaille beaucoup : la plupart du temps, je les écris d’une traite, d’ailleurs, et je suppose qu’il doit même rester des fautes. En fait, je les vois comme des gammes pour m’échauffer, non seulement les doigts, mais aussi la cervelle. J’espère que vous n’êtes pas trop déçus à chaque fois que vous tombez dessus !

Sinon j’ai commencé à voir pour m’entraîner à dessiner des loutres. Ca n’avance pas très vite, principalement parce que j’ai tendance à oublier qu’il faut que je m’entraîne à dessiner des loutres. Pour me faire pardonner, j’ai retrouvé ma passion des vaches folles :
Vache Folle Elle est mignonne, non ?

En dernier lieu, je suis toute émoustillée par mes projets actuels qui avancent (juste une dernière petite relecture avant la Relecture) et les nouveaux qui se créent (par exemple : la Compagnie de la Licorne n’a pas fini de faire entendre parler d’elle, c’est moi qui vous le dit !). J’en ai même du mal à dormir la nuit des fois tellement je suis surexcitée et tellement j’ai le trac à propos de tout ça *boïng boïng boïng* Ahlàlà ! Trop d’émotions !

Sur ce, bonne continuation à tous ! Et, avant de partir, voici une partie du brouillon de A l’aube d’une Nouvelle Ere : (En fait c’est pas le brouillon de A l’aube d’une nouvelle ère, mais un spoil pour une future micro nouvelle 😛 )

(Oui, j'ai des feutres, et je n'ai pas peur de les utiliser)

(Oui, j’ai des feutres et des stylos, et je n’ai pas peur de les utiliser)

Cambriolage

Pouf ! Réception parfaite, sans bruit et avec style. Une effraction en bonne et due forme. Mischa se tint tout de même quelques secondes immobile, oreilles aux aguets. Le calme de la nuit n’avait pas été troublé, son entrée ne paraissait avoir dérangé personne. Pas étonnant ! Elle était une professionnelle du cambriolage. Les seules âmes qui vivent qu’elle aurait pu déranger étaient d’éventuels animaux domestiques. Elle n’aimait pas du tout tomber sur une maison dont les propriétaires possédaient des compagnons poilus. Ceux-ci avaient l’odorat et l’ouïe beaucoup plus développés que les humains. Et ils étaient prompts à prévenir leurs maîtres, si ils ne lui lançaient pas la chasse eux-mêmes.

A cette pensée, elle fronça le nez. Mischa chassa très rapidement toute idée d’animaux de compagnie et se concentra de nouveau sur sa mission. Quelque chose de valeur se trouvait dans cette maison et elle devait mettre la main dessus. Elle examina les lieux autour d’elle. La pièce était une salle à manger. Un antique vaisselier encombrait un mur et un vieux tapis râpé et emmietté se trouvait sous la grande table. Mischa détourna les yeux ; elle ne devait pas se laisser distraire pendant qu’elle travaillait. Elle devait rapidement trouver son précieux artefact et quitter l’endroit le plus rapidement possible. Rester trop longtemps s’avèrerait trop dangereux.

A petits pas précautionneux, elle s’approcha de l’escalier. Ce faisant, Mischa passa devant la cuisine et jeta machinalement un coup d’oeil à l’intérieur. En apercevant une gamelle de croquettes, elle se figea brièvement. Des animaux résidaient dans cette maison. Elle allait devoir redoubler d’attention. En prenant soin de marcher à pas de velours, Mischa grimpa l’escalier. Elle s’immobilisa de nouveau en remarquant une ombre en haut. Un chat dormait sur la dernière marche, blotti contre le mur. Redoublant de précautions, elle prit son courage à deux mains et passa à côté de lui le plus discrètement possible, le coeur battant à tout rompre. Le chat ne bougea pas.

Elle se trouvait à présent à l’endroit le plus critique. En plus du chat de l’escalier, toute une famille dormait à cet étage. Faisant, une nouvelle fois, montre de tout son art, Mischa glissa dans le couloir, s’arrêtant à chaque porte pour tendre l’oreille et vérifier que sa présence n’avait alerté personne. Elle parvint à sa porte-objectif sur un sans-faute. Mischa se rengorgea, fière d’elle. Mais il restait encore à récupérer l’artefact et à s’enfuir avec son butin. Le tout en continuant de passer inaperçue.

Une nouvelle fois, Mischa repoussa ses pensées ; elle avait atteint la porte de son objectif et elle devait se concentrer. Elle frémit de joie en constatant que ladite porte était entrouverte. Elle la poussa un peu pour pouvoir passer et se coula dans l’interstice, telle une ombre. Dans son lit, le dormeur inspirait et expirait paisiblement. Mischa s’approcha de lui en catimini. Elle savait qu’il gardait son bien-aimé artefact tout près de lui. Elle examina la table de chevet et son nez se fronça de déplaisir. Celui-là faisait partie de ceux qui, comme souvent finalement, gardaient leurs précieux biens sous leur oreiller.

Elle se fraya un passage sous le coussin, prenant garde de ne pas réveiller le dormeur, et s’empara avidement de ce qui était caché dessous. Puis, elle déposa la pièce qui lui servait de carte de visite et pouffa intérieurement en imaginant la tête déconfite de ce petit humain lorsqu’il verrait que sa dent tombée avait été volée par la plus grande cambrioleuse du monde.

(Voilà, il y a quelques temps, Marine m’avait proposé de faire une nuit de travail de la Petite Souris.)

A l’aube d’une nouvelle ère

Elle se réveilla en sursaut. Tout était noir autour de la jeune femme et il lui semblait se trouver dans un environnement très étroit. Elle tâtonna et son impression se confirma : du tissu molletonné l’entourait de partout et, derrière le textile, elle perçut une matière solide. Elle se racla la gorge et tenta d’appeler à l’aide. Sa gorge la brûlait, mais sa voix en sortit tout de même, à son grand soulagement. Sauf que le son était étouffé dans cette atmosphère capitonnée. Cela ressemblait à un cauchemar ; il ne lui fallut pas longtemps avant d’arriver à la conclusion qu’elle se trouvait dans un cercueil.

La panique la gagna instantanément. Qui avait donc bien pu l’enterrer vivante ? Des dizaines de questions se bousculaient dans sa tête. La principale, qui submergeait toutes les autres, étant : comment allait-elle sortir de là ? En criant, elle se mit à frapper contre la couvercle, arrachant le tissu au passage. La jeune femme savait qu’elle allait manquer d’air dans un futur proche et ses coups se firent frénétiques.

Un craquement retentit. De la terre se déversa sur elle. L’espoir qui naquit en elle à ce moment lui donna un regain d’énergie et, finissant d’arracher les lattes de son cercueil bon marché, elle creusa la terre. Sachant que l’amas de terre risquait de l’étouffer, elle avait l’intention de se frayer un chemin vers la surface d’une seule traite. Ses efforts se virent récompensés plus vite que ce qu’elle pensait ; elle ne devait pas avoir été enterrée très profondément. A son grand soulagement, elle s’extirpa bientôt entièrement du sol. La reconnaissance envers quiconque avait décidé de ne pas poser de dalle en pierre sur sa tombe lui effleura brièvement l’esprit.

La jeune femme jeta un coup d’oeil circulaire. Il faisait nuit, rendant le petit cimetière où elle se trouvait particulièrement lugubre. Elle épousseta machinalement la terre de ses vêtements. Ce faisant, elle remarqua qu’elle portait la plus jolie robe qu’elle possédait, robe qu’elle n’avait mise qu’une seule fois à l’occasion d’un mariage. Cette constatation lui arracha un sourire. Puis elle secoua la tête et, se dirigeant vers la sortie du cimetière, elle se demanda ce qui avait pu la conduire à se retrouver enterrée.

Elle était considérée comme malchanceuse en général, mais à ce point, cela dépassait l’entendement. Ses derniers souvenirs remontaient à son agression. La jeune femme avait l’impression que c’était la veille, mais comment le savoir ? Elle n’avait certainement pas été enterrée en un jour. Et puis elle se souvenait avoir été prise en charge par une ambulance à l’issue de l’agression. Les médecins avaient certainement du pouvoir faire quelque chose pour elle ; ses blessures n’étaient pas si graves que cela, si ? Elle avait entendu parler de ces gens dans le coma qui avaient été déclarés morts et avaient été enterrés par erreur et se demanda si cela avait été son cas. Peut-être que son agresseur l’avait bel et bien battue à mort.

A ce souvenir, la jeune femme frissonna. Et, lorsqu’elle se remémora sa terrible rencontre, ses jambes se dérobèrent et elle se retrouva, sanglotante, par terre sous un cyprès. Elle s’efforça de sécher ses larmes au plus vite. Il ne fallait pas rester là. La jeune femme se leva, tentant de renforcer sa détermination. Elle devait absolument retrouver sa famille. Ils étaient certainement tous effondrés à l’heure qu’il était.

En sortant du petit cimetière qui ne lui évoquait rien, elle pénétra dans un petit village, où elle ne se souvenait pas avoir déjà mis les pieds non plus. La jeune femme ne savait pas si sa mémoire était défaillante, ou si il s’agissait d’une lubie familiale de l’avoir enterrée ici. Laissant ses questionnements de côté, elle avisa la première maison qu’elle rencontra. Son éducation l’informa qu’elle allait déranger ses occupants au milieu de leur sommeil. Mais sa raison la rassura en lui faisant réaliser qu’elle était choquée, pleine de terre, morte de faim et qu’elle avait besoin d’assistance.

Comme personne ne répondit à son coup de sonnette, elle se laissa aller à appuyer frénétiquement sur le bouton et si elle dérangeait des voisins, tant mieux. Cela ne produisit aucun effet. « Ouvrez-moi ! S’il vous plait ! » Se mit-elle à hurler de sa voix cassée tout en continuant de torturer le bouton de la sonnette, avant de se mettre à frapper comme une forcenée.

La jeune femme se tut soudainement, surprise de voir la porte s’ouvrir sous l’action de son poing, en grinçant. Intriguée, elle entra. La maison avait l’air d’avoir subi une vraie tornade. La jeune femme se demanda si elle avait été cambriolée et si elle devait appeler la police. Une cuisine s’ouvrait directement à sa gauche. En pénétrant dans la pièce, elle se précipita sur le réfrigérateur pour manger quelque chose. Mais celui ci était vide, de même que les placards. Un papier arraché se trouvait aimanté sur la porte du frigo à l’aide d’un magnet représentant un lama dédaigneux.

