Le cycle du brouillard

La brume s’épaississait de plus en plus. Elle enveloppait le monde nocturne dans un écrin de coton vaporeux, étouffant tous les sons et recouvrant les ruines de la ville humaine. La guerre était passée par là, avec son lot de destruction. Le Korrigan buta sur un cadavre et prit une mine dégoûtée en le contournant. Affligé, il secoua la tête, faisant ainsi virevolter ses boucles flamboyantes. Il posa son bâton pareil à un charbon ardent sur le corps sans vie et laissa tomber un mot sec. Le mort se retrouva réduit en cendres. « Quel gâchis… lâcha-t-il ensuite dans le silence surnaturel ambiant.
– Chut. » souffla l’Elfe, aussi légèrement que le vent.

Le Korrigan leva les yeux vers le visage pâle de son compagnon. Ce dernier paraissait absorbé, presque éthéré, et penchait la tête sur le côté, comme pour mieux écouter la brise. « Par ici. » Murmura finalement le Maître de l’Air en reprenant la route. Ses pieds touchaient à peine le sol. Le petit Maître du Feu s’empressa de lui emboîter le pas. Il suivit son aérien compagnon jusqu’à ce qu’il supposa, en trébuchant sur la margelle d’une fontaine, être une placette dévastée. Le brouillard se trouvait particulièrement épais à cet endroit et il était impossible de voir plus loin que le bras tendu.

N’y tenant plus, l’ardent Korrigan appela : « Dame Fisdiad ? » Comme en réponse à son appel, toute la brume disparut d’un seul coup, dévoilant une silhouette encapuchonnée au milieu de ce qui était bel et bien une place en ruines. Elle se tourna vers les deux Maîtres et ôta sa capuche, dévoilant son visage ridé encadré de longs cheveux gris et vaporeux. Elle leur adressa un vague sourire fatigué. « Je demande votre pardon pour ces désagréments, déclara-t-elle.
– Nul besoin, balaya le Korrigan. Il était facile de vous retrouver avec tout ce brouillard étalé de partout.
– Avez-vous trouvé ce que vous cherchiez ? s’enquit ensuite l’Elfe.
– Malheureusement non. »

La vieille humaine soupira et s’assit sur le rebord de la fontaine à sec. Elle paraissait plus voûtée par ses soucis que par son âge avancé. « Je ne serai bientôt plus et je n’ai pas trouvé la femme enceinte de l’enfant qui devra me succéder, reprit-elle. Personne ne semble avoir survécu ici. Si elle est morte avec son bébé, qu’adviendra-t-il des Maîtres du Brouillard ? » Aucun de ses deux compagnons ne répondit à cette question ; personne ne connaissait la réponse. Sauf, peut-être, leur divine protectrice qui était à l’origine de leurs pouvoirs. Mais elle n’était pas une entité que l’on peut invoquer à l’envie.

« Soyez tranquille, exhala le Maître de l’Air. Nous trouverons cet enfant.
– Je le sais bien, Fisavel, je le sais bien, assura doucement Dame Fisdiad. C’est seulement que j’aurais aimé mettre les choses en ordre pour mon départ. » Elle soupira de nouveau. De légères volutes de brume l’environnaient.

« C’est bien facile, pour cet Elfe, de considérer cette situation comme triviale… » Songeait le Maître du Feu. Ne subissant pas les affres du temps – comme tous ceux de sa race immortelle d’ailleurs – Fisavel était le seul survivant du groupe initial des Maîtres des Eléments. Le Korrigan se demandait si l’Elfe était capable de comprendre le tourment de la Maîtresse du Brouillard. Néanmoins le Maître de l’Air avait raison : les Maîtres des quatre Eléments trouveraient leur futur cinquième compagnon. Il en avait toujours été ainsi, même si Dame Fisdiad craignait que la mère de l’enfant, qui devrait lui succéder, n’ait succombé à la fureur des combats qui avaient eu lieu dans cette petite ville.

Bien que la longévité des Maîtres soit allongée, les Maîtres du cinquième Elément – le Brouillard – étaient ceux qui changeaient le plus souvent. Ils étaient en effet toujours humains, or les humains étaient ceux qui vivaient le moins d’années parmi les races créées par Etre sur Inisilydan. En compensation, ils avaient des capacités d’adaptation accrues et donnaient facilement naissance à des enfants. Compréhensif face à l’angoisse de Dame Fisdiad, le Korrigan lui adressa un chaleureux sourire, qui se voulait rassurant. La vieille femme lui répondit de même.

