« Il était une fois en Yamato » Chapitre 1 : Jynpo et les volatiles (4/7)

Jynpo, fier de s’être souvenu de ce que ses amis lui avaient montré en matière de magie, espéra avoir fait bonne impression sur son conseiller Shugenja. « C’est une très bonne idée, s’enthousiasma le jeune chef du Clan du Dragon. Va et tiens moi au courant de l’avancée de tes recherches. » Liang s’inclina et partit. Chiba reprit la parole : « Je rappelle à Monseigneur de ne pas ignorer l’éventuelle menace que représentent les soldats qui accompagnent l’ambassadeur. En effet, il s’agit de gardes du corps Daidoji qui sont réputés pour être souvent mêlés à des pratiques douteuses, notamment l’espionnage.
– Je garderai ceci à l’esprit, répondit Jynpo. A présent, assure-toi que les hommes se tiennent prêts à saluer l’ambassadeur et à honorer notre Clan. Renforce également la sécurité du palais, afin qu’il n’arrive rien de fâcheux à notre hôte. » Le conseiller militaire s’inclina et s’en fut obéir aux ordres. Kitsuki Hideaki arriva au même moment. « Tu ne trouves pas que la décoration de cette salle est magnifique ? lui demanda Jynpo.
– Certes mon Seigneur, répondit Hideaki. Il va être difficile de préparer les appartements de manière à ce que l’ambassadeur Doji pense que cela fait longtemps que nous l’attendons. Il en est de même pour tous les autres problèmes d’intendance liés à la venue de l’ambassade. Cependant tous vos serviteurs s’emploient à faire au mieux. Il ne vous reste plus qu’à préparer les paroles et la manière dont vous accueillerez personnellement l’ambassadeur.
– Très bien. » approuva Jynpo. Puis, n’ayant toujours pas résolu son dilemme quant à la place qu’il devait occuper dans sa propre salle du Conseil, il déclara : « Pour ceci je te propose d’aller dans mon cabinet de travail pour que nous réfléchissions à tout cela. »

Le lendemain, en fin de matinée, Jynpo coiffait soigneusement ses longs cheveux noirs en une queue de cheval haute, comme avaient coutume de le faire les guerriers de Yamato, avant de passer une armure de cérémonie qu’on avait préparé à son intention. Il s’agissait de celle qui avait appartenu à son père et il se souvenait encore de lui portant cette armure lors d’échanges diplomatiques. Cependant, bien qu’elle fusse parfaitement adaptée à la taille de son père, elle lui était encore un peu grande. Après tout, il n’avait pas encore tout à fait terminé sa croissance, ainsi que ses amis de Sylvanie se plaisaient à le lui rappeler sans arrêt. Alors qu’il s’échinait à ajuster l’armure, un serviteur arriva et lui tendit un message en s’inclinant. Jynpo prit le message et le lu. « J’espère que tout est prêt, soupira-t-il. L’ambassadeur et sa suite viennent de passer les portes de la cité. » Il termina rapidement d’ajuster son armure d’apparat, puis se rendit dans sa salle du trône pour y attendre l’ambassadeur, bientôt rejoint par l’ensemble de ses conseillers.

Quelques minutes plus tard, un messager arriva, prévenant Jynpo que l’ambassadeur se trouvait aux portes du palais et allait venir d’une minute à l’autre. « Il ne faut pas que j’oublie de bien me souvenir des règles de l’étiquette et des coutumes, comme me l’a conseillé Hideaki, car après plus d’un an loin des traditions de Yamato à côtoyer de rustres Sylvaniens, il est vrai que je n’en ai plus vraiment l’habitude. Il faudra que je fasse un effort et ce, même pour m’adresser à mes conseillers, leur montrant ainsi le respect qu’ils méritent. » pensait le jeune seigneur du Clan du Dragon.