Elle s’approcha pour déchiffrer le mot écrit à la va-vite. « Daniel, nous sommes partis nous réfugier à l’abri 07 avec les enfants. Si tu lis ce mot, rejoins-nous. A bientôt, j’espère. » La jeune femme n’avait jamais entendu parler de l’abri 07. Y avait-il eu une catastrophe durant son coma ? Elle se laissa tomber sur une chaise, épuisée, démoralisée et affamée. Elle souhaita brièvement ne s’être jamais réveillée. Assaillie par de noires pensées, elle se leva bientôt pour errer dans la maison abandonnée, telle une âme en peine.

Avisant la télévision du salon, elle l’alluma. Aucune image ne s’afficha, mais une voix prodiguait des conseils : « … Ne sortez de chez vous que de jour et seulement si nécessaire. Si vous décidez de vous rendre dans un abri, faites le voyage d’une traite et en journée. Ne vous approchez d’aucun individu que vous ne connaissez pas et… » La jeune femme éteignit le poste aussitôt, ne pouvant se résoudre à digérer plus d’informations effrayantes dans l’immédiat.

Puisque les consignes étaient de sortir seulement en journée, elle décida d’attendre le matin pour s’en aller. Pour plus de précautions, elle alla même fermer la porte d’entrée, inquiète des dangers qui pouvaient la menacer dehors, dans la nuit. Heureusement, elle n’eût pas à attendre très longtemps. L’aube pointa rapidement le bout de son nez. Ne pouvant plus attendre, elle sortit impatiemment de la maison, espérant trouver rapidement quelqu’un qui pourrait l’aider, avant qu’elle ne tombe d’inanition.

Sortant du village désert, elle emprunta la route qui passait à travers champ. Après avoir fait quelques dizaines de mètres, le soleil la baigna de ses rayons matinaux. Elle hurla de douleur. Les rayons la brûlaient et elle se sentit flamber. Sa dernière pensée fut pour l’homme qui l’avait violemment agressée dans une ruelle et à ses canines proéminentes qui l’avaient mordue dans le cou.

Des nouvelles avant de repartir du bon pied

Salutations ô rares passants !

Je sais que les publications sur ce blog se sont pas mal essoufflées. Mais je compte bien les reprendre ! *yeux levés vers le ciel et brillants de détermination ponctuelle* Je n’ai pas particulièrement plus d’idées inspirantes que d’habitude, juste un retour de motivation. Mais je vais essayer de varier encore plus les textes du contenu.

Et puis, ça n’a pas grand chose à voir avec l’écriture, mais j’aimerais bien me trouver une mascotte. Vu le nom du blog, on pourrait s’attendre à ce que je décide d’une mascotte centaurine. Mais je suis nulle en dessin et, quand je dessine un centaure, ça donne ça : minicentaure

Donc je suis plutôt partie sur les loutres pour le moment. Et si cela ne me convient pas (parce que j’ai à peu près autant de constance que des giboulées) je partirai sur le lama, qui est un animal particulièrement expressif dans ses attitudes hautaines. Ou sur autre chose, sait-on jamais ! Je me pose aussi la question de la fréquence de publication. Bref. J’ai encore beaucoup de choses à réfléchir et décider ! Mais ça avance.

C’est tout pour les nouvelles ! Passez une bonne journée et à bientôt !

Pour illustrer ma constance, voici le brouillon des Plus Grandes Peurs :

(La photo est floue, mais ce n'est pas de lire ce qui est écrit l'important, c'est l'apparence générale. Et encore, j'ai été sage.)

(La photo est floue, mais ce n’est pas de lire ce qui est écrit l’important, c’est l’apparence générale. Et encore, j’ai été sage.)

Les Plus Grandes Peurs

Faramund balaya d’un regard expert la table chargée de victuailles, toutes plus appétissantes les unes que les autres. Ses petits yeux s’illuminèrent de convoitise alors qu’il sélectionnait délicatement une cuisse de pintade rôtie à point. Il mordit dedans avec entrain. « Délicieux ! » Estima-t-il, en croquant ensuite dans une pomme juteuse qu’il tenait dans son autre main aux doigts tous aussi boudinés. « Oh non ! Lui lança Perrine sur un ton de reproche. Tu as encore touché à la nourriture des plats avec tes doigts ! » Un masque dégoûté tordit son visage, mais la remarque provoqua une hilarité irrépressible chez leur compagnon Morghan. Perrine tourna la tête dans sa direction, ses yeux lançant des éclairs.

« Arrête de te moquer, lui lança-t-elle tandis que l’interpellé frappait la lourde table en chêne du poing tellement il riait. L’hygiène c’est du sérieux ! On peut attraper des choses dangereuses en mangeant de la nourriture souillée, et personne ne sait si Faramund s’est lavé les mains avant de se mettre à table…
– Cesse donc de t’embêter avec des trucs pareils, s’esclaffa Morghan. Vis un peu, Perrine, au lieu de paniquer à chaque fois que tu penses que des microbes vont t’agresser. » Pour prouver ses dires, il s’employa à mettre ses doigts dans tous les plats à la portée de son amie phobique des germes. Elle poussa un petit cri horrifié.

« Qu’est ce que tu fais ? S’alarma Perrine dont la voix grimpa aussitôt dans les aigus.
– Calmez-vous un peu, intervint posément la quatrième. Je n’aime pas quand vous vous disputez.
– Ne t’en fait pas Guylaine, la rassura Morghan en se précipitant vers elle comme si il était monté sur ressorts pour la serrer dans ses bras. Ce n’est pas une vraie dispute, il n’y a aucun conflit ici. » Faramund avait continué de profiter goulûment des plats fumants qui l’entouraient, ignorant totalement ses compagnons. Perrine lui jeta un regard désespéré.

« Tu sais, lui dit-elle, la nourriture ne va pas s’envoler : prend le temps de mâcher au moins. Je ne voudrais pas que tu t’étouffes.
– Aucun risque, postillonna son ami glouton. Je préfère profiter de manger tant qu’il y a de la nourriture. Au cas où il n’y en ait plus. On ne sait jamais !
– Toi et ta peur de manquer… Soupira Perrine.
– Tu peux parler ! Lui lança moqueusement Morghan en bondissant. Tu as autant la trouille des germes que Faramund la peur de manquer. Une belle bande de bras cassés !
– Inutile de nous chamailler, intervint une nouvelle fois Guylaine de sa voix apaisante. Nous avons tous les quatre des peurs très profondes.
– C’est vrai, appuya Faramund en mordant dans une côtelette de sanglier. Tu es particulièrement fatigant avec ton entrain, Morghan. Ce n’est pas parce qu’il y a du silence que nous avons arrêté de respirer.
– Je n’y suis pour rien, je me sens obligé de remplir le silence de vie, ça m’angoisse sinon.
– C’est notre cas à tous, posa Guylaine. Nous avons tous nos angoisses et elles sont irrépressibles, alors cela ne sert à rien de nous disputer à ce propos. »

Une cloche au glas sinistre l’interrompit. « On nous appelle : il est l’heure, soupira-t-elle en se levant de table.
– Quelqu’un peut-il m’aider avec mon armure ? » S’enquit Faramund en bourrant ses poches de pain et de fruits. Ses trois compagnons l’aidèrent à enfiler les différentes pièces d’acier et à les boucler. Lorsqu’ils se retrouvèrent tous parés à sortir de la salle, Morghan lança joyeusement : « C’est parti ! Allons enfin répandre nos plus grandes peurs dans les cœurs des hommes ! »

Sortant de leur demeure, les quatre cavaliers attrapèrent leurs fières montures, les enfourchèrent et s’abattirent sur le monde.

NaNoWriMo 2015 : Kit et Rielle Jour 29

Il savait bien que Kit avait suggéré de rejoindre Eglantine juste pour la regarder piloter. Le garçon s’était senti bridé lorsque c’étaient les deux pilotes en gris qui étaient aux commandes. Il n’avait pas pu les abreuver de questions et, même, il n’avait pas eu le droit de parler du tout. Heureusement qu’il y avait eu l’intermède où Rielle avait superposé son esprit au sien. Bran déplorait que les deux hommes en gris aient assisté à cet échange. Maintenant que l’équipage d’Eglantine les avaient laissés sur le Complexe de Recherches, ils allaient certainement faire part à la mère de Rielle de cette histoire. Cela signifiait que Kit allait dorénavant être aussi recherché que sa soeur. Dans l’état actuel des choses, rien ne garantissait qu’il allait pouvoir faire partie de l’Ecole Planétaire de Pilotage dont il rêvait depuis tout petit.

En arrivant dans la cabine de pilotage, ils constatèrent que la capitaine se trouvait déjà à son poste, prête à décoller. Khouaf lui servait de copilote. Mais la porte n’était toujours pas ouverte, malgré les demandes répétées d’Eglantine. Le poste de contrôle avait du être déserté. Aucune réponse n’émanait d’eux. La femme au cache oeil se tourna vers eux, alors qu’une nouvelle secousse ébranlait la structure. « Nous avons un gros problème, leur confirma-t elle. J’ai l’impression que tout le complexe est en train de se désagréger, avec nous à l’intérieur. Il n’y a personne pour nous ouvrir les portes. L’un d’entre nous va devoir se porter volontaire pour aller dans le centre de contrôle et nous ouvrir. Malheureusement, celui là devra rester sur place. » Un silence de mort s’abattit sur la cabine. La capitaine appela les autres membres de son équipage qui étaient venus sur place. Renacleriblob eut du mal à entrer à cause de sa prise de volume. Kit contempla, fasciné, les multiples objets qui flottaient dans le corps en gelée translucide de l’être jaunâtre. Sur son esquisse de tête il arborait, de plus, un étrange bonnet orange à pompon sur le dessus, avec deux lanières de laine tressées qui pendaient des deux côté de sa figure inexistante. En le voyant, Khouaf s’avança sur lui et lui arracha le bonnet, le plaçant sur sa propre tête. Renacleriblob eut l’air de pencher la sienne, comme si il était déçu. Ou triste. Ou quelque chose d’autre de ce genre. C’était difficile à dire.

Lorsqu’Eglantine eut répété son information, Bran et Kit furent stupéfaits de constater que tout l’équipage se porta volontaire pour cette mission presque suicide. D’après les rumeurs, le Complexe de Recherche d’Ayla Kree Lai ne crachait pas sur les cobayes humains ou autres pensants. Du coup, ce qu’il risquait d’arriver à celui qui resterait derrière n’était pas pour faire rêver. « Nous allons devoir tirer au sort, annonça alors la capitaine. Pour savoir qui sera mangé. » Elle lâcha un rire bref et sans joie. « Nous allons le faire à l’ancienne : tirer à la courte paille. » Eglantine fouilla dans ses poches et en sortit un assortiment de vis et de clous, un anneau doré, un mouchoir en tissu, divers tickets froissés et autre cochonneries. « Tiens, je ne sais pas ce que ça faisait dans mes poches, mais admettons. Ca fera tout à fait l’affaire. » Elle leur présenta ses vis et clous, pointes cachées par ses doigts. « Choisissez bien. » Leur déclara-t elle gravement.

