NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 17

Il n’avait pas envie de parler de ses affaires à ses parents. Plus justement, il ne savait pas comment leur expliquer son histoire sans qu’ils fassent tout un foin sur le fait qu’il aurait dû leur en parler depuis le début. Et encore, ce serait le cas s’ils acceptaient de le croire. Il ne savait pas quelle réaction l’embêterait le moins. Dans le doute, il s’efforça à faire bonne figure pendant le repas du soir, et téléphona à Valentine dès qu’il put pour lui raconter ce qu’il venait de se passer.

La fillette blonde était très inquiète. « Je m’en veux de ne pas réussir à catalyser mieux la magie chez nous, se morigéna-t-elle.
– Tu n’as pas à t’en vouloir, la rassura Cédric. Moi j’étais là et je n’ai rien pu faire.
– Oui, mais je vous ai attribué des cartes pour vous protéger. Sauf qu’ici, elles ne fonctionnent pas bien… Si ça avait été le cas, elles vous auraient aidés et j’aurais été prévenue.
– Rien que le fait d’avoir pensé à ça est très fort, tu sais. » Lui assura le garçon.

Les deux restèrent silencieux un moment. Puis Valentine reprit : « La carte de Stéphanie est toujours sur elle.
– Mmmh ?
– Ce qui veut dire que si elle est emmenée dans le monde magique, expliqua la fillette blonde, je peux la retrouver une fois que nous serons là-bas aussi.
– Oh, ça veut dire qu’on ne serait pas obligés d’attendre de leurs nouvelles pour la retrouver, continua Cédric. Il faudrait que j’en parle à Hildegarde aussi.
– Ah oui, ce serait une bonne idée ça, approuva Valentine. Il nous faudra aussi du temps pour nous préparer une fois qu’on saura où elle est. Il faudra être très prudents.
– Je suppose que ce serait mieux qu’on se prépare dans le monde magique.
– Oui… »

Ils réfléchirent un bref instant, avant de s’exclamer en chœur : « Jérémy ! » Les deux sourirent, un peu requinqués. Le fait que leur ami leur ait proposé de venir chez lui tombait à pic. Lorsque Cédric s’inquiéta que les parents de Valentine acceptent aussi rapidement une invitation. Même une fausse invitation chez Stéphanie. La fillette blonde resta quelques instants sans répondre, puis assura son ami de ne pas s’inquiéter à ce propos. Elle avait un plan pour une situation d’urgence. Avec le peu de magie dont elle disposait de ce côté, cela allait lui demander de l’énergie, mais elle assura Cédric que ses parents ne remarqueraient même pas son absence.

« Et les parents de Stéphanie ? S’exclama soudainement l’apprenti maître du brouillard.
– Je vais les appeler pour qu’ils pensent qu’elle est chez moi ce soir et j’en profiterait pour leur dire que nous allons chez Jérémy ce week end.
– Tu penses que ça va marcher ?
– Je réussirai à les convaincre, lui assura Valentine. Je te dirai demain comment ça se sera passé. »

Lorsqu’ils raccrochèrent, le garçon alla demander à ses parents l’autorisation d’aller chez Jérémy le lendemain soir. Cédric et Valentine comptaient lui demander le jour même s’ils pouvaient venir. Ils avaient tablé sur le fait que la situation était trop grave pour qu’il refuse et qu’il trouverait une solution pour que ses parents acceptent de les recevoir. Toute cette situation était angoissante et l’apprenti magicien du brouillard mit beaucoup de temps à s’endormir cette nuit là.

 

Le vendredi matin, Cédric rassembla ses affaires en toute hâte et courut jusqu’au collège. Il espérait pouvoir parler à Jérémy avant que les cours ne commencent. Il l’attrapa une seconde à peine avant que Valentine ne traverse le miroir. Cette dernière avait des cernes sous les yeux : elle avait dû avoir autant de mal à trouver le sommeil que l’apprenti maître du brouillard. Bien sûr, le garçon brun fut estomaqué par ce que lui raconta Cédric. Et, évidemment, il fut partant pour inviter ses deux amis chez lui le soir même. Il ne put cependant pas cacher son inquiétude :

« Ohlàlà mais c’est terrible ! Ca a du être effrayant en plus… Il ne faudrait pas en parler à madame Verone ?
– Je compte surtout en parler à Hildegarde, expliqua Cédric.
– Ah oui, c’est une bonne idée, elle saura quoi faire. Mais c’est quand même très dangereux ce que tu… nous nous apprêtons à faire ! Ce sont des magiciens d’exception, et ils ont mis en échec tout un tas de mages super forts.
– Oui, mais ils ont capturé Stéphanie. » Valentine avait parlé de sa voix douce, mais les deux garçons perçurent toute sa détermination.

Jérémy acquiesça. S’ils prenaient la Confrérie des Cinq Eléments par surprise et ce, avec l’aide d’Hildegarde, ils avaient peut-être une chance. Pour contacter la maîtresse du brouillard, ils décidèrent de profiter de la récréation du matin. Les heures de cours pour arriver jusque là leur parurent interminables. Jérémy se fit reprendre plusieurs fois pour cause de bavardage avec les deux autres qui affichaient une mine morose.

La sonnerie qui signalait la récréation finit tout de même par retentir et les trois compagnons se précipitèrent dans le parc pour trouver un endroit au calme. Une fois installés, Jérémy et Valentine firent écran pendant que Cédric cherchait à entrer en contact avec la vieille maîtresse du brouillard. Il y parvint rapidement. Cette fois-ci, Hildegarde se trouvait dans une bibliothèque. « C’est rare que tu viennes me chercher de toi-même, commenta-t-elle en posant son livre.
– Quelque chose est arrivé. » Expliqua Cédric.

Il raconta ensuite, encore une fois, les évènements qui s’étaient produits la veille, puis son plan pour aller sauver son amie. La vieille femme le considéra d’un air grave. « Ainsi donc ils ont fini par venir te chercher, commenta-t-elle.
– Pourquoi me veulent-ils moi spécifiquement alors que je leur ai dit que ça ne m’intéressait pas ?
– Comme je te l’ai déjà dit, la magie catalysée par un maître du brouillard est très puissante, surtout additionnés des autres éléments. De plus, ils n’ont pas besoin de ton accord pour te soutirer ta magie.
– Et bah c’est nul, ronchonna le garçon inquiet.
– Ca, c’est le moins qu’on puisse dire. »

Hildegarde considéra pensivement le collégien désemparé. « Et donc, tu comptes aller libérer ton amie tout seul, sans en parler à qui que ce soit ?
– Pas tout seul, je comptais y aller avec Jérémy et Valentine. Et puis je vous en parle à vous !
– Oui, enfin, je ne suis qu’une vieille femme, je ne sais pas si je pourrai être d’un grand secours.
– J’ai peur que si j’en parle à d’autres adultes, ils voudront passer du temps à considérer plein d’options et qu’ensuite ce soit trop tard.
– Ca, je peux comprendre. » Acquiesça Hildegarde.

Elle réfléchit quelques instants, pendant que Cédric attendait sa décision en se mordillant la lèvre inférieure. Il espérait beaucoup qu’elle les aiderait. Au début, il avait dû rassembler tout son courage pour lui exposer ses plans : il avait craint qu’elle ne se moque de lui. La vieille femme n’était pas de celles qui se moquaient des plus jeunes qu’elle – sinon elle n’en finirait pas – mais considérait que les idées d’une génération qui ne réfléchissait pas à sa manière étaient toujours intéressantes à étudier. Et ce, même si les plus jeunes en question manquaient d’expérience.

« Ton amie, est-elle sûre de pouvoir localiser l’endroit où se trouve ta camarade qui a été enlevée ? S’enquit Hildegarde qui trouvait ces enfants malins.
– Oui, elle sait déjà la direction grâce à sa carte qui est sur Stéphanie. Et elle a dit qu’avec un sortilège adéquat, elle peut indiquer l’endroit sur une carte. On pensait faire ça ce soir, dans la chambre de Jérémy, pour ne pas attirer l’attention.
– Très bien, approuva la maîtresse du brouillard. Voici comment nous allons procéder : vous allez continuer de suivre vos cours comme si de rien n’était. Après l’agression d’hier, je crains que quelqu’un te surveille au collège. Continuez de ne parler de cette histoire à personne. Moi, je vais rassembler des mages de ma connaissance et nous attendrons que tu me communiques l’emplacement où se trouve ton amie capturée. Une fois que nous connaîtrons l’endroit où se cache la Confrérie des Cinq Eléments, nous interviendrons. En revanche, vous trois resterez bien sagement en sécurité chez ton ami qui vous héberge. Il est inutile de courir le risque que Maleflamme te capture à ton tour. Ca serait une très mauvaise chose pour le monde magique. »

Elle plongea son regard droit dans les yeux de Cédric et reprit fermement : « C’est bien compris mon garçon ? Tu as déjà fait beaucoup, inutile que tu ailles jouer au héros.
– Mais je veux aller sauver Stéphanie ! S’écria-t-il. On se connaît depuis tous petits !
– Elle sera sauvée, le rassura Hildegarde. Je m’en chargerai moi-même. Et tes amis et toi avez déjà fait beaucoup pour la secourir. A ce propos, tu penseras à féliciter la demoiselle avec ses cartes. Elle est très futée. »

Après encore un peu d’argumentation, Cédric finit par dire à la maîtresse du brouillard qu’il acceptait le changement de plan. Il ouvrit les yeux dans le parc. « Alors ? S’enquirent Jérémy et Valentine en chœur.
– Elle est d’accord pour nous aider à sauver Stéphanie… » Commença le garçon blond. Il ne put continuer tout de suite, car ses deux amis se réjouirent bruyamment. Ils se rembrunirent lorsqu’il leur expliqua qu’Hildegarde n’avait pas accepté qu’ils viennent à la rescousse et qu’elle préférait que des adultes s’en chargent.