Il fut sorti de sa rêverie par la voix d’Hideaki qui annonçait l’entrée du visiteur : « Voici Doji Kurou-san, grand diplomate de la non moins grande famille Doji, troisième ambassadeur du noble Clan de la Grue, accompagné de sa suite, vient rendre visite à Mirumoto Jynpo-sama, chef de la grande famille Mirumoto, Seigneur du Clan du Dragon, premier dans l’ordre de succession au trône impérial et Bushi Défenseur de l’Honneur de Yamato. » L’ambassadeur s’avança jusqu’au centre de la pièce, comme le voulait la tradition, et s’inclina. Jynpo fit un signe à Hideaki qui déclara : « Mon maître vous écoute. » Doji Kurou se redressa et prit la parole :

« Moi, l’ambassadeur du grand Clan de la Grue, espère que votre seigneurie Mirumoto Jynpo se porte bien. J’espère que notre arrivée ne vous prend pas au dépourvu, car nous avons retrouvé le messager que nous vous avions envoyé, mort, à quelques lieues de votre capitale.
– Je me porte très bien, répondit le chef du Clan du Dragon. Merci de vous en soucier noble Doji Kurou. J’espère qu’il en est de même pour votre maître. Permettez moi de vous rassurer : nous n’avons en aucun cas été surpris. En effet, informé de votre arrivée en vue de notre frontière, j’ai demandé à mes hommes de vous laisser passer sans fastidieuses contraintes administratives. Cependant, nous n’avons pu nous empêcher de remarquer votre désir de voyager en toute discrétion. Mais, vous savez, mes terres sont sûres, il était inutile de prendre autant de précautions en vous dissimulant de la sorte grâce à la magie. Néanmoins, si vous pensiez vos hommes trop peu armés pour vous protéger convenablement dans les montagnes sauvages de notre frontière, je vous aurais accordé avec joie une escorte de mes meilleurs samouraïs. »

Jynpo marqua une pause, durant laquelle il remarqua que l’ambassadeur dissimulait au mieux son étonnement. Celui-ci, d’ailleurs, inclina légèrement la tête et déclara : « Je remercie votre seigneurie de sa prévenance envers ses hôtes.
– Il était tout à fait normal pour moi d’agir de la sorte, il est dans les habitudes du Clan du Dragon de prendre soin de ses hôtes. » reprit la deuxième personne la plus puissante de Yamato, son cœur battant la chamade de peur de commettre une maladresse. « Cependant, l’honneur m’oblige à vous avouer, même si vous vous en êtes, à n’en pas douter, bien rendu compte, que, de peur qu’il vous arrive quelques malheurs dans les montagnes et que, ce faisant, mon hospitalité soit bafouée, j’ai demandé à quelques unes de mes troupes d’élite de vous suivre sans vous déranger. En ce qui concerne votre messager, l’enquête est déjà en cours pour appréhender son meurtrier. Ce regrettable incident m’a empêché de prendre connaissance du but de votre visite.
– Je vous remercie encore de tous les égards que vous avez eu à notre endroit. Je vous amène les salutations de mon Seigneur, le très respectable Doji Sunan-sama, chef de l’admirable Clan de la Grue et de la noble famille Doji, berceau des Impératrices du grand Empire de Yamato. Mon maître, dans son infinie sagesse, espère pouvoir entamer de saines relations diplomatiques entre nos deux clans, piliers de Yamato, liés depuis l’aube des temps et jusqu’à la fin de toutes choses par le biais de la famille impériale. En effet, en cette période troublée, de puissants clans comme les nôtres se doivent, plus que jamais, de veiller au bien-être de l’Empire. »

Texto du matin : A propos des chansons traditionnelles que l’on chante/fait chanter aux enfants

Aujourd’hui je vais vous parler des chansons ou comptines de notre enfance. Vous vous souvenez tous probablement de « Il était un petit navire« . Voire, vous vous souvenez peut-être même que cette chanson traite du cannibalisme, car quand « les vivres vin-vin-vinrent à manquer ohé ohé on tira z’à à la courte paille pour savoir qui serait mangé ». Ohé ohé. D’ailleurs, le sort tomba sur le plus jeune qui, grâce à un superbe Deus ex machina, s’en sort de justesse. Mais tout de même, en cas de famine, il est bien sûr concevable de manger ses semblables.

Or, nous ne faisons pas chanter que des choses à potentiel gore aux enfants. Non. Nous leur faisons également chanter des choses plus ou moins sales. Pour ne point trop choquer, abordons ce petit passage de « Au Clair de la Lune » où Pierrot enjoint le chanteur d’aller chez la voisine, « je crois qu’elle y est, car dans sa cuisine on bat le briquet ». Alors en vrai, non, l’expression battre le briquet ne veut pas dire qu’on allume un feu. Du moins, pas un feu avec des flammes. Cette expression signifie tout simplement « faire des cochoncetés ». Et elle doit être bien bruyante pendant la besogne, puisque son voisin Pierrot l’entend. Et il doit vouloir du calme puisqu’il nous enjoint de la déranger. Bref. Ca casse un peu le côté romantique de la chanson. D’ailleurs, la version pour enfant s’arrête souvent au deuxième couplet. Si ça vous amuse, voici la version complète.

