NaNoWriMo 2015 : Kit et Rielle Jour 3

La petite créature colorée le gratifia d’un regard perplexe. Elle cligna plusieurs fois des yeux, toujours silencieuse. « Tu n’en as pas l’air très convaincue. » Commenta l’enfant un peu déçu. L’hippocampe secoua négativement la tête. « Tu me comprends, alors ? » murmura le garçon incrédule. Rielle hocha de nouveau négativement la tête, le plus innocemment du monde. « Je ne suis pas bête, tu sais. » La morigéna-t il. La bestiole fit mine de pouffer, avant de lui tirer la langue. « Je rêve ! s’exclama Kit. Mais tu te moques de moi ! » Il tenta d’attraper créature, qui l’esquiva lestement. « Tu ne perds rien pour attendre. » La menaça-t il. L’hippocampe émit un son entre le grondement et le roucoulement et se jeta sur lui. Ils roulèrent tous les deux à bas du lit, sur le sol, et Kit se mit à rire. « Tu me chatouilles ! Arrête ! » Mais Rielle n’arrêta pas et ils continuèrent de se chamailler en riant pendant de longues minutes jusqu’au moment où, haletants, ils se sentirent trop fatigués pour persister.

Ils s’enroulèrent en boule l’un autour de l’autre et sombrèrent pour une petite sieste à même le sol. Lorsque le garçon se réveilla, il se trouva tout ankylosé. Et la lumière qui baignait la pièce s’était faite orangée, annonçant l’arrivée du soir. Il s’étira longuement, gênant sa petite compagne dans l’opération. Elle émit un son sur un ton accusateur, puis s’étira à son tour, bâillant à s’en décrocher la mâchoire, permettant ainsi à Kit de remarquer de petits crocs pointus. « Tu es une petite guerrière, lui dit il. Je pense que Ed avait raison : tu me soutiendras jusqu’à ce que je devienne assez grand pour être le plus fort. » Elle le fixa silencieusement de ses yeux liquides. « Tu sais faire des tours ? » Rielle émit un reniflement dédaigneux et recula de quelques pas. Alors que le garçon, pensant l’avoir froissée, allait s’excuser, il s’étrangla en la voyant grossir et changer de forme. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, il se retrouva face à une petite fille qui semblait avoir à peu près son âge. Elle avait les cheveux aussi dorés que les nageoires de sa forme d’hippocampe et elle avait gardé un teint légèrement bleuté. De même, ses yeux étaient toujours entièrement noirs de jais. A ces détails près, elle ressemblait en tout point à une petite fille normale.

« Oui, je sais faire des tours, lâcha-t elle en arborant un petit air supérieur.
– Je… Euh… Balbutia Kit avant de s’avouer vaincu et de rester bouche bée.
– Et bien quoi ? Tu as perdu ta langue ?
– Bien sûr que non, se défendit le garçon. J’ai été un peu surpris, c’est tout.
– C’est certain que tu ne dois pas voir ça souvent, dans ta campagne.
– Pourquoi tu te montres méchante tout d’un coup ? Je croyais qu’on s’entendait bien tout à l’heure, nous deux.
– Je ne suis pas méchante, corrigea Rielle. Je ne suis pas contente que papa m’ait abandonnée ici, c’est tout.
– Papa ? Répéta Kit en ouvrant des yeux aussi grands que des soucoupes.
– Oui, confirma la fillette comme si son compagnon était le dernier des imbéciles de ne pas comprendre. Edward Hammerson, le grand type qui m’a laissée là, tu vois de qui je parle ? Et bien c’est lui mon père.
– Wow. Il ne m’a jamais dit qu’il avait une fille !
– Ca ne m’étonne pas. Lui même ne l’a pas appris il y a très longtemps.
– Et pourquoi est ce qu’il t’a amenée ici ? s’enquit curieusement Kit à qui il semblait qu’il avait des milliards de questions à poser.
– Pour ne pas que ma mère me trouve, je suppose.
– Pourquoi ? S’étonna le garçon. Elle est méchante ?
– Je n’ai pas envie d’en parler, éluda Rielle. De toutes façons, maintenant je suis ici et je ne pense pas qu’elle pourra me retrouver.
– Je ne pense pas, confirma Kit. Et, si jamais elle venait ici, je te cacherai.
– Ah bon ? S’étonna à son tour la petite fille aux yeux entièrement noirs. Pourquoi ?
– Parce que ton père m’a confié la mission de veiller sur toi. »

Il ponctua sa phrase d’un sourire désarmant. En une expression, il parvint à museler la colère de Rielle. « D’accord, acquiesça-t elle d’un ton radouci. Dans ce cas là, je veillerai sur toi aussi. Il n’y a pas de raison. » La fillette s’approcha alors de lui et l’embrassa sur le front. Kit ressentit un frisson glacial dans tout son corps. « Voilà, conclut elle.
– Qu’est ce que tu as fait ? demanda le garçon qui tremblait presque de froid.
– Tu sauras peut être un jour, le taquina Rielle.
– C’était… bizarre je dirais, tenta-t il d’expliquer.
– Je ne sais pas. Ca ne m’est jamais arrivé.
– Je me demande si il faut que j’en parle à maman…
– Du baiser ? s’enquit la fillette.
– Bien sûr que non. Je parlais de lui dire que tu es la fille de Ed.
– Ca, je ne sais pas non plus, avoua Rielle. Je suis un peu perdue.
– Ce n’est pas grave, on décidera de ça plus tard, décida Kit. Je commence à avoir faim ! » Il jeta un coup d’oeil à sa fenêtre pour constater que le soleil était presque entièrement couché. « Je pense qu’il va être temps de manger, déclara-t il à l’intention de Rielle. Vient. » Elle se métamorphosa de nouveau en hippocampe bleu à pattes et le suivit docilement jusqu’à la salle commune, qui servait aussi de restaurant à l’hôtel.

Une fois installé à sa table habituelle – car il insistait pour manger avec tous les autres clients et non isolé à la cuisine – il disposa lui même le couvert pour deux personnes. « Tu as invité un ami à manger avec toi ? s’enquit sa mère.
– Oui, déclara pompeusement Kit. C’est Rielle. Et maintenant elle mangera tout le temps avec moi à ma table.
– Vraiment ? Et quand avons nous convenu de cela ?
– J’en ai convenu avec Rielle tout à l’heure, expliqua-t il.
– Avec Rielle ? » Madame Granger jeta un coup d’oeil à la petite créature sagement installée en face de son fils. L’hippocampe aux nageoires dorées lui rendit son regard, de ses grands yeux liquides empreints d’innocence. Elle considéra de nouveau son fils pensivement. Peut être se sentait il seul. Il se pouvait que ce soit du au fait qu’il était terriblement déçu que Ed Hammerson soit parti si vite. Et, comme l’homme lui avait laissé cette petite créature, il devait lui transférer son affection. Soit. Elle pouvait bien lui permettre une si petite chose. Et puis, après tout, le géant blond avait bien dit que cette petite bête se nourrissait comme les humains. Elle ne fit aucun commentaire supplémentaire. Néanmoins, de temps à autre pendant qu’elle vaquait à ses occupations hôtelières, elle jetait des coups d’oeil curieux en direction de son fils, qui paraissait en grande conversation avec sa petite Rielle. A plusieurs reprises, elle eût même l’impression que la bestiole répondait. Ce n’était certainement pas le cas – les animaux ne parlent pas voyons – mais il était vrai qu’elle regardait Kit comme si elle le comprenait et cela devait être important pour le garçon. Quoiqu’il en soit, son fils paraissait heureux et c’était bien tout ce qui comptait, au final.

