Texto du matin : une petite histoire du chocolat

A propos du chocolat, l’on suppose que les Mayas (ou peut-être même les Olmèques) furent les premiers à cultiver le cacao. Outre ses vertus religieuses (car il était consommé à titre de boisson divine, mélangé à de la vanille et moult épices), les fèves de cacao servaient de monnaie d’échange et même à payer les impôts. Pour ma part, ça m’évoque les Oompa-Loompas, mais bref, passons.

La culture du cacao s’est vite répandue jusque chez les Aztèques, qui considéraient que c’était au dieu Quetzalcoatl (dieu serpent à plumes) que l’on devait le cacaoyer. Ce peuple pensait également que Quetzalcoatl (essayez de le dire en boucle très vite, vous rirez moins) était parti vers l’est sur un grand navire et qu’il reviendrait dans la période où Cortès mit le pied chez eux. Quel chance de cocu pour ce fier espagnol qui ne pouvait surveiller les agissements de sa femme ! Il fut fort bien accueilli et les Aztèques lui firent boire le chocolat sacré. Cortès ramena donc des fèves de cacao au Royaume d’Espagne où elles eurent beaucoup de succès, avant de se répandre dans le reste de l’Europe.

En France, Louis XIV qui régnait à ce moment là n’accorda le privilège de fabriquer le chocolat qu’à une seule personne. Cette personne, à qui la bonne fortune souriait de toutes ses dents, se nommait David Chaillou et était premier valet de chambre du Comte Soisson. Mais qu’un seul fabricant dans un pays de la Renaissance ne produit que trop peu de cet amer nectar des dieux aztèques. Du coup, à cette période, se mit en place une filière illégale fournisseuse en fèves de cacao.

Cette filière était due à une communauté juive, installée à ce moment là au Pays Basque après avoir été chassée du Portugal et d’Espagne. Ils armaient des navires corsaires afin de piller les galions espagnols transporteurs de cacao (pauvre galions espagnols, pillés de toutes parts par des corsaires et pirates… C’est ça d’être trop riche). Pour ne pas éveiller trop de soupçons (les histoires de corsaires étaient des secrets de polichinelle), ils avaient également des filières d’approvisionnement légales passant par le Vénézuela et Amsterdam. Originellement, ils approvisionnaient juste les chanoines de Bayonne… (Tout ça pour ça) Bien sûr, puisque l’autorisation unique de fabriquer et vendre du chocolat durait 29 ans, j’imagine qu’ensuite cela s’est vite répandu.

En tous cas, maintenant nous en avons moult !

Quetzalcoatl

« Kyr et Kilynn » Chapitre 1 : Drakëwynn (5/8)

Ce n’était pas un véritable argument, ils le savaient tous les deux. Kyr savait aussi que la Centaure intimidait beaucoup sa sœur, mais que c’était justement l’une des principales raisons pour laquelle elle voulait la suivre : elle se sentirait en sécurité en restant auprès de quelqu’un d’intimidant. De plus, il devait bien l’avouer, il ne voyait pas de meilleure marche à suivre pour le moment. Il alla ouvrir la porte de la grange et la lumière du soleil, bien qu’automnal, les éblouit. « Il est tard, constata-t-il. Ca va être difficile de la rattraper, elle a du partir depuis longtemps.
– Oui, mais il fait beau, on ira vite.
– Le problème, c’est qu’elle aussi… Il nous faudrait un cheval.
– Un cheval ? s’étonna Kilynn. Où comptes-tu en trouver un ? D’autant qu’on a pas les moyens pour ça…
– Je ne sais pas encore, mais il faut se dépêcher, sinon on ne pourra jamais la rejoindre.
– Commençons à pieds, Kyr, on verra bien sur le chemin. »

Il poussa un grognement approbateur. Pressés, ils répartirent rapidement leurs nouvelles possessions entre leurs deux sacs. Cela faisait quelques temps qu’ils n’avaient pas possédé autant de choses. « N’oublie pas la couverture Kilynn, on en aura probablement besoin… Quelle idée de partir en voyage à la fin de l’automne…
– C’est suicidaire, convint sa sœur. Mais si on retrouve Drakëwynn, tout se passera bien. »

Kyr la fixa d’un air perplexe. Elle semblait animée d’une confiance inébranlable en cette terrifiante ménestrelle qui, selon lui, tenait plus du monstre que du Centaure. « Allons-y. » Fins prêts, ils sortirent tous deux dans la cour de la ferme, dont le corps d’habitation était encore fumant de l’incendie de la veille. Suivant les traces très reconnaissables des gros sabots de Drakëwynn, ils parvinrent de nouveau dans les bois, qui étaient aussi silencieux que s’il venait de neiger. Les jumeaux jetaient des coups d’œil nerveux autour d’eux.

