« Kyr et Kilynn » Chapitre 3 : Rencontres (2/8)

Drakëwynn poussa une chaise qui se trouvait devant la table pour coucher son corps chevalin à la place. Kilynn s’assit sur une chaise à côté, son frère à côté d’elle. Emlyg, curieux, était sorti du sac et s’était installé sur les larges épaules de sa maîtresse. Le vieil homme, après avoir demandé à sa femme d’aller chercher de quoi boire pour leurs hôtes, s’assit à son tour, en face de la Centaure qui attendait patiemment qu’il lui explique ce dont il retournait. « Je me nomme Byrn, se présenta-t-il. Je suis pour ainsi dire le bourgmestre de ce hameau. Je sais que vous avez certainement des affaires plus importantes à gérer, mais le village tout entier se meurt. Il nous faut des bras pour s’occuper des champs et des bêtes, mais il n’y en a presque plus de disponible… Nous avons grand besoin de votre aide : pourriez-vous soigner les habitants malades ? Nous vous donnerons tout ce que vous voudrez en échange, notre survie dépend de vous, aidez nous, je vous en prie ! »

La Centaure écoutait les explications, impassible et sans mot dire. « Tu peux faire ça ? lui souffla Kilynn.
– Je ne suis pas médecin, ni prêtresse, répondit tout haut Drakëwynn.
– Je… Je suis sûr que vous pouvez faire quelque chose ! se récria le vieil homme. Je vous reconnais ! Je vous ai vue à Hogg, vous êtes E…
– Néanmoins, le coupa-t-elle, je peux ausculter quelques personne pour voir si je peux faire quelque chose pour eux. Mais ne vous faites pas d’illusions. Si vous me connaissez, vous savez que c’est mon amie la guérisseuse, pas moi. Je suis seulement Barde.
– Je vous remercie Ma Dame, je suis certain que vous avez le pouvoir de nous sauver.
– Par qui dois-je commencer ? s’enquit-elle en dépliant ses jambes afin de se lever.
– Mon fils et ses enfants si possible, ils sont juste là. » répondit Byrn en désignant une alcôve dans un des coins de la pièce.

Son dragon-papillon toujours sur l’épaule, Drakëwynn écarta le tissu qui faisait office de rideau de séparation et s’approcha des deux lits qui se trouvaient derrière. Kyr et Kilynn s’approchèrent pour la regarder œuvrer. Dans l’un des lits reposaient un homme et un adolescent à peine plus âgé que les jumeaux qui voyageaient avec la ménestrelle. Dans l’autre se trouvaient trois petites filles, plus jeunes. Tous avaient l’air très mal en point. Ils respiraient difficilement. Le vieil homme et sa femme observaient les faits et gestes de la Centaure, plein d’espoir. Celle-ci ausculta les malades les uns à la suite des autres, tout en gardant son masque d’impassibilité. Kyr, pour sa part, ne se sentait pas très bien. Cela ressemblait exactement au mal qui avait terrassé ses parents. Il tourna son regard vers sa sœur. Elle était d’une pâleur mortelle. « Je suppose que je n’ai pas le choix, soupira soudainement la ménestrelle.
– Vous allez faire appel à votre amie la guérisseuse ? s’enquit Byrn.
– Pas possible, je ne peux pas la contacter, répondit-elle. Combien de malades y a-t-il dans ce hameau ?
– En tous nous sommes une trentaine, en comptant les enfants. Plus de la moitié d’entre nous sont malades, résuma le vieil homme.
– Mmmh, mettons que chaque enfant compte comme une demi part d’adulte et c’est parfait ! se réjouit Drakëwynn. Byrn, rameutez tout le monde, les malades comme ceux qui ne le sont pas encore. Qu’ils se rassemblent tous sur ce qui vous sert de place du village ! »

Sans demander d’explications plus détaillées, l’homme s’en fut réunir les habitants. « Que vas-tu faire ? demanda Kilynn à la Centaure.
– Les convier à un festin curatif ! répondit joyeusement la Femme-Jument en sortant un parchemin de son étui. Kyr et toi en ferez aussi partie. Allez, aidez moi à sortir ces cinq malades du lit ! »

Aidés de la vieille femme, ils firent sortir le père et ses quatre enfants dehors, sous le soleil automnal. Une fois tout le village réuni, la ménestrelle s’adressa à eux en ces termes : « Mesdames et messieurs, cher public, je vous salue ! Comme il se trouve que j’erre souvent sur les routes, vous me connaissez peut-être de vue et de réputation. » Des murmures révérencieux s’élevèrent de la part des habitants. « Les dieux ont mis votre village sur ma route et ce, probablement afin de m’enjoindre de vous libérer de ce fardeau, cette maladie qui vous tyrannise et vous afflige ! » Kyr trouvait déconcertant l’aisance avec laquelle Drakëwynn était passée du registre courant qu’elle employait avec eux, à l’emphase bardique dont elle faisait preuve à présent. La voix et les intonations de la Centaure avaient totalement changé. « D’ordinaire, continua-t-elle, la guérison n’est pas ma spécialité. Mais aujourd’hui, pour vous, je vais user d’un parchemin magique dont j’ai fait l’acquisition dans la prestigieuse ville semi-sous-marine de Nolthrian, qui se trouve à des milliers de lieues d’ici. »

Le garçon se demanda si tous les Bardes exagéraient autant qu’il lui semblait que Drakëwynn le faisait. Voyant que cela impressionnait tout de même les villageois, il ne fit aucun commentaire. Il se promit néanmoins de questionner son imposante compagne de voyage à propos de la part de vérité dans ce beau discours. Sa sœur, elle, paraissait totalement envoûtée par les paroles de la Centaure. « Faites place ! somma soudainement la ménestrelle d’une voix de stentor. Faites place et je vous promets que vous n’oublierez pas cette journée de si tôt ! » Tandis que les habitants s’écartaient pour créer un espace vide, Drakëwynn continuait de parler en s’avançant : « Aujourd’hui, en ce jour mémorable, vous serez tous mes invités d’honneur, car je vous convie au Grand Festin Magique des Héros ! »

La série des mots-clefs 1

Voici, comme prévu, une toute petite élucubration d’après une recherche qui a mené quelqu’un ici.