Les jours suivants, Madame Granger put constater que la relation entre Kit et Rielle devenait complètement fusionnelle. Ils mangeaient ensemble, dormaient ensemble, jouaient ensemble, le garçon emmenait la petite créature partout où il allait et elle participait à tout ce dont il participait lui même. Ils avaient l’air tout à fait satisfaits de leur rencontre et ne se quittaient plus d’une semelle. La mère de Kit en vint même à se dire que, si elle avait su, elle aurait pris un petit chien ou un petit chat à son fils. Elle ne se doutait pas le moins du monde que l’hippocampe bleue était en réalité une petite fille. Le garçon se sentait vraiment content d’avoir Rielle avec lui. Ed avait eu raison quand il avait dit qu’ils deviendraient amis. Il n’aurait jamais pensé qu’il pourrait être aussi copain avec une fille. Ses amis et lui en avaient convenu plusieurs fois : les filles ce n’était pas intéressant. Après, celle là n’était pas n’importe quelle fille. Elle savait se métamorphoser ! Et ça, c’était terriblement intéressant. Il avait voulu en parler à ses copains, mais il s’était retenu car il avait compris qu’il était plus sage pour veiller sur sa petite compagne que personne ne sache sa véritable nature. Après tout, contrairement à ce que disait Rielle, Kit considérait que Bourgétoile n’était pas si perdu que ça et la mère de l’hippocampe pouvait très bien entendre parler d’elle. Il se contenta de devenir le garçon qui possédait un animal exotique. La fillette ne prenait une forme humanoïde que lorsqu’ils se retrouvaient seuls.

Malheureusement, certains enfants du quartier de Kit se firent jaloux de constater que ce dernier avait la chance de posséder un animal aussi étonnant que rare. Il importait peu au garçon que certaines personnes ne l’aiment pas. Cela inquiétait plus Rielle. Mais son compagnon lui avait assuré, avec un ton docte emprunté au Docteur Sam, que dans la vie on ne pouvait pas être aimé de tout le monde. En quoi il n’avait pas tort. Et la fillette fut impressionnée par la sagesse de Kit. Qui n’avait que huit ans. Cela faisait un an de plus qu’elle même, mais ce n’était toujours pas beaucoup. En parlant du Docteur Sam, il se montra surpris lorsque le petit garçon lui présenta Rielle. « Tiens donc, s’était exclamé l’homme de médecine. Je n’ai jamais vu un animal pareil !
– Elle est exothermique, lui avait expliqué fièrement Kit.
– Exotique, plutôt, avait corrigé le médecin. Et c’est exact ! Elle ressemble à un animal marin qu’on appelle un hippocampe.
– Elle sait nager alors ?
– Je suppose. En tous cas, elle a des nageoires, ce qui tend à indiquer que c’est une créature aquatique. Mais elle a aussi des pattes et elle ne semble pas perturbée de vivre sur la terre ferme. C’est stupéfiant ! »

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NaNoWriMo 2015 : Kit et Rielle Jour 2

Kit poussa un cri de joie en voyant sa mère accepter qu’il recueille l’étrange créature bleue. « Elle n’est pas dangereuse, au moins ? voulut elle se rassurer.
– Pas le moins du monde ! » Lui promit Ed, qui paraissait presque aussi aux anges que le jeune garçon. Les deux adultes se gratifièrent d’un signe de tête entendu et Madame Granger retourna à ses affaires.

L’hippocampe à pattes, quant à elle, ne paraissait pas ravie de la tournure des évènements. Lorsque le géant voulut s’emparer d’elle de sa main libre afin de la mettre dans les bras du garçon, elle couina désespérément et s’accrocha le plus fort qu’elle put. Kit eut même l’impression d’entendre un « Non ! » au milieu de ses cris plaintifs. Mais elle ne pouvait rivaliser avec la force de Hammerson. Celui ci émit un glapissement surpris lorsque la dernière prise que trouva Rielle se trouvèrent être ses poils d’avant bras. « Lâche moi. » Lui enjoignit Ed d’un ton doux mais sans condition. Sur un dernier gémissement plaintif, la petite créature accepta de lâcher la pilosité fournie du géant. Il la déposa délicatement dans les bras d’un Kit émerveillé. Rielle se blottit machinalement contre le garçon et jeta un regard désespéré à Hammerson. Ce dernier arborait un air satisfait et un demi sourire se dessinait derrière sa barbe de trois jours.

« Ne t’inquiète pas Ri, rassura-t il la petite créature en lui caressant tendrement le dessus du crâne d’un doigt. Je te laisse entre de bonnes mains. Tu as entendu, il va devenir l’homme le plus fort de la galaxie ; il ne peut rien t’arriver ! » L’hippocampe à pattes émit un reniflement peu convaincu. « Je sais, je sais, convint Hammerson. Pour le moment il est encore tout petit. Mais je me suis laissé dire qu’il s’entraînait dur ! » Il y eut un soupir désabusé de la part de l’animal. « Allons allons, soit sage, la gourmanda Edward. Et puis, tu seras là pour l’épauler le temps qu’il devienne le plus fort. »

La petite créature bleue tourna le cou pour fixer Kit dans les yeux. Le garçon lui rendit gravement son regard, ne sachant pas si le géant blond faisait semblant de dialoguer avec Rielle ou si elle comprenait véritablement ce qu’il lui disait. Il trouvait les yeux noirs liquides de l’hippocampe bleue très particuliers. Cela lui semblait difficile de les lire. Il repensa au Docteur Sam, qui lui avait dit un jour que ce n’était pas les yeux qu’on lisait, mais les infimes mouvements de l’expression du visage selon le contexte, que l’on analysait inconsciemment. En considérant l’étrange créature, il réalisa que sa figure était assez statique. Comme elle ne montrait pas d’expression particulière, il ne pouvait pas essayer de déterminer ce à quoi elle songeait en le fixant ainsi. Elle pencha alors la tête sur le côté et il eut l’impression qu’elle lui souriait. Il écarquilla les yeux, surpris, et se rendit compte que la créature avait enroulé sa queue, ornée d’une magnifique nageoire caudale dorée, autour de son bras.

Ce qui était certain, en revanche, c’était que Ed souriait bel et bien d’un air aussi attendri que rusé. Derrière lui, ses compagnons continuaient de boire, discuter et rire entre eux, en faisant mine de ne pas suivre les évènements qui se déroulaient à côté d’eux. En réalité, ils n’en perdaient pas une miette. Mais, par considération pour Hammerson, ils lui laissaient un semblant de vie privée. Kit les connaissait tous par leur nom et il avait passé des moments privilégié avec chacun d’eux, depuis le temps qu’ils accostaient régulièrement sur la planète du garçon et logeaient invariablement à l’hôtel de Bourgétoile.

Les joyeux drilles de Hammerson avaient rapidement remarqué le petit Kit qui, peu farouche, était venu leur poser des questions sur l’endroit d’où ils venaient et sur la raison de certaines de leurs particularités physiques. Comme leurs cicatrices par exemple. Au début, les hommes du géant n’avaient rien répondu. Mais ce dernier, amusé par l’audace innocente du petit garçon, avait autorisé d’un rire les confidences. Sur le regard inquisiteur de la maman, ils avaient tout de même passé sous silence certaines choses pas très légales qui avaient mené à leurs cicatrices et qui les avaient poussés à parcourir l’espace intersidéral. Cela faisait à présent deux ans que, depuis leur rencontre avec Kit à l’auberge de Bourgétoile, ils revenaient régulièrement lui rendre visite. Les contrôles étant rares sur cette planète tranquille, ils s’étaient vite sentis comme chez eux. Quant à Kit, n’ayant pas de père – selon la formule consacrée concernant les enfants dont personne ne savait qui était le géniteur – il avait été enchanté de trouver autant de grands frères et d’oncles à sa disposition. D’ailleurs, Ed était devenu ce qui se rapprochait le plus d’un père pour lui. La considération familiale était réciproque et, tant que tous ces bandits se tenaient à carreau sous son toit, Madame Granger les considérait avec bienveillance.