« Ca paraît logique, finit par déclarer Jérémy. Les adultes ne veulent jamais que les enfants fassent des trucs dangereux.
– C’est vrai, acquiesça Valentine en faisant la moue. Mais j’aurais préféré qu’on y aille nous-mêmes.
– Moi aussi, appuya Cédric. Enfin bon, déjà les choses avancent. Si ça se trouve, on retrouvera Stéphanie dès ce soir !
– Ca serait génial ! » Se réjouit la fillette blonde.

Les trois amis s’employèrent ensuite à suivre leur journée de cours comme si tout était normal. Bien sûr, depuis le matin les professeurs leur demandaient s’ils savaient pourquoi Stéphanie n’était pas en cours. Ils répondirent qu’elle était malade, en se disant qu’il faudrait qu’ils disent à leur amie qu’elle devrait justifier son absence. Pour le moment, ces considérations étaient le cadet de leurs soucis.

 

1711 petits mots pour aujourd’hui !

NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 16

A force de s’entraîner à catalyser de faibles quantités de magie, Cédric était devenu capable de faire de toutes petites choses en utilisant les infimes parcelles magiques disponibles chez lui. Il arrivait à faire rougeoyer les mèches des bougies de noël comme de toutes petites braises notamment. Ce n’était pas grand chose, ni très impressionnant de son point de vue, mais cela suffisait à faire applaudir Céline et Carine. Elles étaient très fières d’avoir un frère magicien, même si elles auraient bien voulu être des magiciennes elles-mêmes.

« Bah, tant pis, déclara un jour Céline l’aînée. Pour moi c’est trop tard puisque je n’ai jamais été convoquée. Mais on ne sait jamais : peut-être que Carine ira aussi l’école de l’autre côté du miroir.
– Oooh ! Ce serait super ! S’enthousiasma la benjamine de la fratrie. J’ai très envie de faire des tours de magie moi aussi.
– Ne te fais pas trop d’illusions, temporisa Céline. On ne sait pas si ça va arriver hein ! »

Même si Cédric était ravi de ses vacances de Noël en famille, pratiquer la magie lui manquait. Faire rougeoyer des mèches et lire un livre à propos de magie pratique qu’il avait emprunté au CDI ne lui suffisait pas. Les cadeaux qu’il reçut lui détournèrent l’esprit pendant quelques jours. L’un d’entre eux, cependant, laissa le garçon perplexe. Ses parents lui avaient offert une boîte de prestidigitation. Il se demandait ce qui avait pu leur passer par la tête : il savait faire de la vraie magie, alors pourquoi lui avaient-ils acheté cette boîte pour faire de la fausse magie ?

La question ne le tarauda pas très longtemps. Il oublia la boîte dès que les cours reprirent, début janvier. Les retrouvailles avec Jérémy, Valentine et Stéphanie furent chaleureuses. Cédric se réjouit de retrouver les bâtiments aux allures de châteaux, le parc et même les champignons qui piaillaient lorsqu’ils s’écartaient du chemin. Il était un peu moins convaincu à propos de certains professeurs comme madame Dunoyer ou monsieur Curin-Cocon. Heureusement la présence de ses trois amis parvenait à compenser tous les inconvénients.

Les cours de défense magique et ceux de maîtrise de la catalyse reprirent aussi. Monsieur Apowain laissait presque transparaître son enthousiasme de les retrouver. Sa propension à dissimuler ses sentiments s’effritait un peu en la présence d’élèves aussi motivés. Il aurait été un peu déçu de savoir qu’ils n’étaient pas motivés seulement par le désir d’apprendre, mais surtout de défendre et soutenir Cédric. Ce dernier commençait d’ailleurs à se demander s’il était bien nécessaire de continuer de suivre ces cours. La menace paraissait désormais tellement lointaine et il trouvait qu’il maîtrisait suffisamment bien la catalyse de petites quantités de magie à présent.

Alors qu’il avait décidé qu’il en parlerait à ses amis après le présent cours de magie pratique, en fermant les yeux, il se retrouva auprès de la vieille Hildegarde. Cela avait été plusieurs fois le cas depuis le salon et les fauteuils au coin du feu. Le décor avait changé à chaque fois. Cette fois-ci ils se tenaient au sommet d’une petite montagne enneigée. La maîtresse du brouillard était emmitouflée de brume rougeoyante.

« Ca a l’air pratique ! S’exclama Cédric en voyant cela.
– Très, confirma la vieille femme.
– Comment vous faites ça ?
– Et bien, le brouillard étant à l’origine des quatre autres éléments, il suffit d’un peu d’imagination pour pouvoir en faire à peu près ce que l’on veut.
– Je devrais y penser plus souvent… Mais j’ai du mal à considérer ma brume comme du feu ou de la terre, avoua le garçon. A vrai dire, même l’air et l’eau… »

Hildegarde acquiesça. Elle savait que la jeunesse n’était pas toujours aussi imaginative que ce que les adultes se plaisaient à le croire. « Je te conseille d’y travailler, lui suggéra-t-elle. Cela te sera utile. Surtout que je n’arrive plus à avoir de nouvelles de nos amis de la Confrérie des Cinq Eléments.
– Oh et euh… C’est plutôt pas mal d’être tranquille, non ?
– Hmpf, lâcha la maîtresse du brouillard. Le fait qu’ils fassent des efforts pour se dissimuler m’inquiète au contraire. Je préfère les garder à l’œil. »

Une vague d’inquiétude parcourut Cédric. Quelques minutes plus tôt il se pensait en sécurité, prêt à abandonner les cours de défense magique pour lesquels il perdait de l’intérêt. A présent, toute sa sérénité s’était envolée. « Ils vont venir me chercher ? S’inquiéta-t-il.
– Peut-être, ou alors ils vont peut-être venir me chercher moi, ou les deux, qui sait ?
– Ce n’est pas très rassurant, commenta le garçon sur un ton légèrement accusateur.
– C’est également mon avis. » La vieille femme se tourna vers lui, plantant ses yeux gris dans ceux du garçon. « Reste sur tes gardes, veux-tu ? »

Cédric acquiesça et ouvrit les yeux dans le gymnase. Ses trois amis, qui avaient pris l’habitude de le voir ainsi inconscient lorsqu’il discutait avec Hildegarde et s’employaient à distraire l’attention de monsieur Apowain. « Ca va ? S’enquit Valentine en voyant la mine déconfite de son camarade.
– Moyen, confessa celui-ci.
– Ca ne s’est pas bien passé ? Reprit la fillette blonde.
– Oh, si, c’est juste qu’elle s’inquiète à propos de la confrérie. »

Valentine fit une moue qui signifiait qu’elle s’en inquiétait elle aussi. Lorsqu’ils en parlèrent aux deux autres à la sortie, tous affichèrent des mines graves. « De toutes façons, on ne peut rien faire de plus que ce que nous faisons déjà, déclara Stéphanie avec un soupir d’impuissance. Je sais bien qu’eux doivent s’entraîner depuis des années et qu’ils sont plus forts que nous, mais on fait de notre mieux. Il faudra bien que cela suffise. »

Les trois autres approuvèrent silencieusement, n’ayant rien de plus à ajouter. « Ca vous dirait de revenir à la maison un de ces jours ? » Lança Jérémy pour alléger l’atmosphère. Il était aussi embêté que les autres de ne rien pouvoir faire à propos de ces informations inquiétantes, mais sa solution pour rendre le sourire à tout le monde fonctionna à merveille. Les trois issus du monde non magique étaient ravis à l’idée de passer de nouveaux moments à la ferme de leur ami.

En faisant le chemin ensemble pour rentrer chez eux le soir même, Cédric et Stéphanie parlaient joyeusement de leur futur séjour à la maison des Rivière. Ils se demandaient si le père de Jérémy pourrait leur apprendre à monter des griffons ou des licornes, lorsque la fillette poussa de nouveau son ami sur le côté. « Comment as-tu su ? S’enquit une voix douce.
– J’ai l’ouïe fine, répondit Stéphanie. Et l’odorat aussi, et vous sentez le poisson. »

La femme qui émergea entre deux voitures, semblant apparaître de nulle part, avait un sourire plaqué sur la figure, mais ses yeux étaient durs. Cédric se dit qu’elle n’avait pas du apprécier la remarque de son amie. Puis, il la reconnut. Il s’agissait de la morganez de la Confrérie des Cinq Eléments. Elle portait une robe bleu océan qui se mariait avec les bleus qui irisaient sa peau. « Voyons les enfants, vous devriez rester polis, leur dit-elle sur un ton menaçant.
– Qui êtes vous d’abord ? Rétorqua le garçon.
– Et que faites-vous de ce côté ? » Enchaîna Stéphanie.