Ils se trouvaient à peine à deux mètres l’un de l’autre, immobiles. Les deux se fixaient en chiens de faïence. L’enjeu : le contenu d’un paquet de chips à la moutarde qui s’était déversé entre eux sur la nappe de pique-nique. Il s’agissait d’un moment fort, d’un schéma qui se répétait depuis des temps immémoriaux. L’homme contre l’animal. Le défi. Autour d’eux, plus rien ne comptait, ni le soleil éclatant de ce dimanche matin, ni la douce brise qui faisait onduler l’herbe du parc. C’était comme si le monde s’était arrêté de tourner. Lequel des deux sortira vainqueur de la confrontation ? L’homme civilisé ou l’écureuil au regard de tueur ?

Les mots-clefs étaient « écureuil regard tueur ». Je pense que le moteur de recherche avait mené la personne ici à cause de ceci. Il y a une jolie illustration d’écureuil avec une magnifique légende.

« Il était une fois en Yamato » Chapitre 3 : Jynpo et la politique (2/6)

Pendant ce temps, Jynpo devisait avec Ura. Il avait réussi à se ménager un peu de temps afin de renouer avec son ami d’enfance. Ce dernier était justement en train de lui faire le récit d’une embuscade rondement menée par Hasaki, à l’encontre de traîtres à la solde de Shiro, feu l’oncle du jeune Seigneur. Il fut soudainement interrompu par l’irruption de Kitsuki Haruko l’Intendant, qui attendit poliment que le maître des lieux l’autorise à prendre la parole. « Oui ? s’enquit Jynpo.
– Kame Sothy-sama, le Chef du Clan de la Tortue vient d’arriver Mon Seigneur. Hideaki-san est en train de l’accueillir. Est-il de votre désir d’aller lui souhaiter la bienvenue Jynpo-sama ?
– Bien sûr, répondit avec empressement le jeune dirigeant du Clan. Excuse-moi Ura, mon ami, mais le devoir m’appelle. »

Alors que l’ancien ronin se levait afin de saluer son Seigneur, Jynpo bondit de ses coussins de soie pour se rendre au plus vite à l’entrée du palais. Chemin faisant, tandis qu’Haruko se pressait en vue de ne pas se laisser distancer, le Chef du Clan du Dragon s’efforçait de se souvenir de ce que son Conseiller en diplomatie lui avait appris et préconisé à propos du Clan mineur de la Tortue. Les terres de ce Clan se situaient à la pointe nord du continent de Yamato, au delà même de la Grande Muraille du Nord qui délimitait autrefois l’Empire. Jynpo se souvient que l’avisé Kitsuki Hideaki avait supposé que Kame Sothy venait probablement afin de réussir à implanter son commerce, apparemment honorable, mais fondamentalement frauduleux, sur les terres du Dragon. En effet, le petit Clan de la Tortue vivait principalement de pêche et de commerce. Mais il était de notoriété publique, même si personne n’avait jamais pu le prouver, que la provenance des produits était parfois plus que douteuse. Ils restaient cependant généralement bien vus de l’administration impériale de par l’importance des profits qu’ils apportaient, grâce aux taxes sur leur commerçants et aux denrées rares qu’ils amenaient d’autres continents, car ils étaient parmi les rares Clans à prendre la mer afin de les visiter.

En arrivant à l’entrée du château, toujours suivi de son Intendant qui commençait à s’essouffler, Jynpo constata que son Conseiller en diplomatie avait déjà rempli les devoirs d’accueil en bonne et due forme du Clan du Dragon. En effet, puisque leur hôte n’était le dirigeant que d’un Clan Mineur, la bienséance n’obligeait pas le Chef d’un Clan Majeur à venir lui souhaiter la bienvenue en personne. Celui-ci regarda l’interlocuteur d’Hideaki. Sothy était un homme de petite stature, raffiné et richement vêtu de soieries de grande qualité, brodées de fils d’or. Le regard qu’il posa sur le jeune Bushi Défenseur de l’Honneur de Yamato pétillait de malice. Le Chef du Clan du Dragon s’approcha des deux hommes, qui s’inclinèrent respectueusement devant lui comme le voulait l’étiquette, et déclara : « Je vous souhaite la bienvenue au château Togashi.
– C’est un honneur d’être ici votre hôte et d’être accueilli par le Seigneur de céans en personne, Jynpo-sama, répondit poliment le Chef du Clan de la Tortue.
– Quant à moi, je suis honoré d’avoir la visite d’un Chef de Clan, et non d’un diplomate, ainsi que c’est souvent le cas. »

Kame Sothy parut agréablement surpris des propos de son hôte et un fin sourire se dessina sur son visage. Mais il n’eût pas le loisir de lui faire une réponse courtoise car celui-ci reprit : « Quoiqu’il en soit, je laisse à Haruko, mon Intendant, le soin de vous mener à vos appartements avec votre suite. Je vous invite à dîner ce soir, nous pourrons parler de ce qui vous amène sur les terres du Clan du Dragon. » Sur ce, il reparti en coup de vent, comme il était venu.

A peine eût-il franchi la porte dans l’autre sens qu’il eût la surprise de se retrouver face à sa cousine d’un côté du couloir, et de l’autre : sa nouvelle Conseillère moine Hitomi Mayu, suivie comme toujours, du nouveau Conseiller Togashi Hotaka. Jynpo s’arrêta, net. La lueur avide qu’il perçut dans le regard de Natsumi ne lui dit rien qui vaille. « Heureusement qu’Haruko emmène le Chef du Clan de la Tortue et sa suite par un autre couloir. » songea avec soulagement le Chef du Clan du Dragon. Les deux moines s’inclinèrent respectueusement devant leur Seigneur, tandis que la jeune fille originaire du Clan du Crabe s’enquit après une légère inclinaison de la tête : « Kame Sothy n’est pas avec vous, Jynpo-sama ? » Ce dernier sentit tout l’effort que sa bien-aimée cousine avait du fournir afin de se montrer courtoise en présence des deux Conseillers.