« Nous n’allons pas pouvoir rester très longtemps cette fois ci, déplora Ed Hammerson à l’intention de son fils de coeur.
– Oooh ! » S’exclama l’enfant de déception. La petite créature fit écho à sa consternation avec un couinement plaintif. « Tu vois, Rielle est d’accord avec moi, vous devriez rester plus longtemps.
– Haha ! J’aimerais beaucoup passer plus de temps avec vous, les enfants, leur assura le géant blond. Mais le… devoir nous appelle.
– C’est nul, observa Kit d’un ton boudeur. Vous venez à peine d’arriver ! Vous pourriez rester un ou deux jours, quand même.
– Dis donc, je t’ai amené une nouvelle amie et tu trouves encore le moyen de te plaindre ? Ironisa Ed en couvant son jeune interlocuteur d’un regard moqueur.
– Je prends exemple sur toi, rétorqua le garçon avec un sourire insolent.
– Hahaha ! » Hammerson s’esclaffa bruyamment et tous les gens qui se trouvaient dans la salle tournèrent brièvement le regard vers lui, intrigués, avant de retourner à leurs affaires. « C’est quelque chose qui risque de t’apporter beaucoup d’ennuis, sais tu ? ajouta-t il ensuite avec une lueur malicieuse dans le regard.
– Ce n’est pas grave, balaya Kit. Je ferai avec ! »

Les hommes d’Ed se mirent à rire à leur tour. « Tu ne sais pas à quoi tu t’exposes ! » Pouffa l’un d’eux qui répondait au nom de Sun Lee. L’enfant haussa les épaules, ne sachant quoi répondre. Il n’avait plus très envie de dire quoique ce soit, maintenant qu’il savait que Hammerson ne se laisserait pas convaincre. En fait, le géant blond ne s’était jamais laissé convaincre de rester. A chaque fois qu’il avait ordonné le départ, rien ne réussissait à le retenir. Kit avait tout essayé, les larmes, l’argumentation, la provocation… Mais aucune de ses tactiques, élaborées avec soin, n’avaient jamais porté ses fruits. Il avait même demandé à sa mère des conseils. Malheureusement, elle ne s’était révélée d’aucun secour. Elle s’était contentée d’essayer de le raisonner sur le fait que Ed avait des choses importantes à faire et qu’il reviendrait un jour prochain. En attendant, il était particulièrement déçu. Il aurait voulu aborder le sujet de l’entraînement avec le géant blond et comparer ce qu’il avait à dire aux propos du Docteur Sam.

Il perçut un mouvement sur son bras. Rielle avait entrepris de l’escalader. Elle se retrouva sur son épaule en un rien de temps, enroula délicatement sa queue autour du cou du garçon pour affermir sa prise, et se mit à pousser une série de sons sur un ton clairement accusateur. Kit resta perplexe en se demandant si il s’agissait d’un véritable langage. Dans tous les cas, cela y ressemblait fort et, avant que Ed ne prenne la peine de répondre à la tirade de la petite créature furieuse, le garçon s’empara d’elle pour la tenir à bout de bras, face à lui même. « Qu’est ce que tu racontes ? lança-t il à l’hippocampe bleu et doré tout en le secouant doucement. Tu ne pourrais pas plutôt parler une langue que tout le monde comprend ? » Rielle ne daigna pas lui répondre et se contenta de le gratifier d’un plissement de ses yeux noirs de jais. « Elle a l’air en colère. » Commenta un Kit toujours intrigué par la créature. Il pensait que Ed lui avait remis un simple animal de compagnie. Un animal précieux, certes, puisqu’il avait dit quelque chose qui ressemblait au fait qu’il y tenait comme à la prunelle de ses yeux.

« Cela lui arrive, acquiesça Hammerson d’un ton étonnamment doux de la part d’un morceau tel que lui.
– Tu vois, continua le garçon. Tu ferais mieux de rester, même juste une nuit de plus. » Le géant blond caressa la joue du petit de son poing en souriant. Kit soupira. Il sentait bien que son ultime tentative n’avait pas fonctionné non plus. D’ailleurs, les compagnons de Edward commençaient déjà à se lever et l’un d’entre eux fouillait ses poches à la recherche de quoi payer toutes les consommations. « Cette fois ci, vous partez vraiment très très vite, constata tout haut le garçon.
– Bien sûr, j’étais juste venu pour te confier mon trésor, lui murmura Hammerson sur le ton de la confidence. A la revoyure ! » Lança-t il ensuite d’une voix de stentor, pour tous les clients présents.

Sur un pas nonchalant mais efficace, la troupe quitta bientôt le petit hôtel, sous le regard consterné de Kit et de son hippocampe à pattes qu’il serrait à présent contre lui. Une fois qu’ils eurent disparu, celle ci leva les yeux vers le garçon et poussa un petit gémissement. « Oui, ils sont partis. » Répondit l’enfant. Il ne savait pas ce que lui disait la petite créature, mais il s’imaginait la comprendre. Il la considéra un moment, puis monta avec elle dans sa chambre. Madame Granger et son fils logeaient dans une dépendance de l’hôtel. Ils y possédaient un petit appartement qui donnait directement sur la cour intérieure. Kit avait la chance d’avoir une chambre pour lui tout seul. Il en poussa la porte et pénétra avec soulagement à l’intérieur. Après avoir posé Rielle sur son lit, il alla fermer la porte pour être certain d’être tranquille, et s’assit à côté de la créature bleue et dorée. Sa mère essayait toujours de le faire parler quand elle le voyait triste. Mais elle ne comprenait pas : il n’était pas triste ! Il était grand maintenant, alors il n’était plus triste. Par contre, il était déçu de l’attitude de Ed. Parfaitement. Et il en fit part à l’hippocampe qui le considérait silencieusement, la tête légèrement penchée sur le côté.

« Alors, comme ça, tu es un trésor ? » S’enquit Kit pour changer de sujet.

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NaNoWriMo 2015 : Kit et Rielle (-> Je suis une championne des titres pourris) Jour 1

Kit faisait des pompes. Avec acharnement. Il ne prenait même pas le temps d’enlever les mèches brunes qui pendaient devant ses yeux. Le garçon avait décidé qu’il serait le plus fort de toutes les nouvelles recrues de l’Ecole Planétaire de Pilotage lorsqu’il serait en âge de postuler dans cet établissement prestigieux. Comme il n’avait que huit ans, il avait encore quelques années devant lui – huit autres dans les faits – pour s’entraîner et avait décidé de mettre à profit la moindre minute de son temps pour parfaire sa musculature. En effet, il avait entendu dire que les pilotes devaient toujours être au meilleur de leur forme physique. Sa mère lui adressait toujours un regard doux accompagné d’un sourire attendri lorsqu’elle le voyait en train de se démener pour devenir plus fort. Lorsqu’il s’était plaint qu’elle se moquait de lui parce qu’il n’était qu’un enfant et que, par conséquent, personne ne le doutait capable de se tenir à un entraînement comme les adultes, elle lui avait assuré qu’elle croyait en lui et qu’il deviendrait le plus fort de toute la planète.

« Ce n’est pas suffisant, lui avait il répondu avec un reniflement de celui qui en sait plus que tout le monde. Il faut que je devienne le plus fort de la galaxie.
– Oh, fort bien, avait déclaré sa maman d’un air impressionné. Mais, surtout, n’oublie pas d’entrainer un peu ta cervelle.
– Pfeuh ! Ca ne sert à rien, la cervelle, avait ronchonné Kit.
– Bien sûr que si, lui avait elle assuré. Retiens bien que, sans cervelle, les muscles ne servent à rien. »

Il n’avait pas eu envie de contredire sa mère, parce qu’il aimait beaucoup lui faire plaisir. Mais il avait gardé par devers lui l’idée que, par exemple, on ne pouvait décemment pas gagner un combat avec un cerveau. Déjà, le cerveau était à l’intérieur de la tête. Il ne pouvait frapper personne. Et, en plus, il ne faisait que penser alors qu’il se faisait promener de partout par ses pieds. Peut être qu’en donnant des coups de tête, il pourrait mettre sa cervelle à contribution. Il avait alors essayé, mais ses velléités d’utiliser son crâne comme marteau s’étant avérées fort douloureuses, il décida rapidement d’abandonner cette idée. En réalité, il comprenait bien que sa mère lui conseillait de faire preuve de réflexion parfois, mais il avait l’impression de ne jamais réfléchir comme il fallait. Ce qui le décourageait rapidement.

