NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 7

Même les Belles Gens avaient l’air impressionnés. Et surpris du compliment dont s’était fendu le professeur ; ils pensaient certainement qu’il se montrerait aussi froid qu’eux. Valentine était écarlate et gênée par tant d’attention autour de sa personne. Certains la contemplaient avec envie, d’autres avec admiration. « Waaa ce que tu nous as fait ! S’exclama Jérémy. C’était presque aussi fascinant que ce que j’ai fait avec Mollasson ! » Cédric trouvait le garçon brun de mauvaise foi : ce qu’avait fait Valentine était beaucoup plus impressionnant de son point de vue.

Lui-même n’avait pas encore réussi à faire quoi que ce soit avec ses filaments de brumes qui virevoltaient paresseusement autour de ses pieds. Maintenant que le professeur s’était éloigné, il essayait de nouveau de se concentrer sur son catalyseur. Il fut interrompu dans ses efforts par un cri de joie de Stéphanie qui avait réussi à faire tripler sa loutre de volume, qui irradiait à présent d’énergie crépitante.

Encore quelques minutes plus tard, la plupart des élèves étaient parvenus à produire un effet avec leur catalyseur. Matéo avait lui aussi réussi à illuminer sa baguette magique qu’il brandissait fièrement. Et Cédric n’avait toujours pas réussi à faire quoi que ce soit avec sa brume. Il commençait à en ressentir une certaine irritation. C’est à ce moment là qu’il réalisa que Monsieur Apowain se tenait juste à côté de lui.

« Le brouillard a une réputation difficile, lui dit-il de sa voix douce. Mais ce catalyseur ne serait pas devenu tien si tu n’étais pas capable de l’utiliser. Prend une bonne inspiration pour calmer ton cœur, assied toi et regarde profondément dans la brume. » L’apprenti magicien aurait préféré des consignes plus claires. A défaut, il essaya ce que le conseillait le professeur. Il repoussa son irritation, s’assit en tailleur, se concentra de nouveau et se mit à fixer les volutes de brume qui environnaient ses jambes.

Lorsque la cloche sonna, il sursauta. Il n’avait toujours pas réussi à catalyser la magie, mais il sentait qu’il n’en était pas loin. Monsieur Apowain lui conseilla de ne pas se décourager et de persévérer. Cédric acquiesça. Il ne comptait pas se retrouver à la traîne avec son petit brouillard et prévoyait d’ores et déjà de continuer à s’entraîner pendant l’étude du soir, avant de rentrer chez lui.

[songer à faire un emploi du temps aussi]

L’heure de manger arriva enfin. Le réfectoire était immense, car il servait pour nourrir tous les collégiens et les lycéens de l’établissement. Il se trouvait dans une immense verrière et peuplé de dizaines de tables rondes qui pouvaient chacune accueillir cinq élèves. Sur chaque table se trouvaient des condiments et une cruche sans fin et à chaque place se trouvait un menu. Les élèves choisissaient une entrée, un plat et un dessert parmi les propositions, qui étaient toutes garanties équilibrées et adaptées à la croissance des élèves.

Quelques secondes après avoir choisi ce qu’ils voulaient manger, Cédric, Valentine, Stéphanie et Jérémy virent des plateaux en provenance des cuisines flotter jusqu’à eux et se poser délicatement sur la table. En soulevant les couvercles qui maintenaient les plats au chaud, ils eurent la joie de renifler de délicieux fumets. L’expérience les ravit au plus haut point.

« C’était comme ça dans ton école d’avant Jérémy ? S’enquit Stéphanie.
– Oh non, ce n’était pas un service aussi classe que ça, répondit l’interpellé avec la bouche déjà pleine. On était servis par de vieilles sorcières et elles vérifiaient toujours qu’on finisse nos assiettes, même si ce n’était pas bon. Où est passé Matéo ?
– Il est parti essayer de s’intégrer à un autre groupe. » Lui indiqua Valentine en pointant de sa fourchette une autre table plus loin.
En effet, Matéo s’était greffé à une table de quatre filles de leur classe qui discutaient ensemble avec animation. « Qu’est ce qu’on a après manger ? S’enquit Cédric en haussant les épaules.
– Expression, l’informa Stéphanie, avec une certaine madame Anneau.
– Ah oui Expression, postillonna joyeusement Jérémy. C’est pour apprendre à parler et écrire correctement. C’est ennuyeux, mais c’est important pour les sortilèges. »

Durant tout l’après-midi, Cédric fut impatient que les cours se terminent pour essayer de maîtriser son catalyseur de magie. Il essaya même de le faire réagir pendant les cours d’Expression, de Mathémagiques et de Biomagie, mais la brume persistait à produire seulement d’indolentes volutes, pas spectaculaires pour un rond. Il comptait bien parvenir à produire un quelconque effet avant de rentrer chez lui.

En arrivant en salle d’étude, le garçon blond demanda à la surveillante en poste s’il pouvait s’entrainer à catalyser l’énergie magique.

 

762 tous petits mots pour le 7 novembre ^^

NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 6

« Cédric ? C’est Stéphanie ! Tu m’ouvres ? » Surpris de la présence de son amie, le garçon lui accorda l’accès et attendit qu’elle monte les trois étages. Elle arriva par les escaliers, essoufflée de son ascension et sourit en le voyant. Ils se rendirent tous les deux dans la chambre de Cédric et Stéphanie sortit le livre qu’elle avait gardé de son sac à dos. Le titre en était Histoire et Géographie des Deux Mondes.

« Wahou, tout un programme ! S’exclama le garçon. Regarde le mien, il parle de centaures.
– Génial ! S’enthousiasma son amie. Valentine a gardé Les Enigmes Mathémagiques. Il faudrait l’appeler, comme ça nous pourrions en discuter tous les trois.
– Elle ne peut pas venir ?
– Ca m’étonnerait beaucoup : tu as vu ses parents ? Parce que déjà quand j’étais en vacances avec elle, ils n’étaient pas très permissifs. Alors là, maintenant que l’école a repris… »

Cédric acquiesça, compréhensif. Il voyait tout à fait le tableau ; leur ami Lucas était doté du même modèle de parents. Le garçon alla donc récupérer le téléphone sans fil de la maison et Stéphanie composa le numéro de Valentine. Une fois la fillette blonde en ligne, Cédric enclencha le haut-parleur du téléphone et ils discutèrent tous les trois de leurs expérience de la matinée et du contenu époustouflant des trois livres en leur possession. Cela leur prit plusieurs heures, à l’issue desquelles Valentine dut raccrocher et Stéphanie rentrer.

Lorsque la famille Berger fut réunie pour le dîner, les parents questionnèrent Cédric à propos de sa pré-rentrée. « L’air là-bas est très lourd, raconta le garçon.
– Tu as beaucoup de cours ? Lui demanda sa mère.
– Je ne sais pas. » Hésita Cédric qui ne savait pas ce que représentaient beaucoup de cours. Il alla chercher son agenda pour montrer son emploi du temps à Céline. Sa soeur aînée entrant en quatrième, elle était pour lui une spécialiste en la matière.

« Il a autant d’heures de cours que moi, trancha Céline. Mais il a des heures d’études jusqu’à dix huit heures à chaque fois.
– Ca fait tard dix huit heures tous les soirs pour un enfant de onze ans, non ? S’inquiéta leur père.
– C’est pour nous faire sortir du collège des Alouettes après que la plupart des collégiens soient partis, expliqua Cédric. Pendant ce temps, ils ont dit qu’il faudrait faire nos devoirs. Surtout les devoirs pratiques qu’on ne peut pas faire ici. »

Il continua de leur raconter ce qu’il avait appris de sa future vie d’élève magicien. Ses parents et Céline estimèrent que cela ressemblait à une vie classique de collégien. Sûrement parce que l’établissement dépendait du ministère de l’Education Nationale, précisa leur mère. Sa soeur aînée semblait un peu jalouse qu’il puisse aller dans un monde magique et Carine la benjamine buvait ses paroles.

A l’issue du repas, les parents avaient l’air à peu près rassurés par le programme de leur fils qui était suffisamment ressemblant à un programme classique. Le futur magicien se coucha en se demandant ce que lui réserverait sa première journée de cours le lendemain. Il mit du temps à s’endormir et rêva d’un centaure à moitié écorché qui chevauchait sur des dates en poursuivant le nombre d’or.

 

Accompagné de Stéphanie et Valentine, Cédric traversa le miroir sous les yeux attentif d’une surveillante. Bien évidemment, Michel n’était pas là : il était sûrement lui-même en cours. En revanche, Jérémy les attendait et son visage s’illumina en les voyant et il les accompagna jusqu’à leurs casiers pour qu’ils récupèrent leurs affaires de cours. Il leur raconta qu’il avait été attaqué par des chiens de Culann mais qu’il avait brillamment eu le dessus. D’après son ton, les chiens de Culann devaient être des créatures effrayantes et dangereuses.