« Non, répondit son cousin qui sentit un besoin irrépressible de se justifier : j’ai laissé le soin à Haruko de le mener à ses appartements. » Voyant l’expression de Natsumi changer et redoutant ce qui pouvait en découler, il se dépêcha d’ajouter d’un ton enjoué : « Mais je l’ai invité à dîner ce soir, tu n’as qu’à venir !
– Mon Seigneur est généreux ! » le remercia joyeusement sa cousine, qui paraissait soudain aux anges, au grand soulagement de Jynpo. Il fut d’autant plus rasséréné lorsqu’il constata qu’elle s’en allait, après s’être gracieusement inclinée. Ravi de s’être sorti de cette situation, qui aurait pu très mal tourner de son point de vue, il se tourna vers les deux moines et se retrouva confronté à la mine naturellement sévère de Mayu et au visage fermé de Hotaka. Intérieurement, il inspira profondément pour se donner du courage et demanda :

« Que voulez-vous ?
– Nous attendons que mon Seigneur nous fasse part de nos attributions officielles, expliqua la disciple des Kikage Zumi.
– Demandez à Hideaki, nous avons déjà défini tout cela, il vous dira. Je suis désolé, mais le devoir m’appelle. » Sur ces mots, Jynpo s’en fut d’un pas alerte et décidé, laissant Mayu sur sa faim et Hotaka, plus impassible que jamais.

Les mots-clefs

Salutations, ô bon peuple de passage !

Il y a quelque chose de fort triste avec wordpress : il n’est plus possible de savoir avec quel mot-clef vous arrivez ici quand vous passez par un moteur de recherche. Cette petite fonctionnalité m’a beaucoup manqué parce que je ne suis pas du tout curieuse. Heureusement, il existe un outil google pour assouvir mes interrogations et, comme toujours avec ces mots-clefs qui emmènent ici, je suis toujours éberluée de voir de quelle manière on peut tomber sur ce blog. D’autant que certaines recherches n’ont pas grand chose à voir avec le contenu ici posté. C’est pourquoi, afin que les pèlerins chercheurs ne viennent pas en vain, je vais préparer de petits articles en rapport avec les mots-clefs qui vous ont conduits dans ces terres blogesques.

A bientôt, donc, pour de nouveau articles à base de recherches plus ou moins saugrenues qui mènent aux histoires d’Ekwo !

« Kyr et Kilynn » Chapitre 3 : Rencontres (1/8)

« Debouuut ! » claironna gaiement Drakëwynn en poussant Kyr du bout de son énorme sabot. Le garçon grommela et sentit que sa sœur se levait à côté de lui. Il marmonna de nouveau et referma paresseusement ses paupières qu’il avait à peine entr’ouvertes. C’est alors qu’il se sentit attrapé par le col et qu’intervint un changement de gravité. Il s’agissait de la Centaure qui, sans ménagement, l’avait soulevé hors de la douce chaleur de la couverture. Il ouvrit de nouveau ses paupières avec effort et se retrouva en train de regarder la draconique ménestrelle droit dans les yeux. Il sursauta et pédala dans le vide, à présent totalement réveillé. « Pose-moi ! » s’exclama-t-il. Drakëwynn se mit à rire et le lâcha. Kyr se reçut adroitement sur ses deux jambes. « Joli. » apprécia la Centaure. « Allez, enlève donc cette stupide robe rouge et récupère tes affaires. Elles sont sèches maintenant. Et puis, je refuse de voyager avec des gens déguisés en Mages Rouges, même s’ils sont miniatures ! »

Elle était prête à partir et avait même déjà sellé Nuit-Noire à leur intention. Les jumeaux s’empressèrent de se préparer pour suivre leur compagne pleine d’entrain. Enfin, ils se retrouvèrent tous devant la tour, parés. Drakëwynn marmonna quelques paroles dans une langue inconnue des enfants et la tour redevint un petit cube métallique que la ménestrelle remit dans son sac. « Pourquoi tu ne laisses pas des choses dedans pour les retrouver quand tu sors la tour ? demanda Kilynn.
– Héhé, petite futée, dit la Centaure en posant le frère et la sœur sur le dos du cheval. J’y avais pensé figure-toi. Le problème, c’est que quand on laisse des choses dans la tour, elle ne peut plus se replier.
– C’est vraiment dommage, commenta Kyr d’un air déçu.
– Ne t’en fais pas, lança joyeusement Drakëwynn. J’ai bien d’autres tours dans mon sac !
– Comme quoi ?
– Tu verras bien quand je les sortirai. »

Ils reprirent leur route sur le chemin qui serpentait entre les prés et champs. La Barde avait commencé le trajet en chantant à tue-tête, mais Kyr, préférant passer son chemin un peu plus discrètement, lui demanda d’arrêter pour éviter d’attirer les ennuis. Cela avait bien fait rire Drakëwynn, à qui cela sembla particulièrement saugrenu, mais elle accéda à sa requête et cessa de chanter. A la place elle leur raconta comment ses compagnons et elle avaient réussi à s’enfuir d’une île entièrement peuplée de démons où ils s’étaient échoués. Le garçon ne croyait pas trop à ces histoires, cela lui semblait trop énorme. En effet, qu’elle soit capable d’abattre une wiverne comme s’il s’agissait d’un pigeon, passe encore, de plus il y avait assisté. Mais qu’elle ait survécu à des combats contre des hordes de démons et monstres en tous genres, c’était bien trop exagéré selon lui. Ce qui ne l’empêchait pas de les apprécier : ces récits faisaient agréablement passer le temps. Kilynn paraissait les adorer et elle posait sans arrêt des questions sur quantité de détails. La ménestrelle répondait à chaque fois du tac au tac et Kyr admira son sens de la répartie. Elle était une barde douée qui savait rendre son histoire presque réaliste. Ce récit lui rappelait tout de même vaguement une autre des légendes de l’illustre Compagnie de la Licorne. Il se demanda si la Centaure ne s’amusait pas à remanier toute cette célèbre saga à sa manière. Peu importe après tout.