Une secousse fit trembler le sol sous le vaisseau de livraison. Elle était tellement puissante que tous, à l’intérieur, tombèrent par terre. Sur l’aire d’atterrissage, les lumières s’éteignirent, laissant place à la lumière rouge clignotante de secours. L’alarme continuait de hurler. Une grosse voix jaillissant des hauts parleurs couvrit le cri de l’alarme. « Mesdames et messieurs, veuillez nous excuser pour les perturbations que vous subissez actuellement. Elles ne sont pas indépendantes de notre volonté, bien au contraire, mais nous vous présentons nos excuses tout de même. » Informa poliment, mais avec une pointe de moquerie, une voix masculine. « Vous ne devez vous en prendre qu’à votre directrice, continua plaisamment l’homme. Oh, oui, ne vous inquiétez pas si vous ne pouvez pas communiquer entre vous. J’ai du faire brouiller vos communications et pirater votre système pour pouvoir vous parler. Je trouvais ça beaucoup plus agréable, ça m’évitera d’être interrompu. » L’équipage d’Eglantine et les garçons se relevèrent, un peu étourdis, tandis que le sol continuait d’être agité de soubresauts à des moments aléatoires. « Ayla ! Rugit brusquement la voix masculine du haut parleur. Je t’avais prévenue de ce qu’il te pendait au nez si tu recommençais. J’ai bien entamé ton laboratoire chéri, mais ce ne sont que des dégâts superficiels pour le moment. Si tu me rends ma fille, je cesserai et tu pourras tout faire reconstruire. Dans le cas contraire, je me charge de dépiauter personnellement tout ton complexe de recherches. Bien évidemment, si quelqu’un d’autre qu’Ayla Kree Lai se montre prêt à me rendre ma fille, cela fonctionne également. »

Kit haletait. « Ed, lança-t il. C’est Ed ! J’en suis sûr !
– Ed ? S’étonna Eglantine. Tu parles de Edward Hammerson ?
– Oui oui, confirma l’adolescent. Il faut qu’on le prévienne que Rielle est avec nous en sécurité, et il pourra peut être nous faire sortir !
– Ca me parait une excellente idée. » La capitaine se jeta sur son tableau de bord pour tenter d’entrer en communication avec le géant blond. Les secousses s’arrêtèrent. Hammerson devait attendre des réponses qui lui amèneraient des nouvelles de sa fille avant de recommencer à pilonner le laboratoire qui flottait dans l’espace. En ouvrant les canaux de communication, une voix féminine l’informa : « Bonjour, vous êtes bien dans le système de communication avec la flotte de monsieur Edward Hammerson. Vous ne pouvez communiquer qu’avec nous pour le moment. Toutes les autres lignes sont coupées par nos soins. Si vous souhaitez vous plaindre de la situation actuelle dans laquelle vous vous trouvez à cause de lui, tapez sur la touche un de votre pavé numérique. Si vous souhaitez lui indiquer où se trouve sa fille Rielle, tapez deux. Si vous… » La voix s’interrompit au moment où Eglantine s’échina sur la touche deux. « Nous faisons suivre votre appel, lui précisa la voix féminine. Merci de patienter un instant. » Ce qu’ils firent, pleins d’expectative.

« Allô ? Rugit le géant blond dans les hauts parleurs du vaisseau de livraison tandis que son visage s’affichait sur l’écran de communication.
– Edward Hammerson ! Se réjouit Eglantine. Je suis ravie de rencontrer une légende telle que toi !
– Papa !
– Ed ! » Rielle et Kit interrompirent la femme au cache oeil pour se placer bien en vue, devant l’écran de communication. Un immense sourire s’afficha sur le visage du géant blond. « Ed, regarde, nous avons retrouvé Rielle !
– Je vois ça, pouffa Hammerson. J’aurais du me douter que tu ne serais pas très loin, petit. » Le regard du géant blond se tourna de nouveau vers Eglantine. « Je te connais, toi. Tu es le poulain de ce vieux Jack Peddler ! La fille avec un prénom de fleur, là.
– Eglantine, précisa cette dernière d’une voix un peu plus froide depuis la mention de Jack Peddler.
– Oui, voilà, Eglantine, c’était bien ça qu’il m’avait dit. Bien ! Où est ce que vous vous trouvez ?
– Nous sommes sur l’aire de décollage du bloc C, indiqua la capitaine de l’Otter Space. Mais il n’y a personne pour nous ouvrir la porte.
– N’en dit pas plus, balaya Hammerson. J’envoie quelqu’un vous ouvrir la voie. Préparez vous au décollage et accrochez vous ! »

L’écran devint noir. Il avait coupé la communication. Eglantine et Khouaf se mirent à préparer rapidement le vaisseau au décollage dans la cabine de pilotage, tandis que le reste de l’équipage s’égaillait dans tout le vaisseau pour faire de même. « Ca y est, déclara Kit à l’attention de sa soeur. Nous partons. » Il lui adressa un sourire éblouissant. En réponse, elle frotta sa tête contre sa mâchoire et enroula sa queue à nageoire dorée autour du cou pour affermir sa prise. Elle comptait bien ne plus jamais le lâcher. Ces moments toute seule avaient été parmi les plus horribles de toute sa jeune vie. Pendant quelques minutes, qui leur parurent une éternité, rien ne bougea autre que la lumière rouge qui clignotait en tant qu’alarme sur l’aire de décollage. Soudain, un bruit fracassant retentit et la porte vola en éclats dans une intense explosion qui ébranla toute la structure. « Ton père est un subtil… » Pouffa Eglantine tandis qu’elle faisait décoller le vaisseau. Evitant les débris qui volaient en tous sens, elle les dirigea vers la sortie. Devant eux se trouvaient deux chasseurs, dont les pilotes leur adressèrent un petit salut de connivence. L’écran s’alluma de nouveau sur Edward Hammerson. « Haha ! S’esclaffa-t il. Je vois que vous vous en êtes sortis, Jack n’avait pas menti sur toi, tu es une pilote accomplie ! Venez, je vous invite sur mon Raton Lavoleur. Suivez les chasseurs, ils vous indiqueront la voie. »

Quelques minutes après avoir arrimé le vaisseau de livraison des hommes en gris, Eglantine, son équipage et les jeunes gens étaient installés dans la salle à manger du Raton Lavoleur, qui était un bâtiment d’un peu plus grosse envergure que l’Otter Space. Ce qui changeait radicalement du vaisseau de la femme au cache oeil, c’était la flottille qui l’accompagnait. La puissance de feu de Edward Hammerson était à la hauteur de sa réputation. Il appelait pompeusement ses suivants une armada et c’était la plupart du temps en troupe qu’ils chassaient le butin. « Bienvenue dans mon humble chez moi, les salua le géant blond. Je suis content de vous voir tous sains et saufs !
– Merci pour le coup de main, rétorqua joyeusement Eglantine.
– Oh, mais de rien, balaya Ed. Je suis content d’avoir pu aider ceux qui étaient venus tirer ma fille des griffes de sa mère. Même si sa mère a plutôt des nageoires que des griffes, haha !
– Comment tu as su pour Rielle ? S’enquit curieusement Kit.
– Et bien, en fait, c’est ce bon vieux Jack qui m’a contacté. Il m’a dit qu’il avait longuement hésité parce qu’il craignait que je lui en veuille pour les quelques mauvais coups qu’il m’avait fait il y a… longtemps. Et il avait raison ! En fait, ça n’aurait pas été des informations vitales concernant Rielle, je serai directement allé lui casser la figure à son ranch. Mais bon. Là, ça valait bien que je lui laisse son nez en état. »

Kit prit ensuite la parole pour expliquer à Hammerson – et à tout le monde au passage – comment il avait vécu les choses. Bran se permit de corriger certains faits par ci, par là. Comme Ed les avait invités à dîner et que celui ci était servi, ils l’écoutèrent tous, occupés qu’ils étaient à se remplir l’estomac. Rielle avait reprit sa forme humanoïde pour l’occasion et s’était installée entre Bran et son frère. Tandis qu’elle buvait les paroles du second, elle colla sa jambe à celle du premier. L’étreinte lui fut rendue et la main du jeune homme s’égara sur sa cuisse. « Tu vas nous ramener à Bourgétoile alors ? était en train de s’enquérir Kit à ce moment là.
– Mmmh, marmonna le géant blond. Sans vouloir me montrer pessimiste, garçon, je pense que ça risque d’être un peu compliqué.
– Pourquoi ? s’étonna l’adolescent.
– Et bien, je ne peux pas ramener Rielle à Bourgétoile, expliqua Edward. Maintenant, c’est le premier endroit où les uniformes gris iront la chercher. Ca va d’ailleurs causer pas mal d’ennuis à la populace dans les mois qui viennent…
– Parce que tu crois qu’ils vont continuer à la poursuivre ?
– J’en suis certain, confirma Hammerson en soupirant. Vois tu, Rielle est le résultat des travaux de toute la vie d’Ayla Kree Lai. Tu imagines un peu ? Du coup, elle ne la laissera jamais en paix. Elle continuera toujours de la poursuivre.
– Je ne comprends pas trop pourquoi, avoua Kit. Mais j’ai compris que Ri ne peut plus aller à Bourgétoile.
– Je suis ravi de voir que tu comprends, le félicita le géant blond.
– Oh oui, renchérit le garçon. De toutes façons, nous avions l’intention d’aller à Athenaïs, pour mon Ecole Planétaire de Pilotage. »

Un silence gêné accueillit sa déclaration. Rielle décida de prendre les choses en main. Elle donna un petit coup de son poing fermé sur le dessus de la tête de son frère. « Mais tu es bête ou quoi ? A l’école de pilotage d’Athenaïs, ils vont avoir ton identité et tout ! Tu es fiché puisque tu es originaire de cette planète. Les hommes de ma mère me retrouveraient tout de suite si je vais là bas avec toi, surtout que Doug t’a déjà vu et qu’il sait qui tu es.
– Ah, oui, c’est vrai, réalisa l’adolescent. Qu’est ce que je suis bête !
– Sans vouloir vous alarmer outre mesure, intervint Eglantine auprès des trois jeunes gens, je pense que vos visages ont été stockés par les caméras de surveillance du Complexe de Recherche. Et ça m’étonnerait qu’ils ne portent pas plainte auprès des autorités contre nous. Que ce soit pour enlèvement, vol, détérioration de matériel… Nous allons tous être mis dans le même sac.
– Tu veux dire que nous allons tous les trois être recherchés ? s’enquit Kit.
– Exactement.
– Ah, c’est embêtant. » Le garçon devint pensif. Rielle se réjouit de constater qu’il n’avait pas l’air trop affecté par cette nouvelle. En effet, si il était universellement recherché, il ne pourrait plus faire partie d’une école de pilotage. Même avec une fausse identité, cela s’avèrerait risqué.