« Grâce à ton catalyseur ? Lui demanda innocemment Valentine.
– Mmmh… Bien évidemment ! Pérora le garçon. Mollasson est mon fidèle compagnon et, comme tout catalyseur qui se respecte, un allié indéniable ! » Mollasson le changeforme dégoulina hors du sac en bandoulière de Jérémy avec un bruit de succion et s’étala paresseusement sur le sol.

Son propriétaire eut brièvement l’air gêné, avant de reprendre contenance et de ramasser son catalyseur. Pendant ce temps, Stéphanie serrait joyeusement contre elle sa loutre redevenue vivante et Cédric constatait la réapparition de le brume qui le suivait partout. Il doutait qu’elle ait vraiment disparu pendant qu’il était chez lui, mais elle avait repris une certaine consistance.

Ils se rendirent ensuite à leur première heure de cours de la journée. Ils avaient Histoire-Géographie avec madame Verone, dans le même joli amphithéâtre de la veille. De grandes cartes peintes sur cuir avaient fait leur apparition autour du tableau et du côté de la pièce non ouverte par les immenses fenêtres. Les quatre amis y retrouvèrent Matéo qui s’était assis au même endroit que la veille lorsqu’il était avec eux.

Ils le rejoignirent et eurent à peine le temps de s’asseoir qu’ils sursautèrent en entendant claquer la porte. « Il est l’heure, les informa madame Verone. Je ne tolère pas le retard. Tenez-vous le pour dit : au moindre retard vous devrez passer par le bureau de monsieur Vitterion, le CPE, que nous n’avons pas pu vous présenter hier car il était absent. » Elle fit l’appel et constata qu’il ne manquait personne. Elle se fendit d’un petit hochement de tête approbateur et commença le cours.

Elle leur fit une introduction sur les origines du découpage du monde en deux versions en miroir. L’un qui était le règne de la magie et l’autre libre de son influence. Les portes entre deux mondes étaient toujours ouvertes pendant l’antiquité, ce qui provoqua toute une quantité de mythes dans le monde sans magie, puisque beaucoup de magie s’y infiltrait.

Au Moyen-âge, les tensions entre les clergés et les éminences magiques devenaient très graves. Les portes entre les deux mondes furent fermées et les magiciens restés du côté sans magie, désormais bien affaiblis sans l’apport en magie, se retrouvèrent pourchassés. Les relations entre les deux mondes reprirent beaucoup plus tard, au milieu du vingtième siècle, après la deuxième guerre mondiale. Après leur avoir ainsi résumé ce qu’ils allaient étudier, elle leur fit sortir un parchemin sur lequel elle leur fit noter le titre de la leçon du jour.

« Ohlàlà l’ennuiii ! S’exclama Jérémy en sortant du cours. On sait déjà tout ça…
– Nous non, lui rappela Cédric. D’ailleurs, toi qui sait tout, qu’est ce que c’est que le cours de Magie Fondamentale qu’il y a juste après ?
– Ils vont nous expliquer les cinq éléments fondamentaux de la magie. » Expliqua fièrement le garçon brun.

Le cours de Magie Fondamentale avait lieu au troisième étage d’une tour biscornue, située au milieu du parc de l’établissement. L’enseignante se nommait mademoiselle Dunoyer et était une petite personne d’un certain âge aux cheveux brun roux. Elle parlait d’une voix traînante, avec un fort accent d’origine inconnue à Cédric. « Asseyez-vous, asseyez-vous ! Leur enjoignit-elle avec de grands gestes alors qu’ils entraient dans sa salle. Et ceux qui sont petits comme une botte, veuillez vous mettre devant et pas au fond, sinon vous n’allez rien voir. »

Les élèves obéirent dans la mesure du possible ; Jérémy et Stéphanie s’assirent à côté et devant Cédric et Valentine qui étaient plus grands. Matéo, lui, se retrouva derrière. Mademoiselle Dunoyer ajusta d’étranges lunettes à plusieurs verres amovibles sur son nez et demanda avidement : « Alors, lequel d’entre vous a eu le brouillard comme catalyseur de magie ? » Tous les élèves de la classe se tournèrent tous en direction du garçon blond. Il ressentit une grande gêne et leva la main.

« Ah ! C’est toi, tu es sûr ?
– Oui, confirma Cédric qui commençait à avoir des sentiments mitigés vis à vis de la professeure de Magie Fondamentale.
– Je t’aurais vu plus charismatique, commenta mademoiselle Dunoyer. Mais oui, je vois bien ta brume. Elle est légère ! Il va falloir travailler tout ça pour faire honneur à tous les élémentalistes fondamentaux, jeune homme. »

Elle n’attendait pas de réponse de la part de Cédric et elle commença immédiatement à leur demander de sortir un parchemin vierge pour la leçon, intitulée Les Cinq Eléments Fondamentaux de la Magie. Elle leur fit noter un grand un : le Brouillard et s’étendit longuement sur cet élément synonyme d’étrangeté et de puissante magie, qui était à l’origine des quatre autres éléments magiques. Pendant tout le cours, madame Dunoyer précisa toutes les grandes choses que pourrait faire Cédric s’il se montrait bon élève et répéta plusieurs fois que les autres devraient se souvenir de lui, car il allait être à l’origine de grandes choses à n’en pas douter.

Cette situation s’avéra éprouvante pour l’apprenti magicien blond et il se sentit vidé en sortant de la salle de classe. Il se sentit encore plus écrasé que d’habitude par l’air chargé d’énergie de ce côté ci du miroir. « Hé, Berger ! L’interpella Artus. La prof a cru que tu étais un maître du Brouillard, mais ce n’est de pas de la brume que tu as : c’est de la laine de mouton ! » Les autres Belles Gens autour de lui pouffèrent de rire pour soutenir la moquerie et le dépassèrent en sortant de la tour. Cédric espéra que l’idée allait vite leur passer.

« Ne les écoute pas, lui conseilla Stéphanie qui portait sa loutre en écharpe. Ils sont juste jaloux qu’un gars issu du monde sans magie ait un super catalyseur.
– Moui, ronchonna le garçon en faisant exprès de foncer vers les gros champignons colorés pour les faire râler. Je préfèrerais qu’ils n’écoutent pas ce que dit cette vieille sorcière !
– Moi je les comprends, intervint Jérémy qui parlait toujours avant de réfléchir. Je suis trop jaloux de toi ! Mon catalyseur est une espèce de bidule informe.
– Ben, le mien aussi, contra Cédric.
– Oui, mais le tien, c’est le Brouillard : c’est le plus fort des éléments !
– Il parait oui, lâcha le garçon blond d’un ton amer. Bon, il faut aller où pour le cours de Magie Pratique ? »

Le cours de Magie Pratique se déroulait dans un gymnase attenant à une salle meublée de paillasses surmontées de chaudrons. Le professeur, monsieur Apowain, faisait partie des Belles Gens. Il demanda aux élèves de se placer en ligne et passa silencieusement devant eux à deux reprises, d’un pas lent, comme s’il faisait une inspection. Cédric et quelques uns de ses camarades ne pouvaient s’empêcher de passer nerveusement d’un pied sur l’autre. Le professeur scruta chacun des élèves et le garçon blond eut l’impression qu’il s’était attardé sur lui.

Monsieur Apowain brisa finalement le silence. « Vous allez, ici, pouvoir vous entraîner à maîtriser vos catalyseurs de magie, à explorer leurs capacités, à vous entraîner à la préparation basique des potions et quelques autres petites choses qui vous serviront durant toute votre vie de magicien. Je vais vous laisser essayer de canaliser de l’énergie magique par vos catalyseurs pour avoir une idée plus précise de ce que j’aurai à vous enseigner. »

Le professeur éparpilla les élèves par petits groupe dans le gymnase et les observa de son regard scrutateur qui semblait enregistrer tout ce qu’il se passait. Les collégiens issus du monde magique parvinrent plus vite à obtenir des effets sur leurs catalyseurs. L’épée d’Artus avait la possibilité de changer de forme et le bijou de Birgit irradiait d’énergie bienfaitrice notamment [ajouter d’autres exemples et vérifier si c’est bien Artus qui a l’épée]. Jérémy parvint à donner une forme d’ours en peluche à son changeforme et avait bon espoir d’en faire un ours véritable.

Parmi les enfants originaires du monde sans magie, la première à obtenir un résultat fut Valentine. Elle s’était concentrée tellement fort qu’elle se retrouva soudainement environnée d’une tornade d’énergie qui la souleva de terre et toutes les cartes de son jeu flottaient autour d’elle, irradiant de différentes couleurs, certaines sifflant d’une manière qui paraissait de mauvais augure.

Monsieur Apowain était déjà présent aux côtés de la fillette, l’encourageant à se calmer et à laisser l’énergie magique s’éparpiller. La tornade perdit de sa puissance, Valentine se reposa au sol et ses cartes se rangèrent toute seule dans leur boîte en carton. « Tu disposes d’un catalyseur de magie très complexe, qui offre beaucoup de possibilités et que je trouve, personnellement, très élégant. Félicitations ma chère. Néanmoins, il risque de vous demander du travail pour en maîtriser toutes les subtilités. »

Le silence planait sur le gymnase.