La fée de l’eau croisa les bras et tourna la tête sur le côté, regardant au loin, comme si elle réfléchissait à ce qu’elle allait dire. Comme elle faisait ainsi, Cédric put clairement voir ses branchies externes mêlées à ses cheveux et qui avaient quelque chose qui fascinait le garçon. La femme se tourna de nouveau vers eux, les bras toujours croisés, et déclara : « Je suis simplement venue faire connaissance avec le nouveau maître du brouillard. »

Les deux collégiens s’entre regardèrent, l’air peu convaincus. « Et… C’est tout ? S’enquit Stéphanie.
– C’est tout, confirma la morganez. Après, bien évidemment, s’il veut venir avec moi à l’issue de la discussion, il sera le bienvenu.
– Comment vous avez su que je serai là ? Demanda Cédric d’un ton suspicieux.
– Nous savons beaucoup de choses, éluda la maîtresse de l’eau. Tellement de choses ! Nous savons que tu es dans la classe de cette bonne vieille Paulina Verone, que tu t’es déjà aventuré dans le monde magique, des informations comme ça. »

Stéphanie lança un œil alarmé à son compagnon. Comment pouvaient-ils savoir tant de choses ? C’était effrayant. « Alors, qu’est ce que vous êtes venus me dire ? Lança Cédric d’un ton qu’il espérait bravache.
– Je viens te proposer de rendre le monde magique meilleur, énonça simplement la fée de l’eau.
– Meilleur ? S’étonna le garçon. Il a pourtant l’air pas mal…
– Tu n’as quasiment vu que le collège, jeune homme. A l’extérieur, tout n’est pas aussi idyllique. »

Pendant qu’il discutait avec la membre de la Confrérie des Cinq Eléments, Cédric constata que son amie restait plantée à côté de lui, silencieuse. Il savait qu’elle était en train de se concentrer pour rassembler de l’énergie magique. La morganez continuait : « Figure-toi qu’à l’extérieur, le monde entier répond encore à divers régime féodaux dépassés.
– Je sais, on apprend ça en histoire, lança le garçon.
– Du coup, tu sais que [blablabla, argumentation sur les injustices que ça amène, élaboration du conseil des cinq mages pour décider des trucs, etc etc]

– Je n’ai pas l’intention de venir avec vous, déclara Cédric. Pas la moindre. Je trouve que c’est dangereux et je ne suis pas sûr que ça soit pour une bonne cause. Alors laissez-moi vivre ma vie tranquillement et trouvez-vous un autre maître du brouillard. »

Le garçon n’avait certainement jamais prononcé d’aussi long discours. Il en était assez fier, mais la morganez l’effrayait. Toute la physionomie de la fée de l’eau s’était durcie. « Mon garçon, je crains fort que tu n’aies pas le choix. » Ce disant, la femme arrondit ses bras, l’un au dessus de sa tête et l’autre au niveau du ventre, pour faire apparaître un long serpentin d’eau qui jaillit en direction de Cédric.

La morganez poussa un cri et l’eau fut déviée. Stéphanie veillait et avait réussi à accumuler suffisamment de magie pour animer sa loutre et l’envoyer à l’attaque. L’animal avait mordu leur agresseuse à la cheville, déstabilisant sa concentration. « Sales gosses ! S’emporta-t-elle. Vous ne vous en tirerez pas aussi facilement. » Elle produisit de nouveaux serpents d’eau, tandis qu’un fouet aqueux repoussait la loutre qui couina de douleur.

Cédric commença à catalyser la magie à son tour et parvint à produire un bref bouclier devant lui, qui dévia un serpent. L’autre, en revanche, s’enroula autour de Stéphanie qui poussa un petit cri de surprise. Sa loutre revint vers elle, tentant d’attaquer les liens aquatiques, mais ceux-ci l’engloutirent rapidement avec sa maîtresse. « Lâche la ! S’exclama le garçon.
– Pas avant que tu viennes avec moi, répartit la magicienne de l’eau qui commençait à avoir du mal à catalyser autant d’énergie.
– Jamais ! Cria Cédric comme si hurler pouvait donner plus de force à ses propos.
– Tu seras obligé ! » Lui lança la morganez avec un sourire mauvais.

Ce disant, elle fit un mouvement rotatif avec sa main, faisant disparaître Stéphanie, sa loutre et elle-même à la vue du garçon. « NON ! S’écria-t-il.
– Pour la retrouver, il te faudra nous rejoindre. Nous reviendrons. » Résonna en s’éloignant la voix de la fée de l’eau. Cédric tenta de suivre la voix. Puis la voix de Stéphanie qui criait de tout son saoul, jusqu’à ce qu’elle soit réduite au silence. A partir de là, le garçon n’avait plus aucune indication pour les suivre.

Il eut l’idée de la fontaine antique d’où ils étaient rentrés du monde magique après leur séjour chez Jérémy, mais les voix ne s’étaient pas dirigées dans cette direction. Tout son être s’affaissa. Il se sentit brutalement empli de culpabilité. Qu’allait-il arriver à Stéphanie ? Dans combien de temps les membres de la Confrérie des Cinq Eléments allaient-ils revenir ? Il faudrait qu’il les empêche de s’en prendre à ses autres amis.

Ne sachant quoi faire d’autre, il rentra chez lui.

 

2001 mots pour aujourd’hui ! Et puis il se passe des trucs dis-donc O_O

NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 11

L’invitation prit finalement effet deux semaines plus tard. Les parents de Valentine avaient mis du temps à accepter. Pourtant, la fillette blonde leur avait dit qu’elle irait dormir chez Stéphanie. Suite à quoi, la fillette brune avait été invitée à manger chez la famille Legrand pour qu’ils puissent vérifier si Stéphanie était suffisamment raisonnable. Cette dernière était une habituée de l’exercice et savait se comporter en petite fille modèle. Cela suffit à convaincre les parents de Valentine.

Le fameux vendredi soir arriva. Cédric en était particulièrement content, car ses progrès pour maîtriser sa brume étaient toujours infimes, la vieille dame qui avait dit qu’elle l’aiderait ne s’était pas manifestée depuis et Henry était meilleur pour gérer le feu que lui le brouillard pendant les cours de défenses magiques. La soirée entre amis était un moment sur lequel il misait beaucoup pour le mettre en joie.

Matéo allait aussi être dans la partie. En effet, lorsqu’il avait entendu dire que Jérémy avait proposé à Valentine, Stéphanie et Cédric de venir chez lui, il avait assuré qu’il serait là aussi. Pris de court, Jérémy n’avait pas su lui avouer qu’il n’était pas invité et les choses restèrent en l’état, dans un semi malaise permanent. C’est pourquoi, en ce vendredi pluvieux, après leur dernière heure de cours d’Expression, cinq collégiens sortirent de l’établissement côté magique et se dirigèrent joyeusement vers la maison de Jérémy.

Les quatre issus de monde non magique regardaient partout autour d’eux avec curiosité. Comme au sein du collège, il y avait de gros champignons colorés un peu partout, qui s’enfuyaient en ronchonnant de leurs voix aiguë. Et plus ils s’éloignaient de l’école, plus ils s’éloignaient de la petite ville qui l’entourait et plus il y avait de champignons colorés. De grandes plaines en partie boisées entouraient l’endroit à perte de vue.

« C’est marrant, commenta à ce propos Cédric. Je pensais que la ville de ce côté ci devait être aussi grosse que la nôtre.
– Ah bon ? Vôtre ville est plus grosse ? S’émerveilla Jérémy.
– Oui, beaucoup plus j’ai l’impression, confirma Stéphanie. Et puis il y a des voitures chez nous.
– Oh, ça nous aussi. » Lui assura le garçon brun en lui désignant une calèche.

« Hihi non ! S’esclaffa la fillette à la loutre. Je parle de voitures qui roulent toutes seules, sans chevaux !
– Qui roulent toutes seules ? S’étonna Jérémy. Mais je croyais qu’il n’y avait pas beaucoup de magie chez vous…
– Justement, comme nous ne pouvons pas utiliser la magie chez nous, nous avons dû trouver d’autres astuces pour nous simplifier la vie, intervint Valentine de sa voix douce.
– Comme les stylos billes ? Waaa ! Ca a l’air tellement génial votre monde ! J’ai super hâte que vous m’y invitiez… »

Sur leur lancée, ils continuèrent de parler à Jérémy des appareils que l’on pouvait trouver dans le monde sans magie. Leur conversation leur donna l’impression qu’ils n’avaient pas eu à marcher vingt minutes jusqu’à arriver en vue d’une petite ferme [est ce qu’on ne pourrait pas trouver quelque chose d’un peu plus original ?]. Ils avaient même traversé un bois qui, bien que peu étendu, paraissait très ancien avec ses gros arbres, les troncs moussus à terre et une odeur très prenante de humus. Dans la petite forêt, l’air paraissait encore plus froid que dans la plaine, alors même que les arbres faisaient barrage à la bise automnale.