« Le mieux, je pense, serait de trouver une petite planète perdue pour recommencer nos vies, suggéra Bran.
– Pour les commencer tout court, tu veux dire, précisa Eglantine avec un sourire.
– Bien sûr, c’est une idée, acquiesça le géant blond. C’est la solution de facilité.
– Mais je veux devenir pilote, moi ! se rebiffa Kit. J’avais décidé que je deviendrai le meilleur pilote de l’Univers ! Ca va être compliqué d’apprendre à piloter sur une planète perdue !
– Oh, et bien ça, je pense que ça peut s’arranger facilement, lui répondit Hammerson avec un clin d’oeil.
– Comment ? s’enquit l’adolescent avec les yeux plein d’espoir.
– Eglantine est une bonne pilote, à ce que je me suis laissé dire, continua le géant blond. Je suis certain qu’elle pourrait t’apprendre beaucoup de choses !
– C’est vrai ?
– Non ! S’écria la capitaine de l’Otter Space. Enfin, si je suis une bonne pilote. Mais non, je n’ai rien à apprendre à qui que ce soit !
– Oh, allez s’il te plait Eglantine, supplia Kit avec son meilleur regard de chaton éploré. Je ne pourrai jamais aller dans une école pour apprendre à piloter, tu veux bien m’aider à réaliser mon rêve ? » Rielle se demandait parfois à quel point son frère était conscient de ses prédispositions à la manipulation.

Eglantine, quant à elle, arborait une mine horrifiée. Il semblait que le garçon venait de lui faire quelque chose de vraiment affreux, comme la trahir. Oui, c’était bien cela, elle paraissait se sentir trahie et prise de court. Elle se prit la tête dans les mains et soupira. « Bon, d’accord, accepta-t elle finalement en découvrant son visage. Je veux bien t’apprendre à piloter.
– Youpi ! Se réjouit Kit en se levant pour aller se pendre à son cou.
– Mais à une condition, précisa la femme au cache oeil qui essayait de reprendre son souffle sous l’étreinte du futur membre de son équipage et apprenti pilote.
– Laquelle ? S’enquit l’adolescent en reprenant sagement sa place.
– Il faudra que tu obéisses au moindre de mes ordres au doigt et à l’oeil.
– Pas de problème ! S’exclama-t il joyeusement.
– Y compris quand je te demanderai de te taire, précisa Eglantine au cas où.
– Ca, ce sera dur, avoua le garçon, mais je ferai de mon mieux !
– Bien ! Se réjouit Ed Hammerson en se frottant les mains. Alors, Eglantine, comment ça fait de récupérer deux membres d’équipage d’un coup ?
– Comment ça, deux ?
– Et bien, Kit et Rielle sont du genre inséparables, tu vois, expliqua le géant blond avec un faux sourire candide. Du coup, si tu acceptes le garçon, tu acceptes aussi ma fille.
– Tu es sérieux ? lança la femme au cache oeil sur un ton accusateur. C’était ça, ton plan en fait ? Tu voulais me mettre ta fille dans les pattes depuis le début ? Pourquoi ne les garderais tu pas, toi ? C’est TA fille après tout ! Moi je n’ai rien à voir avec eux, c’est Jack qui me les a laissés.
– C’est vrai, ça, intervint la jeune fille. Nous pourrions rester avec toi.
– Ce serait avec grand plaisir, déclara Hammerson en caressant la tête de Rielle avec affection. Mais mon équipage et moi allons nous aventurer dans des endroits particulièrement dangereux. Alors je préfèrerais les savoir en sécurité avec toi.
– Allons bon, toi aussi tu essaies de m’amadouer ? ronchonna Eglantine. A coups de flatteries en plus. Je ne te félicite pas. »

Elle poussa un profond soupir. « Hum hum… toussota alors Bran.
– Quoi encore ? s’enquit la capitaine de l’Otter Space.
– Et bien, je pourrais faire partie de votre équipage, moi aussi, suggéra le jeune homme. Je peux vous garantir que, moi présent, ces deux là se tiendront toujours à carreau.
– Oh, vraiment ? » Eglantine paraissait avoir un peu de mal à le croire, mais cette perspective lui plaisait néanmoins. « Tu sais canaliser ces deux là ? Enfin, surtout celui là ? s’enquit elle en pointant Kit.
– Aucun problème. » Lui confirma Bran avec assurance. Il avait longuement lutté intérieurement. Pour lui aussi, cela paraissait compliqué de retourner au ranch de Jack. Même si il était excentré de Bourgétoile, il lui déplaisait de risquer la tranquillité de cet endroit. D’un autre côté, il lui déplaisait aussi de faire partie d’un équipage de personnes versées dans l’illégalité. Il s’était juré qu’il ne se ferait plus avoir de la sorte après ses déboires avec Grand Jean D’Argent. Mais son maître lui avait appris que pour avancer dans la vie, il était important de tourner la page. Et puis, maintenant il était adulte et responsable. Il était tout à faire capable de discerner si on risquait de se servir de lui à ses dépends ou non. De plus, Eglantine les avait aidés, même si elle avait quelque chose à gagner dans cette histoire elle aussi. C’était déjà pas mal altruiste de la part d’une contrebandière, ou pirate, ou peu importe ce qu’elle était. Et puis, il était certain qu’elle ne refuserait pas si, un jour, il décidait de les laisser pour aller vivre sa vie sur une planète quelconque. Il espérait juste que, ce jour là, Rielle voudrait bien rester avec lui.

« Bon, capitula la capitaine de l’Otter Space. Soyez tous les trois les bienvenus parmi nous, dans ce cas. »

3172 mots et FIN !

NaNoWriMo 2015 : Kit et Rielle Jour 28

Sur un haussement d’épaule, la femme s’en fut. Rielle continua tout de même de palper le collier. Juste au cas où. Elle se cala le plus confortablement possible dans le petit lit peu douillet de l’infirmerie. Au moins, elle se trouvait à l’infirmerie et pas déjà dans un lit de labo dédié aux cobayes de recherches. La jeune fille décida qu’elle pouvait s’en réjouir. Cela ne suffit pas à lui arracher un sourire, mais elle se sentait rassérénée de savoir que Bran et Kit venaient le chercher. Elle comptait bien demander à son frère comment ils avaient réussi à en venir là. Le fait qu’ils aient réussi un tel tour de force juste pour elle lui faisait chaud au coeur. Sa volonté s’affermit ; elle comptait bien les aider du mieux qu’elle pouvait. Malheureusement, ainsi menottée et restreinte dans ses capacités, elle craignait de ne pas pouvoir faire grand chose. Si elle pouvait au moins enlever ses menottes… Peut être pourrait elle convaincre quelqu’un de l’aider pour cela. Pas l’infirmière qui l’avait débarrassée de Doug. Celle là paraissait un peu trop futée. Elle verrait tout de suite clair dans son jeu et Rielle n’était pas certaine de pouvoir lui faire confiance. Beaucoup trop de personnes, dans ce Centre de Recherches, admiraient Ayla Kree Lai et lui étaient entièrement dévoués. Mieux valait qu’elle n’agisse que pour elle même, ici.

Elle jeta un coup d’oeil circulaire autour d’elle. Il n’y avait pas beaucoup de patients à l’infirmerie en ce moment. Peu d’infirmières et de médecins aussi, du coup. De toutes façons, aucun d’entre eux ne devait posséder de clefs de menottes. Elle devrait donc aviser un homme en uniforme. Cette perspective la fit grimacer. La jeune fille aurait voulu avoir le moins à faire possible avec eux. Mais elle devait se démenotter. Ou alors provoquer une situation dans laquelle ils seraient contrains de la libérer. Mais comment provoquer une situation pareille ? Cela, elle n’en avait aucune idée. Pour le moment, elle était tranquille, mais elle soupçonnait que sa mère l’enverrait bientôt chercher. Elle allait bientôt estimer que sa fille serait suffisamment reposée. Rielle se sentit angoissée à l’idée de rester sur place. Elle remarqua que les lits étaient tous dotés de roulettes. Jetant un nouveau regard autour d’elle, la jeune fille attendit que personne ne lui accorde la moindre attention.

Lorsqu’elle fut assurée que personne ne lui prêtait attention, elle descendit du lit d’un mouvement fluide, sans attirer le regard de qui que ce soit. Agrippant alors le lit de sa main menottée, elle se mit à le faire rouler à côté d’elle et se dirigea vers la sortie. En état de stress, Rielle se trouva tout de même ravie que personne ne l’ait remarquée sortir de l’infirmerie. Maintenant qu’elle marchait dans le couloir, les gens la gratifiaient de regards perplexes. Elle fit de son mieux pour paraitre naturelle, comme si sa situation était tout à fait normale. C’était, bien entendu, très compliqué et elle se sentait au bord de la panique, tandis qu’elle se tenait tellement fort au lit que les jointures de ses doigts blanchissaient. Une illumination se fit soudain dans son esprit : elle devait trouver un bureau de maintenance. Là elle pourrait trouver de quoi se débarrasser de ces satanées menottes. Les gens de la maintenance étaient bien outillés normalement ; elle devrait bien réussir à dégotter une pince coupante ou quelque chose de cet acabit.

Alors que certaines des personnes qui la suivaient du regard commençaient à avoir l’air de vouloir la suivre, Rielle tomba enfin sur une porte réservée à la maintenance. Elle la poussa nerveusement et pénétra dans la pièce, son lit toujours avec elle. La jeune fille se trouvait à présent dans une pièce à peine plus grande qu’un placard à balais et remplie de centaines d’objets plus ou moins utiles qui se côtoyaient en un joyeux fourbi. Comment Rielle allait elle pouvoir trouver quelque chose pour la libérer ? Elle allait passer des heures à mettre la main sur un outil suffisamment coupant. Mais elle ne disposait pas de tant de temps. La rumeur de la jeune fille avec l’étrange collier de métal qui était entrée là avec un lit d’hôpital allait se répandre. Et quelqu’un allait forcément finir par venir voir ce qu’il en était. D’autant plus que son absence de l’infirmerie allait certainement bientôt être remarquée. Sans plus attendre, elle se mit à chercher et se rendit bien vite compte qu’elle était handicapée par ce stupide lit qui la suivait partout et par le fait qu’elle n’avait qu’un bras de libre pour fouiller la pièce. Elle ne se découragea pourtant pas, arma sa volonté et se mit à la recherche d’une boîte à outils.