 

2072 mots pour aujourd’hui ! Il faut vraiment que je note les noms des camarades et des profs au fur et à mesure, ça va me jouer des tours sinon…

NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 5

Cédric trépigna intérieurement. Il n’avait pas très bien compris comment on décidait de son catalyseur et il était impatient de voir ce que le sien allait être. La magicienne fit signe à Matéo de s’approcher et lui donna une boîte en le prévenant de la tenir fermement. Le garçon obéit, elle se plaça face à lui et posa ses mains par dessus celles de Matéo. Ceci fait, elle lui dit de se concentrer sur ce qu’elle s’apprêtait à dire. Il hocha la tête pour indiquer qu’il avait compris et la magicienne se mit à psalmodier.

Une intense lumière immaculée s’échappa des ouvertures de la boîte et un violent souffle d’air enveloppa Matéo pendant quelques secondes. Lorsque la femme se tut, tout s’arrêta aussi brusquement que cela avait commencé. « Très bien, déclara la magicienne. Regardons à quoi ressemble ton catalyseur. » Elle ouvrit la boîte et fit signe au garçon de prendre le contenu. Il en sortit un objet qui ressemblait à une baguette magique et poussa un cri ravi.

« Vous avez vu ? J’ai une baguette magique ! S’écria-t-il.
– Il y a une recrudescence de la mode des baguettes magiques chez les élèves issus du monde sans magie ces dernières années, commenta la magicienne d’un ton neutre. Voyons voir quels vont être les catalyseurs de tes petits camarades. » Jérémy se posta fièrement devant elle. La femme lui donna la boîte et répéta l’opération.

Jérémy extirpa de la boîte une masse informe qui ressemblait à de la pâte à modeler, qui changeait de couleur et semblait essayer de changer de forme. Il jeta un coup d’œil incertain à la magicienne, comme s’il espérait qu’elle allait dire qu’il y avait eu une erreur. A la déception du garçon, elle se contenta d’afficher un sourire. « Un changeforme, voilà qui est original et qui marque autant ta polyvalence que ton indécision. » Commenta la magicienne. Jérémy ne savait pas s’il devait se réjouir.

Valentine eut un jeu de cartes ce qui était, selon la responsable des lieux, indicateur de son esprit complexe. La bonne femme leur précisa qu’en général, les magiciens n’obtenaient qu’une seule carte à jouer en guise de catalyseur ; les jeux complets étaient très rares. Stéphanie sortit ensuite une petite loutre de la boîte, ce qui provoqua l’attendrissement des autres, et la mention comme quoi la fillette était certainement très espiègle.

Cédric s’approcha enfin de la boîte et posa ses deux mains sur les côtés, comme il avait vu faire les autres. La magicienne réitéra l’incantation et souleva le couvercle. Seules quelques volutes de fumée en sortirent. « Ca n’a pas marché ? S’étonna le garçon.
– Si, répondit gravement la responsable des lieux en le gratifiant d’un étrange coup d’œil. Regarde mieux. »

En regardant autour de lui, Cédric constata que les volutes de fumée entouraient ses jambes. « Qu’est ce que c’est ? Demanda-t-il intrigué.
– Il semblerait que ton catalyseur de magie soit le brouillard lui-même, lui révéla la magicienne avec une pointe de déférence. Cela fait des dizaines d’années que cela n’était pas arrivé ! »

Ses camarades le contemplaient d’un air incertain, ne sachant ce qu’il fallait en conclure, sauf Jérémy qui avait carrément la bouche ouverte de stupéfaction. « Waaa ! Le brouillard comme catalyseur ! S’exclama-t-il. C’est tellement énorme ! Je suis trop jaloux, moi j’ai juste un bidule informe… » Il souleva son changeforme qui avait pris une teinte grise et essayait de faire des volutes. « C’est n’importe quoi. » Conclut-il en levant les yeux au ciel.

« Maintenant que vous êtes équipés, vous pouvez récupérer vos affaires et rejoindre madame Verone. » En disant ces mots, la magicienne leur désigna la porte. Les cinq camarades attrapèrent vivement leurs fournitures, les enfournèrent dans leurs sacs et, désormais bien équipés, ils sortirent de la longère.

Ils n’étaient pas les premiers à émerger dehors, où Cédric fut une nouvelle fois surpris par la lourdeur de l’air, ni les derniers. Les groupes de Belles Gens étaient déjà sortis et ils comparaient leurs catalyseurs. L’une – Birgit d’Othe – montrait fièrement son diadème qui consistait en un diamant sur son front, retenu par des lanières d’argent. Artus de Vertbois, lui, brandissait une épée flamboyante sous le regard désapprobateur de madame Verone, qui n’attendit pas longtemps avant de lui intimer de la ranger.

Les catalyseurs étaient très divers : la plupart étaient des objets et certains étaient des êtres vivants. Seul Cédric possédait un catalyseur élémentaire. Lorsque l’information se fraya un chemin parmi ceux qui étaient originaires du monde magique, même les Belles Gens vinrent entourer le garçon blond avec curiosité. « Quel est ton ancêtre affilié au Brouillard ? Lui demanda un certain Tiern.

– Mais voyons, comment veux-tu qu’il le sache ? Le rabroua Birgit. Il vient du monde sans magie et personne ne sait rien sur rien là-bas. »
A ce moment, le dernier groupe émergea de la longère, détournant brièvement l’attention des élèves de Cédric. Et, à son grand soulagement, madame Verone les appela à se mettre en rang pour retourner dans la salle de classe. Malgré la curiosité des élèves par rapport au garçon qui avait le brouillard lui-même comme catalyseur de magie, ils obéirent prestement.

En revenant à l’amphithéâtre, ils croisèrent la classe du Feu qui se rendait à son tour chercher ses fournitures scolaires. Une fois de nouveau installés dans la lumineuse salle de classe, les élèves ne purent s’empêcher de bavarder les uns avec les autres. A côté de Cédric, Valentine et Stéphanie avaient posé la loutre entre elles pour s’en occuper toutes les deux et étaient en train de lui chercher un nom.

Matéo et Jérémy s’étaient installés un rang devant. Matéo avait soigneusement posé sa baguette devant lui et l’admirait, les yeux brillant. Jérémy, quant à lui, s’était retourné vers Cédric. Il tenait son catalyseur informe à deux mains pour le lui montrer. « Franchement mon pote, qu’est ce que je vais faire de ça comme catalyseur ? » La pâte colorée essayait de tomber par terre mais son magicien glissait une main dessous à chaque fois pour l’empêcher de glisser au sol.

Cédric jeta un coup d’œil à la brume qui l’environnait paresseusement. Qu’allait-il faire, lui, avec son propre catalyseur ? Tout le monde avait l’air impressionné, mais il se sentait un peu déçu. En y réfléchissant, il ne savait pas ce qu’il aurait fait d’un jeu de cartes non plus. Pourtant, Valentine en paraissait satisfaite. Il décida de laisser une chance à son catalyseur brumeux.

Jérémy dut se retourner lorsque madame Verone demanda le silence. Elle leur distribua des agendas magiques et leur en expliqua le fonctionnement. Ils devaient écrire leur prénom et nom à l’intérieur pour que l’agenda se personnalise. Il contenait ainsi leur emploi du temps, une partie agenda proprement dite, un plan du collège, la liste des herbes courantes, celle des verbes irréguliers d’anglais et de magica, et une petite mappemonde du monde magique.

Leur professeur vit avec eux leur emploi du temps et leur montra comment leur agenda pouvait leur indiquer le lieu du prochain cours sur le plan du collège. Elle leur expliqua également qu’une fois que leurs devoirs notés seraient faits, il faudrait les cocher pour éviter les rappels de l’agenda. En recommandations, elle leur enjoignit aussi de bien amener leurs grimoires correspondant au cours.

Elle précisa enfin que, même si des plumes et de l’encre leur avait été fournis, les élèves originaires du monde sans magie pouvaient amener leurs stylos s’ils préféraient, mais que ces derniers ne se prêtaient pas aux sortilèges. Elle ajouta à ce propos que des casiers étaient prévus pour les élèves du monde non magique pour qu’ils puissent y ranger leurs fournitures afin de ne pas attirer l’attention. De plus, les fournitures magiques ne servaient presque plus à rien une fois passé le miroir.

« Notre réunion de pré-rentrée est donc terminée, déclara finalement madame Verone. Veuillez vous lever et vous mettre en rang, je vous raccompagne à la sortie. » Il y avait toujours autant de champignons qui détalaient sous leurs pas en se plaignant de leurs petites voix criardes. L’air était toujours aussi chargé d’énergie pour Cédric et il se demanda comment il allait pouvoir respirer en faisant du sport. Y avait-il du sport au programme d’ailleurs ? Il n’avait pas très bien fait attention aux noms des matières.