Et je ne sais pas si vous connaissez cette chanson : « Nous n’irons plus au bois, les lauriers sont coupés. » Quand j’étais petite, je me demandais bien pourquoi on irait plus dans la forêt après avoir coupé les lauriers. Ce que j’ignorais, c’est que cette chanson fait référence à un épisode historique. Un beau jour, le Roi Louis XIV trouvait que la construction de son château de Versailles n’avançait point assez vite à son royal goût. Et, pour cause, il y avait un gros regain de maladies vénériennes qui touchaient les ouvriers qui se trouvaient un peu accro aux maisons closes à cette période. Or, à l’époque, les bordels étaient signalés par des branches de lauriers accrochées aux portes ! Les voilà les lauriers (on en déduira alors facilement ce que signifie l’expression « aller au bois », n’est ce pas ?). Le Roi fit donc fermer ces vils établissements et, donc, couper les lauriers. Bien sûr, dans la chanson on comprend que les lauriers ne vont pas rester coupés très très longtemps.
(on attribue une anecdote équivalente à son ancêtre Louis IX, mais c’était plutôt dans une idée de moeurs plus saines plutôt que de constructions de châteaux pas assez rapides)

Ces chansons sont jolies et faciles à apprendre pour entraîner la mémoire des bambins innocents qui ne connaissent pas ce second niveau de lecture que l’on peut avoir. Mais après cela, vous ne les entendrez plus jamais de la même manière ! Huhu !
Je pourrai continuer ainsi, mais ce sera bien suffisant pour aujourd’hui.
A bientôt pour de nouvelles aventures !

« Kyr et Kilynn » Chapitre 1 : Drakëwynn (6/8)

Les jumeaux s’entre-regardèrent et un éclair de connivence passa entre eux. Risqué, certes, mais faisable. C’était le coup de pouce qui leur manquait, leur décision était prise. Kyr leva de nouveau les yeux vers l’homme et lui dit gravement : « Merci, Rob. » avant de filer avec Kilynn en direction du lieu présumé du guet-apens. Peu de temps après, en entendant les bruits causés par l’échauffourée, ils ralentirent leur allure et sortirent de la route, continuant prudemment leur chemin tout en étant dissimulés par des buissons. Ils parvinrent enfin en vue du combat et observèrent un moment ce qu’il s’y passait. Les brigands de Caer avaient l’avantage, malgré le fait que les cavaliers paraissaient être de bien meilleurs combattants. Cet avantage était très certainement du à l’effet de surprise, couplé au surnombre. L’un des cavaliers était d’ailleurs à terre, Caer l’ayant fait glisser de sa selle. A présent, son cheval piaffait, seul au milieu des combattants.

Kyr pensait qu’avec un peu de chance, ils pourraient passer inaperçus. Après un signe de tête de connivence avec sa sœur, ils se glissèrent prestement au cœur de la mêlée. Grâce à leur petite taille et leur sens de la discrétion, évitant souplement les combattants, ils parvinrent jusqu’au cheval sans cavalier sans que personne ne les remarque, le cœur battant. Mais l’animal n’avait pas très envie de coopérer. Il se cabrait et piaffait, excité par le combat. Kyr essaya de le maintenir par la bride, mais il du s’y reprendre à plusieurs fois, afin d’éviter les coups de sabots du nerveux destrier. Sa sœur, malgré la peur que lui inspirait le cheval énervé, finit par lui prêter main-forte. A deux, ils réussirent à maintenir l’animal assez longtemps pour que Kilynn réussisse à se hisser sur la selle, avant d’aider son frère à faire de même. « Qu’est ce que vous faites là tous les deux ? » tonna soudain la voix de Caer, surmontant le vacarme ambiant et faisant sursauter les enfants.