« Mais qu’est ce que vous faites là tous les deux ? » s’enquit soudainement une voix étonnée qui semblait provenir de nulle part. Il s’agissait de Rob, qui était de guet dans les buissons. Il en sortit et rejoignit Kyr et Kilynn sur la route. Il arborait un grand sourire, paraissant soulagé de les trouver là. « On se demandait ce qui vous était arrivé, les jeunes ! Je suis bien content de vous avoir trouvés sains et saufs. Allez, venez, on va retourner voir le Grand Caer pour lui annoncer que vous allez bien.
– Non Rob, Kyr et moi n’irons pas voir Caer. On part.
– … Vous partez ?
– Oui, la Centaure d’hier, c’en était trop, intervint Kyr. On est juste des enfants de paysans nous, on est pas faits pour ça. On s’en va pour essayer de trouver un coin moins moisi pour vivre.
– Je… Je comprends, balbutia Rob abasourdi par cette annonce inattendue.
– On a pas pu dormir de la nuit, rajouta le garçon en grommelant. J’ai pas arrêté de faire des cauchemars à propos d’une Centaure démoniaque qui me poursuivait en rugissant pour me dévorer…
– C’est vrai que vous êtes encore jeunes vous deux pour jouer les bandits de grands chemins, compatit l’adulte. Mais je dois avouer qu’elle nous a causé à tous une sacrée frayeur ! Vous êtes vraiment sûrs de vouloir partir comme ça, que tous les deux et tout ? » Son regard exprimait clairement ce qu’il pensait de cette idée dangereuse, et ce n’était pas de l’optimisme. Les enfants hochèrent néanmoins la tête de concert. « Mais vous savez que Caer va vous considérer comme des traîtres et des déserteurs ?
– Oui. » répondit platement Kyr.

« C’est vrai que c’est du quitte ou double cette histoire, pensa-t-il. Si Drakëwynn veut bien de nous, on sera à l’abri de tout pendant un moment. Par contre, si elle refuse ou qu’on ne la retrouve pas, nous ne pourrons plus nous raccrocher à elle, ni à Caer. J’espère que l’intuition de Kilynn est la bonne… » Il lui jeta un coup d’œil. Jusqu’ici les intuitions de Kilynn avaient toujours été fiables, mais son frère préférait garder tout de même un certain recul.

Rob avait l’air gêné. « Je pourrais toujours essayer de leur faire penser que vous êtes morts, mais vous ne pourrez plus jamais revenir… En souvenir de vos parents, qui étaient de bons amis à moi, j’aimerais bien pouvoir vous aider en quoique ce soit, mais je ne sais vraiment pas comment.
– Tu… tu pourrais peut-être nous dire comment on pourrait trouver un cheval, suggéra Kilynn.
– Un cheval ? Vous avez l’intention de partir si loin que ça ?… Enfin… C’est marrant que tu me dises ça, Caer est justement sur un gros coup concernant des chevaux, là. Tout à l’heure, Mish qui surveillait avec moi, est parti le prévenir qu’une troupe d’une demi-douzaine de cavaliers se dirigeait vers lui, sur la route. Je pense que si vous vous dépêchez, vous pourrez profiter du boxon pour piquer un cheval. Par contre, ce sera risqué… »

Les affres des révisions

A un ami qui avouait se prendre la tête sur ses révisions de sociologie en statut facebook, j’ai répondu ça :