Le groupe des élèves du Brouillard s’arrêta aux portes du collèges. Là, les Belles Gens, Jérémy et quelques autres eurent l’autorisation de quitter l’établissement par le portail d’entrée. Cédric essaya de regarder l’extérieur du collège, mais il ne put apercevoir qu’une route pavée et quelques maisons en pierres avant que madame Verone les emmène jusqu’à la salle du miroir.

Elle les fit s’arrêter à l’extérieur, où se trouvaient les casiers, pour faire la répartition et qu’ils puissent ranger ce qui risquait de les encombrer dans le monde sans magie. Cédric vit que Valentine et Stéphanie gardaient un ou deux grimoires à emporter de l’autre côté et décida de faire de même. Il garda un livre intitulé La Biomagie en Première Année. Matéo, lui, ne garda rien, pas même sa baguette magique alors que tous les autres avaient conservé leurs catalyseurs.

Lorsqu’ils eurent terminé et que les élèves de la Terre firent irruption, madame Verone les fit entrer dans la salle du miroir. Les élèves de l’Air et de l’Eau se trouvaient déjà là et Michel, l’élève plus âgé chargé de la supervision du miroir pour la pré-rentrée, faisait déjà traverser les premiers arrivés. Le débit des élèves était très lent, ce que Michel semblait déplorer encore plus que lesdits élèves.

 

Quand Cédric émergea enfin de l’autre côté, il inspira un grand coup. Du côté sans magie, l’air était beaucoup moins chargé d’énergie, mais aussi beaucoup moins pur. Et il n’y avait plus de champignons râleurs non plus. Il fut interrompu dans ses pensées par un petit cri poussé par Stéphanie. « Qu’est ce qu’il y a ? S’inquiéta-t-il.
– Ma loutre ! » S’écria son amie au bord des larmes. Elle tendit ses mains dans lesquelles se trouvait une version en peluche de son catalyseur.

« Ne t’inquiète pas, la rassura Valentine. Elle ne peut pas être animée parce qu’il n’y a pas assez de magie ici.
– Oui, appuya Cédric. Regarde, on ne voit presque plus mon brouillard non plus ! » De fait, sous le soleil, le garçon ne distinguait plus du tout son filament de brume qui l’avait suivi presque toute la matinée. Il se demanda brièvement s’il n’aurait pas dû le laisser dans son casier comme Matéo l’avait fait avec sa baguette.

Ce dernier avait d’ailleurs disparu ; il avait déjà dû quitter l’enceinte du collège des Alouettes pour rentrer. Cédric et ses amies firent de même. En sortant, ils constatèrent que la mère de Valentine se trouvait là. Elle attrapa aussitôt sa fille pour se mettre à la questionner sur le contenu des cours à venir. Comme madame Legrand commençait à les interroger aussi, Stéphanie et Cédric battirent piteusement en retraite avec un regard d’excuse pour leur blonde amie, arguant qu’ils devaient rentrer chez eux.

Ce qu’ils firent.

En arrivant chez lui, le garçon aperçut tout de suite un mot de son père dans l’entrée : « J’ai du repartir au boulot plus tôt, il y a un tupperware pour toi au frigo. Ouvre un peu le couvercle et fais-le chauffer au micro-onde pendant deux minutes. Bisou mon magicien, papa. » Cédric laissa tomber toutes ses affaires sur place, enleva ses chaussures et se dirigea vers le réfrigérateur. Le petit mot lui avait fait prendre conscience qu’il avait une faim de loup.

Il mangea d’une traite et, rassasié, il récupéra ses affaires et fila avec dans sa chambre. Il devait être tranquille tout l’après-midi : ses parents travaillaient, sa petite sœur Carine était chez ses grands-parents et sa grande sœur Céline passait la journée chez une amie. Cela lui laissait tout le temps de digérer tranquillement la matinée qu’il venait de passer. Il s’assit sur son lit et extirpa La Biomagie en Première Année de son sac à dos ; il avait laissé son sac à bandoulière avec le symbole du brouillard dans son casier.

Le garçon ouvrit le livre au hasard et tomba sur divers schémas qui représentaient les flux d’énergie magique chez différents êtres vivants. Il feuilleta les pages et découvrit l’anatomie de la mandragore au chapitre des plantes et, plus intéressant encore, l’anatomie du centaure dans le chapitre des êtres sapiens. Cédric sourit. Le monde magique paraissait receler tout un tas de créatures intéressantes.

Il était plongé dans un chapitre de géomagie à propos de quelles roches se prêtaient le mieux à la construction de dolmens, lorsque l’interphone retentit. Le garçon décida de laisser couler, mais l’interphone persista. A la troisième sonnerie, Cédric consentit à se lever pour aller voir ce qu’il en était.

 

2115 petits mots pour aujourd’hui ! Quelle idée d’avoir décidé d’un catalyseur de magie personnalisé, hein ! Tsss.

NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 4

Les cinq professeurs principaux allèrent se placer au fond de la salle, prêts à récupérer leurs élèves. Pendant ce temps, madame Dumoulin sortit un long parchemin d’un range-parchemins qui pendait à sa ceinture en compagnie d’un trousseau de clefs imposant et dune sacoche en cuir. Elle le déroula, le parcourant de ses yeux qui semblaient tout remarquer. « Abraham Thomas ! » Appela-t-elle.

Il s’agissait de l’un de ceux qui venaient du monde sans magie. Il se leva, peu sûr de lui, maudissant certainement son nom de famille qui commençait par un a et l’exposait souvent à être le premier appelé par les professeurs. Un souffle de vent parcourut l’assemblée, prit une forme immaculée en tournoyant derrière le directeur et la directrice, puis matérialisa les même volutes blanches que sur la tenture qui symbolisait l’Air. « Tu feras partie de la classe de l’Air ; tu peux rejoindre monsieur Limael. » Lui indiqua madame Dumoulin.

Alors que le dénommé Thomas récupérait son sac à dos et se dirigeait vers le professeur désigné, Cédric remarqua que tous les professeurs tenaient verticalement leurs mains devant eux, l’une en face de l’autre, et qu’au centre tournoyait l’élément qui leur était attribué. Il ne prit pas le temps d’admirer les tours de magie car madame Dumoulin appelait l’élève suivant sur sa liste.

« Bars Morrigane ! » Un boudin d’eau serpenta sur l’estrade pour dessiner le symbole de la bannière de l’Eau et madame Dumoulin envoya l’élève issue des Belles Gens rejoindre monsieur Tani au regard déconcertant. Elle appela ensuite Bellamy Mathis, qui fut assigné à la classe du feu, de même que Benaceur Wissem qui était la petite fille qui avait trébuché en émergeant du miroir.

Le tour de Cédric – Berger – arriva rapidement et il se trouva être le premier à rejoindre la classe du Brouillard. Il était un peu déçu de se retrouver avec le professeur principal qui avait l’air le plus sévère. Madame Verone lui adressa un bref signe de tête alors qu’il rejoignait son rang. Le garçon lui adressa un sourire timide et assista avec intérêt à la suite de la répartition.

Après quelques attributions dans les cinq classes, le tour de Stéphanie – Couture – arriva bientôt. Au soulagement de Cédric, elle vint prendre place à ses côtés. Ils se topèrent dans les mains pour se féliciter, mais discrètement afin de ne pas s’attirer de regard réprobateur de leur professeure principale. « J’espère que Valentine sera avec nous, chuchota Stéphanie. Et Jérémy aussi, il a l’air gentil. »

Comme pour répondre à son souhait, le symbole brumeux s’éleva lorsque le nom de Valentine Legrand fut appelé. Les deux filles se collèrent aussitôt l’une à l’autre, provoquant un roulement d’yeux chez Cédric. Il se demandait ce qu’elles avaient bien pu faire pendant les vacances qu’elles avaient passé au même endroit qui les avaient rendues aussi fusionnelles.

Les rangs grossissaient à vue d’œil et, dans chacun, les Belles Gens paraissaient rechigner à se mêler aux autres. La tâche était malaisée pour eux, puisqu’ils étaient largement en sous-nombre par rapport à tous les humains des deux côtés du miroir. Cédric scrutait ces fés du coin de l’œil. Ceux qui s’étaient retrouvés dans la classe de l’Air paraissaient ravis et cherchaient l’approbation du professeur Limael. Ce dernier ne leur prêtait aucune attention et paraissait toujours perdu dans ses pensées, à la grande déception de ses élèves fés.

Le garçon blond sursauta en entendant appeler le nom de « Pichereau Henry ! » qui fut assigné à la classe du feu, au soulagement de Cédric. Quelques noms plus tard, madame Dumoulin clama : « Rivière Jérémy ! » L’élément de la Terre s’éleva derrière les directeurs. « Oh non ! » S’exclama Jérémy avant de porter ses mains à sa bouche, car il avait parlé tout haut sans s’en rendre compte. Il rougit, puis se rendit tout de même auprès de madame Dupont avec qui il parut entamer, en chuchotant, un débat animé.

La répartition des collégiens prit fin et les cinq éléments disparurent comme ils avaient apparu. Les deux directeurs leur souhaitèrent une dernière fois de passer une année studieuse puis les cinq professeurs principaux emmenèrent chacun leurs élèves dans une salle de classe, après les avoir mis en rang.