« On va mettre le cheval à l’abri ! » répondit Kyr tout en talonnant le destrier qui bondit en avant. Il se cramponna aux rênes et au pommeau de la selle et sa sœur s’agrippa à lui. Il avait miraculeusement réussi à diriger l’animal dans la direction qu’il voulait, mais cela n’arrangeait pas le problème du ballotage ajouté à la vitesse. Après environ deux minutes, qui parurent une éternité aux jumeaux, le cheval décida qu’il en avait assez de courir et qu’aller brouter les quelques brins d’herbe sur le bas côté de la route était plus intéressant. La garçon le laissa faire, expirant avec soulagement. « C’est sûr que ça va vite, haleta sa sœur d’une voix rauque. Mais c’est pas très pratique.
– C’est probablement parce qu’on a pas l’habitude de monter sur des bêtes nerveuses comme celle-là » supposa Kyr. En effet, jusqu’à ce jour leur seule expérience en équitation avait été de chevaucher le placide percheron de leur oncle. Ce qui n’avait rien à voir avec le destrier de guerre qu’ils montaient à présent.

« Peut-être, mais il faut qu’on continue quand même. » Cette fois, ce fut Kilynn qui talonna la monture, qui repartit de mauvaise grâce au petit trot. Elle maintient cette allure quelques minutes, le temps qu’ils arrivent à la hauteur où Rob était embusqué. Là, Kyr tira sur les rênes, tandis que le vieil ami de leurs parents sortait des buissons. « Vous êtes vraiment sérieux alors… » constata-t-il. Les jumeaux hochèrent la tête de concert.
« Merci pour tout Rob, lui dit le garçon.
– Penses-tu, il y a des chances que ce soit la dernière chose que je sois capable de faire pour vous.
– Pourquoi tu dis ça ? demanda Kilynn.
– Parce que ça m’étonnerait qu’on se revoit vous et moi, répondit Rob avec un maigre sourire. Vous me semblez partis pour de bon et vous ne pourrez plus revenir vu ce que vous venez de faire à Caer. »

Un martèlement de sabots au galop commença a se faire entendre de la direction dont venait les enfants. « Partez vite ! » Les exhorta Rob, avant de frapper la croupe du cheval pour les faire partir. Ce dernier partit au petit galop, tandis que le brigand retournait dans les buissons. « Ou c’est Caer, ou les cavaliers, pensait Kyr. Dans tous les cas, ce n’est pas bon pour nous… » Leur cheval étant handicapé par deux jeunes cavaliers se ballotant et inexpérimentés, le son de la course de leurs poursuivants se rapprochait inexorablement.

« Je les vois ! » s’écria soudainement Kilynn d’une voix rendue suraigüe par la panique. « C’est pas Caer ! » Elle donna un coup de talon dans les flancs de leur monture qui bondit en avant et accéléra de nouveau. Son frère se concentrait sur la tâche ardue de diriger le destrier tout en gardant les yeux ouverts malgré le vent froid qui les faisait larmoyer. Soudain, jetant un coup d’œil au sol, il remarqua fugitivement des traces de sabots énormes imprimées sur la terre de la route forestière. « Nous sommes dans la bonne direction ! lança-t-il à sa sœur. C’est déjà ça ! Regarde par terre, il ne peut y avoir qu’elle qui laisse des traces pareilles.
– Ils se rapprochent encore Kyr ! »

En effet, même si leur monture avait accéléré après le coup de talon de Kilynn, les cavaliers continuaient de gagner du terrain petit à petit. « Suffit qu’on la rattrape avant qu’ils n’arrivent sur nous, reprit le garçon. C’est toi-même qui l’a dit : si on la retrouve on aura plus rien à craindre !
– Drakëwynn ! Aide nous ! » hurla sa jumelle pour toute réponse.

Bien entendu, la Centaure n’apparut pas comme par magie suite à l’appel. Les deux enfants continuaient d’encourager et d’exhorter, tour à tour, leur cheval. Celui-ci réussit à maintenir une distance stable entre lui et leurs poursuivants pendant de longues minutes avant de perdre de nouveau un peu de terrain. A intervalles réguliers, Kilynn continuait d’appeler la Barde à la rescousse. Kyr doutait de l’utilité d’une telle manœuvre, mais si cela rassurait sa sœur d’agir ainsi, soit. « Plus vite ! » cria-t-il, pour sa part, au destrier écumant. Seulement, l’animal avait déjà bien voyagé avant d’arriver à l’embuscade de Caer et ses hommes. Avec, en plus, la course-poursuite, il commençait à ne plus être très vaillant et ralentissait de plus en plus. Heureusement, les autres chevaux n’étaient pas en meilleure forme que lui, bien que montés par des cavaliers bien plus expérimentés. Par conséquent, la distance entre eux ne s’amenuisait pas autant que le craignaient les enfants. Mais c’était encore bien trop rapide à leur goût. Ils tinrent encore quelques minutes à cette allure, avant que le destrier ne décide qu’il en avait assez de galoper, malgré les coups de talon dans les flancs, et qu’il ne passe de lui-même au trot.