Ils traversèrent un village désert. Il était tellement silencieux qu’il en paraissait abandonné. « Ils sont tous malades, tu crois ? demanda doucement Kilynn à la ménestrelle.
– C’est bien possible, répondit celle-ci. Tu veux qu’on aille vérifier ? »

La petite fille hésita, puis hocha affirmativement la tête. Son frère voulut émettre une protestation – il ne voulait pas risquer de tomber malade en côtoyant des souffreteux – mais sa sœur avait l’air tellement ébranlée par ce village sans vie qu’il se tut. La Centaure alla frapper à une porte, tandis que Kilynn glissait à bas de Nuit-Noire pour se poster à côté d’elle. Kyr resta sur le cheval. Ils attendirent de longues secondes avant que la porte ne s’ouvre sur un vieil homme pâle et hâve. « Bonjour ! » lança poliment Drakëwynn. L’homme leva les yeux sur la figure souriante de la Centaure, la dévisagea et en resta pétrifié. « Ce… ce n’est pas possible… bégaya-t-il. V… Vous ici ?
– Moi-même. » confirma la ménestrelle en s’inclinant de manière théâtrale, bien que les enfants ne comprirent pas trop ce qu’elle confirmait. Kyr supposa qu’ils avaient déjà du se rencontrer.

« Ce sont les dieux qui vous envoient ! s’exclama le vieil homme en se jetant aux sabots de Drakëwynn. Aidez-nous, Maîtresse Barde, je vous en prie !
– Allons allons, les supplications m’ont toujours mise mal à l’aise, répondit la Centaure d’un air gêné. Relevez-vous et dites-moi ce qui vous arrive.
– Avec plaisir Ma Dame, mais auparavant, donnez-vous la peine d’entrer dans mon humble demeure. » Tout en s’inclinant à plusieurs reprises, l’homme s’effaça pour laisser passer Drakëwynn.

Celle-ci fit signe aux enfants de la suivre et entra en baissant la tête pour ne pas se heurter contre le bas chambranle de la porte. Kilynn lui emboita le pas sans attendre, tandis que son frère trouvait un endroit pour attacher Nuit-Noire, après en être descendu. Lorsqu’il entra à son tour dans la petite maison, le vieil homme ferma la porte derrière lui. Une femme âgée, visiblement son épouse, vint les accueillir et resta sans voix en apercevant à la terrible Centaure. Elle s’inclina le plus profondément que lui permettait son dos usé et les invita à se mettre à l’aise. Kyr se demandait pourquoi ces deux personnes se montraient aussi cérémonieuses vis à vis de la ménestrelle. Les Bardes étaient le plus souvent bien traités où qu’ils aillent, mais ces paysans agissaient envers elle comme si il s’agissait d’une grande Dame.

Le support (2/3)

La petite bande d’Arnulf prit le départ dès le lendemain. Colin admirait ses nouveaux compagnons et ne s’en cachait pas. Bran et Cygnus étaient vêtus d’armures de cuir dissimulées par des vêtements sombres qui permettraient de les faire oublier dans n’importe quel environnement. Olga avait fait de même sous sa tunique rapiécée, qui la faisait ressembler à n’importe quelle vieille femme ordinaire. Talia, elle, ne recherchait apparemment pas la discrétion, puisqu’elle arborait fièrement une armure d’écailles qui la faisait ressembler à un poisson. Quant à Arnulf et Sigurd, ils avaient enfilé des cottes de mailles rutilantes. L’adolescent s’arrangea pour effleurer chacun des mercenaires. C’était sa manière à lui de créer des liens. De plus, lorsqu’il se concentrait sur l’un de ces liens, il pouvait ressentir les émotions et les sensations éprouvées par la personne. Cela lui donnait l’impression de mieux la comprendre.

Ils se rendirent dans le petit bois voisin. D’après ce que Colin avait saisis, la bande d’Arnulf avait comme tâche de récupérer un coffret qui contenait une précieuse antiquité. En tous cas, c’était ainsi que le commanditaire avait présenté la chose. Les mercenaires savaient que le contenu avait une chance sur deux de s’avérer effectivement être une précieuse antiquité. Peu leur importait la véritable nature de l’objet, ils devaient le récupérer, voilà tout. La somme à la clef était rondelette, ce qui avait convaincu Arnulf de réunir de nouveau ses anciens compagnons.

Concernant leur plan d’action, le chef avait tout prévu en termes assez simples. Cygnus, qui avait été le premier à le rejoindre, avait effectué tout un travail d’espionnage en amont. Il savait donc que le coffret allait être transporté jusqu’à la ville voisine en passant par ce bois, avec d’autres bien dont ils pourraient s’emparer s’ils en avaient l’occasion. Il ne faudrait d’ailleurs pas hésiter à prendre d’autres objets de valeur, histoire de dissimuler le véritable objectif de leur larcin. Arnulf tenait au travail bien fait. Cygnus avait estimé que le petit convoi passerait le lendemain. Ils avaient donc la journée pour organiser une embuscade.

Colin était impatient de voir comment les choses allaient se dérouler. Bran avait essayé de le dissuader de venir. Il lui avait dit qu’il y allait sûrement avoir des blessés, probablement des morts et qu’il n’était pas certain que l’adolescent soit prêt à assister à ce genre de spectacle. Mais Colin n’était pas aussi naïf que l’homme se plaisait à le croire. Il avait assisté à des évènements terribles. C’était d’ailleurs comme cela qu’il avait découvert qu’il possédait cette étrange capacité… Bran avait soupiré lorsque son protégé avait insisté pour venir malgré tout et lui avait lancé un regard douloureux. Colin avait répondu avec son sourire candide, qui désarmait la plupart des gens, agrémenté d’un « Ne t’inquiète pas pour moi ! »

Assis sur une souche sur le bord du chemin qui traversait le petit bois, l’adolescent contemplait la mise en place. Cygnus et Bran inspectaient les meilleurs endroits pour se dissimuler pendant que Sigurd entamait un tronc avec une petite hache de bûcheron et qu’Arnulf donnait les dernières instructions. Talia s’occupait d’aiguiser les pointes de son trident tandis qu’Olga, assise non loin de Colin, s’éventait paresseusement. Il s’agissait de professionnels rompus à ce genre de tâches ; les préparatifs ne prirent pas beaucoup de temps. Ils s’installèrent ensuite pour la nuit dans une petite clairière non loin.