D’ailleurs, il s’occupait un peu trop de ses pensées et pas assez de son entraînement maison qu’il s’était concocté lui même. Avec l’aide du Docteur Sam en fait. Il avait parlé de son projet au Docteur Sam lorsque ce dernier était venu le voir parce que le garçon avait de la fièvre. Ce jour là, le médecin passait justement par Bourgétoile, et la mère de Kit, un peu inquiète, avait fait appel à lui. L’enfant avait très rapidement balayé les questions de routine de Sam pour lui demander comment il pouvait s’entraîner pour devenir l’être vivant le plus fort de toute la galaxie. Le médecin avait commencé par lui adresser un regard scrutateur par dessus ses petites lunettes à verres rectangles. Voyant que le petit était on ne peut plus sérieux, il avait réprimé un sourire. « Il faut de l’exercice régulier, avait il alors professé.
– Régulier, comme tous les jours ? S’était enquis le garçon. Parce que je suis prêt à m’entrainer tous les jours, moi ! Et pendant plusieurs heures ! »

Cette fois ci, le médecin ne s’empêcha pas de rire. Depuis la dizaine d’années qu’il opérait dans le coin, partageant sa semaine entre cinq grosses bourgades, il avait pu voir beaucoup d’enfants. Et il avait pu constater que tous les enfants étaient toujours prêt à faire beaucoup d’efforts tous les jours et toute la journée, dans leur enthousiasme sans bornes. Enthousiasme rapidement douché par la difficulté, l’effort, ou juste par la persévérance nécessaire. Néanmoins, comme le Docteur Sam était toujours prêt à inculquer un peu d’hygiène de vie à ses patients – car, sur cinq bourgades, il en avait beaucoup, et il préférait venir les soigner lorsqu’ils ne tombaient pas malades de leur fait – il commença à expliquer à Kit quel genre d’entraînement il pouvait mettre en place pour devenir un homme fort.

« Pas seulement un homme fort, avait précisé le garçon. L’homme le plus fort.
– Pour devenir l’homme le plus fort, il faut que tu deviennes grand, avait alors continué le médecin sur un ton doctoral. Et aussi, que ton corps se développe correctement, parce que tu es en pleine croissance. C’est pour ça qu’il ne faut pas faire trop d’exercice d’un coup, mais qu’il faut en faire régulièrement.
– Maman dit que c’est pour ça que je suis tombé malade. A cause de la croissance.
– C’est possible, cela demande beaucoup d’énergie de grandir. Du coup, comme ton corps est fatigué, il est plus susceptible de succomber aux microbes et aux virus.
– Je les battrai aussi quand je serai fort. » Avait décrété Kit après un instant de réflexion, arrachant un sourire au médecin. Depuis qu’il avait établi un plan d’exercices à faire grâce au Docteur Sam, le garçon s’y tenait. A la grande surprise de sa mère et du médecin, il se tenait à ce qu’il appelait son entraînement depuis plusieurs mois avec une régularité effarante de la part d’un enfant de huit ans. Une fois qu’il eut terminé ses exercices, il retourna dans le petit hôtel dont sa mère était la tenancière.

L’établissement tenait plus de l’auberge que du grand hôtel de luxe, mais comme il servait également de restaurant et de débit de boisson à la bourgade alentours, il disposait d’une grande salle qui elle était toujours peuplée quelle que soit l’heure du jour et de la nuit. Bien entendu, la nuit seuls les clients de l’hôtel bénéficiaient de la salle, car Mme Granger était tenue de fermer son établissement après minuit. Elle disposait également de nombreuses chambres pour une aussi petite ville que Bourgétoile. Mais c’était là que se trouvait le spatioport de la région. A l’échelle des spatioports, celui de Bourgétoile était plutôt petit. Etant donné l’activité de la région, il n’y avait pas beaucoup de transit. Un vaisseau cargo venait régulièrement emporter ou apporter des marchandises. Il passait toutes les semaines. Au delà de ces vaisseaux cargo, il y avait peu de touristes. Mais certains venaient parfois profiter de l’air typique d’une campagne très provinciale où la technologie ne se trouvait pas si présente que cela. Ou montrer à leurs enfants comment sont élevés les animaux dans une ferme, puisqu’autour de Bourgétoile se trouvaient principalement des fermes. Vu leur taille et les étendues de terrain qu’elles couvraient, les personnes sur place les appelaient plutôt des ranchs. Du au fait qu’il y avait peu de circulation, la sécurité se laissait un peu aller dans le petit spatioport et des contrebandiers y faisaient régulièrement escale. Tant qu’ils ne causaient pas de grabuge, tout le monde fermait les yeux sur leurs activités pas toujours très légales. La plupart de ces personnes arrivant au petit port interstellaire de Bourgétoile logeaient à l’hôtel de la mère de Kit.

Malgré son jeune âge, le garçon avait donc déjà rencontré beaucoup de personnes différentes et de différents horizons. « Mon chéri, lui dit sa mère en le voyant arriver après sa séance d’exercices, Monsieur Hammerson est ici. » Le visage de Kit s’illumina et il ne perdit pas une seconde pour se précipiter dans la salle commune. Il balaya rapidement la pièce du regard pour repérer la silhouette familière de l’homme avec qui il avait tissé des liens si particuliers. « Ed ! s’écria-t il en courant vers Hammerson.
– Hé ! Salut petit ! » L’homme adressa un grand sourire au jeune garçon, tandis que ce dernier se jetait sur lui. Il le souleva d’un bras comme si c’était un fétu de paille. Il faut dire que le dénommé Hammerson était gigantesque, en plus d’arborer une abondante chevelure blonde, une barbe de trois jours et de poser un regard vert pétillant sur le monde qui l’entourait. « Mais dis donc, on dirait que tu as encore grandi et forci depuis la dernière fois, ajouta-t il pendant que le petit lui serrait le cou à lui en couper le souffle.
– Oh, oui, confirma Kit. Je suis tombé malade à cause de la croissance et je m’entraîne pour devenir l’homme le plus fort de la galaxie.
– L’homme le plus fort ? S’esclaffa le géant. Mais pourquoi donc ?
– Pour devenir pilote, expliqua l’enfant.
– Et tu as besoin d’être le plus fort de la galaxie pour devenir pilote ? S’enquit Edward Hammerson avec un large sourire.
– Oui, appuya Kit en arborant un sourire tout aussi large.
– Mais pourquoi donc ?
– Parce que je veux être le meilleur pilote. »

Le géant attendit un instant pour voir si il y avait une suite d’explication. Mais l’enfant gardait son sourire, et aucun mot ne semblait plus devoir sortir de sa bouche à ce propos. Hammerson rit de nouveau. « Tant mieux, dans ce cas, tonna-t il. Parce que je vais avoir grand besoin de l’homme le plus fort de la galaxie.
– Ah bon ? » Les yeux de Kit s’emplirent d’étoiles. Ed allait avoir besoin de lui, quelle fièreté ! « Tu as une mission pour moi ?
– Un peu ! » Le géant lui adressa un clin d’oeil et le posa à terre. De son autre bras qui, venait de se rendre compte le garçon, lui avait été dissimulé tout du long, Hammerson lui tendit une petite créature qu’il n’avait jamais vue. Elle se tenait à quatre pattes, palmées, toutes fermement accrochées au bras de l’homme. Elle tendit son long cou pour croiser le regard brun de Kit avec de grands yeux liquides, noir de jais. Le garçon n’avait jamais vu d’hippocampe, mais c’était bel et bien à cela que ressemblait la créature : un hippocampe avec des pattes, au corps bleu ciel moiré de bleu roi et aux nageoires dorées. L’enfant contempla la petite créature, bouche bée.