« Il était une fois en Yamato » Chapitre 1 : Jynpo et les volatiles (3/7)

Ledit Jynpo était intérieurement inquiet. Jamais au cours de ses voyages en Sylvestrie il n’avait été confronté à un problème aussi épineux. « Que vais-je bien pouvoir faire ? » se demandait-il. A ce propos, il interrogea d’ailleurs ses conseillers : « A votre sens, quel serait donc le choix le plus judicieux ?
– Afin d’éviter tout heurt, je pense que nous devons le laisser venir et, à ce moment là, nous montrer plus intelligent que lui en réagissant de manière inattendue aux intrigues du Clan de la Grue, Jynpo-sama. » Hideaki sembla hésiter un bref instant, mais reprit : « Selon moi, nous ne devons pas leur montrer qu’ils nous ont surpris mais que si l’ambassadeur a réussi à traverser la frontière, c’était seulement votre bon vouloir.
– En effet, ajouta Chiba, si nous parvenons à préparer les appartements de l’ambassadeur Doji et de sa suite suffisamment vite, et selon ses goûts, cela pourrait lui laisser croire que nous attendions sa visite depuis plus longtemps qu’il ne le pense.
– Il serait également judicieux, continua Hideaki, que nous lui laissions croire que nous le faisons suivre depuis qu’il a traversé la frontière.
– Mais cela aurait été déplacé de ma part de le faire suivre, protesta Jynpo.
– Pas si vous lui dites que vous vous inquiétez de sa sécurité puisqu’il jugeait nécessaire de voyager invisible, répondit Chiba.
– En tous cas, c’est là, la solution que je préconiserai, Jynpo-sama, conclut Hideaki.
– Je pense aussi que c’est le choix le plus judicieux, cela ne fait aucun doute, s’empressa de répondre Jynpo. Bien que cela me gêne de devoir mentir à un ambassadeur et ce, dans ma propre maison, je ne peux me résoudre à laisser mon Clan souffrir d’un tel affront et devenir la risée de tout Yamato. »

« A peine avons nous donné la réponse qu’il attendait, il s’est empressé de conclure afin de passer à l’acte le plus vite possible. Je pense que nous avons réussi ce test en donnant la solution qu’il détenait déjà en entrant dans la salle. » songeait Kitsuki Hideaki. Puis il reprit tout haut : « Si cela vous sied, Jynpo-sama, je vais demander à mon neveu Haruko-san , qui s’y connaît bien dans ce genre d’affaires, de s’occuper au plus vite de l’intendance des préparatifs pour recevoir l’ambassadeur Doji du Clan de la Grue.
– Très bien. » approuva le Seigneur du Clan du Dragon en congédiant son conseiller. Puis il se tourna vers Chiba, un doute soudain s’étant emparé de son esprit : « Mais, si ils se sont téléportés, je ne pourrai pas leur dire que nous les suivons depuis la frontière… »

Mirumoto Chiba fut surpris par les paroles de Jynpo. Il connaissait certes le principe de la téléportation et savait que certains Shugenjas en étaient capables, néanmoins il avait toujours entendu dire qu’il s’agissait là d’une méthode bien hasardeuse à moins d’être très puissant. D’autant plus pour transporter autant de personne. Mais la remarque de son Seigneur lui semblait avisée, après tout Jynpo avait bien plus d’expérience que lui malgré son jeune âge. C’est pourquoi il suggéra : « Si vous me le permettez, mon Seigneur, je vais aller trouver votre conseiller Shugenja, Liang-san, pour savoir dans quelle mesure cela est possible.
– Fais donc, lui enjoignit Jynpo. Et reviens ensuite me dire ce qu’il en est. »