« Bienvenue ! » Les accueillit joyeusement monsieur Rivière, le père de Jérémy. Cet homme semblait aussi jovial que son fils et portait un fouet à sa ceinture. Il les invita à l’intérieur, dans une cuisine proprette et encombrée, où il leur proposa du vin chaud aux épices pour se réchauffer, accompagné de tourte aux pommes. Les quatre enfants du monde non magique étaient impressionné qu’un adulte leur propose ainsi du vin, ce qui fit rire le père de Jérémy. Il leur expliqua que le vin cuit n’était presque plus alcoolisé, mais leur proposa du lait chaud au miel s’ils préféraient.

Le lait chaud au miel, ils avaient déjà tous eu l’occasion de goûter. Ils demandèrent donc tous du vin chaud. En plus, cela leur donnait l’impression de se sentir plus adultes qu’ils n’étaient. Quant aux tourtes aux pommes, elles furent englouties en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Jérémy se rengorgea en les informant fièrement qu’il avait participé à leur confection. Il rougit de plaisir lorsque tous ses compagnons le félicitèrent d’avoir réussi d’aussi bonnes pâtisseries.

Une fois le goûter terminé, auquel avaient participé les trois sœurs de Jérémy, les Rivière firent visiter leur ferme aux quatre enfants du monde sans magie. Monsieur Rivière était éleveur et dresseur de bêtes de monte et de trait. [finalement je crois que ça sera bien une ferme, mais une grosse] La catégorie regroupait autant les poneys et les sangliers, que les griffons, en passant par les licornes et bien d’autres créatures différentes. Valentine resta en admiration devant les licornes, tandis que Stéphanie et Cédric lorgnaient sur les chevaux ailés et que Matéo bavait devant un griffon.

« Mais qui utilise des sangliers ou ces grosses chèvres ? S’enquit Cédric avec curiosité.
– Des personnes de petites races, lui expliqua fièrement un Jérémy ravi de faire partager son savoir. Comme les korrigans par exemple.
– Les sangliers sont rarement des montures, précisa son père. Plutôt des animaux de trait. Même si j’ai connu un satyre qui m’en avait commandé un à monter. »

Les enfants du monde sans magie étaient très impressionnés par les animaux de la ferme Rivière. Lorsqu’ils s’enquirent de savoir où se trouvait la mère de Jérémy, ce dernier leur expliqua qu’elle était en voyage d’affaires et qu’elle ne rentrerait pas avant le lendemain. Elle était diplomate entre la ville où se trouvait le collège et dont ils dépendaient et un royaume voisin de Belles Gens. Le garçon brun précisa que la plupart des élèves des Belles Gens qui étaient scolarisés avec eux venaient de ce royaume, nommé le royaume du Lac.

Après la visite de la ferme, la nuit était déjà entièrement tombée. Un filet de brume recouvrait les champs et les prés et on pouvait entendre les loups hurler au loin. « Il y a des loups ici ? Demanda Stéphanie avec de grands yeux écarquillés d’admiration autant que de frayeur.
– Oui, des loups, des ours, des lynx, des gloutons… Plein d’animaux dangereux, lui répondit Jérémy. Mais papa a mis des protections en place pour protéger ses bêtes. Au sein de la ferme, nous ne craignons rien. »

Ses amis furent rassurés de l’entendre. Aucun d’entre eux n’avait jamais entendu des loups hurler la nuit et cela s’avérait être une expérience effrayante. Ils se serrèrent les uns contre les autres sur le canapé du confortable salon des Rivière. Le père s’affairait dans la cuisine ; les enfants voyaient parfois le fouet se promener tout seul comme un serpent flottant pour aller chercher des ustensiles ou des ingrédients. Ils lui avaient proposé leur aide, mais il les avait envoyé discuter ou jouer ensemble dans le salon en leur disant qu’il ne les voulait pas dans ses pattes.

Jérémy leur proposa de s’entraîner à allumer un feu dans la cheminée, pour se réchauffer. En cette soirée d’automne – ils étaient alors en octobre – le froid était déjà bien pénétrant dans le monde magique. Les enfants avaient appris un sortilège pour allumer un feu dans une cuisine en cours de magie pratique et ils s’y essayèrent tous. La formule était simple et tous parvinrent à faire partir le feu.

Cédric était fasciné de voir que les catalyseurs produisaient tous un effet différent avec le même sortilège. En effet, un rayon avait jailli de la baguette de Matéo pour enflammer la petit bois, tandis que pour Stéphanie c’était sa loutre qui avait craché du feu dans l’âtre. Valentine avait jeté une de ses cartes dans la cheminée, dans laquelle elle explosa, avant de revenir, fumante, dans la main de la fillette blonde.

Mollasson était entré dans la cheminée où se changea en feu et, une fois que les flammes crépitaient hautes et claires dans la cheminée, il sortit sous sa forme mollassonne. Cédric, quant à lui, avait envoyé son brouillard dans la cheminée et les volutes brumeuses devinrent des volutes de fumée, jusqu’à ce que le feu parte. Ils s’applaudissaient à chaque fois, même s’il ne s’agissait pas d’un grand exploit. Ils étaient enthousiastes et se sentaient bien tous ensemble.

Ils mangèrent le repas du soir autour d’une immense table, dont la taille changeait selon le nombre de personnes qui s’y asseyait. Entre la famille Rivière et les invités, ils étaient tout de même huit autour de la table. Une table particulièrement bruyante, qui plus est, avec autant d’enfants autour, tous aussi excités que des puces. De plus, elle était tellement chargée de victuailles que les quatre invités avaient l’impression de se retrouver à un banquet. Ils en étaient enchantés.

Après manger, les huit paires de mains aidèrent le père de Jérémy à débarrasser les reliefs du repas. Avec autant de mains, ce fut très rapide et monsieur Rivière eut rapidement l’occasion d’aller faire une dernière fois le tour de ses animaux. Les enfants issus du monde sans magie se rendirent tous dans la chambre de Jérémy.

Ils jouèrent à des jeux magiques comme [trouver des exemples et les expliquer].

Et, une fois en pyjama, et fatigués, ils discutèrent encore pendant au moins une heure, avant de sombrer dans le sommeil. Cédric se trouvait dans le lit de Jérémy avec ce dernier, tandis que Matéo était suspendu dans un hamac qui traversait la pièce. Valentine et Stéphanie, quant à elles, se serraient l’une contre l’autre avec la loutre entre elles pour contrer le froid, installées sur un grand matelas au sol.

Alors qu’ils dormaient tous profondément, Cédric s’agita dans son sommeil. Et sa brume, autour de lui, commença à se répandre dans la pièce. Il rêva qu’il était un adulte, assis dans un grand fauteuil blanc devant un feu au centre d’une pièce. Autour de l’âtre se trouvaient quatre autres fauteuils, dont trois étaient occupés.

L’un, le bleu qui se situait juste à sa droite, par une jeune femme au regard doux qui paraissait avoir les cheveux trempés. Le suivant qui était gris se trouvait vide. Ensuite, un fauteuil rouge était occupé par un homme roux flamboyant. Puis, à sa gauche, le fauteuil marron était occupé par un être de petite taille – un nain reconnut Cédric – qui avait des tâches de terre sur le visage.

Pour une raison qui échappait au garçon, l’homme roux lui semblait familier. Celui-ci se leva et s’adressa à ses compagnons. « Je suis heureux de vous revoir ici, déclara-t-il. Je n’ai pas encore réussi à joindre de nouveau notre futur compagnon pour le convaincre de nous rejoindre. Quelque chose me bloque. Cela me fait du mal de l’avouer, mais je pense que Liselle avait raison lorsqu’elle affirmait que la vieille Hildegarde n’était toujours pas décédée. »

Cédric se sentit incliner la tête, comme s’il était Liselle et qu’il acceptait la reconnaissance du propos. Il était très perturbé : cette voix de l’homme roux, il était certain de l’avoir déjà entendue. Celui-ci reprit. « Elle doit cependant être bien affaiblie, cette vieille peau. Ce n’est qu’une question de temps avant que les barrières qu’elle a dû mettre en place ne me laissent passer.
– Nous devrions peut-être essayer de la retrouver dans ce cas. » Suggéra la jeune femme qui dégoulinait d’eau.

Elle avait une façon de parler très fluide et Cédric, en la regardant mieux, réalisa qu’elle n’était certainement pas humaine. Et elle ne faisait pas partie des Belles Gens non plus : elle ne possédait pas leur lumineuse prestance. Ses canines étaient plus longues que ne le seraient des canines humaine, ses yeux étaient entièrement bleus sans iris et des branchies externes parsemaient ses cheveux dans la zone derrière les oreilles et du cou. Sa peau était d’un léger bleu irisé. Une morganez, une fée de l’eau, voilà ce que le garçon avait à côté de lui. Les Belles Gens, eux, étaient des fés des forêts.