Les salles de classes en question se trouvaient dans un autre bâtiment situé à quelques mètres de là. En sortant à l’extérieur, Cédric fut de nouveau frappé par la lourdeur de l’air, chargé d’énergie. Il remarqua que Valentine avait même du mal à respirer. Le ciel paraissait plus bleu aussi et les feuilles plus vertes. En marchant, ils dérangèrent de gros champignons colorés, qui s’écartèrent de leurs pas en poussant des petits bruits aigus et offusqués.

En regardant autour de lui, le garçon constata que le collège était composé de plusieurs édifices ressemblant à des châteaux disséminés dans un immense parc. Il n’eut pas le temps de voir jusqu’où s’étendait le parc car le bâtiment où les menait madame Verone bloquait son champ de vision. Il avait juste pu apercevoir une rivière dans laquelle s’ébattaient des animaux qu’il n’avait pas réussi à identifier.

Les lourdes portes en chêne s’ouvrirent sur un geste pour laisser entrer les élèves de sixième du Brouillard, qui étaient suivis par ceux de la Terre. La sévère madame Verone les fit entrer dans une salle de classe. Cédric n’en avait jamais vu de pareille. Tout le côté donnant vers l’extérieur était percé d’immenses fenêtres à meneaux qui s’étiraient du sol au plafond, situé à six mètres au-dessus d’eux. En guise de bureaux, ils disposaient de longues tables vernies et disposées en petit amphithéâtre.

Ses amies Stéphanie et Valentine paraissaient enchantées du cadre, tandis que leur camarades Belles Gens affichaient un air blasé étudié. Tous les élèves s’éparpillèrent pour s’installer dans la salle. Ceux qui venaient du monde non magique avaient l’impression de se retrouver dans un cinéma lumineux. Avec des bureaux. Cédric se retrouva assis à la gauche de son amie brune, tandis que la blonde était installée à sa droite.

En bas de l’amphithéâtre trônait un immense bureau en pierre sculptée à la mode gallo-romaine, qui devançait un gigantesque tableau. « Un peu de silence s’il vous plaît. » Comme prévu, madame Vérone n’avait pas besoin de crier pour obtenir ce qu’elle demandait. Tous se turent aussitôt. « Bien, déclara la femme au chignon strict en hochant la tête d’un air approbateur. Comme vous l’aurez compris, je suis madame Verone, votre professeur principal. Je serai aussi votre professeur d’Histoire et Géographie. Quant à vous, vous faites… »

Elle fut interrompue par quelqu’un qui frappait à la porte. Pinçant les lèvres, elle alla ouvrir pour voir qui la dérangeait ainsi. En voyant madame Dupont, toujours surmontée de son chapeau bucolique, madame Verone la laissa entrer. Elle était accompagnée de Jérémy qui en profita pour faire de grands signes à Cédric et ses amies. Il s’arrêta immédiatement, contrit, en constatant que la professeure principale du Brouillard était en train de le fusiller du regard.

Les deux femmes s’éloignèrent pour échanger quelques mots à voix basse. Lorsqu’elles eurent terminé leur bref conciliabule, madame Verone s’éclaircit la voix. « Avant de commencer, nous avons là un élève qui souhaiterait faire un échange avec la classe de la Terre. Est ce que ça intéresserait quelqu’un ici ? » Un brouhaha s’éleva dans la salle. Finalement, une fille leva la main. « Je veux bien échanger ! »

Elle récupéra son sac, se leva pour descendre de sa place et suivit madame Dupont à l’extérieur. « Très bien, déclara madame Verone. Rivière, vous pouvez… » Elle fit un arrêt en constatant que Jérémy était déjà installé à côté de Cédric. « Aller vous asseoir, termina-t-elle tout de même. Avant cette interruption, je disais donc que vous faites à présent partie de la classe du Brouillard. »

Elle se tut, le temps de faire s’élever quelques volutes de brume. « Tous les ans, des élèves issus du monde non magique me demandent en quoi le brouillard fait partie des Eléments primordiaux de la magie. C’est très simple : c’est l’Elément dont sont issus les quatre autres. Vous verrez tout cela plus précisément en cours, ne vous inquiétez pas. Nous sommes la première classe à aller chercher les fournitures scolaires, donc je n’ai pas le temps de m’étendre sur le sujet. Mais nous avons le temps pour quelques questions, si vous en avez. »

Les élèves échangèrent des regards. Ceux du monde sans magie, notamment, se disaient qu’ils avaient tout un tas de questions à poser, mais ils ne savaient pas par où commencer. Un garçon plus grand que la moyenne, qui faisait partie de ceux présents à la réunion à la mairie, leva la main. « Rappelez-moi votre nom ? Lui enjoignit madame Verone.
– Matéo Grièche, répondit docilement le garçon.
– Très bien monsieur Grièche, quelle est votre question ?
– Je voulais savoir si nous allions avoir une baguette magique. »

La professeure d’Histoire-Géographie pinça brièvement les lèvres. « Peut-être, répondit-elle. Vous allez avoir un catalyseur pour votre magie, ça c’est sûr, mais tous les magiciens n’utilisent pas une baguette comme catalyseur. Je sais que certaines idées sur la magie ont la vie dure de l’autre côté du miroir et cela a tendance à influer sur votre façon de l’appréhender. Essayez d’oublier tout cela ! Votre catalyseur dépendra de vous et non de vos idées reçues. »

Matéo hocha la tête et se le tint pour dit. « D’autres questions ? Proposa madame Verone. Non ? Très bien, dans ce cas je vous invite à vous mettre en rang devant la porte et nous nous rendrons à la réserve pour aller chercher vos fournitures. » Les élèves obéirent immédiatement, et descendirent de l’amphithéâtre dans un joyeux tapage.

« Moi je voudrais un bourdon comme catalyseur, décréta Jérémy.
– Un bourdon comme l’insecte ? S’enquit Stéphanie.
– Non, comme le bâton d’archimage, expliqua fièrement le garçon enthousiaste. Ou alors, peut-être que ça serait mieux si j’avais un catalyseur discret, comme un bout de ficelle ou un dé. Mmmh, peut-être pas un dé, je risquerai de le perdre. Et puis la ficelle risquerait d’être jetée par inadvertance. Ohlàlà c’est trop dur de choisir ! »

Les trois autres échangèrent des regards perplexes. « C’est nous qui choisissons notre catalyseur ? Demanda Valentine.
– Non, lui apprit Jérémy. Mais ça fait des années que j’essaie d’imaginer ce que ça sera ! » Malgré que les trois originaires du monde sans magie avaient moult questions pour leur enthousiaste compagnons, ils durent se taire suite à une remarque sèche de madame Verone.

Elle leur fit quitter le bâtiment et traverser une partie du parc en direction d’une petite longère en contrebas. Ils dérangèrent d’autres gros champignons colorés, qui faisaient beaucoup rire Valentine et Stéphanie, et passèrent à côté de la rivière où de petits animaux étaient toujours en train de jouer. « Qu’est ce que c’est que ces machins là ? S’enquit Cédric.
– Ce sont des loutres ! S’exclama son amie brune avec un rire ravi.
– Laissez les loutres tranquilles et continuez. » Intervint madame Verone, car d’autres élèves s’approchaient des petits animaux pour essayer de les caresser.

En arrivant près de la longère, Cédric se demanda comment ils allaient tous pouvoir entrer à l’intérieur. Comme l’avait dit Stéphanie, ils étaient [insérer le nombre adéquat ici et le faire dire à Stéphanie à un moment] et cela paraissait être un bien grand nombre pour tenir dans une si petite réserve, estimait-il. « Tu penses qu’elle va tous nous faire entrer en même temps ? Demanda-t-il à Jérémy.
– Je ne sais pas, avoua celui-ci. Mais ne te fie pas à la taille du bâtiment ! Quand j’étais petit, la cantine avait l’air d’un placard vu de l’extérieur, mais c’était une vraie cantine où tous les élèves pouvaient manger en même temps. »

Le garçon brun du monde magique avait une bonne suggestion du point de vue de Cédric, mais madame Verone les prévint qu’ils ne pourraient y entrer que par groupe de cinq au maximum. Jérémy, Valentine, Stéphanie et Cédric furent rejoints par Matéo, qui avait voulu se regrouper avec un groupe de quatre Belles Gens mais n’avait pas été accepté. La professeure d’Histoire-Géographie envoya un premier groupe dans la longère.

Une fois que la porte se fut refermée sur eux, elle appela le groupe de Cédric. « Déjà ? Lâcha celui-ci sans se rendre compte qu’il avait parlé tout haut.
– Et oui, confirma madame Verone avec un imperceptible sourire en coin. Entrez donc. » Et elle leur ouvrit la porte pour les pousser à l’intérieur.