Le conseiller militaire se leva, s’inclina et partit. C’est à ce moment là qu’une évidence s’imposa à l’esprit du jeune chef du Clan du Dragon : il ne s’était pas assis à la place du chef de Clan. « J’espère qu’ils ne s’en sont pas rendus compte, songea-t-il. Sinon je vais encore passer pour un idiot. Que faire à présent ? M’asseoir à la place du chef et je passerai pour un idiot quand ils reviendront ou rester là et, si ils s’en étaient aperçus, continuer de passer pour un idiot ?… Je sais ! Je vais me lever et parcourir la pièce pour faire comme si je réfléchissais à cette grave situation, à laquelle je n’ai pas vraiment tout compris d’ailleurs. » Il se leva donc et, faisant les cent pas, continuait de réfléchir : « N’empêche elle est grande cette salle. Je peux en mettre des conseillers dedans ! Quand je pense qu’on était que trois… J’ai pas du avoir l’air très malin à leur dire de nous réunir ici, mon cabinet de travail était bien assez grand pour cela et surtout, nous n’aurions pas eu à nous déplacer. Après tout, c’est une Salle du Conseil, il faut bien qu’elle serve dans ce genre de situation. C’est presque une tradition. » D’un coup, il s’arrêta, net : « Par Tyr ! Je n’ai plus rien à me mettre ! Ma belle armure est encore toute sale et bosselée ! Quoique… c’est vrai qu’ici les gens auraient mal pris le fait de me voir en armure de guerre dans ma propre demeure, ce serait plus une coutume de Sylvanie. Je risque de passer pour un pleutre en armure de combat, devant un simple ambassadeur et sa suite. Et puis ses gardes ils me font même pas peur ! J’ai vaincu le Roi des Goules moi ! Et je n’ai presque plus peur des dragons… »

Sur ces entrefaites, Chiba revint, accompagné d’un homme fin, aux longs cheveux grisonnants et au menton orné d’une courte barbe taillée en pointe. A peine plus âgé que Kitsuki Hideaki, il avait beaucoup de prestance, sans pour autant égaler Jynpo, et la sagesse se lisait dans ses yeux. Tamori Liang et Mirumoto Chiba s’inclinèrent tout deux devant leur Seigneur et attendirent, comme toujours, que ce dernier prenne la parole. Jynpo, plongé dans ses pensées, mit quelques instants à s’apercevoir de leur présence. « Tiens Liang ! Chiba t’a-t-il mis au courant de la situation ?
– Oui, mon Seigneur, répondit Liang en faisant mine de ne pas se rendre compte de la manière rustre dont Jynpo s’adressait à lui. Selon moi il ne fait aucun doute que la brusque apparition du diplomate du Clan de la Grue et son escorte est liée à la magie. Cependant, les téléportations simples sont très hasardeuses si l’on a pas une parfaite connaissance du lieu où l’on se rend. De plus, pour transporter autant de personnes, il aurait fallu faire appel à certains des plus puissants Shugenjas de l’Empire, ce qui me paraît peu probable. Je ne pense pas qu’ils s’embarrasseraient de la sorte pour un ambassadeur, sans compter les risques pour ledit ambassadeur de se retrouver ailleurs qu’à l’endroit escompté.
– Même si c’était le cas, ajouta Chiba, ils ne pourront pas vous accuser de mentir lorsque vous le leur direz que nous les avons fait suivre, car alors ils avoueraient leur volonté de mettre leurs hôtes dans l’embarras et de ne pas respecter nos frontières, Jynpo-sama.
– Mais alors, comment sont-ils arrivés là ? demanda Jynpo. Car il ne me semble pas que les sorts d’invisibilité puisse les dissimuler tout au long d’un tel trajet, à moins d’être accompagnés d’un grand nombre de Shugenjas, ce qui n’est pas le cas.
– Je vois que Monseigneur s’y connaît bien en magie, apprécia Liang. C’est effectivement le cas. Je vais faire des recherches pour savoir par quel subterfuge magique ils auraient réussi à passer ainsi nos frontières. »

Texto du matin : une petite histoire du chocolat

A propos du chocolat, l’on suppose que les Mayas (ou peut-être même les Olmèques) furent les premiers à cultiver le cacao. Outre ses vertus religieuses (car il était consommé à titre de boisson divine, mélangé à de la vanille et moult épices), les fèves de cacao servaient de monnaie d’échange et même à payer les impôts. Pour ma part, ça m’évoque les Oompa-Loompas, mais bref, passons.

La culture du cacao s’est vite répandue jusque chez les Aztèques, qui considéraient que c’était au dieu Quetzalcoatl (dieu serpent à plumes) que l’on devait le cacaoyer. Ce peuple pensait également que Quetzalcoatl (essayez de le dire en boucle très vite, vous rirez moins) était parti vers l’est sur un grand navire et qu’il reviendrait dans la période où Cortès mit le pied chez eux. Quel chance de cocu pour ce fier espagnol qui ne pouvait surveiller les agissements de sa femme ! Il fut fort bien accueilli et les Aztèques lui firent boire le chocolat sacré. Cortès ramena donc des fèves de cacao au Royaume d’Espagne où elles eurent beaucoup de succès, avant de se répandre dans le reste de l’Europe.