Cédric se sentait mal à l’aise. Il avait conscience d’être dans un rêve, mais il ne savait pas comment se réveiller. Et tout paraissait tellement réel ! La réunion continuait d’ailleurs sur un débat pour savoir si c’était vraiment utile de pourchasser Hildegarde ou s’il valait mieux trouver d’autres moyens de mettre la main sur le jeune maître du brouillard. Cela mit le garçon encore plus mal à l’aise.

C’est alors qu’il se souvint d’où il avait entendu la voix de l’homme roux. C’était lui la deuxième personne qui était venue lui parler pendant qu’il s’entraînait en cours de magie pratique, quand il avait rempli la salle de brume. Ainsi cet homme le recherchait ? Pourquoi avait-il besoin d’un jeune garçon comme lui ? Surtout qu’il lui avait dit qu’il était dangereux. Cédric déglutit intérieurement. Peut-être qu’il le recherchait justement parce qu’il était dangereux…

Finalement, il se réveilla en sursaut. Il ne savait pas s’il avait réussi à ouvrir les yeux de son propre chef ou si on l’avait aidé. Constatant qu’il avait laissé son brouillard s’étendre de partout, il s’efforça de se calmer. Cédric n’avait jamais fait un tel rêve et ses filaments de brume ne s’étaient jamais éparpillés ainsi en dehors du monde magique. Il fit l’hypothèse que tout cela avait un lien. Pourtant, c’était dans le monde sans magie qu’il avait été agressé. Peut-être que cela n’avait rien à voir ?

Redressé dans le lit, il se prit la tête entre les mains. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait et il trouvait toute cette situation très angoissante. Sentant que des sanglots arrivaient, il s’efforça de ne pas les laisser s’échapper, pour ne pas réveiller les autres. Il ne voulait pas qu’ils le voient ainsi pleurer comme un bébé après un mauvais rêve. Etait-ce vraiment un mauvais rêve ? Le souvenir n’en était pas flou et diffus, mais terriblement clair et net. C’était bizarre et inquiétant.

Cédric se recoucha, se demandant comment il allait retrouver le sommeil. Alors qu’il s’enfonçait dans la torpeur de l’assoupissement, un soudain poids sur son ventre le réveilla en sursaut. « Pfff… Mollasson, pousse-toi… » Marmonna-t-il tout bas. Le catalyseur de magie de Jérémy s’était installé sur lui et ne paraissait pas vouloir le quitter. Le garçon blond soupira et abandonna le duel contre Mollasson.
Il se tourna sur le côté et en quelques secondes, il était de nouveau endormi.

 

Au réveil, le samedi matin, tout le monde semblait avoir eu une nuit peuplée de rêves divers et variés. Et, comme tous ses amis racontaient leurs rêves, Cédric rapporta le sien également. Il se disait qu’il aurait l’air moins bizarre s’il le racontait au milieu de tous les autres rêves. Mais il se trompait : ses amis ne se laissèrent pas avoir par son ton badin. Plus il avançait dans sa narration, plus leurs mines se faisaient graves et inquiètes.

« Ca fait peur ton rêve quand même, déclara Jérémy tout de go.
– Super peur même, appuya Stéphanie. Je n’en reviens pas que tu ne te sois pas réveillé en hurlant cette nuit !
– J’ai bien failli… Avoua Cédric.
– Ca rentre dans les incidents à raconter à madame Verone, ça, non ? Supposa Valentine. Cette histoire a l’air très grave.
– Oui, il faudrait peut-être mieux en parler, intervint Matéo.
– Je n’ai pas envie d’en parler à Verone, soupira l’apprenti maître du brouillard.
– Oui, c’est vrai que peut-être il vaudrait mieux ne pas en parler. » Acquiesça de nouveau Matéo.

Les quatre autres lui jetèrent des regards perplexes ; ce n’était pas la première fois que le garçon modulait son avis en fonction de celui de la dernière personne qui avait parlé. Sauf que ce n’était pas très utile. Jérémy secoua la tête et reprit le sujet initial, en déclarant sombrement que ce que leur avait décrit Cédric lui faisait penser à des faits divers qui avaient eu lieu dans le monde magique.

Son père lui avait raconté que, l’année de sa naissance, un groupe de magiciens, qui avaient pris le nom de la Confrérie des Cinq Éléments, avaient tenté de renverser un royaume voisin. Un royaume de korrigans nommé Ker-Marec. La rumeur disait que ce n’était qu’une étape de leur plan, mais aucune preuve n’avait jamais pu être apportée à ça. Ce groupe de magiciens était formé de personnes extrêmement brillantes dans leur domaine. Leur domaine étant pour chacun l’un des cinq éléments.

Leur chef était un maître du feu répondant au nom de Maleflamme. Il était perclus de bonnes intentions mais était doté d’un très mauvais caractère. Il s’emportait souvent et ses colères étaient explosives. Il était d’autant plus doué en maîtrise du feu que son catalyseur n’étaient autres que les flammes, comme pour Henry, le garçon que Cédric n’appréciait pas.

Les autres maîtres avaient tous des affinités pour un élément en particulier, mais ne possédaient pas forcément un catalyseur de l’élément en question. C’était le cas pour leur maître du brouillard qui se nommait Ancelin de Blancherive : il maîtrisait les volutes de brume à la perfection, mais son catalyseur n’était pas le brouillard lui-même, contrairement à Cédric. C’était peut-être ce qui avait causé sa perte.

En effet, Ancelin était le seul membre de la Confrérie des Cinq Éléments qui avait été retrouvé. Mais il avait été retrouvé mort, après un terrible combat contre une des plus grandes magiciennes de son temps : Hildegarde Puisatier, qui était, elle, une maîtresse du brouillard qui possédait le catalyseur de la brume. Le fait qu’ils n’avaient d’Ancelin qu’un cadavre, ne permit pas de lui extorquer des informations pour mettre la main sur les autres.

Après cette bataille, plus personne n’entendit parler des autres membres de la Confrérie des Cinq Éléments. Mais certaines rumeurs se colportent parfois sur une action ou une mystérieuse personne qui pourraient être liées à eux. Les parents de Jérémy étaient persuadés qu’un jour ou l’autre ils ressortiraient de l’ombre et que, ce jour là, il faudrait se tenir sur ses gardes. Plus longtemps cette confrérie de mages se préparait, plus ils seraient à craindre.

 

3023 mots pour aujourd’hui, youpiii \o/ Et en plus les personnages consentent enfin à m’expliquer des trucs sur l’intrigue, c’est pas trop tôt !

NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 9

Le lendemain, à la première heure de cours, les trois issus du monde non magique montrèrent à Jérémy des fournitures issues de chez eux. Le garçon brun fut enchanté par les stylos billes. Il en avait déjà entendu parler mais, comme il y avait peu d’échanges commerciaux, il n’avait jamais eu l’occasion d’en voir et encore moins d’en essayer. Ravi de cette découverte, il les utilisa pour prendre ses cours toute la journée et il leur trouva toutes les meilleures qualités du monde.

Ils avaient deux heures de magie pratique ce jour là. Leur emploi du temps indiquait beaucoup de cours de magie pratique, dont une grande partie allait être remplacée dans les semaines qui venaient par des cours de langues. Monsieur Apowain leur avait expliqué qu’ils allaient avoir besoin d’acquérir une certaine maîtrise de leur catalyseurs pour la plupart des cours. C’était pour cette raison que l’accent était mis sur la magie pratique pendant les premières semaines.

Pour ceux qui étaient en avance dans la maîtrise de leur catalyseur, le professeur leur indiqua quelques petits sortilèges de base sur lesquels s’entraîner. Valentine s’acquitta de l’exercice avec brio. De tous les exercices, en fait, sous les applaudissements de Stéphanie et les regards envieux d’autres élèves. Y compris celui de Cédric qui avait du mal à dompter sa brume.

Accroupi par terre, il essayait de retrouver l’état de la veille qui lui avait permis de discuter avec une maîtresse du brouillard. Elle lui avait dit qu’elle l’aiderait, il ne l’avait pas oublié ! Pourquoi ne l’aidait-elle pas ? Le garçon fixait ses volutes de brume avec tellement d’intensité que ses yeux se remplissaient de larmes. Têtu, il persista. Au bout de quelques secondes, il eut l’impression de distinguer un modèle qui se répétait dans les mouvements brumeux.

Il se concentra là-dessus.