La jeune fugueuse faillit crier de joie lorsqu’elle tomba enfin sur l’objet de sa quête. Elle ouvrit rapidement la caisse et fouilla au milieu du bric à brac accumulé à l’intérieur. Rien ne paraissait correspondre à ce qu’elle recherchait. Dépitée, elle balaya la pièce du regard, lorsque ses yeux furent attirée par une gigantesque pince accrochée au mur. Elle ressemblait bien à une pince de ferrailleur, capable de couper de gros morceaux de métal. C’était exactement ce qu’il lui fallait. Rielle s’empara de l’outil, ouvrit la pince, la posa sur le lit, plaça la chaine des menottes au milieu et coupa. Soulagée de l’un de ses problèmes, elle se mit à rire toute seule. Avisant la menotte toujours attachée à son poignet et à présent bien plus libre de ses mouvements, elle usa de nouveau de la pince pour s’en débarrasser. Fixant la pince d’un air émerveillé, elle se demanda si elle était suffisamment forte pour couper son collier. Haussant les épaules d’un air désinvolte, elle se résolut d’essayer, d’autant que maintenant elle pouvait utiliser ses deux mains. Après plusieurs tentatives infructueuses au cours desquelles, la pince glissant, avait failli la blesser, elle dut se rendre à l’évidence : la matière qui composait son collier ne pouvait pas se couper ainsi.

Toujours ennuyée de ne pas pouvoir prendre sa petite forme d’hippocampe bleu et doré, elle fouilla la pièce à la recherche d’un habit de travail. La jeune fille se disait qu’ainsi vêtue, elle aurait plus de chances de passer inaperçue. Elle avait tout d’abord réfléchi à rester cloîtrée ici. De fait, comme elle avait indiqué à Kit qu’elle se trouvait dans l’infirmerie du bloc C, elle ne pouvait pas trop s’en éloigner. Mais trop de personnes avaient du la voir entrer ici et la jeune fille décida qu’elle ferait bien d’aller se cacher ailleurs. Elle trouva ce qu’elle cherchait en ouvrant une sorte de casier. L’habit avait visiblement été conçu pour quelqu’un de plus grand et de plus fort qu’elle. Mais elle devrait s’en contenter. Elle l’enfila rapidement au dessus de ses vêtements d’hôpitaux. Constatant qu’elle ne voyait pas de moyen de dissimuler son collier de métal, dont la pointe plantée dans sa nuque l’irritait toujours autant, elle espéra que les gens ne la regarderaient pas de trop près après avoir remarqué son uniforme de la maintenance. Personne ne faisait vraiment attention à ces gens là. Comme ses cheveux blonds étaient longs, elle s’arrangea pour les placer de manière à ce qu’ils camouflent le collier de métal le plus possible. Se disant qu’elle ne pouvait pas mieux faire, elle prit une grande inspiration et ouvrit la porte.

En s’aventurant dans le couloir, Rielle se rendit compte que, comme elle l’avait espéré, personne ne lui prêta attention. Tout en marchant, elle tentait de se remémorer la configuration des lieux. Elle avait du mal à s’en souvenir ; elle était tellement petite lorsque son père l’avait prise avec lui ! Kit lui avait parlé d’un vaisseau de livraison. Elle se donna donc pour objectif de trouver une aire de livraison d’où elle pourrait voir son frère arriver, avec ses compagnons de voyage. Moins de temps ils resteraient dans le complexe de recherches, moins de risques ils prendraient. Et, surtout, la jeune fille avait envie de quitter cet endroit au plus vite. Elle devait faire un immense effort sur elle même pour maintenir une allure qui puisse paraitre anodine, alors qu’elle n’avait qu’une seule envie, c’était de s’enfuir en courant. Ce qui aurait été stupide, puisqu’il n’y avait nulle part où fuir, dans ce complexe. En chemin, elle repéra trois hommes en uniformes gris qui prenaient la direction de l’infirmerie où elle se trouvait auparavant en se dépêchant. Elle blêmit. Sa disparition avait du être signalée. Bientôt, tout le monde se lancerait à sa recherche et quelqu’un finirait bien par remarquer l’étrange collier qu’elle portait.

Au détour d’un couloir, elle heurta quelqu’un. Elle bredouilla des excuses et s’apprêta à filer sans demander son reste. Mais la personne qu’elle avait bousculée l’attrapa par le collet. « Dis donc, où est ce que tu crois aller comme ça ? Tu penses t’en sortir aussi facilement que ça ? » Rielle leva, avec horreur, les yeux sur Doug. Ce dernier resta bouche bée quand il reconnut la jeune fille. « Mais qu’est ce que tu fais là ? siffla-t il lorsqu’il eut récupéré ses moyens.
– Laisse moi partir ! s’écria Rielle en commençant à se débattre.
– Tu peux toujours rêver, rétorqua l’officier en gris en affermissant sa prise sur elle. Comment est ce que tu as fait pour t’échapper ? Je savais que j’aurais du poster quelqu’un pour te surveiller !
– Lâche moi ! Persista la jeune fille qui commençait à paniquer. Laisse moi partir ! » Elle essaya de le frapper, mais en vain. L’homme en uniforme la lâcha néanmoins, mais la poussa derechef dans une pièce dans laquelle il la suivit et ferma soigneusement la porte derrière lui.

Rielle recula lentement. Elle eût juste le temps de constater qu’elle se trouvait dans un bureau, vide. « Je ne te laisserai plus t’échapper, la prévint doucereusement Doug. C’était la dernière fois !
– Il n’y aura jamais de dernière fois, tenta de fanfaronner la jeune fille. Je chercherai toujours à m’échapper. Je ne suis pas un cobaye de laboratoire !
– Bien sûr que si, tu l’es, la contredit il en s’avançant vers elle. Ta naissance même est un test de laboratoire. Tu n’aurais jamais vu le jour sans le génie de ta mère.
– Ce n’est pas une raison, s’entêta Rielle dont la voix commençait à trembler.
– Oh si et, de toutes manières, ce n’est pas à toi d’en décider. Alors cesse de faire l’enfant et vient. Sinon je vais devoir employer la manière forte, et tu ne vas pas aimer ça, je te le garantis.
– Tu vas devoir venir me chercher, l’informa la jeune fille en se mettant en posture de combat comme Bran leur avait appris à Kit et elle.
– Oh ? Tu as appris quelques petites choses sur cette planète de bouseux ?
– Plus que tu ne le crois, siffla Rielle en colère.
– Tant mieux, ça n’en sera que plus intéressant. » La fugueuse n’apprécia pas l’air sadique qui s’affichait à présent sur le visage de l’officier, tandis qu’il se mettait à son tour en posture de combat.

Il s’avança lentement sur elle. Mais elle avait arrêté de reculer, décidant de faire face. Après tout, elle n’avait rien qui lui faisait plus envie que de le frapper en cet instant. Elle comptait donc bien en profiter. Malheureusement, il était plus grand, plus fort et mieux entraîné qu’elle. Les tactiques de combat qu’elle avait mises au point avec Bran impliquaient souvent sa métamorphose. Là, elle devrait faire sans. En plus, elle n’avait pas d’arme alors qu’elle se sentait plus à l’aise avec un bâton ou, mieux, quelque chose qui faisait office de trident, en main. Elle révisa alors son jugement, tandis que Doug était presque sur elle. Et, lorsqu’il passa à l’attaque, elle plongea derrière lui, se précipitant en direction de la porte pour s’enfuir. Kit et Bran devaient bientôt être arrivés, sa seule chance était de foncer à leur rencontre.

Au moment où elle parvint à la porte et l’ouvrit pour s’échapper, l’homme derrière elle l’attrapa de nouveau et la propulsa au centre de la pièce. Dans sa chute, elle heurta l’un des bureaux de la pièce qu’elle brisa. Elle en eut le souffle coupé. Endolorie de partout et un peu groggy, elle tenta de se relever. Ce fut difficile, mais elle finit par se tenir de nouveau debout face à l’officier en gris, qui la fixait d’un air moqueur. « Oh non, tu ne t’en iras pas ! La prévint il. Ne me croit pas si bête. » Il s’approcha d’elle. Une forme fit alors irruption par l’encadrement de la porte et se jeta sur lui. Rielle écarquilla ses yeux noirs, surprise de cette intervention à laquelle elle ne s’attendait pas. Deux personnes suivirent la première qui continuait de lutter au sol, aux prises avec Doug. « Vas y Bran, casse lui la figure ! l’encouragea Kit en mimant un coup de poing.
– Soyez un peu plus discrets. » Leur enjoignit fermement la femme au cache oeil, que Rielle avait vue lorsqu’elle avait contacté son frère dans le vaisseau de livraison, tout en fermant la porte sur eux. La jeune fille sentit monter les larmes aux yeux.

« Kit ? Emit elle. Tu es déjà là ?
– Oh bah oui, déclara celui ci. Nous avons fait au plus vite, tu vois ! » Il était tellement content de retrouver sa soeur qu’il la prit dans ses bras pour la serrer fort. Puis, se souvenant que leur aîné était aux prises avec un homme en gris hostile, il se retourna en direction du combat. « Allez Bran ! Qu’est ce que tu attends pour lui mettre la potée ?! Dépêche toi !
– On dit la pâtée, corrigea machinalement Rielle en laissant échapper un sourire.
– Bien bien bien, qu’avons nous là… » S’interrogea tout haut Eglantine. Bran avait finalement réussi à mettre Doug hors combat en lui faisant perdre conscience. La jeune fille était étonnée, parce qu’elle savait que l’officier était particulièrement fort en lutte. Mais elle se souvint que c’était le jeune homme qui leur avait appris à se battre, Kit et elle. Et que si il avait réussi à leur apprendre ce qu’ils savaient, c’était certainement qu’il se débrouillait lui aussi dans ce domaine. Elle fut soulagée de voir l’homme en gris inconscient. Elle gratifia Bran d’un regard admiratif, qu’il remarqua. Il parut un peu gêné et s’approcha d’elle pour vérifier comment elle se portait.