Le sourire de la Maîtresse du Brouillard se figea soudain et ses yeux gris se voilèrent. Cette cent quarantième année de vie écoulée était la dernière. Elle s’affaissa avec légèreté et sans un bruit. Sous les regards peinés de ses compagnons, son corps sans vie se trouva enveloppé d’un linceul de brume. Même en étant préparés au fait que sa mort était inévitable et proche, les coeurs des deux Maîtres saignèrent en choeur. Puis Fisavel, après avoir murmuré des paroles elfiques de deuil, s’approcha de leur amie. « Aide-moi Fisaed. » Le Maître du Feu vint prêter assistance à son compagnon, afin d’emporter la dépouille mortelle auprès des deux absents de l’Eau et de la Terre.

Les pleurs d’un nouveau-né se firent alors entendre dans les ruines.

Brouillard

« Il était une fois en Yamato » Chapitre 2 : Jynpo et sa cousine (3/6)

Sur ces mots il tourna les talons et s’en fut rapidement en direction de son cabinet de travail en se demandant à quelles occupations faisait référence Chiba. Natsumi se tourna vers le conseiller militaire et chef de la garde personnelle de son cousin d’un air perplexe. « Tonton ? » s’étonna-t-elle. Chiba haussa les épaules avec un demi-sourire. « Les Voies du Seigneur du Clan du Dragon sont impénétrables, reprit Natsumi avec une emphase exagérée.
– Et heureusement… lâcha le conseiller. Ainsi il restera toujours imprévisible aux yeux de nos ennemis. »
Sur ces paroles il prit sa fille dans ses bras et, suivi de la cousine de Jynpo, partit en direction des appartements de cette dernière. Tout en lui emboîtant le pas, Natsumi se demanda tout de même si le « heureusement » de Chiba ne signifiait pas tout autre chose.

Jynpo avait passé la majeure partie de sa journée à transférer ses dossiers de son cabinet de travail à celui de son Intendant, tout en essayant de surveiller les allées et venues de son ami Ethir-aux-oranges. Le soir était arrivé sans incident notable et le Seigneur du Clan du Dragon avait prévu de dîner avec sa cousine dans sa salle-à-manger privée, loin des discussions interminables de sa cour. « Alors mon cher cousin, comment cela s’est-il passé pour toi depuis la dernière fois que nous nous sommes vus ? demanda Natsumi.
– C’était quand la dernière fois que nous nous sommes vus ? s’interrogea Jynpo.
– Lors de l’enterrement de ton père, répondit la jeune fille.
– Ah, euh… Oui, triste affaire… » balbutia le jeune Samouraï, n’osant pas lui avouer que, bien que son père était mort, il l’avait revu depuis. « Sinon, ça ne s’est pas trop mal passé. J’ai voyagé sur plusieurs continents, rencontré des gens aux mœurs étranges, puis je suis enfin revenu de cet exil forcé pour venger mon père. Et me voilà. Et toi, ça s’est passé comment ?
– Quoi ? s’exclama Natsumi. Tu pars pendant presque un an à parcourir le monde et à vivre des aventures et tu me résumes ça en deux malheureuses phrases ? Tu te moques de moi ?
– Ben j’ai vu des dragons, des Gnomes, des Elfes, des mort-vivants, récita Jynpo. Plein de choses !
– Tu n’es vraiment pas doué pour raconter des histoires, déplora sa cousine.
– Mais ce ne sont pas des histoires qu’on raconte à des jeunes filles et, qui plus est, à table ! » se défendit le Seigneur du Clan du Dragon.

Avant que Natsumi ait pu envoyer une remarque cinglante à son cousin, une forme jaillit du mur en transperçant le papier riz et alla s’écraser dans un coussin, après avoir tenté un atterrissage raté sur la table en renversant tout sur son passage. « Heureusement que rien n’est solide ici ! s’exclama joyeusement Ethir qui venait d’entrer dans la pièce. Décidément, l’air de Yamato ne te réussit vraiment pas Onbu, tu n’arrives même plus à te poser correctement quelque part. » Ledit Onbu ignora son maître autant que les deux convives, et s’installa confortablement sur le coussin pour s’endormir. En ronflant. Le grand ensorceleur au crâne rasé s’assit sans cérémonie à la table de son ami et prit un sushi dans son assiette afin de l’examiner sous toutes les coutures. « Bizarre, commenta-t-il avant de le manger.
– Euh, Natsumi, je te présente mon ami Ethir, qui était l’un de mes compagnon d’aventures durant mon exil, intervint Jynpo.
– Enchantée… » commença celle-ci avant d’être coupée par Ethir qui s’enquit, la bouche pleine de nourriture :