Le jour de l’embuscade était arrivé. Bran avait tenté une ultime fois d’écarter son protégé de la probable violence des évènements à venir. Colin avait accepté de rester caché dans les fourrés, mais il tenait absolument à assister à l’opération. Arnulf les rappela à l’ordre : il n’était plus temps de tergiverser, mais d’agir. Ils se mirent tous rapidement en place et l’attente commença. Blotti dans son buisson, le garçon s’assit en tailleur. Il posa ses mains sur ses genoux et baissa un peu les paupières, laissant ses yeux mi-clôts. Ainsi installé, il se projeta dans l’esprit de Bran.

Il s’y fit tout petit, pour ne pas gêner son protecteur. L’adolescent put tout de même constater que Bran avait un excellent point de vue sur la scène. Les mercenaires avaient fait tomber le tronc au milieu du chemin sans le rouler, pour mimer un incident forestier sans gravité. Afin d’agrémenter le sentiment de sécurité, Olga s’était assise sur le tronc. Toute seule au milieu du bois et jouant la vieille femme fatiguée, elle paraissait encore plus voûtée et inoffensive que d’ordinaire.

Une trille se fit entendre. Colin l’entendit à la fois des oreilles de Bran et des siennes. Il savait qu’il s’agissait de Cygnus qui informait la troupe que leur cible venait d’entrer dans le petit bois. L’adolescent sentit son hôte se tendre et toute sa concentration s’intensifier. Quelques minutes plus tard, un petit convoi se montra dans le champ de vision de Bran.

« Il était une fois en Yamato » Chapitre 3 : Jynpo et la politique (1/6)

Vêtu en serviteur du château Togashi, l’homme venait à l’instant de débarrasser le petit-déjeuner que le Seigneur Mirumoto Jynpo avait pris dans son bureau. Le maître de céans avait l’air préoccupé ces derniers temps. Mais aucune des tentatives d’allusions subtiles du domestique pour faire parler Jynpo-sama, dès que celui-ci l’autorisait à lui adresser la parole, n’avait fonctionné. Ses tentatives de suivre discrètement ses conversations étaient également infructueuses. Celui-ci tenait toujours des propos énigmatiques qui paraissaient n’avoir aucun rapport, ou ignorait carrément les questions posées, car plongé dans ses pensées. L’homme commençait à craindre de s’être montré trop pressant ou indiscret et que sa couverture ait été éventée. De plus, son mandataire devait s’impatienter, car il n’avait encore pu lui faire parvenir aucune information utile sur le Clan du Dragon à ce jour. Peut-être devrait-il plus se concentrer sur les conseillers. Mais même eux paraissaient ne pas connaître les pensées de leur maître. Jynpo était un adversaire puissant : il ne laissait rien filtrer.

Deux semaines s’étaient écoulées depuis l’arrivée de Mirumoto Hasaki, le jeune frère de Jynpo. Ne pouvant abandonner ses hommes, qui avaient perdu leur honneur à ses côtés, il était reparti tôt le lendemain, jurant au chef du Clan que même s’il était désormais ronin, il serait toujours fidèle à son frère bien aimé, car rien n’était plus important que les liens du sang. Et, ainsi errant, il arriverait peut-être plus facilement à en savoir plus sur les machinations du Clan du Scorpion dont il était venu lui faire part. En revanche, Mirumoto Ura, l’ami d’enfance de Jynpo, avait décidé de rester et de tout faire pour regagner son honneur en tant que samouraï du Clan du Dragon. Yasuki Natsumi se faisant plus discrète qu’à l’accoutumée, le maître du château Togashi se trouvait moins angoissé de subir ses remarques assassines. L’idée que cela ne ressemblait pas à sa cousine de lui épargner ses boutades et qu’il devrait peut-être s’inquiéter du fait qu’elle disparaisse aussi souvent ne vint pas à l’esprit de Jynpo. Il se contenta de se soucier de ses multiples autres problèmes liés à sa condition de Chef de Clan.

Chiba assistait avec fierté aux manœuvres matinales qu’effectuaient deux des compagnies d’élite du Clan du Dragon sur le terrain d’entraînement à l’extérieur de la capitale. Il savait que, malgré les récents revers du Clan, ses soldats ne s’étaient pas laissés abattre ; le retour du chef légitime, qui était en plus un véritable héros, semblait les inspirer. Le Conseiller militaire de Jynpo se faisait cependant du souci concernant l’armée menée sur les terres du Clan du Phoenix, par son prometteur commandant en second : Zhao Yun. Il savait pertinemment qu’il restait suffisamment de troupes pour défendre les terres du Clan du Dragon – ce qui ne l’empêchait pas de rester toujours vigilant – mais il regrettait de ne pas savoir comment se déroulait la campagne. Un sourire d’autodérision se dessina sur ses lèvres lorsqu’il se dit que ce qu’il regrettait surtout, c’était de ne pas mener cette campagne lui-même. En effet, son rôle de premier Conseiller militaire l’obligeait à rester auprès de son maître. Il se raisonna en ajoutant intérieurement que même si Zhao Yun était très compétent, il avait tout de même besoin d’acquérir l’expérience du terrain.

Voyant sa fille Sakura arriver en courant vers lui, suivie de près par son jeune frère Sung, Chiba oublia bien vite ses envies nostalgiques d’aventures et de gloire, pour se réjouir d’avoir la chance de pouvoir passer du temps avec ses deux enfants. Il est vrai que ces derniers auraient été tristes de voir leur père partir pendant des semaines, voire des mois. Le fringuant Zhao Yun n’avait pas ce problème, n’ayant pas encore fondé de famille. Le Conseiller, tout en prenant son fils dans ses bras et en demandant à sa fille d’un ton enjoué quel bon vent les amenait, songeait qu’il était tout de même étrange qu’à son âge, aucun mariage n’avait encore été arrangé par la famille Mirumoto pour ce jeune homme plein d’avenir. « Natsumi-san est encore introuvable, se plaignit la petite Sakura tandis que son frère approuvait d’un froufroutement véhément de son chiffon de soie.
– Vraiment ? Vous êtes bien sûrs de l’avoir cherchée de partout ? s’enquit gentiment leur père.
– Oui, répondit sa fille d’un ton boudeur. On l’a cherchée toute la matinée.
– C’est pour cela qu’au lieu de retourner vers votre nourrice, vous êtes sortis de l’enceinte sécurisée du palais Togashi pour venir tous seuls, à l’extérieur de la ville, jusque sur le terrain de manœuvres militaires ? »

Sakura rougit, gênée, tandis que Sung émettait un froissement de soie embarrassé. Alors que Chiba s’efforçait de ne pas se laisser attendrir, la petite fille tenta de se justifier : « Nous avons été très prudents, nous n’avons parlé à personne et fait attention à ne pas nous faire renverser par des chariots… » Son père songea que ses enfants étaient bien dégourdis et en tira une grande fierté.