Pendant ce temps là, Eglantine commençait à démonter les ordinateurs du bureau et à mettre certaines pièces dans un sac qu’elle portait en bandoulière. Ce faisant, elle chantonnait, comme si elle faisait quelque chose d’aussi banal que cueillir des champignons dans une forêt automnale. « Qu’est ce que tu fais ? lui demanda curieusement Kit.
– Je récupère la mémoire de ces bébés, expliqua-t elle.
– Pour quoi faire ?
– Je te l’ai déjà expliqué, soupira-t elle. Peut être que ces machines contiennent des choses suffisamment intéressantes pour que je puisse les vendre à des concurrents. Renacleriblob est en train de faire de même. C’est un spécialiste de la récupération de choses diverses et variées, vous verrez ! Mais nous ne devons pas trainer. Surtout que vous avez déjà retrouvé votre amie : le hasard fait bien les choses, décidément ! Je nous voyais déjà en train de prendre des risques pour la retrouver. Bref. C’est merveilleux ! Oh, je n’ai pas encore fouillé celui là, j’ai failli ne pas le voir. Mais qu’est ce qu’il fait par terre ? On dirait que quelqu’un s’est battu ici…
– Ri, qu’est ce que tu as autour du cou ? S’enquit soudainement Kit qui venait de remarquer le collier.
– C’est pour m’empêcher de me transformer, expliqua la jeune fille.
– Mais c’est horrible ! S’exclama l’adolescent. Il faut te faire enlever ça.
– Je ne sais pas comment, déplora Rielle en sentant les sanglots lui monter à la gorge. L’infirmière m’a dit que c’était magnétique.
– Qui t’a mis ça ? Intervint Bran d’un ton apaisant.
– Lui. » La jeune fille désigna l’officier en gris qui gisait, inconscient, par terre.

Le jeune homme s’approcha du vaincu et se mit à fouiller ses poches. Il en sortit plusieurs cartes, clefs et choses diverses non identifiées. Puis, son butin en main, il revint vers Rielle, toujours blottie dans les bras de son frère. « Bien, voyons voir si l’un de ces trucs là fonctionne. » Il tenta d’ouvrir le collier de plusieurs manières. Il n’avait toujours pas réussi lorsqu’Eglantine eut terminé d’éventrer tout le matériel informatique à sa disposition. « Attend, il y a bien quelque chose qui va fonctionner… Ronchonna-t il lorsqu’elle les informa qu’il était temps de décamper.
– Tu pourras essayer tout ça quand nous serons tous en sécurité sur le vaisseau de livraison. Ou, mieux, sur l’Otter Space ! Allez, venez ! » Au moment où elle disait cela, un déclic se fit entendre et le collier, séparé en deux morceaux, tomba lourdement par terre. Rielle se sentit libérée, malgré la petite douleur causée par l’aiguille quittant sa nuque.

« Il est fait en quoi ce machin ? Lança Kit étonné par la densité apparente de l’objet.
– Peu importe, s’impatienta Eglantine. Venez vite ! » Les trois jeunes gens lui emboitèrent le pas. Rielle profita du fait qu’elle avait récupéré toutes ses aptitudes, pour se métamorphoser en petite hippocampe bleue et dorée et s’installer sur l’épaule de Kit. Ils marchèrent tous les trois d’un bon pas en direction de l’aire de décollage et d’atterrissage des vaisseaux de livraison pour le restaurant du bloc C. La capitaine leur avait conseillé de ne pas courir pour ne pas attirer l’attention. Mais, le fait est qu’ils ne devaient pas trainer. L’alerte concernant la disparition de Rielle avait déjà été lancée depuis plusieurs minutes. Des hommes en gris courraient d’ailleurs un peu partout. Aucun ne les avait encore arrêtés pour vérifier leurs identités. Ils crurent comprendre qu’ils avaient également perdu un officier. La jeune fille, soulagée de retrouver le contact familier de l’épaule de son frère, supposa qu’il s’agissait de Doug. Là aussi, ce n’était qu’une question de minutes avant qu’ils ne le découvrent, inconscient, sur le sol du bureau où ils l’avaient laissé.

Ils parvinrent sur la piste en même temps que Renacleriblob disparaissait à l’intérieur du vaisseau de livraison. Kit s’étonna de constater que l’être en forme de gelée avait l’air d’avoir au moins quintuplé de volume. Mais il n’eut pas le temps de questionner Eglantine à ce sujet. Une voix leur ordonna : « Halte ! Ne bougez plus ! Retournez vous lentement. » En voyant la capitaine lever les mains et s’exécuter, Bran et Kit firent de même. Rielle, quant à elle, se dissimula derrière le dos de son frère. « Que faites vous là ?
– Et bien, commença Eglantine d’un ton suave, nous avions fini la livraison de pommes de terre et d’autres denrées, du coup nous nous apprêtions à partir.
– Vous ne pouvez pas partir maintenant, décréta l’homme qui était entouré d’une dizaine de gardes tous en gris et armés.
– C’est embêtant, déplora la femme au cache oeil. Nous avions justement rendez vous ; nous sommes vraiment pressés.
– Nous ne vous ouvrirons pas le sas de sortie, l’informa le garde.
– Mais pourquoi donc ? Fit mine de s’offusquer Eglantine.
– Un de nos sujets dangereux s’est échappé, expliqua l’homme. Nous devons fouiller votre véhicule avant de pouvoir vous laisser partir. »

La capitaine soupira. Elle réfléchissait à toute allure. Elle devait gagner un peu de temps pour laisser à Renacleriblob l’opportunité de se dissimuler. Il paraissait avoir trouvé une grosse quantité de choses à voler et Eglantine espérait bien que les gardes en gris ne tomberaient pas dessus. C’était déjà assez angoissant de savoir que le sujet qu’ils cherchaient effectivement se trouvait actuellement pendu au dos du petit Kit. Mais drôle aussi, et la capitaine avait beaucoup de mal à ne pas laisser éclater son hilarité. Le garde, extrêmement nerveux, n’aurait pas compris. « Bon, si vous le devez, je n’y vois pas d’inconvénient, mais faites vite. » Elle espéra que Khouaf avait eu la présence d’esprit de cacher les deux pilotes quelque part. Ils avaient déjà eu le temps de décharger tout le reste de l’équipage dans un cellier où ils seraient certainement découverts avant de mourir de faim. Peut être qu’ils avaient eu le temps d’envoyer les pilotes avec les autres, mais elle n’en savait rien pour le moment. Dans tous les cas, cela impliquait qu’ils devaient partir rapidement. Il ne manquerait plus que le précédent équipage du vaisseau de livraison soit découvert et les dénoncent. En résumé, elle devait à la fois gagner du temps pour Renacleriblob et se presser au cas où les captifs seraient découverts. Voilà une situation qui sentait mauvais et qui s’annonçait pour le moins compliquée.

Au moment où les garçons et elle s’écartaient pour laisser le passage aux gardes en gris, un bruit sourd retentit dans tout le complexe. Kit était même certain que le sol avait tremblé. « Qu’est ce que c’était ? » lança quelqu’un à la cantonade. Le bruit recommença, faisant de nouveau vibrer la structure. Une alarme se déclencha, leur vrillant les tympans. Une voix féminine indiqua que toutes les forces armées étaient réquisitionnées car le Complexe de Recherche se faisait attaquer par des forces hostiles non identifiées mais lourdement armées provenant de l’espace. Tandis que les hommes en uniformes gris se pressaient d’obéir aux ordres, Eglantine fit rapidement monter les deux garçons dans le vaisseau de livraison. « La chance nous sourit, on dirait, leur lança-t elle joyeusement. Nous avons plus qu’à réussir à convaincre quelqu’un de nous ouvrir la porte. » Sans attendre de réponse de la part des plus jeunes, elle fila en direction de la cabine de pilotage.

« Que faisons nous ? Et qu’est ce qu’il se passe à ton avis ? s’enquit Kit pendant que Bran s’occupait d’appuyer sur le bouton de fermeture de la porte.
– Qu’est ce que j’en sais ? lui retourna le jeune homme d’un ton las.
– Moi je sais ! S’exclama l’adolescent. Nous devrions suivre Eglantine.
– Si tu veux. » Ils partirent à leur tour en direction de la cabine de pilotage. Bran se sentait tout mou, maintenant que la pression recommençait à retomber pour lui. Le fait de s’échapper en vaisseau ne dépendait plus que de la capitaine à présent. Lui, il était déjà satisfait d’avoir récupéré Rielle, à qui il adressa un sourire.

3733 mots

NaNoWriMo 2015 : Kit et Rielle Jour 27

Il passa ensuite le bout de son doigt le long de la joue de la jeune fille. « Hum hum. » L’infirmière, qui était toujours présente à côté d’eux, toussota, interrompant ainsi momentanément le tourment de Rielle. « Madame Kree Lai tient à ce que sa fille se repose, souligna-t elle une fois que l’officier eut tourné le regard vers elle.
– Et ?
– Et cela signifie que vous devez la laisser tranquille pour le moment. » Elle avait parlé d’un ton sans appel. Doug, qui n’avait certainement pas envie de s’attirer les foudres de la mère de Rielle, s’écarta de la jeune fille et se leva de mauvaise grâce. Mais sa captive ne se permit un soupir de soulagement que lorsqu’il eut passé le pas de la porte et se trouva hors de sa vue.

« Merci. » Emit elle d’une voix enrouée à intention de l’infirmière. Mais celle ci était également partie, pour s’occuper d’autres patients. Rielle contempla tristement son poignet menotté et, de l’autre main, effleura l’épais collier de métal qui lui enserrait le cou. Elle essaya quand même de reprendre sa forme d’hippocampe bleu et doré. Non seulement elle n’y parvint pas, mais en plus cela lui causa une vive douleur au niveau de l’endroit où l’aiguille perçait sa nuque et se répercuta jusqu’à sa tête. Elle ramena ses genoux à son visage et les enserra de son bras libre. Ainsi pelotonnée, la jeune fille se laissa aller à pleurer. Cela ne dura pas longtemps ; une idée lui traversa l’esprit. Elle essuya bien vite ses larmes. Il lui restait peut être une option. Le collier bloquait la métamorphose, mais il ne bloquait peut être pas sa capacité de contacter Kit. Et Bran. Sa résolution s’affermit, tandis qu’elle fermait les yeux en essayant de joindre son esprit à celui de son frère.