« Tu t’es enfin remis de t’être fait jeter par Lyanna ?
– Mais non ! répliqua Jynpo. C’est ma cousine, Natsumi, de la famille Yasuki du Clan du Crabe.
– Qui est Lyanna ? s’enquit la jeune fille d’un air intéressé.
– Une Prêtresse très puissante, qui faisait partie de mon groupe de compagnons, répondit très vite Jynpo tandis qu’Ethir regardait en l’air d’un air suspicieux.
– Et donc, tu étais amoureux d’elle ? reprit Natsumi bien décidée à creuser l’histoire.
– Et donc rien du tout ! rétorqua Jynpo. Ca ne te regarde pas !
– Vu que tu t’en es remis et que ça n’avait pas marché avec la Princesse de Hogg, t’as qu’à faire comme Lyanna et te marier ! proposa gaiement l’ensorceleur.
– Quelle bonne idée ! s’exclama Natsumi. Surtout que tu es l’une des personnes les plus influentes du continent, tu ne devrais pas avoir trop de mal à te trouver une femme ! D’ailleurs, j’ai quelques amies qui…
– Mais non ! la coupa Jynpo qui sentait que le contrôle de la conversation lui échappait totalement.
– Mais si, ça va être drôle, tu verras, lui assura Ethir. Vous voulez des oranges ? » ajouta-t-il en leur en tendant une à chacun.

Ils acceptèrent les fruits, l’une avec enthousiasme et l’autre avec résignation. L’ensorceleur adressa un grand sourire à Natsumi. Celle-ci décida de profiter d’avoir un compagnon de son cousin à portée, pour en apprendre plus sur ses neuf mois d’exil. « Comment était Jynpo-sama durant vos aventures ? demanda-t-elle.
– Oh, le plus souvent mort, lâcha Ethir en sortant une nouvelle orange. Mais à part ça, il était comme tous les Samouraïs que j’ai rencontré.
– Comment ça, mort ? s’étonna Natsumi.
– Ben, pas en vie, expliqua-t-il.
– C’est compliqué, intervint Jynpo. Je t’expliquerai plus tard !
– Oh ! Le joli vase ! s’enthousiasma soudainement Ethir à la vue d’un énorme vase Ming au fond de la pièce. Ca sera parfait pour le bébé de Lyanna ! Bon, faut que j’aille mettre ça en lieu sûr… »

Sur ces étranges propos, l’ensorceleur se leva, alla prendre le vase et sortit de la pièce, chargé, sans plus de formalité. Ne resta qu’Onbu, ronflant toujours sur son coussin. « Pourquoi… ? commença Natsumi.
– Laisse, il est parti, c’est tout ce qui compte. » soupira son cousin.

« Kyr et Kilynn » Chapitre 2 : Le début du voyage avec Drakëwynn (4/8)

« Il y a quelques années, alors que je n’étais qu’une mercenaire débutante, mes compagnons et moi nous sommes retrouvés dans un marais infesté d’Hommes-Lézards agressifs. Faisant preuve d’une diplomatie sans égale, ils avaient kidnappé notre guide et ne voulaient nous le rendre que si nous faisions le ménage dans leur marais puant.
– Le ménage ? s’étonna Kilynn.
– Oui, le ménage. Ils étaient infestés par ce qu’ils appelaient « les morts-qui-marchent ». Il ne faut pas leur en vouloir, ils n’ont pas beaucoup de vocabulaire. Notre premier réflexe eût été de leur rentrer dedans pour récupérer notre guide et les laisser se débrouiller tous seuls avec leurs morts-qui-marchent. C’est vrai quoi, ils n’avaient qu’à nous le demander gentiment…
– Vous êtes un peu violents quand même, non ? intervint Kyr.
– Oh non, pas violents, passionnés, nous sommes des passionnés, ce n’est pas pareil, rectifia la Centaure.
– Pourquoi vous ne l’avez pas fait ? demanda la sœur.
– Parce qu’ils étaient trop nombreux et, surtout, si nous avions fait un geste, ils auraient tué notre guide sur le champ. Alors, bon gré mal gré, nous avons accédé à leur requête et sommes partis patauger dans les marais qui environnaient leur village. Des marais glauques, des morts-vivants putréfiés, des Hommes-Lézards agressifs… Une destination de rêves quoi, vous devriez vous installer là-bas ! Ne vous en faites pas, vous me remercierez plus tard pour mes judicieux conseils.
– Certainement ! répondirent-ils en riant.
– Nous patrouillions donc dans la zone présumée de la présence des morts-qui-marchent, tout en rouspétant contre le manque de courtoisie des habitants du village, lorsque nous sommes arrivés en vue d’un bâtiment bizarre qui avait tout l’air d’une crypte. Après, quant à savoir pourquoi une crypte avait été construite là, au milieu de nulle part, il ne faut pas me le demander, je n’en sais rien. Quoiqu’il en soit, les Lézards n’avaient pas menti : l’endroit était totalement infesté par des zombies, des vampires et autres morts qui persistent à se balader au lieu de rester sagement… morts.
– Ils n’ont aucun savoir-vivre, murmura Kyr.
– Bien sûr que non, puisqu’ils sont morts, renchérit sa sœur.
– Exactement ! confirma Drakëwynn avec véhémence. Là, comme nous n’étions pas réfrénés par le risque que l’un d’entre nous soit égorgé, nous n’avons pas fait de détails et avons tranché, haché, découpé tout ce qui nous tombait sous la lame. De toutes façons, tout ce qui est d’ordre zombie n’a pas beaucoup de conversation, donc je ne pense pas que nous ayons loupé grand chose en les tuant sans sommation. D’ailleurs, en parlant de ces choses, plusieurs d’entre eux avaient clairement été des Minotaures durant leur vivant, alors je me suis amusée à récupérer leurs cornes encore en bon état pour en faire des cors. J’en ai gardé un en souvenir, regardez. »