« C’est fort bien de vous être montrés prudents. Mais la prochaine fois que vous voudrez sortir de l’enceinte, emmenez la personne que j’ai chargé de vous garder, c’est compris ? les gourmanda-t-il néanmoins.
– D’accord papa, acquiesça Sakura en même temps que Sung agitait son morceau d’étoffe d’un geste empli de promesses de bonne volonté.
– Bien. Rentrons à la maison maintenant, leur dit-il. Votre nourrice doit se faire un sang d’encre.
– Et tu nous aideras à trouver Natsumi-san s’il te plait ? s’enquit la petite fille ponctuée par un bruissement de soie implorant.
– Bien sûr, sauf si Jynpo-sama requiert mes services. »

Sur ce, accompagné par ses enfants, enthousiastes à l’idée de rejoindre leur compagne de jeu préférée, Chiba retourna au palais Togashi. Chemin faisant, il s’inquiéta du fait que la cousine du chef du Clan du Dragon disparaissait souvent ces derniers temps. En conséquence de quoi, il résolut d’en toucher un mot à son jeune maître, actuellement débordé par les obligations de sa fonction.

« Kyr et Kilynn » Chapitre 2 : Le début du voyage avec Drakëwynn (8/8)

Il y eût un silence. Puis la jumelle repartit à l’assaut : « Drakëwynn, tu sais vraiment tout faire ?
– A peu de choses près. Par contre, si tu continues de poser des questions, je vais varier mon régime alimentaire en te mangeant en ragoût. Tu dois avoir meilleur goût que la wiverne. »

Cela fut efficace, bien que Kilynn n’ait pas pris cette fausse menace au premier degré. Kyr sourit. Il était un peu surpris de l’aisance avec laquelle sa sœur se mettait à parler à leur grande compagne de voyage. En règle générale, il lui fallait beaucoup plus de temps pour qu’elle ose interpeller quelqu’un de la sorte. Cependant, Kilynn semblait apprécier leur monstrueuse protectrice et lui avoir accordé toute sa confiance. La Centaure était d’ailleurs bien la première personne qu’ils rencontraient à faire taire sa sœur de manière aussi radicale alors qu’elle avait envie de parler. Sauf que cela ne s’avéra pas d’une efficacité durable. « Drakëwynn ? » appela de nouveau Kilynn après quelques minutes. La ménestrelle ne répondit pas. « Drakëwynn ? » La voix de la fille se faisait plus insistante. « Drakëwynn !
– Rhaaa ! rugit l’interpellée. Tu ne lâcheras pas le morceau, hein ?
– Non, répondit simplement Kilynn tandis que son frère pouffait de rire sous la couverture.
– Bon, qu’est ce que tu veux encore ? capitula la Barde.
– Tu pourras m’apprendre à comprendre la voix qui me parle parfois dans ma tête ? s’enquit la sœur.
– Une voix dans ta tête ?… Mais qu’est ce que c’est que cette histoire ? se plaignit la Centaure.
– Des fois, quelqu’un me parle alors qu’il n’y a personne. Et quand elle me parle et qu’il y a des gens autour, je suis la seule à l’entendre.
– Oh ? Et que te dit-elle cette voix ? s’enquit la ménestrelle avec un soupçon d’intérêt.
– Je ne sais pas, répondit Kilynn. Je ne comprends pas ce qu’elle me dit, elle parle dans une autre langue. Mais quand elle me parle, ça s’accompagne de sortes d’intuitions sur ce qu’il convient de faire ou sur ce qu’il va se passer. »

Sous la lumière dispensée par le feu qui devait les réchauffer pour la nuit, Kyr vit la silhouette de Drakëwynn se redresser à demi. Elle paraissait intéressée par ce que lui racontait sa sœur. Pour sa part, le garçon était très surpris. Pas de la révélation, car il était au courant, mais c’était la toute première fois que Kilynn dévoilait cette histoire à quelqu’un d’autre que lui. D’autant plus qu’ils ne connaissaient la Centaure que depuis la veille. Il trouvait cela trop court comme laps de temps pour lui accorder autant de confiance. Peut-être que sa jumelle écoutait encore l’une de ses fameuses intuitions… Dans un sens, se disait-il, le pire que Kilynn risquait en racontant cette histoire était de passer pour une folle ou pour un monstre. Or Drakëwynn n’était, elle-même, pas très saine d’esprit selon lui, et quelque peu monstrueuse. Elle serait donc mal avisée de tenir des propos dans ce sens.

La ménestrelle ne dit mot pendant un long moment. Elle contemplait songeusement la petite fille. « C’est très intéressant, finit-elle par déclarer. Je tacherai de t’apprendre à comprendre ta voix intérieure une fois que j’aurai compris ce qu’il en est réellement.
– C’est vrai ? s’exclama Kilynn.
– Oui, confirma Drakëwynn.
– Génial ! »

Kilynn se précipita au cou de la Centaure, qui se trouvait, pour une fois, à une hauteur accessible. Le garçon était heureux de voir que l’étrange nouvelle de sa sœur était bien accueillie de leur grande compagne de voyage. D’autant plus que cette dernière semblait sûre d’elle lorsqu’elle affirmait pouvoir deviner l’origine de la voix. De plus, Kyr souhaitait depuis longtemps et ce, presque autant que sa jumelle, en connaître la provenance, ce qu’elle pouvait bien raconter, ainsi que la raison pour laquelle Kilynn pouvait l’entendre. Il était curieux de savoir quelles étaient les explications possibles à ce sujet selon la Centaure.