Il était une fois, au sommet d’une tour d’ivoire, la plus haute, un homme qui se tenait, assis à une table, dans une petite pièce étriquée. Comme il se sentait seul et désemparé ! Régulièrement, il jetait un oeil désespéré au travers de la meurtrière qui lui servait de fenêtre. L’enfermement lui pesait moult et ô combien se sentait-il oppressé… Il avait comme mission de lire et mémoriser un grimoire gigantesque sur la couverture duquel était gravé dans le cuir : Sociologia. Un mot dangereux à prononcer dans son entier et que d’aucun des plus courageux en parlaient à voix basse sous le terme de Socio. De fait, l’ouvrage ne paraissait pas si volumineux au premier abord. Mais il avait été maudit des dizaines d’années auparavant par un sorcier mal intentionné qui détestait le pauvre malheureux cloîtré. La malédiction rendit le livre infini : à chaque fois que le prisonnier arrivait à la dernière page, il s’en trouvait toujours une à la suite et jamais cela ne se terminait. Il tint ainsi des mois et des mois, subissant son calvaire de manière héroïque. D’un héroïsme dont personne n’entendrait jamais parler et qu’aucun Barde ne mettrait jamais en chanson. Finalement, devenant fou, l’homme ne supporta brutalement plus sa condition. N’ayant pas d’autre possibilité d’en finir, il heurta violemment la table de sa tête. Cette dernière éclata comme un fruit mûr, éclaboussant les alentours de morceaux de cervelle baignant dans du sang encore chaud, et brisant le meuble dans un « Klong ! » assourdissant. Que personne n’entendit.

« Il était une fois en Yamato » Chapitre 1 : Jynpo et les volatiles (2/7)

« J’ai trouvé ! s’exclama le chef du Clan du Dragon.
– Alors, que convient-il de faire face à l’intrusion non autorisée de l’ambassadeur Doji du Clan de la Grue, honorable Jynpo-sama ? » s’enquit Kistuki Hideaki.

Jynpo resta interdit quelques instants. Puis, comprenant que son idée pour résoudre le problème des poules n’avait rien à voir avec une intrusion non autorisée sur les terres de son Clan, il demanda, étonné : « Comment ça une intrusion non autorisée ?
– En effet mon Seigneur, cette intrusion n’a, en aucun cas, été autorisée durant votre exil forcé. » L’informa le conseiller Hideaki.
Le jeune seigneur comprit enfin de quoi il retournait, soit un grave affront de la part du Clan de la Grue, et posa précautionneusement son rapport sur les gallinacés. Il comptait fermement s’occuper de cela par la suite. « Il ne faut vraiment pas que j’oublie mon idée pour régler ce problème, pensait-il par devers lui. Pour une fois que j’y arrive tout seul, sans conseillers ni amis ! » Puis, il se leva, l’air grave et déclara : « Dans ce cas, nous ne pouvons pas rester sans réagir face à un tel affront venant de nos ennemis. Il faut une action forte ! C’est pourquoi je vous propose d’aller immédiatement débattre de la question dans la Salle du Conseil. »

Les deux conseillers s’inclinèrent, avant de suivre Jynpo qui se dirigeait déjà vers la salle, l’air plus concentré que jamais. Tout en parcourant les couloirs, Chiba admirait intérieurement son maître : « Malgré son jeune âge, les épreuves qu’il a affrontées ont fait de lui un vrai samouraï et un Seigneur des plus éclairé. Il a une telle aura de bravoure, les hommes le suivraient sans hésiter jusqu’aux tréfonds de l’Outreterre. De plus, à part le Shogun en personne, aucun guerrier ne peut rivaliser de force avec lui. Je suis certain qu’il est déjà en train de peaufiner les détails de sa stratégie en cas d’invasion du Clan de la Grue. » Hideaki, dans son esprit, appréciait la sagesse et l’intelligence dont faisait preuve Jynpo : « Quel grand homme ! Il dispose d’un esprit affûté et a probablement déjà pris en compte tous les tenants et les aboutissants des retombées politiques de chaque solution qui s’offre à lui. Je suis sûr qu’il a prévu que le trajet de son cabinet de travail à la Salle du Conseil lui laissera le temps de deviner les véritables intentions du Clan de la Grue. »

Pendant ce temps, Jynpo était, en effet, plongé dans ses pensées : « Il ne faut vraiment pas que j’oublie comment sauver les gallinacés de ce village, sinon ils vont encore se moquer de moi et me traiter de bébé-samouraï ! Non, mais en plus, je suis sûr de mon coup, j’ai eu une excellente idée. Ca marchera ! Avec celui-là, j’aurais fini de prendre connaissance de quatre rapports. Heureusement qu’il n’y avait pas de problème à régler pour les trois premiers… J’aurai bien travaillé aujourd’hui, je suis plutôt content, mais il faut encore que je m’occupe de cette nouvelle complication. Bon, comment je vais faire ? » C’est à ce moment précis qu’ils arrivèrent tous les trois devant la Salle du Conseil.