« Elle te plait ? S’enquit Hammerson qui regardait la bestiole d’un air attendri.
– Oh oui, répondit Kit en hochant la tête pour appuyer son propos.
– Tant mieux. Parce que j’aurais besoin que tu me la gardes, pendant quelques temps.
– Que je te la garde ?
– Oui, telle est la mission que je te confie, déclara le géant sur un ton pompeux.
– Oh maman, je peux la garder ? » Supplia le garçon auprès de sa mère qui venait servir des pintes à Ed et ses acolytes qui discutaient bruyamment à côté. Madame Granger posa un regard curieux sur la créature qui, elle, s’était retournée en direction de Hammerson et lui adressait des petits bruits sur ce qui paraissait être un ton accusateur. « C’est une mission de Ed, argumenta-t il à tout hasard.
– Une mission d’importance sans aucun doute, susurra sa mère. Dangereuse ?
– Oh non m’dame, promit Hammerson. Je tiens juste à cette petite bête comme à la prunelle de mes yeux et je pense que notre grand Kit sera tout à fait capable d’en prendre soin pendant quelques temps.
– Mmmh, réfléchit elle tandis que son fils faisait preuve de toute sa science en terme d’yeux suppliants pour la convaincre. Et qu’est ce que ça mange ces petites bêtes là ?
– La même chose que nous, ronronna Ed. Il n’y a pas plus facile à s’occuper que cette charmante petite.
– C’est une elle ? vérifia Kit.
– Oui, c’est une elle, confirma Hammerson.
– Comment elle s’appelle ? s’enquit ensuite le garçon.
– Elle se nomme Rielle, révéla le géant en gratouillant tendrement la tête de l’hippocampe bleu arrimé à son bras.
– Oh, maman, s’il te plait, est ce que Rielle peut rester avec nous ? »

Face au regard suppliant de son fils, qui faisait écho au regard suppliant de Hammerson, Madame Granger capitula et accepta que son fils prenne en charge la prunelle des yeux du géant. Elle ne savait pas si elle faisait bien car, contrairement à son petit, elle se doutait que Edward Hammerson faisait au moins de la contrebande. Mais le regard dont il couvait l’étrange créature était empreint de tendresse et non de cupidité. Le même genre de tendresse dont il gratifiait Kit, ce qui faisait qu’elle avait plutôt tendance à lui faire confiance, malgré ses réserves.

2067 mots

NaNoWriMo de 2015

Salutations !

Comme vous vous en souvenez peut-être, le mois de Novembre est dédié au NaNoWriMo, le National Novel Writing Month. Même si, dans les faits, ça concerne le monde entier. Comme je l’avais fait l’année dernière pour Bård, je recommence cette année.
Comme l’année dernière, je vous mettrai jour par jour ma production quotidienne.
Si vous avez des questions, n’hésitez pas, et venez participer avec moi l’année prochaine ! (Ou pour les NaNoCamps d’Avril et de Juillet)

« Kyr et Kilynn » Chapitre 3 : Rencontres (6/8)

« Une déesse dragonne de cuivre, précisa Vorastrix.
– Elle est la déesse de quoi ? s’informa la jumelle.
– Des blagues ! répondit joyeusement l’homme à la robe d’argent.
– Plus précisément de l’humour, des contes et de l’inspiration, ajouta la ménestrelle.
– C’est ta déesse alors vu que tu es Barde ? demanda Kyr.
– Non, réfuta la Centaure. Mon dieu est Skerrit, le dieu des Centaures. Et vous, quelle est votre divinité tutélaire ?
– On en a pas vraiment, répondit Kilynn. Nos parents vénéraient Pélor, comme la plupart des gens.
– Ha, c’est toujours pratique d’avoir une divinité tutélaire, dit Drakëwynn. Par exemple, si la voix qui te parle dans ta tête s’avère être un dieu ou une déesse draconique, je pense qu’il faudra que tu t’intéresses un minimum à son culte.
– Ca dépend quel dieu draconique hein, intervint Vorastrix.
– Ah bon ? Pourquoi ça ? s’enquit la fille.
– Bah, ce qu’il veut dire, expliqua la Centaure, c’est qu’il y a des dieux draconiques pas très fréquentables.
– C’est le moins qu’on puisse dire… » ronchonna l’homme, avant de reprendre d’un ton plus joyeux : « Mais ça occupe et ça rapporte plus que les démons ou les morts-vivants !
– Ca c’est bien vrai ! approuva la ménestrelle avec véhémence. Tu te rappelles tout ce qu’on a récupéré grâce à Laruk ?
– Oui, ce brave vieux Laruk, c’était un de nos meilleurs ennemis, en convint Vorastrix. Par contre, il n’était pas très malin, lancer un sort utilisable une fois tous les 500 ans pour espionner nos techniques, c’était vraiment du gâchis.
– Surtout pour ce que ça lui a servi… » ajouta Drakëwynn.

Se remémorant de bons souvenirs tout en continuant de marcher, les deux amis se mirent à s’esclaffer. Kyr se promit de demander plus de détails sur cette histoire à la Centaure, une fois son compagnon reparti. Ce qui l’embêtait avec lui, ce n’était pas seulement le fait que l’homme l’ignorait totalement au détriment de sa sœur, c’était surtout qu’il le trouvait inquiétant. Pourtant, objectivement parlant, quelqu’un à qui Kilynn ose parler en le connaissant à peine, qui rit sans arrêt et propose des oranges n’a rien de très effrayant. Mais cet individu-là était en plus doté d’ailes d’anges, d’écailles, de griffes, de crocs et d’un charisme démesuré qui le rendait angoissant aux yeux du garçon. « Au fait, reprit soudainement Vorastrix à l’attention de la ménestrelle. Tu crois qu’on peut survivre trois jours en dormant sans boire ni manger ?
– C’est bien possible, répondit-elle. Mais dans ce cas là on doit se sentir un peu faiblard au réveil. Pourquoi tu me demandes ça ?
– Oh, pour rien…
– C’est Onbu qui a encore fait des siennes, c’est ça ? s’enquit Drakëwynn.
– Hihi ! pouffa son ami en guise de réponse. Quoiqu’il en soit, j’ai encore plein de choses à faire pendant ces trois jours ! A plus tard ! »

Sans attendre de réponse, il déploya ses grandes ailes neigeuses et il s’envola. Une fois en l’air, il héla ses dragons et ils disparurent tous les trois après un marmonnement de Vorastrix, suivi d’un claquement de doigts. Emlyg, n’ayant plus son compagnon de jeu, retourna se poser sur le dos de la Centaure et s’employa à taquiner l’aigle perché sur l’épaule de celle-ci. « Qu’est ce qu’il voulait dire ? demanda Kyr à la ménestrelle.
– Aucune idée, répondit celle-ci. Il a du faire une bonne blague à quelqu’un à mon avis. C’est pas toujours facile de suivre son cheminement de pensées.
– Ca, on avait remarqué, grommela le garçon.
– Je trouve que tu y arrives plutôt bien, à le suivre, déclara Kilynn.
– Oh, c’est parce que ça commence à faire un bout de temps que je le pratique ! expliqua Drakëwynn.
– Même s’il a l’air d’un crétin, il a de grands pouvoirs non ? s’enquit Kyr. Il me fait peur.
– Peur ? s’esclaffa la Centaure. Tant que tu n’es pas son ennemi, tu n’as rien à craindre de lui, va. Il est effectivement très puissant, maîtrisant même plusieurs sortes de magies. Et, ne te fie pas à son air idiot qu’il affectionne. Il est loin d’être bête, il pense juste de manière… différente.
– C’était lui ton ami ensorceleur passionné par les oranges dont tu nous avait parlé hier soir ? s’informa Kilynn comme pour vérifier quelque chose.
– Oui oui, c’était lui, le seul, l’unique ensorceleur aux oranges ! confirma la ménestrelle.
– Je m’en souviens, ajouta le frère. Tu nous avais dit qu’il devait être quelque part à embêter des gens et à distribuer des oranges. Faut croire que tu avais raison sur les deux points…
– Allons, ne laisse pas ses facéties te vexer, Kyr, lui conseilla la Centaure. Il adore par dessus tout taquiner les gens susceptibles.
– Drakëwynn, tu nous racontes ces histoires avec Laruk ? demanda la sœur.
– Laruk ? mmmh, il y a pas mal de choses à raconter à son sujet… A mon avis, vous deux le connaissez au moins de réputation.
– Ah bon ? s’étonnèrent les enfants.
– Oui, appuya la ménestrelle. C’est celui qui a assassiné l’ancien Roi de la Cité d’Hogg.
– L’Assassin Rouge ? voulu savoir Kyr.
– Lui-même, confirma Drakëwynn. C’est vrai qu’il était bien plus connu sous le nom d’Assassin Rouge.
– Mais… l’Assassin Rouge a été défait par la Compagnie de la Licorne… » dit le garçon de manière hésitante car il ne savait pas vraiment lui-même ce qu’il voulait entendre par là. « Je veux dire, il était votre ennemi à ton groupe et toi, mais ne me dis pas que…
– Que ? s’enquit la ménestrelle avec curiosité.
– Une Centaure Barde, murmura Kilynn. Un ensorceleur qui donne des oranges, un dragon d’or, des Mages Rouges pour ennemis, l’Assassin Rouge… Je crois qu’il n’y a plus de doute à avoir : finalement, c’est bien toi Ekwo de la Compagnie de la Licorne ?… »