Tout, autour de lui disparut. Il n’y avait plus ni gymnase ni élèves. Un homme se tenait cependant face à lui. Comme pour la vieille femme de la veille, son apparence, toute en niveaux de gris, semblait constituée de brouillard. « Bonjour, jeune homme, le salua l’homme en souriant.
– Bonjour, répondit Cédric. Qui êtes vous ? Un maître du brouillard ?
– Pas vraiment, déclara l’inconnu. Ils sont très rares, sais-tu ?
– Je l’ai entendu dire. »

Le garçon se sentait un peu sur la défensive. Il se méfiait des gens qu’ils ne connaissait pas. « Vois-tu, reprit l’homme, les maîtres du brouillard sont très dangereux.
– Ah bon ?
– Oui. Ils sont très puissants, ce qui en fait des cibles faciles pour l’orgueil. Et l’orgueil, ma foi, peut mener à de grandes catastrophes lorsqu’il s’empare de puissants mages.
– Cela ne me concerne pas vraiment, commenta l’apprenti-magicien. Je n’arrive même pas à maîtriser mon catalyseur. Je ne dois pas être bien puissant.
– Qui sait ? »

L’inconnu ouvrit la bouche pour continuer à parler, lorsqu’une voix retentit fortement et résonna dans tout l’être de Cédric. « LAISSE-LE ! » Tonna la voix. L’homme disparut dans un nuage de fumée crépitante, laissant derrière lui une faible odeur de brûlé. Le garçon n’était plus entouré que de néant. Il devait se réveiller. Ne sachant comment faire, il commença à paniquer.

C’est alors qu’il distingua des voix lointaines. Il n’était pas seul ! Le garçon se concentra sur ces voix. Il eut l’impression qu’elles appelaient son prénom. Quand il essaya de répondre, il ne produisit aucun son, mais les voix se faisaient plus fortes. « Cédric ! » Il reconnut Stéphanie mais ne parvint pas à lui répondre. « Cédric ! » L’apprenti-magicien perçut l’inquiétude dans l’intonation de son amie.

Il ouvrit brusquement les paupières. Toujours assis en tailleur, il était entouré de ses amis qui le fixaient avec anxiété. En revanche il ne voyait pas le reste du gymnase ; une brume épaisse les environnait. Monsieur Apowain apparut face à lui, le brouillard rendant ses mouvements encore plus mystérieux qu’à l’ordinaire. Le professeur se pencha vers lui et ses amis s’écartèrent un peu.

« Que t’est-il arrivé, Berger ?
– Je… J’ai eu peur, je crois.
– Vous croyez, nota monsieur Apowain avec un brin de moquerie. En tous cas, tout va bien, vous pouvez reprendre contenance. » Il fallut quelques secondes à Cédric pour comprendre que le professeur lui disait en fait d’abaisser le brouillard ambiant.

Il ne savait pas comment faire, mais il commença par inspirer profondément pour calmer les battements de son cœur. A son grand soulagement, la brume s’effilocha peu à peu. Comme répondant au soulagement du garçon, le brouillard redevint rapidement quelques petites volutes autour de lui. Le son ambiant reprit un volume normal, comme si la brume l’avait étouffé jusque là et Cédric réalisa que le gymnase résonnait d’un intense brouhaha.

Tous ses camarades le fixaient. Certains avec curiosité, d’autres avec révérence et quelques uns avec frayeur. Seuls ses trois amis avaient un air qui mêlait l’inquiétude sur son état au soulagement de le voir de nouveau conscient. Le garçon se sentit gêné. Jérémy lui tendit la main pour l’aider à se relever. Cédric accepta avec un sourire reconnaissant.

« Je pense qu’après tant d’émotions, tu peux t’octroyer une petite pause. » Lui enjoignit monsieur Apowain avec une pointe de sollicitude. Le garçon blond acquiesça et alla s’asseoir dans un coin, sur un gros tapis, où il en profita pour rassembler et trier ses idées. « Les autres, continuez ! » Lança le professeur au reste de la classe qui avait cessé toute activité depuis l’apparition du brouillard.

En sortant du cours, Jérémy, Stéphanie et Valentine racontèrent à Cédric ce qu’il s’était passé pendant qu’il était inconscient. « D’un coup tes yeux sont devenus tous blancs, expliqua Stéphanie en frissonnant à ce souvenir.
– Et là, le brouillard a envahi le gymnase tout d’un coup ! Renchérit Jérémy avec passion. C’était impressionnant ! Et ça faisait un peu peur aussi.
– Oui, appuya Valentine en faisant mine de poursuivre un champignon coloré qui s’enfuit en ronchonnant de sa voix aiguë. Ce n’était pas juste du brouillard : il crépitait de magie.
– Ça avait l’air dangereux et tu ne répondais pas, alors on s’est inquiétés… » Conclut Stéphanie en serrant sa loutre contre elle.

Cédric, touché par la sollicitude de ses amis auxquels s’était greffé un Matéo curieux, leur raconta ce qu’il avait vécu. Comme il était l’heure du déjeuner, il put aussi rapporter son expérience de la veille. « Ohlàlà c’est du lourd ton histoire, commenta Jérémy d’un air grave pendant que les plateaux-repas flottaient jusqu’à eux.
– Et tu ne sais pas qui sont ces gens que tu as vu… euh… dans ta tête ? S’enquit curieusement Stéphanie qui ne savait pas comment qualifier le néant que leur avait décrit Cédric.
– Non, je n’ai pas pensé à le leur demander, avoua celui-ci.
– Je n’y aurais pas pensé non plus, le rassura Valentine. Personne n’y aurait pensé, c’est tellement fou tout ce qu’il t’est arrivé !
– Il faudrait peut-être en parler à un professeur, non ? » Intervint Matéo.

Le silence se fit autour de la table pendant que les quatre autres réfléchissaient aux implications de la suggestion. Cédric n’était pas certain de vouloir en parler à des adultes. Les adultes avaient parfois de drôles de réactions lorsqu’un enfant leur racontait quelque chose qui sortait un tant soit peu de l’ordinaire. Or, ce qu’il avait vécu sortait carrément de l’ordinaire et c’était Jérémy, un apprenti-magicien originaire du monde magique, qui le lui avait confirmé.

D’un autre côté, un professeur saurait certainement quoi faire pour l’aider. Il n’en était pas entièrement certain, puisque d’après la magicienne qui lui avait donné ses fournitures scolaires, cela faisait des dizaines d’années que personne n’avait vu un maître du brouillard. La question était compliquée. Cédric se demandait s’il préfèrerait en parler à madame Verone ou à monsieur Apowain.

« Ou alors, tu ne leur en parles pas, c’est une solution aussi, ajouta Matéo. Tu fais comme tu le sens, je ne sais pas ce qui est le mieux : les deux solutions ont leurs avantages et leurs inconvénients. » Stéphanie et Valentine s’entre-regardèrent d’un air également perplexe face à cette déclaration.

« Parle-en plutôt à Verone, c’est notre prof principale, suggéra Jérémy qui avait un avis plus tranché sur la question. Apowain est pas mal pour un gars qui vient des Belles Gens, mais j’ai quand même plus de mal à lui faire confiance.
– Hmpf, lâcha Cédric. Je ne sais pas si Verone se montrera compréhensive à mon sujet. Elle est vraiment sévère !
– On peut venir avec toi si tu veux, lui proposa Stéphanie.
– En plus on l’a en cours cet après-midi, continua Valentine. Ce sera l’occasion, non ? »

Cédric hocha lentement la tête. Ca serait effectivement plus facile s’il était soutenu par ses amis. « Bon, d’accord, on fera ça à la fin de son cours… Et je veux bien que vous veniez avec moi. » Les autres acquiescèrent gravement, comme s’il venait de leur confier une mission de la plus haute importance.

Avant le cours de madame Verone, ils découvrirent celui de Biomagie [ou un autre, à vérifier] enseigné par monsieur Curin-Cocon. Ce professeur était d’un enthousiasme débordant, qu’il essayait de transmettre à ses élèves sans relâche. Il faisait des remarques au moindre élèves qui ne lui semblait pas suffisamment joyeux et sautillait de partout dans la salle de classe, accompagné de son catalyseur qui avait la forme d’une boîte de laquelle jaillissait régulièrement une tête de clown à ressorts.

Après ce cours nerveusement éprouvant pour les non habitués – autrement dit, toute la classe – et le cours rapide de madame Verone qui était intéressante mais exigeante, Cédric et ses amis se postèrent au lourd bureau de marbre gravé. Matéo était resté avec eux pour l’occasion. Leur professeure principale les gratifia d’un regard interrogateur, un sourcil levé.

« Que puis-je pour vous ?
– En fait, j’ai un problème, commença Cédric qui ne savait pas par quel bout introduire ses questionnements.
– Vous avez loupé une partie du cours en discutant avec votre ami Jérémy ? S’enquit madame Verone.
– Non non, répondit très vite le garçon blond en rougissant. C’est à cause de mon catalyseur de brouillard.
– Ah, tiens donc. » L’enseignante d’Histoire-Géographie parut aussitôt intéressée.

« En fait, j’ai eu du mal à le faire réagir au début, et après je me suis retrouvé dans le noir avec une vieille femme en brume qui me parlait. Et aujourd’hui ça m’a fait la même chose, sauf que c’est un homme qui est venu me parler et qu’il s’est fait chasser. Quand j’ai ouvert les yeux, j’avais rempli le gymnase de brouillard. » Le résumé du garçon étant maladroit et peu compréhensible, madame Verone lui posa quelques questions pour clarifier la situation.