En entrant, ils ne virent pas de signe du groupe précédent. Ils n’eurent pas le temps de s’en étonner qu’une magicienne enveloppée leur souhaita la bienvenue, avec un sourire maternel, de derrière un comptoir en pierres surmonté d’une planche de bois polie. Etant donné la petitesse des fenêtres, il aurait dû faire sombre dans la pièce, mais des boules lumineuses flottaient partout, éclairant le tout d’une douce luminosité.

Et, finalement, l’intérieur était aussi beaucoup plus spacieux que ce qu’il semblait de l’extérieur, comme l’avait suggéré Jérémy. Plus spacieux et particulièrement encombré de tout un tas d’objets divers et variés qui allaient du gigantesque chaudron d’apparat à la plume de colibri en passant par tout ce qui était imaginable. Les quatre enfants issus du monde sans magie étaient ébahis.

« Je suppose que vous êtes là pour vos fournitures scolaires, leur dit la responsable des lieux en leur lançant un regard amusé.
– Oui, acquiesça Cédric pendant les autres confirmaient d’un hochement de tête. Où sont les autres ?
– Les autres ? Répéta la bonne femme. Oh, oui, ils doivent être dans les autres étages de la réserve. Nous disposons de cinq étages ! [à vérifier plus tard] Mais ne tardons pas, nous avons beaucoup de choses à voir ensemble. »

Elle alla fourrager dans un coin de la pièce et leur amena cinq petits chaudrons en marmonnant pour elle-même « … de vingt centimètres pour les devoirs… Et puis les petites louches en cuivre qui vont avec… Un assortiment d’herbes et de composants pour débutant chacun, et le produit d’entretien aussi… » Elle leur amena également des petites balances et de minuscules couteaux d’argent « Uniquement pour les préparations magiques, attention ! Ce ne sont pas de simples couteaux, alors prenez garde ! »

Une fois assurée qu’ils avaient compris sa mise en garde, elle leur donna aussi de petites lots de fioles « Attention, c’est fragile, ne les sortez pas de leur compartiment sauf si un professeur vous le demande ! » Ce qu’elle leur répéta en leur donnant de petites boules de cristal. La magicienne continua avec une collection de grimoires pleins de connaissances et de parchemins vierges, des plumes pour écrire avec leurs encriers et tellement d’autres objets que les enfants impressionnés se demandaient comment ils allaient pouvoir transporter tout ce fourbi.

Comme pour répondre à leur question informulée, la responsable des lieux leur apporta de grandes besaces en cuir à porter en bandoulière. Un grand symbole du Brouillard ornait les rabats des sacs. « Tout le monde les utilise maintenant, mais ces sacs sont des bijoux de magie ! Vous pouvez mettre trois fois le volume apparent à l’intérieur et ils ne pèseront pas plus lourd, leur expliqua-t-elle. En revanche, votre chaudron risque d’être trop encombrant. Il vaut mieux le fixer à l’extérieur. » Joignant le geste à la parole, elle leur montra comment fixer la anse du chaudron à la lanière du sac.

« Maintenant, le plus important pour votre vie de magiciens ! Les catalyseurs de magie ! »

 

2553 mots pour aujourd’hui. Ça fait peu pour un week end, mais c’était long de déterminer des noms !

NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 3

Ils émergèrent dans une salle similaire à celle qu’ils venaient de quitter, sauf qu’elle était peuplée de chaises rembourrées et tapissées de velours vermeil. Sur ces chaises étaient assis des élèves un peu perdus. De grandes fenêtres à meneaux laissaient entrer le soleil à flot et les rayons éclairaient de lourdes tentures colorées, pendues le long des murs. L’air paraissait lourd à respirer pour Cédric, lourd et plein d’énergie. Un jeune mage aux cheveux crépus leur adressa un sourire crispé et leur indiqua d’aller s’asseoir.

Stéphanie lâcha brusquement son ami : les mains du garçon s’étaient mises à crépiter d’électricité statique. « Ne t’inquiète pas, ça va passer. » Intervint une voix douce. Valentine avait fait irruption à côté d’eux et leur adressait un sourire lumineux. Elle avait attaché son abondante chevelure blonde en queue de cheval, mais certains cheveux se relevaient pour flotter tous seuls. « L’air est différent ici, continua-t-elle.
– J’ai vu ça ! » Acquiesça Stéphanie en attrapant Valentine pour une brève et joyeuse embrassade.

Les trois allèrent ensuite s’assoir sur les chaises qui étaient, sans aucun doute, les chaises les plus confortables sur lesquelles ils avaient eu l’occasion de s’asseoir. En regardant autour de lui, Cédric aperçut Henry, quelques rangs plus loin. Le garçon brun avait les cheveux redressés en bataille à cause de l’électricité statique et il remontait nerveusement ses lunettes sur son nez en jetant des coups d’œil curieux autour de lui.

D’autres élèves arrivaient par le miroir derrière eux, mais quelques uns arrivaient par la porte. « Je crois que nous allons être plus que ce que je pensais, mentionna songeusement Stéphanie en suivant son regard. Je n’avais pas compris que des gens vivaient de ce côté-ci.
– Moi non plus, appuya Valentine. Regarde ceux-là. »

Elle désignait un petit groupe de personnes au teint diaphane et vêtus comme des nobles du moyen-âge, qui toisaient les arrivants du miroir avec un air dédaigneux. « Ne faites pas attention à eux, lança un garçon brun qui s’assit à côté de Cédric. Ils regardent tout le temps tout le monde de haut.
– Qui sont-ils ? S’enquit curieusement Stéphanie.
– Ils se font appeler les « Belles Gens », répondit le garçon. Mais ils sont toujours méchants avec tous ceux qui ne sont pas comme eux. C’est à dire nous et tous les autres du peuple des fés.
– Il y a d’autres fés qui vont étudier avec nous ? Demanda Cédric.
– Peut-être, mais à part les Belles Gens, ils sont rares à vouloir étudier la magie.
– Comment sais-tu tout ça ? S’étonna Stéphanie.
– J’habite de ce côté ! Expliqua fièrement le garçon brun. Je m’appelle Jérémy. »

Les trois se présentèrent à leur tour, mais un bruit de chute interrompit leur discussion. Ils se retournèrent vers le miroir. Une fillette brune, aux cheveux frisés et plus petite que la moyenne, avait trébuché sur le cadre en entrant. Le jeune mage qui faisait l’accueil l’aida à se relever et elle fila s’asseoir en baissant la tête pour éviter les regards moqueurs. Les sièges de velours vermeil étaient presque tous occupés à présent.

Les portes de la grande pièce s’ouvrirent toutes seules. La directrice du collège, madame Dumoulin, et le directeur de l’établissement, monsieur Morin, firent irruption dans la salle. Ils n’étaient plus vêtus d’un tailleur ni d’un costume, mais de vêtements similaires à ceux des Belles Gens. Ils étaient suivis de cinq autres adultes habillés de la même manière, deux femmes et trois hommes.

L’une des femmes, vêtue de brun, portait un chapeau improbable, à larges bords et sur lequel une maquette de paysage bucolique était fixée. Alors qu’elle passait près de lui, Cédric remarqua que la rivière semblait véritablement faite d’eau courante. Il ouvrit des yeux ronds en apercevant une volée d’oiseaux de la taille d’un demi grain de riz s’envoler d’un arbre pour aller se regrouper de l’autre côté du chapeau, dont le centre formait une montagne.

L’autre femme possédait un accoutrement beaucoup plus strict, uniformément gris. Ses cheveux étaient rassemblés en un chignon lisse d’où ne s’échappait pas la moindre mèche. L’un des hommes, quant à lui, paraissait plus âgé que ses collègues, avec ses cheveux et sa barbe poivre et sel qui tendaient fortement vers le sel. Il portait une tunique orange et des bottes dépareillées. En passant, il adressait un sourire jovial aux élèves.

Les deux autres hommes étaient plus discrets. L’un habillé de bleu et au regard océan tellement profond qu’il en était dérangeant et l’autre paré de blanc et à l’air rêveur. Ce dernier paraissait faire partie des Belles Gens ; il arborait le même teint diaphane et marchait d’un pas particulièrement léger.