Il lui fallut un peu de temps pour réussir à se concentrer. Elle focalisa toutes ses idées sur Kit. Après avoir passé huit ans à rester sur son épaule, elle le connaissait de très près. Elle connaissait par coeur ses habitudes, ses réactions, ses tics, son odeur… En bref, tout ce qui faisait qu’il était lui. Une fois qu’elle eut de nouveau l’impression de se trouver sur son épaule familière, elle ouvrit les yeux. Elle réprima un mouvement de surprise en voyant un tableau de bord et les étoiles par une vitre. Elle comprit rapidement qu’il ne s’agissait pas de l’endroit où elle se trouvait elle, mais de l’endroit où se tenait Kit. Cela lui posa beaucoup de questions. Où était il ? Il était encore bien trop tôt pour qu’il soit allé à l’Ecole Planétaire de Pilotage. Elle essaya de regarder autour de lui et plus de questions se posèrent. Que faisait il dans une cabine de pilotage avec deux hommes en uniformes gris en guise de pilotes ? Qui était cette femme avec un cache oeil ? Et cette créature qui ressemblait à un dinosaure sans plumes ? C’est alors qu’elle vit Bran, à côté de Kit. Cette vision la réjouit, mais ne répondait pas à ses questions. Pouvait elle communiquer avec son frère maintenant qu’elle avait superposé son esprit au sien ? « Kit, murmura-t elle. Tu m’entends ? »

Il sursauta. « Kit, c’est moi, Rielle. Où es tu ?
– Ri ! S’exclama le garçon. Je suis dans un vaisseau de livraison. Où es tu toi ?
– Dans ton esprit, répondit elle tandis que tout le monde se tournait vers Kit dans la cabine de pilotage.
– Tu parles tout seul, mon garçon ? s’enquit la femme au cache oeil en levant un sourcil d’un air interrogateur.
– Non ! S’exclama l’adolescent. C’est Rielle ! Elle est avec moi ! C’est génial… Ri ! Bran et moi venons te chercher, ne t’en fait pas. Tu vas bien ?
– Oui oui, mentit elle en se disant qu’il ne servirait à rien de l’inquiéter.
– Je ne vais pas te dévoiler notre plan parce qu’Eglantine me fait de gros yeux, s’excusa Kit. Mais ne t’inquiète pas, tu n’auras pas à attendre longtemps.
– Faites attention à vous, les prévint la jeune fille. Ils ne plaisantent pas, là bas.
– Nous non plus, se pavana le garçon.
– Demande lui où elle se trouve dans le Complexe de Recherches, intervint Eglantine. Cela nous sera utile comme information.
– Je suis à l’infirmerie. » Indiqua Rielle avant que Kit ne lui transmette la question. Elle l’avait entendue. Elle entendait et ressentait tout ce que le garçon entendait et ressentait. C’était étrange comme sensation. « L’infirmerie du bloc C, précisa-t elle.
– L’infirmerie du bloc C, répéta le garçon à l’intention de la capitaine.
– Dites donc les loustics, vous devez aller livrer votre fret à quel bloc du Complexe d’Ayla Kree Lai ? » S’enquit Eglantine auprès des pilotes en gris.
Les pilotes échangèrent un regard incertain. Khouaf émit un grondement sourd. La femme au cache oeil émit un petit rire sec.

« Voyons, leur dit elle. Ce n’est pas vraiment une information d’importance. Vous allez nous y mener de toutes manières.
– Nous allons au bloc C, avoua l’un des hommes en uniforme gris.
– Et bien voilà, ce n’était pas si compliqué ! Les félicita moqueusement la capitaine. En tous cas, ça tombe bien. Moins de chemin nous aurons à faire, le moins de risques nous prendrons. C’est parfait.
– Tu entends ça Ri ? Se réjouit Kit. Nous serons là bientôt.
– Merci, murmura la jeune fille. Tu auras beaucoup de choses à me raconter quand nous nous retrouverons, j’ai l’impression.
– Oh oui, confirma l’adolescent avec enthousiasme. Mais tu devrais rester, comme ça je te raconte tout maintenant.
– Je crois que je ne vais pas pouvoir, déplora Rielle. Il y a beaucoup de gens autour de moi ; ça risquerait d’attirer l’attention. Et je n’ai pas envie qu’ils m’empêchent de discuter avec toi.
– Moi non plus. Tu vas partir alors ?
– Oui, mais je reviendrai, lui promit la jeune fille sur un air beaucoup plus assuré qu’elle ne le sentait réellement.
– Tu as intérêt.
– Compte sur moi ! » Lança-t elle d’un ton faussement enjoué.

Craignant de se mettre à sangloter et que Kit s’en rende compte, elle coupa brutalement le contact, réintégrant son corps d’un coup. Cela lui fit une sensation bizarre de retrouver son environnement, de reprendre conscience du contact du métal autour de son poignet et autour de son cou par exemple. Elle n’avait pas eu l’impression de transmettre à son frère ses ressentis. En revanche, elle, avait perçu absolument toutes les émotions qui agitaient l’esprit de Kit. Elle avait parfaitement bien ressenti son enthousiasme d’assister à une démonstration de pilotage. Et son inquiétude mêlée d’affection pour elle même, ce qui la toucha beaucoup. Et, surtout, sa joie et son soulagement de la percevoir avec lui. Rielle était certaine que lui n’avait pas eu accès à ses émotions à elle. Sinon il aurait perçu son angoisse et sa tristesse. Au lieu de lui demander si elle allait bien, il lui aurait demandé ce qui n’allait pas. Malgré tout son émoi, elle ne pouvait pas s’empêcher d’essayer d’analyser cette capacité qu’elle découvrait. Elle ne savait pas que de lier son intégrité physique à celle de son frère pouvait aussi lui permettre de relier son esprit au sien. Peut être était ce du à sa nature expérimentale ?

Sa mère ne lui avait jamais vraiment appris en quoi consistait ce petit rituel de sa race, si ce n’est qu’il liait deux personnes à vie. Celui qui initiait le rituel promettait de manière implicite qu’il prendrait toujours une part du fardeau de l’autre. Dans les temps lointains où la race d’Ayla Kree Lai était encore primitive, les vassaux des grands seigneurs opéraient ce rituel sur leur maître en signe de loyauté. Le seigneur en question pouvait ainsi s’aventurer sur n’importe quel champ de bataille sans aucun risque de blessure mortelle tant qu’au moins l’un de ses vassaux tenait encore debout. Dans le cas de Rielle, ce n’était pas parce qu’elle se considérait comme vassale de Kit qu’elle s’était permise de procéder à ce rituel. Mais parce qu’elle lui avait été reconnaissante de s’être montré aussi gentil avec elle alors que, jusque là, elle avait été considérée comme un monstre de laboratoire dans le Complexe de Recherches de sa mère et que son père l’avait laissée toute seule dans la petite ville de Bourgétoile sur une petite planète perdue au fin fond de nulle. L’adolescent, lui, s’était tout de suite attaché à elle et lui avait instantanément témoigné une affection sans bornes. Elle avait donc décidé de lier sa vie à la sienne.

A l’époque, comme elle était encore très petite, elle ne s’était pas rendue compte de toute la portée de son acte, mais elle savait déjà que cela signifiait que si il devait arriver quelque chose à Kit, elle en mourrait avant lui. C’est pourquoi Doug avait été horrifié de constater qu’elle saignait à la place du garçon et que les hommes en gris n’avaient pas pu le tuer. Sinon ils l’auraient tuée, elle. Etant proche d’Ayla, l’officier connaissait cette particularité de leur race. C’est également pour cette raison qu’elle savait que son frère n’était pas mort, comme Doug s’était plu à le lui répéter. Et pour cette même raison, encore, qu’il avait du insister sur le caractère métaphorique de la mort de Kit. Une pensée l’inquiéta soudain. Puisque l’officier était au courant du lien entre Kit et Rielle, il allait certainement en parler à sa mère, si ce n’était pas encore fait. Ayla se lancerait elle dans la création d’un appareil qui pourrait lui permettre de briser ce lien ? Bien sûr, tout ce qui était de l’ordre du psychique n’intéressait pas la scientifique. Mais si elle avait besoin de les séparer sur ce plan, pour une raison ou pour une autre, elle n’hésiterait pas. La jeune fille tenta de se rassurer en se disant qu’Ayla Kree Lai n’avait certainement prêté qu’une oreille peu attentive à cette information.

Quant à Bran… Elle avait décidé de se lier à lui un peu sur un coup de tête. Elle était mélancolique de savoir que Kit et elle allaient devoir le quitter pour une longue période de temps. Elle avait donc décidé de lui faire ce petit cadeau. Ce n’était que bien peu de choses en vérité. Mais dans son travail au ranch, elle savait que Bran écopait souvent de petites égratignures ou blessures bénignes qui étaient désagréables pour un humain, mais à peine perceptible pour elle qui guérissait à une vitesse folle. Même par rapport à la race d’Ayla Kree Lai. Le fait que Bran ait répondu de manière… et bien, intime, l’avait surprise. Mais elle avait décidé que cela valait le meilleur des remerciements en fin de compte. Sachant qu’il venait la secourir en compagnie de Kit, elle s’était réjouie de pouvoir prendre ses blessures à lui aussi. Les hommes en uniformes gris n’étaient pas toujours tendres. Rielle s’était aussi sentie touchée qu’il vienne aussi à son secours. En revanche, maintenant elle s’inquiétait aussi pour lui. Elle espérait que les deux garçons se montreraient prudents. La jeune fille ne savait pas combien elle pouvait encaisser de blessures en fait. De toutes façons, elle ne pouvait pas les aider autrement, alors heureusement qu’elle avait cela, se disait elle.

Rielle tira machinalement sur les menottes. Cela lui fit mal au poignet, mais elle continua. De toutes façons, elle guérirait vite. Elle se demanda comment son collier se clipsait. Peut être qu’elle avait les moyens de l’enlever tout compte fait. Elle commença alors à le palper de sa main de libre. Ce faisant, elle perçut des stries, mais aucune qui ne semblait faire partie d’un quelconque mécanisme d’ouverture. Comme elle n’avait rien d’autre à faire et qu’elle commençait à s’ennuyer, elle continua de chercher. « Tu n’as pas de moyen de l’enlever comme ça, l’informa l’infirmière qui était de retour.
– Ah bon ?
– Et non. Son ouverture nécessite une clef magnétique, ça ne s’enlève pas à la main.
– Pourquoi je devrais vous croire ? S’enquit fraichement Rielle.
– Peu importe que tu me croies ou pas, balaya l’infirmière. C’est ainsi. »

2026 mots

NaNoWriMo 2015 : Kit et Rielle Jour 26

Le jeune homme s’en trouva soulagé, même si il n’aurait pas très bien su expliquer pourquoi.