Elle sortit de son sac le cor en question et le leur tendit pour leur montrer. Mis à part le fait qu’il provenait de la corne d’un Minotaure zombie, il n’avait rien de très particulier. Les enfants le gardèrent tout de même en main tandis que la Centaure continuait son récit. Elle décrivit longuement et singea les différents types de morts-vivants qu’ils avaient croisé dans les couloirs, les divers pièges dans lesquels ils étaient tombés et l’ambiance lugubre qui planait tout du long. « Et là, continua-t-elle, après avoir nettoyé tous les corridors et les salles attenantes – nous sommes un très bon détergent – nous avons fini par arriver devant une très grosse porte, avec une tête de dragon gravée dessus. La taille de la porte ajoutée à la gravure n’était pas de très bon augure quant à ce qui menaçait de se trouver de l’autre côté. Mais on se disait que ce serait dommage de ne pas terminer la visite de la crypte. Alors on a ouvert la porte normalement, après avoir longuement argumenté pour savoir s’il fallait mieux la brûler ou faire une entrée fracassante en la défonçant.
– Vous avez des idées bizarres tout de même, déclara Kyr. Vous auriez été complètement enfumés dans cette crypte si vous y aviez mis le feu.
– C’est ce que nous nous sommes dit aussi, approuva Drakëwynn. Lorsqu’on a ouvert la porte, nous avons vu… rien du tout. En fait, de l’autre côté de la porte s’étendait un voile de ténèbres. Impossible de distinguer quoique ce soit ! Heureusement, nous avions avec nous un courageux Samouraï, qui s’avança dans les ténèbres à l’aveuglette. Au fait, savez-vous ce qu’est un Samouraï ?
– Non, répondirent-ils.
– Moi non plus je ne savais pas ce que c’était avant de rencontrer celui-là. Il faut dire qu’alors je ne connaissais pas grand chose du monde extérieur à ma tribu. Pour résumer, les Samouraïs sont un genre de guerriers originaires d’un autre continent, appelé Yamato. Ils sont extrêmement loyaux et suivent un code de l’honneur rigoureux autant qu’étrange. »

La Centaure pouffa de rire, paraissant se souvenir de quelque chose d’amusant. Probablement en lien avec les Samouraïs d’ailleurs, pensait Kyr. « Donc, reprit-elle, notre brave guerrier s’avança héroïquement et buta dans un jeune dragon noir, qui devait mesurer environ ma taille actuelle. Ce dernier n’apprécia pas et entreprit de faire subir son courroux au jeune héros en herbe. Heureusement, nous autres étions là et avons pu tirer notre compagnon des griffes du dragon, que nous avons été obligés d’occire. Ceci étant fait, nous avons fouillé la salle pour récupérer les possessions matérielles du reptile, car les dragons adorent les trésors et celui-là n’en aurait plus l’utilité désormais. C’est lors de la fouille que nous avons remarqué qu’il y avait une deuxième porte. Nous commencions à se demander quand le nettoyage prendrait fin. Il faut dire qu’après tous ces combats, nous étions décorés d’estafilades diverses et un peu fatigués. Mais nous en avions assez et avons décidé d’expédier au plus vite ce qui pouvait rester. Nous avons donc ouvert la porte.

Texto du matin : La pomme de terre

Nous sommes mercredi, le jour des patates aussi. Parlons donc de la pomme de terre. Elle est originaire d’Amérique du Sud et, si l’on ne sait pas si elle s’adonnait à des sacrifices rituels, nous savons en revanche qu’elle a été ramenée en Europe pour la première fois par les Conquistadors au XVIème siècle. Puis les englishmen, pour ne pas se trouver en reste, se mirent également à en importer chez eux, puis s’occupèrent de l’essaimer également en Amérique du Nord.