En France, Louis XIV qui régnait à ce moment là n’accorda le privilège de fabriquer le chocolat qu’à une seule personne. Cette personne, à qui la bonne fortune souriait de toutes ses dents, se nommait David Chaillou et était premier valet de chambre du Comte Soisson. Mais qu’un seul fabricant dans un pays de la Renaissance ne produit que trop peu de cet amer nectar des dieux aztèques. Du coup, à cette période, se mit en place une filière illégale fournisseuse en fèves de cacao.

Cette filière était due à une communauté juive, installée à ce moment là au Pays Basque après avoir été chassée du Portugal et d’Espagne. Ils armaient des navires corsaires afin de piller les galions espagnols transporteurs de cacao (pauvre galions espagnols, pillés de toutes parts par des corsaires et pirates… C’est ça d’être trop riche). Pour ne pas éveiller trop de soupçons (les histoires de corsaires étaient des secrets de polichinelle), ils avaient également des filières d’approvisionnement légales passant par le Vénézuela et Amsterdam. Originellement, ils approvisionnaient juste les chanoines de Bayonne… (Tout ça pour ça) Bien sûr, puisque l’autorisation unique de fabriquer et vendre du chocolat durait 29 ans, j’imagine qu’ensuite cela s’est vite répandu.

En tous cas, maintenant nous en avons moult !

Quetzalcoatl

« Kyr et Kilynn » Chapitre 1 : Drakëwynn (5/8)

Ce n’était pas un véritable argument, ils le savaient tous les deux. Kyr savait aussi que la Centaure intimidait beaucoup sa sœur, mais que c’était justement l’une des principales raisons pour laquelle elle voulait la suivre : elle se sentirait en sécurité en restant auprès de quelqu’un d’intimidant. De plus, il devait bien l’avouer, il ne voyait pas de meilleure marche à suivre pour le moment. Il alla ouvrir la porte de la grange et la lumière du soleil, bien qu’automnal, les éblouit. « Il est tard, constata-t-il. Ca va être difficile de la rattraper, elle a du partir depuis longtemps.
– Oui, mais il fait beau, on ira vite.
– Le problème, c’est qu’elle aussi… Il nous faudrait un cheval.
– Un cheval ? s’étonna Kilynn. Où comptes-tu en trouver un ? D’autant qu’on a pas les moyens pour ça…
– Je ne sais pas encore, mais il faut se dépêcher, sinon on ne pourra jamais la rejoindre.
– Commençons à pieds, Kyr, on verra bien sur le chemin. »

Il poussa un grognement approbateur. Pressés, ils répartirent rapidement leurs nouvelles possessions entre leurs deux sacs. Cela faisait quelques temps qu’ils n’avaient pas possédé autant de choses. « N’oublie pas la couverture Kilynn, on en aura probablement besoin… Quelle idée de partir en voyage à la fin de l’automne…
– C’est suicidaire, convint sa sœur. Mais si on retrouve Drakëwynn, tout se passera bien. »

Kyr la fixa d’un air perplexe. Elle semblait animée d’une confiance inébranlable en cette terrifiante ménestrelle qui, selon lui, tenait plus du monstre que du Centaure. « Allons-y. » Fins prêts, ils sortirent tous deux dans la cour de la ferme, dont le corps d’habitation était encore fumant de l’incendie de la veille. Suivant les traces très reconnaissables des gros sabots de Drakëwynn, ils parvinrent de nouveau dans les bois, qui étaient aussi silencieux que s’il venait de neiger. Les jumeaux jetaient des coups d’œil nerveux autour d’eux.