En entrant dans la pièce, Jynpo jeta un regard empli de nostalgie à cet endroit, qu’il n’avait pas vu depuis qu’il avait du quitter Yamato et son père, pour se rendre dans la lointaine, barbare et froide Sylvanie. Il contempla les moelleux coussins de soie marquant la place du chef de Clan, autrefois occupée par son père. Il alla s’asseoir à la place qui était déjà la sienne à l’époque, à la droite du chef de Clan. Une fois qu’il fut installé, il fit signe à ses conseillers de prendre place à leur tour. Voyant que Jynpo ne siégeait pas en tant que Seigneur, ils hésitèrent un bref instant, mais obéirent. Attendant que son maître prenne la parole, Hideaki songeait aux raisons qui l’avaient poussé à laisser de côté le siège de Seigneur où il aurait du prendre place : « Il n’a pas terminé le deuil de son père. Par respect il lui laisse encore la place. De plus, il ne veut certainement pas s’asseoir à l’endroit où le traître qui a tué son père s’est assis. Peut-être faudrait-il suggérer au futur Intendant de changer les coussins, cela l’aidera peut-être. »

« Alors, comment pensez-vous que le problème devrait être réglé ? » demanda Jynpo à ses conseillers en espérant qu’ils lui diraient comment réagir, car, pour sa part, n’ayant pas eu le temps d’y réfléchir, il n’en avait strictement aucune idée. « Il nous teste ! » pensèrent Chiba et Hideaki, persuadés que leur maître avait déjà la bonne réponse, mais qu’il voulait les mettre à l’épreuve pour se faire une idée par lui-même de la valeur de ses hommes, ainsi que l’aurait fait tout bon Seigneur nouvellement arrivé au pouvoir.

« A mon sens, il y a plusieurs solutions possibles, Maître, commença le conseiller diplomate. Premièrement, nous pouvons attendre l’arrivée de l’ambassadeur Doji au château. A partir de là, nous devrons l’accueillir selon les règles de l’hospitalité, pour ne pas entacher l’honneur du Clan du Dragon, mais il sera alors très difficile d’obtenir réparation de l’affront qui nous a été fait. La deuxième solution serait d’envoyer des hommes à sa rencontre, afin d’exiger des explications à cette intrusion et demander directement réparation. Si cela s’avère impossible, l’honneur nous obligera à en venir aux armes. Cela, en plus de risquer une confrontation directe envers le Clan de la Grue, montre aux autres Clans que notre frontière est aussi facile à traverser qu’une muraille de papier. Malgré notre réaction brutale, elle n’aurait été que trop tardive.
– Mais dites-moi, comment se fait-il que nous ayons été informés si tard de leur présence sur nos terres ? s’enquit Jynpo.
– Des Shugenjas sont probablement liés à cette affaire, Maître, répondit sombrement Chiba. Ils ont du les masquer magiquement pour qu’ils puissent arriver sans encombre en plein cœur de notre territoire.
– Il est à noter, intervint Hideaki, qu’il s’agit là probablement d’un test de la part du Clan de la Grue. N’oublions pas que derrière le raffinement dont ils font preuve, ils n’en restent pas moins des conspirateurs difficilement égalables. D’après moi, ils cherchent à savoir ce que valent vos décisions et connaître vos réactions pour savoir dans quel camp considérer notre Clan pour leurs futures machinations. Peut-être pensent-ils, naïvement, pouvoir manipuler l’actuel héritier du trône impérial, mon Seigneur.
– Nous pouvons également faire effectuer une marche forcée à nos armées en direction de notre frontière commune avec le Clan de la Grue, afin de les intimider Seigneur, suggéra Chiba.
– Ce serait une bonne solution, déclara Hideaki, si elle n’était pas aussi tardive. Sans compter que le Clan du Phénix, qui attend de voir si vous, Jynpo-sama, être aussi bon stratège que guerrier, peut profiter de cette occasion pour marquer des points décisifs dans la guerre qui nous oppose à eux. »

Texto du matin : La Tarasque

Salutations !

Voici donc le premier texto du matin sur ce blog. En réalité, il ne s’agit pas du tout premier sms du matin, mais il s’agit d’un sujet que j’aime bien. Bien évidemment, puisque je suis limitée à trois fois 160 caractères par message (soit 480 pour ceux qui ne savent pas/ont la flemme de calculer), ces textos à thème s’égrènent souvent sur plusieurs jours.