En France, comme nous sommes des rebelles têtus, nous la boudâmes snobineusement (non ça n’existe pas) jusqu’au XVIIIème siècle. Car oui, nous avons toujours aimé ne pas faire comme tout le monde. Du coup la patate était vaguement utilisée pour nourrir les cochons, mais sans plus puisque nous la soupçonnions de ne pas être bonne pour la santé, alors même que le reste de l’Europe s’était mise à en cultiver de partout.

Malheureusement pour nos instincts d’originaux, il y avait des famines régulièrement à cette période. Des assemblées de gens instruits ont donc réfléchi au problème. Pour eux, il était clair que la patate était LA solution. Mais comment convaincre les gens de se nourrir avec, plutôt que de la donner aux cochons ? Là intervint le rusé monsieur Parmentier.

Ce brave Parmentier (1737-1813), Antoine de son prénom, avait pu se rendre compte des qualités nutritionnelles de la patate lors d’un séjour – probablement fort dépaysant – dans les geôles prussiennes. Face à l’entêtement de ses compatriotes, il décida de faire planter un champ de patates et de le faire solidement garder la journée. Cela attisa la curiosité des gens du coin qui, comme de bon français, avaient l’esprit de contradiction. Des tubercules gardés ? Voilà qui devait être fort précieux et, puisque l’on nous empêche de venir les chercher, nous irons les voler. Bien entendu, c’est l’histoire la plus connue, mais monsieur Parmentier a organisé des dîners où il faisait servir de la pomme de terre et a beaucoup oeuvré à promouvoir ce précieux tubercule en France. A partir de là, la culture de la patate se généralisa.

Maintenant nous la cuisinons sous moult formes (purée, gratins, frites…) comme si nous l’avions toujours adorée et elle fait partie de moult plats régionaux (gratin dauphinois, tartiflette, pommes de terre sarladaises, pommes de terre provençales, la crique…). La pomme de terre c’est la vie !

Solanum_tuberosum

« Il était une fois en Yamato » Chapitre 2 : Jynpo et sa cousine (2/6)

Un peu plus tard, apprenant que sa cousine arrivait aux portes de l’enceinte du palais, Jynpo s’inquiéta. Alors qu’il se faisait un sang d’encre à propos de ses futures retrouvailles, il se souvint qu’Hideaki lui avait, en plus, fortement conseillé d’éviter une rencontre entre Yasuki Natsumi et l’ambassadeur Doji Kurou. A ce moment là, ledit Hideaki fit irruption dans le cabinet de travail du Seigneur du Clan du Dragon, où ce dernier prenait son petit-déjeuner. « Qu’y a-t-il Hideaki ? s’enquit Jynpo la bouche encore à moitié pleine.
– L’ambassadeur du Clan de la Grue s’apprête à prendre congé de Monseigneur, expliqua le conseiller.
– Je vais le saluer de ce pas, déclara le jeune Samouraï en se levant. Mais avant, je dois débarrasser mon repas !
– N’ayez crainte Jynpo-sama, le rassura Hideaki. Un serviteur s’en chargera. »

Soulagé, le chef du Clan du Dragon se précipita pour enfiler son armure de cérémonie avant de foncer dans sa salle du trône. Une fois confortablement installé sur son siège seigneurial, il attendit patiemment l’arrivée de Doji Kurou. Son regard parcourait machinalement la pièce. Elle pouvait accueillir facilement une centaine de personnes. Face au trône, il pouvait apercevoir le chemin qui menait de la porte d’enceinte à l’entrée du château. Plus le temps passait, plus l’angoisse l’étreignait. « Ah cette cousine ! Elle n’est pas encore là qu’elle m’embête déjà ! » songeait-il. « Et puis que fait l’ambassadeur ? Il est bien long. Il va finir par croiser Natsumi si ça continue… » Alors qu’il s’inquiétait tant et plus, Hideaki fit son entrée. « Alors ? lui demanda Jynpo.
– Je pense que vous pouvez laisser entrer Doji Kurou à présent, répondit le conseiller. Vous l’avez suffisamment insulté par cette longue attente, Monseigneur.
– Qu’il entre ! » s’exclama le jeune chef qui n’avait pas réalisé ce qu’il faisait.