Mais Drakëwynn ne semblait pas avoir envie de s’embarquer dans ce type d’exposé sur le moment. Comprenant qu’elle n’arriverait pas à dormir tant qu’elle n’aurait pas calmé l’impatience des deux enfants, elle prit la fille dans ses bras, la porta jusqu’à la couche sommaire qu’elle partageait avec son frère et l’installa, au chaud, sous la couverture pelucheuse. Ceci fait, elle les borda tous les deux et se mit à chanter. Kyr sentit que la ménestrelle agrémentait son chant d’un effet magique. Mais, même en sachant cela, il ne put se forcer à lutter contre le sommeil qui l’assaillit soudainement. Il sombra bientôt dans l’inconscience, tout en se promettant de reprocher à Drakëwynn la manière peu conventionnelle qu’elle avait employé pour se débarrasser d’eux.

« Il était une fois en Yamato » Chapitre 2 : Jynpo et sa cousine (6/6)

Le jeune Seigneur du Clan du Dragon passa en trombe devant Natsumi, sans lui accorder le moindre regard, perdu dans ses inquiétudes vis à vis des catastrophes que pouvait engendrer la présence de son ami de Sylvanie. Il parvint ainsi jusqu’à son cabinet de travail, où il s’assit à son bureau, afin de réfléchir calmement à la situation. Alors qu’il était totalement perdu dans ses réflexions, Mayu, Hotaka et Natsumi firent irruption dans la pièce, essoufflés. La moine de l’Ordre Kikage Zumi s’inclina respectueusement, forçant son alter-égo à faire de même. Natsumi, elle, resta les bras croisés, à fusiller son cousin du regard. « Que faites-vous là ? s’étonna Jynpo.
– En tant que conseillers de Mon Seigneur, nous attendons vos instructions, expliqua Mayu.
– Mes instructions ? Et bien, euh, demandez à l’Intendant de vous trouver des appartements, et je ferai appel à vous quand cela sera nécessaire. »
Hitomi Mayu s’inclina de nouveau et s’en fut, entrainant toujours Hotaka derrière elle. La cousine de Jynpo, elle, continua de le fixer intensément.

« Qu’est ce que j’ai encore fait ? se lamenta-t-il.
– Qu’entendez-vous par là, Mon Seigneur ? demanda-t-elle d’un ton plein d’emphase.
– Ben, pourquoi tu me fixes comme ça ?
– Mon Seigneur doit se méprendre, je ne le fixe d’aucune manière. Je tenais simplement à savoir pour quelle raison Mon Seigneur m’ignorait de la sorte. Mais peut-être que je ne suis pas d’assez haute naissance pour comprendre les non-dits de Mon Seigneur. »
A chaque « Mon Seigneur », Jynpo se recroquevillait un peu plus. L’air penaud de peur d’avoir vexé sa bien aimée cousine, il reprit, plein de ferveur : « Mais non ! Je ne voulais pas que tu penses ça ! Tu es ma cousine voyons, je ne voulais pas te vexer, mais… Mais… » Mais il ne put jamais trouver la bonne formulation : Hideaki arriva à ce moment là.

« Mon Seigneur, commença le conseiller en s’inclinant. Il m’a été rapporté que le Chef du Clan Mineur de la Tortue et sa suite approchaient de nos terres. Ils devraient arriver d’ici environ deux semaines.
– Le Chef du Clan Mineur de la Tortue ? s’étonna le chef du Clan du Dragon. Préparez-vous à le recevoir comme il convient. »
A cette nouvelle, une étrange lueur passa dans le regard de Natsumi, qui s’inclina devant Jynpo en déclarant : « Je prie Mon Seigneur de bien vouloir m’excuser, mais des affaires pressantes m’appellent.
– Euh, oui. » répondit Jynpo avant d’incliner légèrement la tête à l’intention de sa cousine, qui était déjà partie. Il se retourna vers Hideaki et reprit : « Que nous veut-il ?
– Le Clan Mineur de la Tortue revient de la conférence au sommet des Clans Mineurs, qui s’est tenue au seine du Domaine Impérial, il y a de cela quelques jours, expliqua le conseiller. Leur peu d’influence les pousse à chercher le soutien politique d’un grand Clan comme le nôtre.
– Très bien, commenta Jynpo.
– Je vais maintenant laisser Vos Seigneuries s’entretenir, vous devez avoir des affaires importantes à régler. » sur ces paroles, Hideaki prit congé, laissant Jynpo stupéfait :

« Vos Seigneuries ?… s’interrogea-t-il.
– Il est marrant ton ami, intervint une voix enjouée derrière lui. Pourquoi il avait des vêtements qui glissent ? » Jynpo se retourna brusquement, et remarqua alors la présence de son ami Ethir, toujours vêtu de ses haillons, de plus en plus miteux.
« Ethir ? s’étonna le Seigneur du Clan du Dragon. Je ne t’avais pas vu, que fais-tu là ? demanda-t-il, soulagé tout de même de savoir enfin où se trouvait son catastrophique ami.
– Je cherche Onbu, tu ne l’aurais pas vu par hasard ? » s’enquit le Sylvanien en épluchant une orange. Jynpo pâlit en songeant à tous les désastres potentiels que pouvait provoquer ce petit dragon. « Bon, tant pis, je vais continuer à chercher. » Conclut son ami avant de disparaître soudainement. Le jeune Seigneur s’affaissa, désespéré. Mais il n’eût pas le temps de s’apitoyer bien longtemps, car Chiba vint le trouver.