Une fois les cinq adultes montés sur l’estrade qui faisait face à l’armée de chaises rembourrées, la directrice parcourut l’assemblée d’un regard acéré. « Tous les élèves du côté non magique sont arrivés. Michel, tu peux fermer le miroir. » Le jeune magicien obtempéra et activa un levier. Une porte à double battants apparut et claqua sur le miroir. « Les élèves de ce côté ci sont présents également, continua madame Dumoulin. Fort bien. Nous allons pouvoir commencer. »

Le directeur de l’établissement s’avança alors à son tour, tandis que sa collègue lui laissait la place. « Chers élèves, je vous souhaite la bienvenue au sein du collège de magie des Alouettes. J’espère que vous allez passer une excellente et studieuse année auprès de vos professeurs. Ils vous encadreront de leur mieux et vous partageront leur érudition ainsi que leur savoir faire. Pour la majorité d’entre vous, vous ne connaissez pas encore la vie de ce côté du miroir, c’est pourquoi les sorties hors du collège seront sévèrement encadrées pour cette première année. De plus, nous ne pouvons pas vous laisser sortir par le miroir entre midi et deux ; les élèves du monde sans magie seront donc tous demi-pensionnaires. Je compte sur vous pour vous conduire de manière exemplaire et faire la fierté du collège des Alouettes. Je rends maintenant la parole à votre directrice.
– Merci monsieur Morin. »

Madame Dumoulin reprit place devant les élèves et leur expliqua : « Le matin, les cours commenceront à huit heures. Vous serez donc priés d’arriver au plus tard dix minutes avant. Les élèves de ce côté entreront par la grande porte et les élèves du monde sans magie entreront par ce miroir derrière vous. Je suis désolée pour lesdits élèves du monde sans magie, mais ils devront attendre jusqu’à dix-huit heures pour pouvoir quitter l’enceinte du collège. Sinon ils attireraient trop l’attention. Vous pourrez mettre ce temps à profit pour faire vos devoirs, notamment ceux que vous n’aurez pas l’occasion de faire dans le monde sans magie. Qu’est ce qui vous fait rire là-bas ? »

Les gloussements provenant des Belles Gens se turent instantanément sous le regard dur de la directrice. Certains affichèrent même une mine déconfite. « Je compte sur les élèves originaires de ce côté pour aider leurs camarades à se faire au monde magique. » Continua-t-elle. Jérémy leva le pouce à l’intention de Cédric, Stéphanie et Valentine avec un sourire fier, l’air de dire qu’ils pouvaient compter sur lui. « Vous allez être répartis en cinq classes [changer ça au début, avec le changement du nombre d’élèves etc] qui correspondent chacune à l’un des cinq éléments de base de la magie. »

Madame Dumoulin leur indiqua les tentures qui symbolisaient chacune un des cinq éléments. « Nous aurons la classe de l’air, de l’eau, du feu, de la terre et du brouillard. » A la mention du brouillard, Cédric, Stéphanie et Valentine échangèrent un regard surpris. Ils n’avaient jamais entendu parler du brouillard comme élément. Ils se seraient plutôt attendus à l’électricité ou le métal par exemple. Ils n’eurent pas l’occasion de poser la question à Jérémy car la directrice continuait son discours.

« Concernant les fournitures scolaires, nous allons vous les fournir. À la fin de cette réunion, une fois que vous aurez été répartis dans vos classes et que vous aurez signé le règlement intérieur, nous vous ferons une petite visite de l’établissement. Puis vous vous rendrez à la réserve où l’on vous remettra ce dont vous aurez besoin pour commencer l’année. »

Madame Dumoulin continua de leur expliquer comment allait se dérouler leur scolarité, mais Cédric commença à décrocher. Voyant une ouverture, Jérémy lui lança en chuchotant : « Tu pourras me raconter comment c’est de l’autre côté ? Et moi je te dirai tout sur ici. » Le garçon blond acquiesça avec un sourire. « Comment vous faites sans magie ? Continua le brun à l’air jovial.
– On a plein d’outils pour nous aider, expliqua Cédric.
– Et… »

Jérémy s’était montré trop enthousiaste. « Dites donc, les deux là-bas, c’est moi qui parle, les reprit sévèrement la directrice. Cédric Berger et Jérémy Rivière, je vous tiens à l’œil. » Elle avait l’air particulièrement sérieuse et les deux garçons reconnurent là une personne avec qui il ne fallait pas plaisanter. Le fait qu’elle connaissait leurs noms ne leur paraissait pas de bon augure non plus.

Madame Dumoulin reprit ses explications en gardant son attention sur les bavards. Son regard acéré les quitta bientôt pour scruter le reste des élèves pendant qu’elle parlait. « Chaque classe aura son professeur principal, mais vous serez amenés à les voir dans certaines matières. Je vous présente donc madame Dupont, professeure principale de la classe de la Terre. » Déclara la directrice en désignant la femme au chapeau improbable.

« Madame Verone, professeure principale de la classe du Brouillard. » Continua-t-elle en présentant la femme en gris à la mine sévère. « Monsieur Haut-Castel, professeur principal de la classe du Feu. » Le vieil homme adressa un clin d’œil à l’assemblée. « Monsieur Tani, professeur principal de la classe de l’Eau. Et monsieur Limael, professeur principal de la classe de l’Air. Maintenant, nous allons procéder à la répartition des élèves dans les classes. Je vais vous appeler un à un et vous irez rejoindre le professeur que je vous indiquerai. Y a-t-il des questions ? »

Un silence tendu lui répondit. Tous les élèves se sentaient soudain envahis du trac de savoir à quel élément ils allaient être affectés. Cédric remarqua, avec une pointe de jalousie, que Stéphanie et Valentine se tenaient fermement la main l’une de l’autre, craignant sans doute d’être séparées. Le garçon blond non plus ne voulait pas être séparé de la seule amie qu’il connaissait dans cet étrange collège.

 

1707 petits mots pour aujourd’hui ; il y aura beaucoup de choses à arranger, mais l’univers commence à prendre forme dans ma tête. Et si vous vous demandez comment les enfants vont être répartis dans les différentes classes : je n’en sais rien du tout et c’est stressant !

NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 2

Cédric commençait à se sentir émoustillé à l’idée d’être un magicien. N’était-ce pas là le rêve de tout le monde ? Il avait été impressionné par la démonstration de monsieur Morin qui avait fait apparaître des flammes dans sa main et celle de madame Dumoulin qui avait ravivé une plante verte en berne dans un coin de la salle. Le garçon était impatient de pouvoir faire des tours aussi époustouflants. Il était d’ailleurs en train de se concentrer pour faire apparaître du feu dans le creux de sa paume mais, à sa grande déception, rien ne se produisit.

« Souvenez-vous, précisa le directeur, et là je m’adresse aux futurs collégiens, qu’il y a peu de chance que vous parveniez à pratiquer la magie de ce côté-ci du miroir avant au moins l’année prochaine.
– Pourquoi donc ? S’enquit madame Legrand d’un ton incrédule.
– Parce qu’il y a très peu de magie à utiliser de ce côté, expliqua patiemment monsieur Morin. Il est donc très difficile de la capter pour des débutants. Malheureusement, il y en a juste assez pour pouvoir provoquer des accidents si la magie n’est pas maîtrisée. »

La mère de la fillette blonde ne parut pas convaincue. Sa fille, sans doute excédée de faire ainsi remarquer, leva les yeux au ciel et chuchota à madame Legrand d’arrêter d’intervenir. Cédric se sentit compatissant envers sa future camarade. Pour le moment, son père n’avait rien dit, mais il semblait ne pas moins en penser. Il assistait silencieusement à la réunion, les bras croisés et un air sérieux sur son visage. Le garçon estima que monsieur Legrand attendait d’être rentré pour exposer son point de vue à sa femme et sa fille. Son propre père agissait parfois ainsi.

A la fin de la réunion, quelques parents restèrent à l’extérieur de la mairie pour discuter de ce qu’ils venaient d’apprendre. « Je ne suis toujours pas entièrement convaincu, déclara le père de Cédric.
– Je pense que tu devrais, lui dit la mère de Stéphanie. Il y a le logo du ministère de l’Education de partout sur ces papiers. Ca semble plutôt officiel !
– Oui, mais c’est un peu bizarre quand même, insista Jérôme Berger. La magie n’est pas réelle ! »
Cédric se désintéressa de la conversation : il était lui-même convaincu et vu que les papiers avaient l’air officiels, il se disait que ses parents finiraient par se rendre à l’évidence. Stéphanie paraissait être du même avis et entraîna son ami plus loin, à la rencontre de la fillette blonde qui s’était éloignée de ses parents qui discutaient avec animation. En les voyant arriver, elle leur adressa un sourire timide.

« Bonjour ! Lui souhaita Stéphanie. Quelle drôle de nouvelle, n’est ce pas ? Moi c’est Stéphanie et lui, c’est Cédric.
– Moi, c’est Valentine, se présenta la fillette blonde. Je crois que mes parents ne sont pas très contents que je sois une magicienne.
– Ce n’est pas comme si tu l’avais décidé, nota le garçon.
– De toutes façons, c’est ce que j’aurais décidé quand même, précisa Valentine en souriant. Ca a l’air intéressant d’être une magicienne !
– Je trouve aussi, s’exclama joyeusement Stéphanie. Je suis impatiente de commencer, mais il y a les vacances avant.
– Oui, acquiesça Cédric. Mais c’est quand même vachement chouette les vacances. »

Il était aussi impatient de partir voir l’océan que de devenir un collégien magicien. Les deux filles allaient aussi passer des vacances au bord de l’eau salée, mais pas au même endroit que lui. En revanche, ils découvrirent que Stéphanie et Valentine allaient se retrouver au même endroit, ce qui réjouit les concernées. Les trois enfants continuèrent de parler de leurs futures vacances, jusqu’à ce que leurs parents les appellent pour rentrer chez eux.