« Kyr et Kilynn » Chapitre 3 : Rencontres (5/8)

Vorastrix le regarda, l’air étonné, comme si il n’avait effectivement pas encore remarqué le jeune garçon. Il s’effaça prestement devant lui et lui déclara d’un ton d’excuse : « Oups ! Je suis au milieu de la route c’est vrai, vous pouvez passer à présent messire, bon voyage à vous ! Alors, tu disais ? enchaîna-t-il directement à l’attention de Drakëwynn.
– Mais je suis avec elles ! Je suis le frère de Kilynn ! s’énerva le garçon.
– Désolé p’tit, j’ai rien besoin d’acheter, s’excusa l’homme ailé sur un nouveau ton. Décidément cette route est bien fréquentée ! On ne peut même plus discuter tranquillement ! »

Il s’écarta de nouveau mécaniquement, comme pour laisser une fois de plus le passage à Kyr. Ce dernier décida d’abandonner, se disant que s’époumoner ne servirait à rien. Il se demandait même si Vorastrix n’était pas en train de se moquer ouvertement de lui. Mais il n’eût pas le temps de penser plus avant : la ménestrelle continua sa conversation avec son ami, tout en reprenant la route. Les jumeaux remontèrent sur Nuit-Noire pour les suivre. Ce faisant, le garçon se prit à espérer que l’étrange individu ne les accompagnerait pas tout le voyage. Il trouvait que Drakëwynn suffisait amplement côté bizarrerie. Le dragon d’or, quant à lui, s’envola pesamment pour contempler le monde de haut. « Kyr, elle me parle encore, chuchota Kilynn à son frère.
– Qui ça ? ta voix ? » s’enquit le garçon.

Sa sœur hocha affirmativement la tête. « Oh ! s’exclama la Centaure qui les avait visiblement entendus. Ta voix essaie encore de communiquer avec toi ?
– Pourquoi, pas à toi ? s’étonna Vorastrix à l’adresse de Drakëwynn.
– Bien, on va régler ce problème tout de suite tant qu’on y est, déclara la ménestrelle en ignorant la répartie de son ami.
– Bah, déjà comme problème, il y a qu’elle parle toute seule, ronchonna l’homme tout en sortant une orange de son vieux sac.
– Elle me parlait à moi, pointa Kyr qui se vit superbement ignorer par Vorastrix qui s’employait à éplucher une nouvelle orange.
– Kilynn, commença la Centaure, je vais parler dans différentes langues, et tu vas me dire laquelle ressemble le plus à celle de la voix qui te parle dans ta tête. »

La fille hocha la tête. Tandis que Drakëwynn commençait à dire des phrases dans différentes langues, Kyr observait Vorastrix en boudant. Celui-ci, une fois son orange terminée, en sortit machinalement une autre et, marmonnant ce qui semblait être une incantation, fit jaillir une ligne de glace de son doigt pour givrer son orange. L’air satisfait du résultat, il commença à la manger. Le garçon, bien qu’impressionné par le rayon de givre, continuait de se demander quand l’ami de la Centaure allait repartir. « Ca ressemble à ça ! s’exclama soudain sa sœur.
– Du draconien ? s’étonna la ménestrelle.
– Je sais pas ce que c’est, mais je suis presque sûre que c’est cette langue-là que j’entends, assura Kilynn.
– Qui pourrait bien te parler en draconien par télépathie ? s’interrogea tout haut la Centaure.
– Peut-être Emlyg ? suggéra Vorastrix.
– Pas possible, répondit Drakëwynn. Elle l’entend depuis qu’elle est toute petite, ça ne peut pas être Emlyg.
– Lui aussi parle dans la tête des gens ? s’enquit Kyr.
– Oui, confirma la ménestrelle. Mais il n’est pas assez vieux et n’a pas une assez grande portée télépathique pour que ce soit lui. Non, l’hypothèse la plus probable que je vois, c’est qu’un dieu draconique ou un grand dracosire s’amuse à parler à Kilynn pour une raison ou pour une autre.
– Un dieu draconique ? s’étonna la sœur.
– Un grand dracosire ? C’est sûr que ce sont des hypothèses qui coulent de source, ironisa le frère.
– Mais oui ! s’exclama Vorastrix en se frappant le front du plat de la main. Pourquoi je n’y ai pas pensé plus tôt ? C’est peut-être un dieu draconique qui t’a choisie ! Ce sont des choses qui arrivent.
– Choisie moi ? balbutia Kilynn. Mais pourquoi ?
– Pour ça, il faut que tu apprennes la langue, expliqua la Centaure. Ou alors tu lui demandes de te parler en langue commune. Sont pénibles ces dieux à croire que leur langue de prédilection a le monopole. Dans tous les cas, je comprends maintenant pourquoi mon ami… Vorastrix te regardait bizarrement.
– Bizarrement, moi ? s’offusqua l’homme chauve. Y a rien de bizarre dans ma façon de regarder les gens. Tu veux une orange petite ? »

Kilynn accepta l’orange en question, tandis que son frère se sentait, une fois de plus, laissé pour compte. Voyant que la petite fille prenait le fruit, l’homme fit un bond en arrière, l’air étonné de voir qu’elle avait accepté l’orange. « J’ai une idée, déclara-t-il. C’est peut-être Agrum !
– Agrum ? Et plus sérieusement ? s’enquit la ménestrelle.
– Quoi ? Tu trouves qu’Agrum n’est pas sérieux ? se vexa Vorastrix.
– J’ai pas dit ça, soupira la Centaure. C’est juste qu’il y a peu de chances que ce soit lui.
– C’est vrai, en convint l’homme ailé.
– Qui est Agrum ? demanda Kilynn.
– Quelle inculte ! s’exclama-t-il outré. Ils vous apprennent quoi vos parents ?
– Ils sont morts, l’informa la fille.
– Ah, donc pas grand chose, en déduisit platement Vorastrix. Agrum est le fils de Hlal et…
– Et je vous expliquerai ça plus tard, le coupa la Centaure.
– Qui est… Hlal ? s’enquit Kilynn.
– Une déesse draconique. » Répondit très vite Drakëwynn, avant que son ami ne réponde quelque chose comme « la mère d’Agrum évidemment ! »

A l’aube de 2015

Douces salutations !

L’année est morte, vive l’année ! Le mois des cadeaux 2014 s’est achevé, maintenant nous pouvons attendre celui de 2015. Avec impatience en ce qui me concerne (Impatience est un ami un peu collant qui me suit partout).

Alors, bien sûr, nous serons un peu déçus de ne pas avoir vu à quoi ressemblait Ragnarök. Moi, en tous cas, je suis déçue. J’avais entendu dire que c’était prévu pour 2014 et j’aurais bien aimé assister à tel événement. Et puis grâce au Fimbul (et non pas à la fibule, comme me le suggère la correction orthographique), nous aurions enfin eu vraiment de la vraie neige et pas seulement quelques flocons. La neige, c’est important pour passer un hiver et bonne et due forme ! L’hiver étant la meilleure saison de l’année.