« Qu’y a-t-il ? s’enquit Jynpo qui redoutait la réponse.
– J’ai une grande nouvelle, Mon Seigneur, déclara Chiba. On vient de me rapporter que des personnes viennent de se présenter aux portes de l’enceinte du palais Togashi. L’une d’entre elles prétend être votre noble jeune frère, Sa Seigneurie Hasaki-sama. J’ai pensé que Mon Seigneur voudrait vérifier ses dires par lui-même.
– Hasaki ? s’enthousiasma Jynpo soudain rayonnant. J’arrive tout de suite ! »

Il se précipita aux portes de l’enceinte, bientôt rejoint par un Chiba essoufflé. Une fois arrivé, il vit une dizaine de ses soldats, regardant d’un œil suspicieux cinq cavaliers qui patientaient devant l’entrée. Ils étaient vêtus de lourdes capes tâchées par les intempéries, les capuches rabattues sur leurs visages ainsi cachés dans l’ombre. Celui qui les dirigeait, voyant Jynpo arriver, rabattit sa capuche en arrière. Son visage, bien qu’encore juvénile, reflétait la rudesse d’une vie de vagabond. Rejetant sa longue chevelure noire en arrière, il inclina la tête en déclarant d’une voix grave et solennelle : « Mes respects, Mon Seigneur.
– Hasaki ! s’écria celui-ci en guise de réponse. Descend donc de cheval ! »

Celui-ci s’empressa de glisser de sa monture et mit humblement un genou à terre, face à son frère, en disant : « Mon Seigneur, je sais que j’ai raté de nombreux évènements depuis la libération de notre Clan. Je vois de grands changements en vous, Jynpo-sama, de bons changements, et j’en suis ravi. J’ose espérer que Mon Seigneur ne me tiendra pas rigueur de mon absence lors ces hauts faits, car je puis lui assurer que rien ne m’a fait plus souffrir que de ne pouvoir participer à la chute du vil traître Shiro ! Mais, dans mes humbles efforts pour contrer la domination de ce vil lâche, je me suis vu contraint d’adopter la voie des Ronins et d’ainsi lever l’armée de la Justice et du Bien. Cependant, les circonstances ne m’ayant pas été favorables, je n’ai pu contrer la totalité des projets de ce vil mécréant. C’est donc dans l’échec que je me présente devant vous, implorant pardon et miséricorde.
– Mais non, répondit Jynpo éberlué par ce grand discours. Tu es mon petit frère, viens à la maison et on mangera un morceau pendant que tu me raconteras tout cela.
– Mon Seigneur est trop bon, dit Hasaki les yeux brillants de reconnaissance. J’espère un jour égaler votre bonté ainsi que votre sagesse ! Mais avant, regardez qui est venu se repentir avec moi, votre ami d’enfance : Mirumoto Ura ! »

Le jeune Ronin désigna l’un de ses compagnon encore à cheval. Celui-ci enleva à son tour sa capuche, découvrant un visage avenant, arborant un demi-sourire en coin. « Après avoir combattu Shiro de toute mon âme aux côtés de votre frère Hasaki-sama, j’aimerais à présent reprendre ma place auprès de vous et retrouver l’honneur que j’ai du délaisser pour le bien de notre Clan.
– Ura ! s’exclama Jynpo. Cela faisait si longtemps ! Venez tous à l’intérieur, je vous invite à déjeuner. »

Alors qu’ils se dirigeaient vers la salle à manger, Chiba prit son Seigneur à part. « Je sais qu’il s’agit de votre jeune frère, mais je tiens à rappeler à Mon Seigneur que les Ronins sont des gens sans honneur dont il faut se méfier, car ils ont renié Clan et Famille.
– Mais c’est mon petit frère, je ne vais pas le laisser sur le pas de ma porte ! Et je ne peux pas l’ignorer car les circonstances de son départ sont un peu particulières. » Chiba s’inclina et ne dit plus mot.

Une fois à table, Hasaki prit la parole : « Mon Seigneur, je dois confesser que ma présence ici n’est pas seulement due à l’amour fraternel qui nous lie, ni à un désir de vous revoir après ces longs mois d’errance. En effet, je suis, à mon plus grand regret, porteur d’une grave nouvelle.
– Une grave nouvelle ? » s’inquiéta Jynpo. Ura, quant à lui, leva un sourcil interrogateur à cette annonce, sans pour autant faire de commentaire. « Dis m’en plus…
– J’ai récemment appris que le Clan du Scorpion avait juré votre perte et qu’ils avaient déjà entamé des intrigues dans ce but.
– Mais je ne leur ai rien fait, moi ! » se plaignit Jynpo.

Texto du matin : Résumé sur l’origine d’Halloween

Aujourd’hui, nous allons parler d’Halloween, mais pas des bonbons. Comme beaucoup le savent déjà, Halloween était déjà fêtée par nos ancêtres celtes qui l’appelaient Samain. Elle se déroulait d’ailleurs au début de leur mois de Samonios qui se trouvait être leur premier mois de l’année et marquait le début de la saison sombre. En cette période, il y a ouverture vers l’Autre Monde. Petite parenthèse, les mois celtes étaient Samonios, Dvmanios, Rivros, Anagantios, Ogroniv, Cvtios, Giamonios, Simi Visonnios, Eqvos, Elembivs, Aedrinnis, Cantlos.

En fait, la célébration de Samain se déroulait sur toute une semaine (trois jours avant – le jour en question – trois jours après) ; les dieux et les esprits demandent beaucoup d’attention. Puisque les celtes ne nous ont laissés pratiquement aucun écrit (à part un superbe calendrier, le calendrier de Coligny, que vous pouvez voir en vrai au musée gallo-romain de Lyon) nous tirons nos informations de deux sources principales. Les romains, qui n’ont pas donné d’indications très précises, mais surtout des petits moines (notamment ceux d’Irlande) qui, bien que prolifiques, ont déformé pas mal de choses.

Avec la disparition du calendrier celte, la fête de Samain fut fixée à la nuit entre le 31 octobre et le 1er novembre. Les gens sculptaient déjà des navets (les citrouilles n’avaient pas encore été rapportées des Amériques pas encore découvertes) et, à ce sujet, il est attesté qu’au début du 20ème siècle les bretons creusaient encore des betteraves pour les éclairer et effrayer les gens cette fameuse nuit.

Traditional Irish halloween Jack-o'-lantern

Le terme Halloween est, en fait, la contraction de All Hallows Evening, qui est un équivalent de the eve of the all saints day (soit la veille du jour de tous les saints -> la Toussaint). Jack O’Lantern était, quant à lui, un maréchal ferrant qui s’est joué du diable à moult reprises durant sa vie. A sa mort, refoulé à la fois du Paradis et des Enfers, il s’est retrouvé à errer pour toujours entre les monde. Pour cela, il dut éclairer son chemin avec un charbon des enfers dans une lanterne. Il réapparaît tous les ans le jour de sa mort.

Jack-o-lantern-FR