L’ambassadeur fit à son tour son entrée, accompagné de ses gardes du corps Daidoji. Réalisant qu’il n’avait préparé aucun discours, Jynpo regarda Hideaki avec insistance. Celui-ci, prenant ce regard comme le signe qu’il pouvait lancer la conversation, déclara au grand dam de son Seigneur : « Mon maître vous écoute. » Doji Kurou s’inclina et commença :
« Moi, l’ambassadeur du grand Clan de la Grue… »

Mais Jynpo, toujours perdu dans ses pensées, ne l’écoutait déjà plus. « Mais, qui vois-je là-bas ? » s’interrogea-t-il en voyant venir du fond des jardins, par la porte ouverte qui donnait sur la salle du trône, une jeune fille toute menue à la chevelure châtain. « Ne me dites pas que c’est… Natsumi ! Oh non, pas déjà ! Elle vient par ici… Il a toujours pas fini de parler celui là ? Enfin, je veux dire, l’ambassadeur… Quoique, si il s’arrête de parler et qu’il s’en va, il va la croiser et ce serait terrible ! Mais elle continue de s’approcher ! Qu’est ce que je peux faire ? D’un autre côté, si il continue de parler et qu’elle arrive, ce sera tout aussi terrible ! Elle ne s’arrête toujours pas… » A ce moment là, le jeune Seigneur aperçut une orange qui roulait au fond de la salle, derrière l’ambassadeur et sa suite. Suivant le fruit en courant à moitié courbé, Ethir tentait désespérément de le rattraper. Jynpo se crispa, espérant que personne ne remarquerait son ami pourchassant ses propres oranges. Une fois qu’Ethir fut sorti par l’autre côté de la pièce sans qu’il y ait un incident diplomatique, le Chef du Clan du Dragon chercha de nouveau sa cousine du regard, se rappelant qu’il s’agissait là d’un autre incident diplomatique potentiel. Quelle ne fut pas sa stupeur lorsqu’il constata qu’elle avait disparu ! Il fouilla frénétiquement les alentours du regard, sans succès.

« … je m’en vais donc, avec votre permission, retourner dans le Clan de la Grue. » termina l’ambassadeur. Jynpo arrêta de chercher sa cousine et, ne sachant que dire, inclina la tête. Il marmonna quelques formules de politesse pour souhaiter un bon voyage de retour à Doji Kurou et sa suite. Puis, à peine l’ambassadeur eût-il quitté le château que Jynpo jaillit de son trône afin de retrouver sa cousine qui l’inquiétait tant.

Il la retrouva dans les jardins, en compagnie de Chiba et des deux enfants de ce dernier. Elle apprenait à l’aînée à faire ricocher des cailloux sur un petit étang, tout en tenant le plus jeune dans ses bras. Jynpo accourut et interrompit le bavardage de Chiba et de sa cousine : « Natsumi ! » s’exclama-t-il. Celle-ci se retourna vers le Seigneur du Clan du Dragon et resta un moment interdite. Son cousin avait tellement changé depuis la dernière fois qu’elle l’avait rencontré ! Il paraissait bien plus grand et fort, et dégageait une forte aura de prestance. Natsumi était impressionnée mais, au vu de cette arrivée peu digne du deuxième homme le plus puissant de l’Empire de Yamato, elle se dit que tout n’avait peut-être pas changé chez son cousin. Elle inclina respectueusement la tête et déclara : « Je vous souhaite le bonjour mon Seigneur. Après toutes ces années je constate que vous êtes toujours aussi respectueux envers votre famille, la laissant entrer dans votre demeure sans formalité, ni délai ! Malgré tout, je serai grée à mon Seigneur que les hommes de mon père m’escortant soient enfin autorisés à entrer… »

Jynpo réalisa alors qu’il avait oublié d’envoyer un messager pour autoriser sa cousine et sa suite à entrer dans l’enceinte des murailles du palais. Il bafouilla quelques excuses, tandis que Chiba assistait à la scène, un léger sourire en coin. Il avait intercepté Natsumi quelques minutes auparavant, après qu’elle se fut introduite de manière mystérieuse dans la demeure des Mirumoto. Il avait ainsi pu éviter l’incident diplomatique avec l’ambassadeur. Jynpo, voulant changer de sujet, s’adressa aux enfants : « Vous vous amusez bien Sakura et Sung ? »

Pour toute réponse, Sakura se réfugia derrière son père et Sung tendit au chef du Clan du Dragon, le plus sérieusement du monde, l’un des morceaux de soie qu’il avait l’habitude de traîner partout avec lui. « Voyons Sakura, répond donc au Seigneur Jynpo » la gourmanda Chiba. La petite fille hésita un instant, puis, timidement, dit en regardant les pieds de Jynpo :
« Oui. Je joue avec papa et Natsumi-san.
– Ah… C’est bien, répondit le Seigneur du Clan du Dragon.
– Je sais que mon Seigneur a encore beaucoup de travail, intervint Chiba. Je me propose donc pour mener votre cousine à ses appartements, Jynpo-sama. Par la même occasion, elle pourra me donner des nouvelles de son père, le Chef de la famille Yasuki, qui est un vieil ami à moi.
– Ah oui, tonton Okoru ! s’exclama Jynpo. J’espère qu’il va bien ! Bon, je retourne travailler, à tout à l’heure ! »