Tant pis. Concentrons nous à présent sur 2015.

2015 sera l’année des prédictions, et pour ce 2015 tout nouveau, je prédis une bonne année. Excellente même ! Après tout, nous sommes une année en 5 et les années en 5 sont évidemment toutes des bonnes années, n’est ce pas. Ce sera donc assurément un grand cru. Préparé avec soin durant tout 2014, vendangé et mis en cave, les premières bouteilles de ce cru 2015 ont été ouvertes à minuit. Prenez et buvez en tous, car ceci est mon s… Oups ! J’ai failli plagier et en plus je me suis trompée d’époque !

Désolée, reprenons.

Buvez en, de ce vin ! Je vous assure que c’est très gouleyant. Humez le longuement et lancez vous. Vous verrez, ce sera encore plus agréable que le surf de l’année dernière ! Vous découvrirez ainsi ce puissant parfum de réussite que dégage 2015, mais aussi son acidité trépidante, adoucie par un arôme sucré d’Amour. Oh et il a du corps aussi ! Regardez comme il est fort ! En bref, ce cru vous mettra en joie, vous maintiendra en bonne santé et vous procurera beaucoup de bonheur. Le nombre de bouteilles est illimité, n’hésitez pas à faire de grandes réserves. Par contre elles auront toutes disparues en 2016, alors profitez en bien pendant tout 2015. Et vous pouvez en abuser encore et encore !

Quoiqu’il en soit, vous l’aurez compris, je vous souhaite à tous une EXCELLENTE ANNEE ! Puisse-t-elle être douce et généreuse avec vous !

Je vous envoie plein de tendresses et de bisous !

A bientôt !

NaNoWriMo : fin

Nous ne sommes pas encore le 30 novembre, mais j’ai atteint le quota des 50 000 mots en 30 jours d’un petit roman avec un début, un milieu et une fin. Alors bien sûr ce n’est qu’un premier jet. Mais c’est quand même la première fois que je finis un roman (même un petit qui est tout à revoir) alors je suis bien contente ! Jusqu’ici, je l’avoue, passé le stade du petit texte type nouvelle, je n’avais jamais réussi à aller jusqu’au bout d’un roman, même si j’en ai plusieurs de commencés et des centaines de pages d’écrites.

Bref ! Comme j’ai dépassé les 50 000 mots, j’ai le droit d’afficher cette magnifique bannière :

Winner !

Plein de bisous à ceux qui m’ont encouragée !

NaNoWriMo 2014 jour 24 et 25 : Bård

Fin du chapitre surnuméraire :