« Mmmh, commenta-t-elle une fois qu’elle eut compris de quoi il retournait. Effectivement, ce n’est pas commun cette histoire, mais il semble souvent arriver ce genre de choses aux possesseurs de catalyseurs élémentaires. Pas au point de ce qu’il t’est arrivé par contre… » Elle avait l’air pensive et mâchouillait machinalement sa lèvre inférieure pendant qu’elle réfléchissait à la situation.

Cédric s’inquiétait un peu de la voir arborer un air aussi grave. « Je vais avoir des problèmes ? Demanda-t-il.
– Oh non non, rassure-toi, ce n’est pas grave, lui assura madame Verone. Je pense qu’il faut surtout que tu apprennes à maîtriser correctement ton catalyseur de magie. Les catalyseurs élémentaires demandent beaucoup de travail ! Il faut que j’en parle à certains de mes collègues : ils auront plus d’informations à ce sujet. Si le besoin s’en fait ressentir, je demanderai à l’un ou l’autre d’entre eux de te guider dans cet apprentissage. N’hésite pas à revenir me voir si la situation ne s’améliore pas, d’accord ? »

Le garçon blond acquiesça, rassuré par les propos de madame Verone. Ses amis aussi avaient l’air rassurés. Ils s’en furent tous les cinq terminer la récréation avant leur dernier cours de la journée, mathémagiques, et l’étude du soir. Cette fois, Cédric ne comptait pas se rendre au gymnase. Il avait des devoirs à rattraper et, surtout, ils préférait rester avec ses amis. Comme Jérémy qui passait l’étude avec eux alors que, vivant dans le monde magique, il pourrait rentrer chez lui.

 

2014 mots pour aujourd’hui ! Ça aurait pu être plus, mais j’ai bloqué presque toute la journée sans savoir quelle allait être l’étape suivante. Maintenant je pense que c’est débloqué.

NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 3

Ils émergèrent dans une salle similaire à celle qu’ils venaient de quitter, sauf qu’elle était peuplée de chaises rembourrées et tapissées de velours vermeil. Sur ces chaises étaient assis des élèves un peu perdus. De grandes fenêtres à meneaux laissaient entrer le soleil à flot et les rayons éclairaient de lourdes tentures colorées, pendues le long des murs. L’air paraissait lourd à respirer pour Cédric, lourd et plein d’énergie. Un jeune mage aux cheveux crépus leur adressa un sourire crispé et leur indiqua d’aller s’asseoir.

Stéphanie lâcha brusquement son ami : les mains du garçon s’étaient mises à crépiter d’électricité statique. « Ne t’inquiète pas, ça va passer. » Intervint une voix douce. Valentine avait fait irruption à côté d’eux et leur adressait un sourire lumineux. Elle avait attaché son abondante chevelure blonde en queue de cheval, mais certains cheveux se relevaient pour flotter tous seuls. « L’air est différent ici, continua-t-elle.
– J’ai vu ça ! » Acquiesça Stéphanie en attrapant Valentine pour une brève et joyeuse embrassade.

Les trois allèrent ensuite s’assoir sur les chaises qui étaient, sans aucun doute, les chaises les plus confortables sur lesquelles ils avaient eu l’occasion de s’asseoir. En regardant autour de lui, Cédric aperçut Henry, quelques rangs plus loin. Le garçon brun avait les cheveux redressés en bataille à cause de l’électricité statique et il remontait nerveusement ses lunettes sur son nez en jetant des coups d’œil curieux autour de lui.

D’autres élèves arrivaient par le miroir derrière eux, mais quelques uns arrivaient par la porte. « Je crois que nous allons être plus que ce que je pensais, mentionna songeusement Stéphanie en suivant son regard. Je n’avais pas compris que des gens vivaient de ce côté-ci.
– Moi non plus, appuya Valentine. Regarde ceux-là. »

Elle désignait un petit groupe de personnes au teint diaphane et vêtus comme des nobles du moyen-âge, qui toisaient les arrivants du miroir avec un air dédaigneux. « Ne faites pas attention à eux, lança un garçon brun qui s’assit à côté de Cédric. Ils regardent tout le temps tout le monde de haut.
– Qui sont-ils ? S’enquit curieusement Stéphanie.
– Ils se font appeler les « Belles Gens », répondit le garçon. Mais ils sont toujours méchants avec tous ceux qui ne sont pas comme eux. C’est à dire nous et tous les autres du peuple des fés.
– Il y a d’autres fés qui vont étudier avec nous ? Demanda Cédric.
– Peut-être, mais à part les Belles Gens, ils sont rares à vouloir étudier la magie.
– Comment sais-tu tout ça ? S’étonna Stéphanie.
– J’habite de ce côté ! Expliqua fièrement le garçon brun. Je m’appelle Jérémy. »

Les trois se présentèrent à leur tour, mais un bruit de chute interrompit leur discussion. Ils se retournèrent vers le miroir. Une fillette brune, aux cheveux frisés et plus petite que la moyenne, avait trébuché sur le cadre en entrant. Le jeune mage qui faisait l’accueil l’aida à se relever et elle fila s’asseoir en baissant la tête pour éviter les regards moqueurs. Les sièges de velours vermeil étaient presque tous occupés à présent.

Les portes de la grande pièce s’ouvrirent toutes seules. La directrice du collège, madame Dumoulin, et le directeur de l’établissement, monsieur Morin, firent irruption dans la salle. Ils n’étaient plus vêtus d’un tailleur ni d’un costume, mais de vêtements similaires à ceux des Belles Gens. Ils étaient suivis de cinq autres adultes habillés de la même manière, deux femmes et trois hommes.

L’une des femmes, vêtue de brun, portait un chapeau improbable, à larges bords et sur lequel une maquette de paysage bucolique était fixée. Alors qu’elle passait près de lui, Cédric remarqua que la rivière semblait véritablement faite d’eau courante. Il ouvrit des yeux ronds en apercevant une volée d’oiseaux de la taille d’un demi grain de riz s’envoler d’un arbre pour aller se regrouper de l’autre côté du chapeau, dont le centre formait une montagne.

L’autre femme possédait un accoutrement beaucoup plus strict, uniformément gris. Ses cheveux étaient rassemblés en un chignon lisse d’où ne s’échappait pas la moindre mèche. L’un des hommes, quant à lui, paraissait plus âgé que ses collègues, avec ses cheveux et sa barbe poivre et sel qui tendaient fortement vers le sel. Il portait une tunique orange et des bottes dépareillées. En passant, il adressait un sourire jovial aux élèves.

Les deux autres hommes étaient plus discrets. L’un habillé de bleu et au regard océan tellement profond qu’il en était dérangeant et l’autre paré de blanc et à l’air rêveur. Ce dernier paraissait faire partie des Belles Gens ; il arborait le même teint diaphane et marchait d’un pas particulièrement léger.

Une fois les cinq adultes montés sur l’estrade qui faisait face à l’armée de chaises rembourrées, la directrice parcourut l’assemblée d’un regard acéré. « Tous les élèves du côté non magique sont arrivés. Michel, tu peux fermer le miroir. » Le jeune magicien obtempéra et activa un levier. Une porte à double battants apparut et claqua sur le miroir. « Les élèves de ce côté ci sont présents également, continua madame Dumoulin. Fort bien. Nous allons pouvoir commencer. »

Le directeur de l’établissement s’avança alors à son tour, tandis que sa collègue lui laissait la place. « Chers élèves, je vous souhaite la bienvenue au sein du collège de magie des Alouettes. J’espère que vous allez passer une excellente et studieuse année auprès de vos professeurs. Ils vous encadreront de leur mieux et vous partageront leur érudition ainsi que leur savoir faire. Pour la majorité d’entre vous, vous ne connaissez pas encore la vie de ce côté du miroir, c’est pourquoi les sorties hors du collège seront sévèrement encadrées pour cette première année. De plus, nous ne pouvons pas vous laisser sortir par le miroir entre midi et deux ; les élèves du monde sans magie seront donc tous demi-pensionnaires. Je compte sur vous pour vous conduire de manière exemplaire et faire la fierté du collège des Alouettes. Je rends maintenant la parole à votre directrice.
– Merci monsieur Morin. »

Madame Dumoulin reprit place devant les élèves et leur expliqua : « Le matin, les cours commenceront à huit heures. Vous serez donc priés d’arriver au plus tard dix minutes avant. Les élèves de ce côté entreront par la grande porte et les élèves du monde sans magie entreront par ce miroir derrière vous. Je suis désolée pour lesdits élèves du monde sans magie, mais ils devront attendre jusqu’à dix-huit heures pour pouvoir quitter l’enceinte du collège. Sinon ils attireraient trop l’attention. Vous pourrez mettre ce temps à profit pour faire vos devoirs, notamment ceux que vous n’aurez pas l’occasion de faire dans le monde sans magie. Qu’est ce qui vous fait rire là-bas ? »

Les gloussements provenant des Belles Gens se turent instantanément sous le regard dur de la directrice. Certains affichèrent même une mine déconfite. « Je compte sur les élèves originaires de ce côté pour aider leurs camarades à se faire au monde magique. » Continua-t-elle. Jérémy leva le pouce à l’intention de Cédric, Stéphanie et Valentine avec un sourire fier, l’air de dire qu’ils pouvaient compter sur lui. « Vous allez être répartis en cinq classes [changer ça au début, avec le changement du nombre d’élèves etc] qui correspondent chacune à l’un des cinq éléments de base de la magie. »

Madame Dumoulin leur indiqua les tentures qui symbolisaient chacune un des cinq éléments. « Nous aurons la classe de l’air, de l’eau, du feu, de la terre et du brouillard. » A la mention du brouillard, Cédric, Stéphanie et Valentine échangèrent un regard surpris. Ils n’avaient jamais entendu parler du brouillard comme élément. Ils se seraient plutôt attendus à l’électricité ou le métal par exemple. Ils n’eurent pas l’occasion de poser la question à Jérémy car la directrice continuait son discours.