Applaudissez bien fort la Tarasque !

La tarasque est un monstre issue du folklore provençal assimilé à une sorte de dragon fluvial. Dotée d’une crinière de lion, elle arbore également des oreilles de cheval et un visage de vieil homme ridé. De plus, elle dispose d’un long corps sinueux, prolongé d’une queue avec un dard de scorpion, de six pattes et d’une carapace de tortue. En bref, son aspect est encore plus patchworkesque que celui de la chimère huhu !
Cette charmante bestiole squatterait la rivière près de Tarascon, ville à laquelle elle aurait donné son nom. Plus exactement, elle vivait à l’origine sur le gros rocher surplombant la ville (où aurait été construit par la suite le château du Roi René). Mais elle se montrait une mauvaise voisine, et d’aucun lui reprochaient entre autre de faire gonfler les eaux du Rhône et de ses affluents, ou même de dévorer les gens. Ce qui est désagréable.
Un jour, Ste Marthe qui passait par là (le hasard fait bien les choses) se mit en tête de capturer la tarasque. Ainsi en fut-il fait, puis le monstre fut mis en pièces par les riverains, furieux des pertes causées.
Ce que je trouve intéressant à noter à propos de la tarasque, c’est qu’il en a été retrouvé des représentations bien plus anciennes que les dates rapportées par la légende (dates estimées où Ste Marthe serait passée par ce petit patelin). Ce qui me conduirait à penser, moi-personnellement-moi-même, que la tarasque est à l’origine un genre de divinité aquatique/fluviale locale dont le mythe a été absorbé lors de la christianisation du coin. On retrouve la même chose pour divers contes de par l’Europe occidentale, c’est un classique.
Pfiou ! J’ai dit trop de choses intelligentes d’un coup !

Petit rajout : Il y a quelques années, le mythe de la tarasque a été repris par Donjon et Dragon, où les auteurs l’ont appelée Tarrasque et en ont fait un monstre immortel et destructeur.

A bientôt pour un nouveau remaniement de texto du matin !

2005 Tarascon Beucaire 003

« Kyr et Kilynn » Chapitre 1 : Drakëwynn (4/8)

Le lendemain, les deux enfants se réveillèrent plus tard que ce dont ils avaient l’habitude. Lorsqu’ils ouvrirent les yeux, le feu était éteint et il n’y avait plus trace de la Centaure, ni de ses affaires, ni de son compagnon ailé. « Elle est partie ! s’étonna Kyr.
– Tu crois qu’elle a entendu ce qu’on disait hier soir ? s’inquiéta sa sœur.
– Pas possible, elle dormait. »

Kilynn n’en était pas si sûre, mais elle n’ajouta rien. « Et, reprit son frère, elle ne nous aurait pas laissé tout ça. » Le « ça » en question désignait le tas d’objets que Drakëwynn avait ramené de la maison brûlée et laissé sur place. A côté, sur la caisse retournée, il y avait un petit baluchon qui contenait les mêmes petites pommes qu’ils avaient mangées la veille, deux miches de pain presque fraiches et quelques lambeaux de viande séchée.

« Regarde ! » s’écria Kilynn en ouvrant une bourse, posée bien évidence à côté du baluchon. Sous les yeux ébahis des enfants, s’échappèrent du petit sac en cuir toute une grosse poignée de pièces de cuivre, agrémentée de six deniers d’argent et de deux couronnes d’or brillantes. Il s’agissait de la somme, en pièces sonnantes et trébuchantes, la plus importante qu’ils n’avaient jamais vu d’un seul coup. « Avec ça, on n’a plus besoin de rester faire les bandits avec Caer pour avoir de quoi manger cet hiver, murmura Kyr.
– Tu sais ce qu’on aurait du faire ? C’est rester avec elle, déplora doucement sa sœur.
– Avec ce monstre ?
– Le monstre a été plutôt gentil avec nous, hein.
– Bah, dit son frère. Elle a probablement autre chose à faire que de se coltiner deux petits brigands comme nous. Examinons d’un peu plus près ce qu’elle nous a laissé. »

Il n’y avait pas grand chose, d’autant que Drakëwynn n’avait rien récupéré d’ordre vestimentaire, probablement par crainte de la maladie. La seule chose de ce type là qu’elle leur avait laissé était la grande couverture douce et chaude dont elle les avait enveloppés la veille. Tout ça représentait déjà beaucoup à leurs yeux. En outre, elle avait récupéré quelques outils et ustensiles divers comme une pierre allume-feu, un marteau, de la corde, un grand couteau… Elle leur avait même dégotté deux sacs qu’ils pouvaient aisément porter, comme si elle avait pensé depuis le début leur laisser de quoi s’équiper. Mais ce qui intéressa le plus les enfants fut sans aucun doute un petit arc, accompagné de son carquois qui contenait quelques flèches.