« Qu’est ce qu’il s’est passé ? s’enquit curieusement Kit.
– Je préfère te laisser dans l’innocence, éluda Eglantine. Venez avec moi, nous allons rendre visite aux pilotes de l’endroit. » Elle les mena jusqu’à la cabine de pilotage où se trouvaient deux hommes, humains, vêtus d’uniformes gris. Ils étaient gardés par Khouaf. Ce dernier arborait toujours un air indéchiffrable, mais ses deux captifs ne paraissaient pas très rassurés. L’un des deux était même très pâle et menaçait de tourner de l’oeil. Cela étonna Kit. Le reptilien paraissait certes descendre d’une race de prédateurs, avec ses griffes, ses dents pointues et sa démarche taillée pour la course. Mais il ne l’aurait jamais qualifié de dangereux, avec son apparente placidité et sa capacité à obéir immédiatement à n’importe quel ordre lancé par son capitaine. Il se demanda comment il avait pu ainsi traumatiser les deux hommes.

« Bonjour messieurs, les salua joyeusement Eglantine.
– Bonjour, madame, répondirent les captifs sur un signe péremptoire de Khouaf.
– Je suis ravie de voir que mon compagnon vous a indiqué que nous ne sommes pas des sauvages et que nous avons des manières. » Les pilotes échangèrent un regard perplexe, en se demandant si elle plaisantait ou si elle était sérieuse. « Je constate aussi que vous continuez votre course en direction du complexe de recherche que vous devez approvisionner, c’est parfait.
– Vous allez nous laisser effectuer la livraison ? ne put s’empêcher de demander le moins pâle des deux hommes en gris.
– Bien évidemment ! Les rassura Eglantine. J’y compte bien, même. Voyez vous, mes amis et moi même avons une grande envie de visiter ce complexe avec tous ses laboratoires. C’est pourquoi nous profitons du fait que votre vaisseau s’y rende pour nous incruster dans le voyage. N’est ce pas merveilleux ? Vous avez écopé de merveilleux compagnons de route. »

Les pilotes ne semblaient pas aussi enthousiastes. Mais ils n’avaient pas le choix et ils étaient pleinement conscients de ce fait. Ils se retrouvèrent obligés de suivre les ordre de la femme au cache oeil, menacés par un grondement sourd de la part de Khouaf dès qu’ils esquissaient le moindre mouvement qui pouvait éventuellement paraitre suspect. Le reptilien avait l’oeil vif et ne laissait rien au hasard. Kit brûlait de poser des questions. Un millier d’interrogations se bousculaient sur ses lèvres. Mais l’ambiance générale était assez tendue, alors il s’efforçait de garder la bouche close. C’était d’autant plus difficile pour lui qu’il n’avait pas l’habitude de rester silencieux. Bran, conscient de cet effort presque surhumain de son cadet, lui tapota gentiment l’épaule en signe de compassion. Ils savaient tous les deux qu’ils se rapprochaient de Rielle et cela renforçait leur détermination.

Elle ouvrit péniblement ses immenses yeux noirs de jais. La petite créature bleue et dorée du se concentrer et faire un véritable effort de volonté pour les garder ouvert. Sans même parler d’analyser ce qui l’entourait. Elle percevait des gens qui parlaient autour d’elle, mais son cerveau n’était pas encore suffisamment opérationnel pour analyser leurs propos. Rielle eut encore plusieurs petites absences avant de vraiment réaliser où elle se trouvait. Une main froide lui tapota la joue. « Réveillée à ce que je vois ? Bien. Il était temps. Ta petite escapade de huit ans nous a fait perdre beaucoup de temps ! Alors dépêche toi, j’ai quelques questions de routine à te poser. Et puis nous procèderons à certains tests.
– Moi aussi… » émit la jeune fille d’une voix enrouée. Elle se tut, prit sa forme humanoïde, puis toussota pour s’éclaircir la gorge, avant de reprendre : « Moi aussi je suis contente de te revoir après tout ce temps, maman.
– Tu essaies de te montrer sarcastique ? s’enquit Ayla Kree Lai avec presque une pointe d’étonnement.
– Je n’essaie pas, j’y arrive parfaitement bien, rétorqua sa fille dont l’esprit s’éclaircissait.
– Mmmh, tu es devenue arrogante, déplora la scientifique. Mais c’était à prévoir après avoir côtoyé une engeance comme ton père. Ce n’est pas grave, peu importe ton caractère au final.
– Oui, mon caractère t’a toujours été égal, se remémora Rielle. Alors je ne vois pas pourquoi tu as remué cieux et terres pour me retrouver. »

Sa mère la considéra un instant silencieusement, au dessus de ses verres de lunettes en demi lune. Elle avait les mêmes yeux immenses et aussi denses qu’un trou noir. Ayla était une créature élancée au teint bleu pâle, avec une tête un peu allongée au bout d’un long cou. Ses mains palmées trahissaient les origines aquatiques de sa race, qu’elle avait transmises à sa fille. Mais elle ne ressemblait pas autant qu’elle à un hippocampe. Ses vêtements étaient très classiques, gris et, surtout, recouverts par une blouse blanche. Rielle essayait de se souvenir d’un moment où elle n’aurait pas vu sa mère revêtue de cette blouse, mais n’y parvint pas. « Comment peux tu dire une chose pareille ? s’offusqua Ayla Kree Lai. Bien sûr que j’aurais fouillé le moindre recoin de l’espace pour te retrouver !
– Ah bon ? lâcha la jeune fille surprise d’une telle marque d’attention. Je t’ai tant manqué que ça ?
– Evidemment, confirma la scientifique au grand étonnement de sa fille qui se demandait quand sa mère s’était mise à éprouver des émotions. Tu es le travail de ma vie. Toutes mes études sur la génétique inter espèces tournent autour de toi ! Je n’ai pas réussi à reproduire l’expérience une nouvelle fois après toi. C’est pourquoi je dois étudier tout ça. Et je ne pouvais pas le faire sans toi. J’avais des échantillons de ton sang, mais cela ne suffit pas ; il faut que j’étudie ton corps dans son ensemble. Alors cesse de faire l’enfant. Dès que tu seras remise de ton sommeil induit par le gaz, d’ici une petite heure je pense, on procédera à quelques tests. Je suis impatiente ! »

Rielle soupira. Elle avait, encore une fois, espéré. Et, encore une fois, ses espoirs se trouvèrent déçus. Sa mère ne voyait en elle que le sujet d’une expérience. Une fois que sa mère fut partie, elle avisa une infirmière qui l’inspectait, certainement pour vérifier que tout allait bien après le gaz soporifique. « Comment m’ont ils trouvée ?
– Pardon ?
– J’étais bien cachée dans le vaisseau, expliqua la jeune fille. Comment ont ils fait pour me capturer ?
– Ca n’a pas été très compliqué, répondit une voix masculine avant que l’infirmière ait eu le temps d’ouvrir la bouche. Nous savions que tu étais toujours dans le vaisseau lorsque nous avons atterri. » Il s’agissait de Doug. Rielle ne put s’empêcher de grimacer en le voyant entrer dans la pièce. Que faisait il là, d’abord ? N’en avait il pas assez de la tourmenter sans arrêt ? « Alors, nous avons évacué, puis lancé le gaz soporifique, continua l’officier sans s’émouvoir du déplaisir évident de son interlocutrice. Je suppose que tu te demandes comment nous t’avons retrouvée à l’intérieur du vaisseau ? » Rielle ne répondit pas, mais cela ne désarçonna pas Doug qui aimait s’écouter parler. « Tu étais bien cachée, je dois te reconnaitre ça. Si nous n’avions pas eu ces détecteurs de formes de vie, nous n’aurions certainement jamais pu te mettre la main dessus. » Il s’installa sur le rebord de son lit d’infirmerie. « D’ailleurs, même comme ça, cela n’a pas été aussi simple ! »

Sa jeune interlocutrice s’écarta de lui autant qu’il lui était possible. Elle ne l’avait jamais remarqué lorsqu’elle était petite, mais il se dégageait une aura dérangeante de cet homme. Complètement indifférent à son émoi, celui ci continuait de pérorer. « Tu es une petite futée ! Ce qui n’est pas étonnant lorsque l’on sait qui est ta mère, en fait. Nous avons du démonter toute une partie de l’engin pour pouvoir te récupérer. Pour le moment, il est inutilisable d’ailleurs. Tu peux te vanter d’avoir causé tout un tas de dégâts. Mais peu importe ! Nous t’avons attrapée quand même. Je finis toujours, tu m’entends, toujours par retrouver ce qu’Ayla m’envoit chercher.
– Super, tu es un chien bien dressé, c’est vraiment intéressant, ironisa la jeune fille avec morgue.
– Ta mère a raison, tu es devenue bien arrogante, nota Doug. Pour me récompenser de t’avoir mis la main dessus, elle m’a autorisé à te donner cela. » Aussi vif que l’éclair, l’homme en gris plaça deux demis anneaux de métal autour du cou de Rielle et les clipsa ensemble, en un collier qui ne pouvait pas être enlevé ainsi qu’elle se rendit rapidement compte en s’échinant dessus. C’était d’autant plus désagréable qu’elle avait senti une petite pointe lui percer la nuque.

« Qu’est ce que c’est ? S’étrangla-t elle en sentant la panique l’envahir.
– Un joli collier de l’invention de ta chère mère, l’informa Doug en arborant un air triomphant. Cela fait des années qu’elle avait travaillé dessus. Il a pour but d’empêcher ta métamorphose, n’est ce pas merveilleux ? Comme ça, cela évite toutes les courses poursuites inutiles dans les conduites d’aération.
– Ca me fait mal, se plaignit Rielle avec les larmes aux yeux.
– Il fallait se montrer plus obéissante, la morigéna l’officier en la couvant d’un regard mauvais. Déjà que j’ai du éliminer ton petit camarade…
– Il n’est pas mort ! » S’écria la jeune fille avec un sanglot. Elle voulait se montrer inflexible, mais se sentait trop impuissante et prise au piège. De plus, elle était encore un peu groggy à cause des effets du gaz soporifique. En la voyant réagir ainsi, Doug afficha un immense sourire.

« Peu importe, balaya-t il d’un ton venimeux. C’est tout comme, puisque tu ne le reverras plus jamais.
– Tu mens, murmura-t elle.
– Oh non, je ne mens pas, rétorqua-t il d’un ton doucereux en approchant son visage à quelques centimètres du sien. Et j’ai autre chose pour toi : un joli bracelet. » Ce disant, il menotta l’un de ses poignets au lit d’infirmerie. « Voilà, comme ça, tu ne pourras plus t’enfuir. Tu vas rester sagement ici. »

1671 mots