Les nuits, Siegfried chantait souvent avec les loups. Plus il se sentait préoccupé, plus il répondait à leurs appels. C’était ce qu’il avait l’intention de faire pour fuir les questions dérangeantes de Riulf. Peut être parce qu’il avait la tête ailleurs, l’aelfe ne perçut pas le danger, lui d’habitude si attentif, jusqu’à ce qu’un filet lui tombe dessus. Il sortit instantanément sa lame en corne de narval pour en trancher les mailles, mais des cordes vinrent rapidement en renforts au filet et de bouger l’entortillait plus que cela ne le délivrait. En quelques secondes à peine, il se retrouva totalement immobilisé et encerclé de chasseurs goguenards, fiers de leur prise. Les aelfes étaient difficile à capturer. Ils commençaient déjà à se taper dans le dos et à rire de satisfaction.
Siegfried maudit son inconscience. Que ne s’était il pas été montré plus prudent ? A quoi servirait le sacrifice de sa mère si il se faisait attraper par Ull sans avoir pu mettre fin à son horrible moisson ? Ecumant, il fut emmené sans autre forme de procès, comme une bête de somme, sa précieuse lame confisquée. Ses ravisseurs n’eurent pas le temps de se réjouir de leur capture que des voix se mirent à retentir dans les bois. « Hoho qu’avons nous là ? claironna une première voix.
– De petits êtres qui s’aventurent dans nos bois sans vergogne, ajouta la deuxième voix sur un ton moralisateur.
– Ceux qui entrent sans autorisation s’exposent à notre colère, tonna une troisième voix beaucoup plus grave et caverneuse que les deux premières.
– Et que leur fait on à ceux qui s’exposent à notre colère, hein ? Que leur fait on ? reprit la première voix avec des accents hystériques. Hein ? Qu’allons nous leur faire ? Ha ha ha ha haaa ! » La voix continua de rire encore et encore, d’un rire fou apparemment sans fin. Les braconniers ne paraissaient pas très courageux tout d’un coup. Des voix dont ils ne pouvaient déterminer l’origine avaient de quoi les inquiéter. Surtout l’hystérique. Les petits humains se pelotonnaient les uns contre les autres, inquiets. Ses geôliers se montraient bien pitoyables, l’aelfe serra les dents. Néanmoins ils ne se débandaient pas, malgré les efforts de Svart, Mørk et Riulf pour les effrayer.
Constatant que malgré les menaces il ne se passait pas grand chose, les chasseurs commencèrent à reprendre contenance. Siegfried jura intérieurement. En se rendant compte que leur stratagème ne fonctionnait pas, l’ours et les corbeaux allaient passer à l’attaque et l’aelfe n’aimait pas cette idée. Ils allaient devoir beaucoup trop s’exposer et cela l’inquiétait. Mørk continuait inlassablement de faire retentir les bois de son rire de forcené. Tous s’arrêtèrent de nouveau lorsque Riulf lança d’une voix tonitruante : “Vous allez tous périr !” Une énorme masse brune fit irruption et bouscula les humains comme de vulgaires fétus de paille. Mais ceux ci étaient nombreux et paraissaient très expérimentés. Les chasseurs restés debout s’attaquèrent immédiatement à l’ours. “Va-t-en ! C’est dangereux !” cria l’aelfe au vane. Ce dernier l’ignora, enragé qu’il était par le combat. Alors qu’il s’apprêtait à aller aider son ami malgré ses mains liées dans le dos, Siegfried sentit des griffes se planter dans ses mains. Svart – ou peut être Mørk – s’employait à cisailler la corde à grand renfort de coups de bec.
Le temps que l’oiseau parvienne à délivrer son maître, Riulf avait déjà écopé de plusieurs blessures. Les chasseurs apeurés avaient plus l’intention de sauver leurs vies que de capturer le fauve qui les attaquait. L’aelfe sentit ses liens se distendre. Il ne perdit pas un instant et se mit à l’oeuvre, avec ses poings puisqu’il ne disposait plus de sa lame. Siegfried avait subi un entrainement de guerrier et, même désarmé, il se montrait un adversaire redoutable. Il libéra rapidement le vane ours de ses assaillants. Le sang du jeune Riulf gouttait d’innombrables blessures, mais il tenait bon. Face à l’aelfe et à l’ours, sachant que Mørk continuait à rire de manière hystérique pour déconcerter les braconniers, ces derniers commencèrent à battre en retraite. Un seul ne parvint pas à disparaitre dans les bois ; Riulf le maintenait de ses puissantes pattes. Alors que l’homme criait de peur, l’ours approcha sa gueule sanglante et lui arracha la corne de narval recouverte d’acier qu’il tenait de ses deux mains. Il laissa s’enfuir le chasseur effrayé et tendit la précieuse lame à Siegfried. « Merci mon ami, déclara chaleureusement l’aelfe. Partons d’ici et trouvons un endroit calme où je pourrai m’occuper de tes blessures. »
Ainsi firent ils. Certaines des plaies de Riulf parurent profondes à Siegfried. Il le soigna comme il le put, mais le jeune ours avait besoin de repos pour sa cicatrisation. « Riulf, lui dit alors l’aelfe. Tu ne peux pas continuer de me suivre avec ces blessures.
– Bien sûr que si, elles ne me dérangent pas pour marcher, argumenta l’ours.
– Je le sais bien, repartit Siegfried. Ce n’est pas de cela que je m’inquiète. Mais j’ai besoin d’un puissant guerrier à mes côtés. Ce que tu seras sans conteste une fois guéri. » Le vane ne répondit pas, mais l’aelfe sentit que ses mots avaient fait mouche. Ce jeune là avait envie de se rendre utile et il avait aussi grandement apprécié le compliment. L’aelfe reprit : « Une fois que je serai prêt à repartir en guerre contre Ull, je ferai appel à toi. En attendant, va reprendre des forces.
– Et vous, qu’allez vous faire ? s’enquit l’ours.
– Je vais aller me mesurer une fois de plus à Ull, répondit Siegfried. Et puis, j’irai retrouvai Fen.
– Fen ? Qui est ce ? demanda Riulf.
– C’est la nounou de son petit frère Bård, gloussa Mørk.
– Oh. » Le vane avait compris que Siegfried rechignait toujours à parler de son frère, mais qu’il comptait néanmoins faire appel à lui. Il trouvait cela réjouissant. Il hocha solennellement sa grosse tête brune.
Ils firent leurs adieux. Mørk se répandit en pleurs et reniflement. Svart le consola en lui promettant qu’ils retrouveraient très bientôt leur ami Riulf. Leurs chemins se séparèrent. « Maître, l’interpella Svart alors qu’ils se dirigeaient vers le bois d’ifs de l’ase Chasseur.
– Qu’y a-t-il ?
– Comptez vous réellement faire appel à Riulf lors de votre prochain combat contre Ull ?
– Bien sûr que non Svart, répondit Siegfried. Ses blessures étaient l’opportunité rêvée pour l’envoyer au loin en sécurité.
– Il risque d’être vexé, nota le corbeau.
– Sa sécurité m’importe plus que son amour propre, balaya l’aelfe.
– Ce n’est pas gentil gentil gentil ! Oh non, pas gentil gentil gentil ! » chantonna Mørk en voletant joyeusement d’arbre en arbre. Siegfried l’ignora.
Une fois sortis des bois, ils arrivèrent rapidement en vue de la forêt d’ifs qui changeait de place selon les caprices de Ull. Ils se postèrent en vue de la lisière, attentifs à la présence de Skadi, la géante qui protégeait l’accès au bois d’ifs. Ils restèrent en surveillance pendant de longues heures, jusqu’à ce qu’enfin un convoi de braconniers viennent rendre compte à la géante au fouet de leur butin pour Ull. Siegfried saisit cette occasion de pénétrer dans la forêt magique de l’ase, en compagnie des deux corbeaux. Une fois entre les ifs, il savait que d’autres dangers l’attendaient. Il envoya les oiseaux en éclaireur et glissa comme une ombre au milieu des arbres. A cause des meutes du Chasseur qui vagabondaient de partout, l’aelfe dut emprunter plusieurs chemins détournés. Attentif au moindre bruit suspect, il progressait avec circonspection. Au bout d’un très long moment, Siegfried arriva enfin dans la clairière centrale de la forêt d’ifs, où Ull rêvassait, une main soutenant sa tête et sa chevelure noire flottait dans la brise. Ce dernier se redressa immédiatement lorsque l’aelfe fit irruption dans son sanctuaire. « Que le jour te soit bon, fils de Doelyn, le salua-t-il de sa voix charmeuse. As tu enfin décidé de te soumettre comme le fit ta mère ?
– Elle ne s’est jamais soumise, s’énerva Siegfried. Ne prononce plus jamais son nom devant moi, tu le souilles et je ne le tolère pas.
– Bon, l’apaisa Ull. Que viens tu faire ici alors, si ce n’est pour me prêter ta force ?
– Je viens de nouveau mesurer ma force contre toi, répondit l’aelfe d’un ton dur.
– Tu sais que tu ne peux pas lutter contre moi, lui dit l’ase de sa voix toujours charmeuse. Je vais te vaincre et absorber ta force. Pourquoi cherches tu à compliquer les choses ?
– Tu ne comprendrais pas. »
L’aelfe se mit en garde face à Ull, qui lui sourit gentiment. Irrité de ne pas être pris au sérieux, Siegfried attaqua le premier. L’ase l’esquiva sans peine, comme si il s’agissait d’un jeu. Ils échangèrent quelques passes d’arme en guise d’échauffement. Puis Ull fit accélérer le mouvement. Petit à petit d’abord, puis de plus en plus rapidement. L’aelfe étant un guerrier agile – même pour ceux de sa race – il parvint à suivre la cadence pendant un bon moment. Mais l’ase restait un ase et personne ne pouvait surpasser un ase. Siegfried commençait à se fatiguer. Svart et Mørk, perchés sur une branche voisine, s’apprêtaient à intervenir. L’aelfe trébucha et les corbeaux se jetèrent à la rescousse. Mais Ull les balaya. « Pensiez vous vraiment que vous arriveriez à vous en sortir de la même façon que la dernière fois ? » L’ase paraissait sincèrement étonné. Les oiseaux, qui avaient été projetés contre des troncs, reprenaient difficilement conscience. Ull hocha la tête d’un air navré et tourna de nouveau son attention sur Siegfried. « Prépare toi, enfant de Doelyn. » L’ase brandit son couteau de chasse.
Une masse brune et poilue posa sa grosse patte devant l’aelfe, en signe de protection. Ull hésita à peine et planta sa lame dans le cuir de l’ours. « Mais, que… ? balbutia Siegfried.
– Part, souffla Riulf. Tu ne peux plus rien pour moi. » Il fallut un simple coup d’oeil à l’aelfe pour se rendre compte que le vane avait raison. L’ase avait tranché une artère vitale et l’ours perdait rapidement de ses forces, en même temps que son sang qui se répandait au sol, sous le regard de convoitise de Ull. Il n’eût qu’une seconde d’hésitation avant de faire volte face et de courir, attrapant les corbeaux sonnés au passage, avant de disparaître dans la forêt. Il jeta un bref regard en arrière. Riulf avait repris sa forme humanoïde, un genou en terre. Ce fut la dernière image qu’il emporta du jeune vane ours. Pourquoi ne l’avait il pas écouté et n’était il pas allé passer sa convalescence dans un endroit en sécurité ? Pourquoi était il venu se mettre sous la lame de Ull ? Siegfried jura, alors que la culpabilité montait dans son coeur. Pourquoi ne l’avait il pas directement rabroué lorsqu’il l’avait sauvé de ces braconniers humains ? Le sentiment que cet ours dévoué était mort par sa faute commençait déjà à ronger l’aelfe. Son orgueil lui jouerait des tours, lui avait un jour dit Fen. Il avait la prétention qu’il pouvait lutter seul contre Ull et il avait eu tort. Il n’en courut que plus rapidement, animé par l’énergie de la rage.

Et puis un bébé prologue est sorti subrepticement de son oeuf sans que je m’en rende compte :

« Il est dit qu’un jour, l’hiver verra son temps tripler et qu’il sera sans lumière. Qu’une immense bataille aura lieu. Que les ases eux mêmes y participeront et mourront sur ce champ de mort qui les attend. Que le monde sera submergé par les flots et transformé en cendres par les flammes.
“Cette fin du monde tel que nous le connaissons, tout le monde lui donne le nom de Ragnarök. Tout sera sans dessus dessous. Les frères et soeurs se battront entre eux jusqu’à la mort. Tous attendront en vain le printemps. Ce sera un temps où l’acier règnera, par les haches et les épées, mais aucun bouclier ne parviendra à protéger quiconque de la mort. Tous seront pris dans la tourmente, les tempêtes et les hurlements des loups. Personne ne sera épargné, tous auront à souffrir du Ragnarök. La plupart en mourront et n’assisteront pas au monde nouveau qui suivra la fin de l’ancien monde. »
Doelyn l’aelfe soupira.
« Et pourtant, un ase rebelle refuse ce destin sombre et tout tracé qui s’offre à lui et aux autres. Il se propose de nous sauver tous. Il veut éviter Ragnarök. Pour cela, il a besoin de puissance. De beaucoup de puissance. »