Terreur Nocturne

Il s’immobilisa, tous les sens en alerte dans l’obscurité environnante. Il avait marché sur une lame grinçante du parquet et il craignait d’avoir attiré l’attention de la Créature. Ses yeux fouillèrent la pénombre dans laquelle la maison était plongée, à la recherche d’un mouvement suspect. Son coeur battait la chamade ; il devait faire preuve d’une grande maîtrise de soi afin de ne pas céder à la panique et se mettre à courir en hurlant. S’étant assuré, autant que possible, que la Chose n’avait pas été alertée, il reprit sa lente progression en direction de la sortie de la maison.

Le coeur tambourinant à tout rompre sous l’angoisse, il s’employait à lever doucement un pied après l’autre et de les poser avec tout autant de précaution, pour ne pas faire gémir le plancher. A chaque instant, la frayeur menaçait de le submerger. Il ne voulait pas mourir ! Il savait qu’il allait devoir passer devant la cuisine et que c’était là où il supposait que la Créature se trouvait. Il n’osait même pas imaginer qu’elle aurait pu s’être déplacée ailleurs. Cette bête là était étonnamment silencieuse et paraissait douée pour tendre des embuscades fulgurantes.

Pris d’une impulsion soudaine, il se retourna brusquement et inspecta rapidement l’obscurité du regard à la recherche des yeux bleus électriques de la Chose. Rien. Il s’autorisa un soupir intérieur avant de reprendre sa progression vers la sortie, en repoussant courageusement les assauts de son angoisse. Silencieusement, un pied en chaussette après l’autre et il pourrait survivre.

Un bruit assourdissant provint de la cuisine. Il s’arrêta de nouveau, comme une bête traquée, le coeur battant encore plus vite dans sa poitrine. La Créature devait avoir fait tomber de la vaisselle. Il resta immobile, priant qu’elle ne sorte pas de la pièce. Il entendit des fouissements dans les tessons, accompagnés de grognements. Espérant que la Chose était occupée à dévorer le contenu de la vaisselle cassée et que le bruit couvrirait sa progression, il avança un peu plus vite, jusqu’à arriver à la porte de la cuisine. Une fois là, il s’adossa au mur, prit une silencieuse inspiration et risqua un coup d’oeil dans la pièce.

Ses yeux rencontrèrent alors les yeux bleus électriques de la Créature. Sa bouche s’ouvrit sur un cri, qu’il ne put jamais pousser, tandis qu’elle lui tranchait la gorge. Avant que son regard ne se voile définitivement, il aurait pu jurer qu’elle souriait.

« Kyr et Kilynn » Chapitre 2 : Le début du voyage avec Drakëwynn (3/8)

Le gros cheval noir suivit docilement la Centaure au galop. Mais ils ne purent couvrir plus d’un kilomètre avant que de grosses gouttes ne s’écrasent au sol, laissant bientôt place à une abondante averse, glaciale qui plus est. « Nous n’aurons pas fait beaucoup de chemin aujourd’hui, commenta la ménestrelle. Tant pis, nous nous rattraperons demain.
– On va s’arrêter là au milieu de nulle part ? s’étonna Kyr. On ne va pas jusqu’au prochain village ? »

En effet, ils se trouvaient toujours au milieu de prés vides et de champs plus ou moins en friche à perte de vue. « Inutile. » Lâcha Drakëwynn en fouillant dans l’un de ses multiples sacs. Elle en sortit un petit cube noir qu’elle jeta à terre, au milieu d’un pré à présent détrempé, tout en prononçant un mot bizarre. A peine le cube avait-il touché le sol qu’il s’y enfonça doucement. Pendant une seconde, rien ne se produisit. Puis un grondement se fit entendre, qui augmentait en volume, jusqu’à faire trembler le sol. Soudain, une petite tour aux murs métalliques, d’environ neuf mètres de haut, avec meurtrières et créneaux, poussa à la place du cube, comme un champignon de métal. Le Centaure en ouvrit la porte et poussa tout le monde à l’intérieur, cheval compris.