« Si on ne rejoint pas Caer, qu’allons-nous faire ? » s’enquit Kilynn. Ils cogitèrent tous deux un moment, tout en grignotant le pain laissé par la Centaure, avant qu’elle ne reprenne la parole : « On ne peut pas rester là en plus, si la bande nous trouve, ils vont nous piquer ce que la ménestrelle nous a laissé et on en verra pas le douzième du bénéfice qu’ils en tireront.
– Tu n’as pas tort, acquiesça son frère. De toutes façons, nous devrions aller habiter ailleurs. Ca ne doit pas être aussi pourri partout qu’ici.
– Je suis d’accord, mais il va être difficile pour deux jeunes de douze ans comme nous de s’installer tous seuls quelque part avec leurs propres moyens sans que cela paraisse suspect. On va vite avoir des ennuis. »

Kyr soupira. Il connaissait ce ton. Kilynn avait quelque chose derrière la tête et elle n’en démordrait pas. Mais, ce qu’elle disait jusqu’ici lui semblait sensé, il lui demanda donc : « Qu’est ce que tu proposes ?
– Suivre Drakëwynn. Elle est suffisamment aisée pour nous avoir laissé tout ça. Si on reste avec elle, nos possessions lui importeront peu. En plus, elle est capable de faire fuir les bandits de grands chemin d’un simple chant ! Alors que nous, si on part tous les deux, on aura pas fait une dizaine de kilomètres avant d’être morts avec tous ces crève-la-faim du coin. Et, si on reste ici, tu sais bien que même si les gens de la bande de Caer font partie du même village que nous, les temps sont si durs qu’ils n’auront pas de pitié avec nous. Même si on la connaît que depuis hier, la personne en qui nous pouvons avoir le plus confiance, c’est elle, quelqu’un qui ne manque de rien et se fiche totalement de ce qu’on a. On devrait voyager avec elle. Du moins, jusqu’à ce qu’on trouve un endroit où vivre tranquilles. »

Kyr était époustouflé. Cela faisait bien longtemps que Kilynn ne lui avait pas tenu un tel discours. Au moins depuis que le dernier membre de leur famille était mort, emporté par la maladie. Mais quelque chose chiffonnait encore le garçon : « Ce que tu dis semble raisonnable, mais…
– Mais ?
– Mais, même si elle s’est occupée de nous, qu’elle nous a donné toutes ces choses, elle me fait peur. Tu as vu les drôles d’écailles qu’elle a sous les yeux et sur les bras ? Et puis ses dents et ses griffes… On dirait un démon !
– Elle a dit qu’elle nous mangerait pas. »

« Il était une fois en Yamato » Chapitre 1 : Jynpo et les volatiles (1/7)

Il était une fois Gaïa, la planète aux sept continents, parmi lesquels se trouve la froide Sylvestrie, ravagée par la guerre depuis le débarquement des hordes de diables et de démons. Au nord est du continent Sylvestre, après avoir traversé la mer Impériale, se trouve Yamato, berceau du bushido autant que du nindo. Au cœur de ce continent, dans une région bordée de hautes montagnes aux neiges éternelles, se trouvent les terres de l’énigmatique Clan du Dragon. En son centre se dresse fièrement sa capitale, surplombée par le château Togashi, demeure ancestrale entourée de ses ailes plus récentes construites au fil des ans, ainsi que de somptueux jardins colorés aux multiples senteurs. En remontant la grande rue, on arrive face à la porte principale de la muraille entourant le palais, gardée par deux fiers samouraïs. Après avoir franchi la porte et traversé les somptueux jardins, on arrive enfin à l’entrée du château, qui forme une avancée, elle aussi gardée par de valeureux samouraïs. A l’intérieur de l’édifice, après avoir traversé de nombreux couloirs emplis de serviteurs affairés à diverses tâches, on finit par arriver devant une porte coulissante, ouvrant sur le cabinet de travail de la deuxième personne la plus puissante de Yamato.