« Mais qu’est ce que vous faites là tous les deux ? » s’enquit soudainement une voix étonnée qui semblait provenir de nulle part. Il s’agissait de Rob, qui était de guet dans les buissons. Il en sortit et rejoignit Kyr et Kilynn sur la route. Il arborait un grand sourire, paraissant soulagé de les trouver là. « On se demandait ce qui vous était arrivé, les jeunes ! Je suis bien content de vous avoir trouvés sains et saufs. Allez, venez, on va retourner voir le Grand Caer pour lui annoncer que vous allez bien.
– Non Rob, Kyr et moi n’irons pas voir Caer. On part.
– … Vous partez ?
– Oui, la Centaure d’hier, c’en était trop, intervint Kyr. On est juste des enfants de paysans nous, on est pas faits pour ça. On s’en va pour essayer de trouver un coin moins moisi pour vivre.
– Je… Je comprends, balbutia Rob abasourdi par cette annonce inattendue.
– On a pas pu dormir de la nuit, rajouta le garçon en grommelant. J’ai pas arrêté de faire des cauchemars à propos d’une Centaure démoniaque qui me poursuivait en rugissant pour me dévorer…
– C’est vrai que vous êtes encore jeunes vous deux pour jouer les bandits de grands chemins, compatit l’adulte. Mais je dois avouer qu’elle nous a causé à tous une sacrée frayeur ! Vous êtes vraiment sûrs de vouloir partir comme ça, que tous les deux et tout ? » Son regard exprimait clairement ce qu’il pensait de cette idée dangereuse, et ce n’était pas de l’optimisme. Les enfants hochèrent néanmoins la tête de concert. « Mais vous savez que Caer va vous considérer comme des traîtres et des déserteurs ?
– Oui. » répondit platement Kyr.

« C’est vrai que c’est du quitte ou double cette histoire, pensa-t-il. Si Drakëwynn veut bien de nous, on sera à l’abri de tout pendant un moment. Par contre, si elle refuse ou qu’on ne la retrouve pas, nous ne pourrons plus nous raccrocher à elle, ni à Caer. J’espère que l’intuition de Kilynn est la bonne… » Il lui jeta un coup d’œil. Jusqu’ici les intuitions de Kilynn avaient toujours été fiables, mais son frère préférait garder tout de même un certain recul.

Rob avait l’air gêné. « Je pourrais toujours essayer de leur faire penser que vous êtes morts, mais vous ne pourrez plus jamais revenir… En souvenir de vos parents, qui étaient de bons amis à moi, j’aimerais bien pouvoir vous aider en quoique ce soit, mais je ne sais vraiment pas comment.
– Tu… tu pourrais peut-être nous dire comment on pourrait trouver un cheval, suggéra Kilynn.
– Un cheval ? Vous avez l’intention de partir si loin que ça ?… Enfin… C’est marrant que tu me dises ça, Caer est justement sur un gros coup concernant des chevaux, là. Tout à l’heure, Mish qui surveillait avec moi, est parti le prévenir qu’une troupe d’une demi-douzaine de cavaliers se dirigeait vers lui, sur la route. Je pense que si vous vous dépêchez, vous pourrez profiter du boxon pour piquer un cheval. Par contre, ce sera risqué… »

Les affres des révisions

A un ami qui avouait se prendre la tête sur ses révisions de sociologie en statut facebook, j’ai répondu ça :

Il était une fois, au sommet d’une tour d’ivoire, la plus haute, un homme qui se tenait, assis à une table, dans une petite pièce étriquée. Comme il se sentait seul et désemparé ! Régulièrement, il jetait un oeil désespéré au travers de la meurtrière qui lui servait de fenêtre. L’enfermement lui pesait moult et ô combien se sentait-il oppressé… Il avait comme mission de lire et mémoriser un grimoire gigantesque sur la couverture duquel était gravé dans le cuir : Sociologia. Un mot dangereux à prononcer dans son entier et que d’aucun des plus courageux en parlaient à voix basse sous le terme de Socio. De fait, l’ouvrage ne paraissait pas si volumineux au premier abord. Mais il avait été maudit des dizaines d’années auparavant par un sorcier mal intentionné qui détestait le pauvre malheureux cloîtré. La malédiction rendit le livre infini : à chaque fois que le prisonnier arrivait à la dernière page, il s’en trouvait toujours une à la suite et jamais cela ne se terminait. Il tint ainsi des mois et des mois, subissant son calvaire de manière héroïque. D’un héroïsme dont personne n’entendrait jamais parler et qu’aucun Barde ne mettrait jamais en chanson. Finalement, devenant fou, l’homme ne supporta brutalement plus sa condition. N’ayant pas d’autre possibilité d’en finir, il heurta violemment la table de sa tête. Cette dernière éclata comme un fruit mûr, éclaboussant les alentours de morceaux de cervelle baignant dans du sang encore chaud, et brisant le meuble dans un « Klong ! » assourdissant. Que personne n’entendit.