« Ah ! Nous voilà à l’abri, dit-elle en refermant la porte. Mettez-vous à l’aise et séchez vous. J’ai oublié de quoi prévoir un feu, mais au moins nous sommes au sec.
– Vous êtes magicienne ? lui demanda Kilynn.
– Ah non, sûrement pas, répondit la ménestrelle. Je suis Barde. Pourquoi cette question ?
– Ben, cet objet là, vous l’avez bien fait se transformer en cette tour, non ? bafouilla la fille.
– Oh, ça, c’est juste une babiole magique que j’ai acheté un jour, expliqua Drakëwynn.
– C’est utile, commenta Kyr.
– Tout à fait, approuva la Centaure qui terminait de défaire sa chemise de mailles. Allez, enlevez vite tout ce qui est mouillé, sinon vous allez attraper froid.
– Mais… On a rien pour se changer, dit Kilynn.
– Il faut dire qu’on est parti sans rien prendre, ajouta son frère.
– Vous aviez beaucoup de choses à récupérer ? s’enquit Drakëwynn.
– Oh, non, répondit la sœur. A part quelques vêtements, il ne nous restait rien de plus que ce qu’on porte en permanence sur nous.
– Bon, tout va bien dans ce cas ! se réjouit la ménestelle. Je dois bien avoir quelque chose qui traîne pour que vous passiez la nuit au sec… »

Elle se mit de nouveau à fouiller dans ses nombreuses affaires. Kyr se demandait comment elle se débrouillait pour toujours retrouver ce qu’elle cherchait dans tous ses sacs, car ils avaient l’air remplis de babioles, de fioles, d’outils et autres objets en tous genres. Quoiqu’il en soit, elle finit par sortir deux grandes robes écarlates de très bonne facture, visiblement conçues pour des Humains, ou du moins, des humanoïdes. Elles ressemblaient à celles que portaient les grands prêtres ou les mages et, bien qu’elles aient été reprisées à certains endroits, leurs anciens propriétaires devaient être très riches. « Tenez, leur dit-elle. Elles sont probablement trop grandes pour vous, mais ça devrait être suffisant pour ce soir. Allez-y vite maintenant, vous pouvez monter à l’étage si vous voulez. »

Ils ne se firent pas prier et filèrent dans les étroits escaliers pour troquer leurs vêtements trempés contre les étranges robes rouges, qui s’avérèrent plutôt chaudes et confortables, bien que trop longues et larges. Lorsqu’ils redescendirent, précautionneusement pour ne pas trébucher sur les pans de tissu, tenant leurs habits imbibés d’eau à la main, la Centaure pouffa de rire. « Que vous avez fière allure ! s’exclama-t-elle. Donnez-moi donc ce qui est mouillé, je vais étendre tout ça. » En effet, elle avait fixé une corde entre deux des murs de la tour et y avait étendu ses affaires trempées. Elle avait également eu le temps de desseller Nuit-Noire et lui avait mis une autre grande robe rouge sur le dos, en guise de couverture. « Vous me le rappellerez, reprit-elle en étendant les vêtements des enfants, mais au prochain village ou la prochaine ville, je vous achèterai de quoi vous équiper en bonne et due forme. Il ne faut pas partir ainsi à l’aventure sans rien comme ça, sinon on ne survit pas longtemps. Et puis, franchement, quelle idée vous avez eue de partir en voyage au seuil de l’hiver !
– Vous le faites bien vous. » répliqua Kilynn.

Cela fit rire la Centaure qui décréta : « Oui, mais moi ce n’est pas la même chose. Bon ! On a du temps à tuer avant le repas du soir, vous avez des idées ?
– Où est Emlyg ? demanda la fille.
– Oh, il dort, blotti dans son sac. Tu pourras l’embêter tout à l’heure si tu veux. »
Les jumeaux s’installèrent à même le sol, emmitouflés dans leurs trop grandes robes écarlates. « D’où viennent-elles ? s’informa Kyr en désignant lesdites robes.
– Elles appartenaient à des Mages Rouges, répondit Drakëwynn.
– Des Mages Rouges ? … LES Mages Rouges ? » s’étonna le garçon.

Les Mages Rouges étaient une organisation de magiciens très connue, réputée pour la mégalomanie de ses membres, ainsi que leur cruauté pour arriver à leurs fins. « Eux-mêmes, confirma la Barde. J’en ai tué quelques uns. Figure-toi qu’ils ont mis ma tête et celles de mes compagnons à prix ! C’est marrant, non ?
– Moi, ça m’inquièterait à votre place, déclara Kilynn.
– Bah, il ne faut pas s’inquiéter pour ça. Si je devais m’en faire pour chaque personne qui m’en veut, je finirai probablement par avoir un ulcère et en mourir dans d’atroces souffrances. Et puis bon, j’ai beau en éliminer, il en arrive toujours… » Elle s’installa en face des jumeaux et reprit : « Vous voulez que je vous raconte ma première rencontre avec un Mage Rouge ? » Ils hochèrent la tête avec entrain, une bonne histoire était toujours la bienvenue. La ménestrelle se leva, prit une inspiration et commença :