Jynpo, le coude sur la table, se tenant la tête de ses doigts repliés, contemplait successivement d’un air désespéré, les rapports qu’il tenait de son autre main et ceux qu’il lui restait à traiter. Cette pile qu’il s’échinait à faire rétrécir depuis bientôt trois heures mais qui lui paraissait toujours aussi haute. « J’en ai marre ! » lâcha-t-il soudainement, avant de vérifier précipitamment que personne ne l’avait entendu. Après tout, la deuxième personne la plus puissante de Yamato, héritier direct du trône impérial et chef du Clan du Dragon ne pouvait se permettre de rechigner à faire son devoir. Devoir qu’il avait d’ailleurs délaissé depuis trop longtemps. Bien que son excuse, tout à fait valable, était de protéger le monde. Et, même s’il n’était de retour dans son clan que depuis quelques jours à peine, ses compagnons d’armes, avec lesquels il avait mené sa tâche à bien, lui manquaient déjà. Pourtant, ils n’étaient pas des samouraïs ni ne suivaient le bushido. Néanmoins il avait appris à les apprécier et, il devait bien le reconnaître, il leur devait la vie. Il les avait rencontrés lorsque son oncle, Shiro, l’avait envoyé en soi-disant voyage initiatique, dans le lointain continent de Sylvanie. Au cours de ses pérégrinations, il avait appris que son oncle cherchait en réalité à se débarrasser de lui, après avoir assassiné son frère, le père de Jynpo, afin de prendre la tête du Clan du Dragon. A plus long terme, Shiro envisageait de tuer l’Empereur car, son neveu loin de Yamato, il devenait l’héritier direct du trône impérial. Maintenant que Jynpo avait tué son oncle, il se devait de reprendre son clan en main.

Il reprit la lecture du rapport sur le taux de mortalité grandissant des poules, probablement du à un parasite, dans un petit village à quelques kilomètres à l’est de la petite ville d’Okinawa, dans une région secondaire du Clan du Dragon, peu productive en gallinacés. « Il faut absolument que je trouve un nouvel intendant. » soupira-t-il tout haut. C’est ce moment que choisit un soldat de sa garde personnelle pour arriver en trombe, s’agenouiller devant lui et attendre l’autorisation de parler. Jynpo, trop heureux de pouvoir reporter à plus tard le problème des poulets, lui fit signe de prendre la parole. « Une escorte armée battant étendard de l’ambassadeur de la famille Doji du Clan de la Grue, a été aperçue à une journée de marche de notre capitale, Jynpo-sama. » Ayant délivré son message, le soldat toujours haletant, baissa de nouveau la tête, attendant une réponse de son seigneur.

« L’ambassadeur du Clan de la Grue ? s’étonna le chef du Clan du Dragon. Préparez-vous à le recevoir comme il convient. » ordonna-t-il sur le ton de la conversation. Puis, déjà revenu aux problèmes gallinacés, il congédia le soldat. Ce dernier, un peu perplexe quant à la réponse de Jynpo et n’étant pas certain de comprendre quelle était la manière convenable de répondre à une telle intrusion sans préavis, obéit tout de même et s’en fut remettre le message à son supérieur.

Quelques minutes plus tard, Mirumoto Chiba et Kitsuki Hideaki, les deux principaux conseillers de Jynpo, firent leur entrée dans le cabinet de travail de ce dernier. Chiba était le premier conseiller militaire et chef de la garde personnelle de la noble maison du Clan du Dragon. L’allure martiale et vêtu comme pour aller au combat, bien que tenant son casque à la main, il semblait perpétuellement imperturbable. Il faisait partie de la grande famille Mirumoto dont Jynpo était également issu. Les Mirumoto, qui avaient donc pour chef de famille l’actuel dirigeant du Clan du Dragon, étaient le noyau dur des armées du Clan. Grands Samouraïs, ils avaient élaboré une technique de combat particulière. En effet, ils s’étaient spécialisés dans le combat à deux armes impliquant un katana et un wakisashi. Hideaki, quant à lui, était un homme plutôt sec au regard calculateur. Contrairement à Chiba qui était dans la force de l’âge et à Jynpo, qui était dans la fleur du sien, lui était un homme d’âge mûr. Il faisait partie de la famille Kitsuki, à l’origine de nombreux magistrats de renoms. Principal diplomate du Clan, il conseillait Jynpo en matière de relations extérieures.