« Concernant les fournitures scolaires, nous allons vous les fournir. À la fin de cette réunion, une fois que vous aurez été répartis dans vos classes et que vous aurez signé le règlement intérieur, nous vous ferons une petite visite de l’établissement. Puis vous vous rendrez à la réserve où l’on vous remettra ce dont vous aurez besoin pour commencer l’année. »

Madame Dumoulin continua de leur expliquer comment allait se dérouler leur scolarité, mais Cédric commença à décrocher. Voyant une ouverture, Jérémy lui lança en chuchotant : « Tu pourras me raconter comment c’est de l’autre côté ? Et moi je te dirai tout sur ici. » Le garçon blond acquiesça avec un sourire. « Comment vous faites sans magie ? Continua le brun à l’air jovial.
– On a plein d’outils pour nous aider, expliqua Cédric.
– Et… »

Jérémy s’était montré trop enthousiaste. « Dites donc, les deux là-bas, c’est moi qui parle, les reprit sévèrement la directrice. Cédric Berger et Jérémy Rivière, je vous tiens à l’œil. » Elle avait l’air particulièrement sérieuse et les deux garçons reconnurent là une personne avec qui il ne fallait pas plaisanter. Le fait qu’elle connaissait leurs noms ne leur paraissait pas de bon augure non plus.

Madame Dumoulin reprit ses explications en gardant son attention sur les bavards. Son regard acéré les quitta bientôt pour scruter le reste des élèves pendant qu’elle parlait. « Chaque classe aura son professeur principal, mais vous serez amenés à les voir dans certaines matières. Je vous présente donc madame Dupont, professeure principale de la classe de la Terre. » Déclara la directrice en désignant la femme au chapeau improbable.

« Madame Verone, professeure principale de la classe du Brouillard. » Continua-t-elle en présentant la femme en gris à la mine sévère. « Monsieur Haut-Castel, professeur principal de la classe du Feu. » Le vieil homme adressa un clin d’œil à l’assemblée. « Monsieur Tani, professeur principal de la classe de l’Eau. Et monsieur Limael, professeur principal de la classe de l’Air. Maintenant, nous allons procéder à la répartition des élèves dans les classes. Je vais vous appeler un à un et vous irez rejoindre le professeur que je vous indiquerai. Y a-t-il des questions ? »

Un silence tendu lui répondit. Tous les élèves se sentaient soudain envahis du trac de savoir à quel élément ils allaient être affectés. Cédric remarqua, avec une pointe de jalousie, que Stéphanie et Valentine se tenaient fermement la main l’une de l’autre, craignant sans doute d’être séparées. Le garçon blond non plus ne voulait pas être séparé de la seule amie qu’il connaissait dans cet étrange collège.

 

1707 petits mots pour aujourd’hui ; il y aura beaucoup de choses à arranger, mais l’univers commence à prendre forme dans ma tête. Et si vous vous demandez comment les enfants vont être répartis dans les différentes classes : je n’en sais rien du tout et c’est stressant !

Le cycle du brouillard

La brume s’épaississait de plus en plus. Elle enveloppait le monde nocturne dans un écrin de coton vaporeux, étouffant tous les sons et recouvrant les ruines de la ville humaine. La guerre était passée par là, avec son lot de destruction. Le Korrigan buta sur un cadavre et prit une mine dégoûtée en le contournant. Affligé, il secoua la tête, faisant ainsi virevolter ses boucles flamboyantes. Il posa son bâton pareil à un charbon ardent sur le corps sans vie et laissa tomber un mot sec. Le mort se retrouva réduit en cendres. « Quel gâchis… lâcha-t-il ensuite dans le silence surnaturel ambiant.
– Chut. » souffla l’Elfe, aussi légèrement que le vent.

Le Korrigan leva les yeux vers le visage pâle de son compagnon. Ce dernier paraissait absorbé, presque éthéré, et penchait la tête sur le côté, comme pour mieux écouter la brise. « Par ici. » Murmura finalement le Maître de l’Air en reprenant la route. Ses pieds touchaient à peine le sol. Le petit Maître du Feu s’empressa de lui emboîter le pas. Il suivit son aérien compagnon jusqu’à ce qu’il supposa, en trébuchant sur la margelle d’une fontaine, être une placette dévastée. Le brouillard se trouvait particulièrement épais à cet endroit et il était impossible de voir plus loin que le bras tendu.

N’y tenant plus, l’ardent Korrigan appela : « Dame Fisdiad ? » Comme en réponse à son appel, toute la brume disparut d’un seul coup, dévoilant une silhouette encapuchonnée au milieu de ce qui était bel et bien une place en ruines. Elle se tourna vers les deux Maîtres et ôta sa capuche, dévoilant son visage ridé encadré de longs cheveux gris et vaporeux. Elle leur adressa un vague sourire fatigué. « Je demande votre pardon pour ces désagréments, déclara-t-elle.
– Nul besoin, balaya le Korrigan. Il était facile de vous retrouver avec tout ce brouillard étalé de partout.
– Avez-vous trouvé ce que vous cherchiez ? s’enquit ensuite l’Elfe.
– Malheureusement non. »

La vieille humaine soupira et s’assit sur le rebord de la fontaine à sec. Elle paraissait plus voûtée par ses soucis que par son âge avancé. « Je ne serai bientôt plus et je n’ai pas trouvé la femme enceinte de l’enfant qui devra me succéder, reprit-elle. Personne ne semble avoir survécu ici. Si elle est morte avec son bébé, qu’adviendra-t-il des Maîtres du Brouillard ? » Aucun de ses deux compagnons ne répondit à cette question ; personne ne connaissait la réponse. Sauf, peut-être, leur divine protectrice qui était à l’origine de leurs pouvoirs. Mais elle n’était pas une entité que l’on peut invoquer à l’envie.

« Soyez tranquille, exhala le Maître de l’Air. Nous trouverons cet enfant.
– Je le sais bien, Fisavel, je le sais bien, assura doucement Dame Fisdiad. C’est seulement que j’aurais aimé mettre les choses en ordre pour mon départ. » Elle soupira de nouveau. De légères volutes de brume l’environnaient.

« C’est bien facile, pour cet Elfe, de considérer cette situation comme triviale… » Songeait le Maître du Feu. Ne subissant pas les affres du temps – comme tous ceux de sa race immortelle d’ailleurs – Fisavel était le seul survivant du groupe initial des Maîtres des Eléments. Le Korrigan se demandait si l’Elfe était capable de comprendre le tourment de la Maîtresse du Brouillard. Néanmoins le Maître de l’Air avait raison : les Maîtres des quatre Eléments trouveraient leur futur cinquième compagnon. Il en avait toujours été ainsi, même si Dame Fisdiad craignait que la mère de l’enfant, qui devrait lui succéder, n’ait succombé à la fureur des combats qui avaient eu lieu dans cette petite ville.

Bien que la longévité des Maîtres soit allongée, les Maîtres du cinquième Elément – le Brouillard – étaient ceux qui changeaient le plus souvent. Ils étaient en effet toujours humains, or les humains étaient ceux qui vivaient le moins d’années parmi les races créées par Etre sur Inisilydan. En compensation, ils avaient des capacités d’adaptation accrues et donnaient facilement naissance à des enfants. Compréhensif face à l’angoisse de Dame Fisdiad, le Korrigan lui adressa un chaleureux sourire, qui se voulait rassurant. La vieille femme lui répondit de même.

Le sourire de la Maîtresse du Brouillard se figea soudain et ses yeux gris se voilèrent. Cette cent quarantième année de vie écoulée était la dernière. Elle s’affaissa avec légèreté et sans un bruit. Sous les regards peinés de ses compagnons, son corps sans vie se trouva enveloppé d’un linceul de brume. Même en étant préparés au fait que sa mort était inévitable et proche, les coeurs des deux Maîtres saignèrent en choeur. Puis Fisavel, après avoir murmuré des paroles elfiques de deuil, s’approcha de leur amie. « Aide-moi Fisaed. » Le Maître du Feu vint prêter assistance à son compagnon, afin d’emporter la dépouille mortelle auprès des deux absents de l’Eau et de la Terre.

Les pleurs d’un nouveau-né se firent alors entendre dans les ruines.

Brouillard