 

Les parents de Cédric restèrent silencieux et pensif pendant le trajet. Une fois arrivés chez eux, Céline et Carine les accueillirent joyeusement en demandant à quoi avait servi cette réunion. « Et bien, commença Anne Berger après avoir échangé un regard avec son mari, en fait Cédric ne va pas étudier au même collège que toi.
– Ah bon ? S’étonna Céline. Mais pourquoi ?
– Pourquoi ? Renchérit la petite Carine qui paraissait déçue de savoir qu’il était possible de ne pas fréquenter les mêmes écoles que son frère et sa sœur. »

Jérôme et Anne s’entre regardèrent encore, prirent une grande inspiration et expliquèrent à leurs filles que leur frère allait étudier dans une école spéciale. « Une école spéciale ? Répéta Céline. Pourquoi ?
– Il est pas assez intelligent pour aller dans une école normale ? Proposa Carine qui affichait une mine concernée du haut de ses sept ans.
– Si si, lui assura leur père. C’est juste qu’il a certaines capacités qui nécessitent une école particulière. »

Les deux sœurs hochèrent gravement la tête en signe d’acquiescement. Un peu gêné par le tour que prenait la conversation, Cédric intervint : « Mais c’est pas grave, hein ! Je vais faire de la magie, c’est super cool !
– Oooh, s’exclama la benjamine ravie. Moi aussi je veux faire de la magie !
– Euh, ce n’est pas vraiment quelque chose qu’on peut décider, balaya Anne. Nous verrons ça quand tu devras entrer au collège. »

Céline paraissait sceptique malgré les explications. Ne sachant comment réagir, elle resta silencieuse alors que Carine babillait et posait tout un tas de questions, dont certaines auxquelles ses parents et son frère eurent du mal à répondre. A un moment, Jérôme et Anne coupèrent la conversation, car la famille devait finir de préparer les bagages pour partir en vacances le lendemain matin.

[probable coupure de chapitre]

Les affaires de vacances venaient d’être rangées, l’océan n’était plus qu’un souvenir et Cédric était obnubilé par sa rentrée prochaine. Maintenant qu’elle était proche, il était de plus en plus curieux de savoir en quoi consistait la vie d’un collégien magicien. Quelque part au fond de lui, une petite voix inquiétante lui chuchotait que, si ça se trouve, ce n’était qu’une vaste blague.

Pour se rassurer, il demanda à ses parents s’il pouvait inviter Stéphanie à passer l’après-midi avec lui au parc public qui entourait la mairie. Ils acceptèrent, de même que ceux de son amie, à la grande joie des deux enfants. Le parc était proche des deux foyers et Cédric et Stéphanie s’y retrouvèrent quelques minutes plus tard.

« Il faut qu’on parle, décréta la fillette aux cheveux châtains.
– Je suis d’accord, approuva le garçon.
– J’en ai parlé à Valentine pendant qu’on était en vacances au même endroit et…
– Valentine ?
– Oui, tu sais, la fille blonde qui était à la réunion avec nous, celle avec la maman pénible, lui rappela Stéphanie.
– Ah, oui. Je me souviens !
– Et bien je lui parlais de Lucas qui, lui, va aller au collège des Alouette de ce côté. Et elle m’a demandé si on lui avait parlé du fait que toi et moi n’allions pas être avec lui.
– On a pas eu le temps, réalisa Cédric. Il ne sait pas que nous ne serons pas avec lui…
– Exactement. Sauf que je ne sais pas si nous devons lui en parler ou pas.
– Il risque de nous prendre pour des fous, c’est ce que la directrice a dit pendant la réunion. »

Les deux amis réfléchirent un instant à cette implication. Ni l’un ni l’autre n’avait très envie que Lucas les prenne pour des fous, mais ils n’avaient pas non plus envie de lui mentir. Le problème était épineux. « Il va voir que ni toi ni moi ne sommes là à la rentrée, déclara Stéphanie.
– Et il va nous en vouloir de ne pas lui avoir raconté, prophétisa sombrement Cédric. En tous cas, je pense que je nous en voudrais à sa place. »

Ils méditèrent encore un peu sur la question mais, ne sachant quelle décision prendre au sujet de Lucas, leur discussion dériva sur leur prochaine rentrée. La fillette s’inquiétait qu’ils n’aient pas reçu de liste des fournitures. Heureusement, Cédric avait la réponse : sa mère lui avait dit que le collège des Alouettes de l’autre côté du miroir leur fournirait tout ce dont ils auraient besoin. Ils passèrent le reste de leur conversation à essayer de deviner comment ils allaient vivre leur vie de collégiens magiciens.

 

Une semaine plus tard, c’était le grand jour. Anne et Jérôme Berger semblaient aussi nerveux que leurs fils. Pour eux aussi l’entrée au collège de magie était un saut dans l’inconnu. Jérôme avait pris sa matinée pour amener Cédric au collège. Le directeur Morin avait expliqué que l’entrée se trouvait au sein du collège des Alouettes de leur côté et cela était répété à plusieurs endroits sur les papiers d’information.

Leur chemin croisa celui de Stéphanie qui se rendait aussi au premier jour de rentrée accompagnée de son père. Les deux papas avaient décidé qu’ils passeraient un moment ensemble non loin du collège, au cas où il y ait un souci. Ils tâchèrent de ne pas le montrer à leurs enfants, mais ils n’étaient pas très à l’aise avec le concept de collège de magie.

Les futurs magiciens étaient les seuls à faire leur rentrée ce jour là. Une personne les accueillit à l’entrée du collège des Alouettes et leur indiqua un bâtiment dans lequel ils devaient se rendre. Après un instant d’hésitation, les deux pères suivirent curieusement leurs enfants au sein de la cour de l’établissement, jusqu’au bâtiment indiqué. La directrice Dumoulin les attendait dans une grande salle vide, dans laquelle trônait un immense miroir, encadré de moulures qui étaient sculptées de petits personnages et de feuilles entrelacés.

« Bonjour, leur dit-elle. Je suis désolée mais, à partir d’ici, seuls les élèves sont autorisés à continuer. » Un peu déçus, Jérôme et Marc firent leurs dernières recommandations. Madame Dumoulin attendit patiemment qu’ils aient terminé, puis indiqua le miroir aux deux enfants. « Veuillez entrer. Ne vous inquiétez pas, cela ne fait pas mal. »

Après un dernier regard en direction de leurs parents, Cédric et Stéphanie se dirigèrent en direction de l’objet qui était plus haut et plus large qu’une porte. Ils voyaient leurs reflets afficher une mine peu rassurée et s’efforcèrent de reprendre un peu contenance. Se prenant la main l’un de l’autre par réflexe, ils prirent une grande inspiration et passèrent de l’autre côté du miroir.

 

1713 petits mots pour aujourd’hui, je pense qu’il faut que j’agrandisse ma liste de prénoms et de noms de famille que je vais utiliser. Et j’ai déjà noté des trucs à rajouter dans mon carnet.

NaNoWriMo 2017 : À l’École de l’Autre Côté du Miroir, jour 1

Cédric, du haut de ses dix ans, se sentait grand. L’année prochaine il allait passer au collège et, comme il l’avait souvent entendu dire, c’était une étape importante dans la vie. Il ne lui restait que quelques semaines à vivre en tant que CM2 et il sentait bien qu’une fois qu’il aurait quitté l’école primaire, ce serait définitif et qu’il serait désormais considéré comme un « grand ».

Ce dernier point le rendait fier, mais l’inquiétait aussi un peu. Il craignait de prendre des décisions infantiles, ce qui ne manquerait pas de faire qu’on se moque de lui. Lorsqu’il en avait parlé à ses parents, ils l’avaient rassuré en lui disant que, justement, le passage au collège allait l’aider à savoir comment prendre des décisions de « grand ». Cédric avait accepté l’explication. Il était impatient de savoir comment les professeurs du collège allaient lui apprendre des choses si importantes.

Il savait déjà dans quel collège il allait se rendre : le collège des Alouettes [nom à confirmer] qui se trouvait à cinq minutes à pied de chez lui. Cet établissement se trouvant en face de son école primaire, il avait souvent vu des collégiens y entrer et sortir. Ils lui paraissaient impressionnants, ces collégiens, et il espérait produire la même sensation sur les petits primaires lorsqu’il se trouverait à leur place.

Cédric était pressé, mais il savait qu’il avait d’autres étapes avant de mériter le titre de collégien. Il y avait les vacances d’été, bien sûr, mais aussi une réunion à la mairie dès le début des vacances. Cette nouvelle avait eu l’air de surprendre les parents du garçon, qui n’avaient pas eu de convocation à la mairie pour Céline, la sœur aînée de Cédric. La mère avait conclu que les choses avaient dû changer. Après tout, Céline avait trois ans de plus que son frère et tout le monde savait qu’il y avait souvent des réformes dans l’Education Nationale.

Il y avait en revanche quelque chose à propos de laquelle le garçon ne s’inquiétait pas : il savait que la plus grande partie de ses camarades de CM2 allait se retrouver au collège des Alouettes. Il y avait donc de grandes chances d’être dans la même classe que certains d’entre eux. Il espérait y retrouver Lucas et Stéphanie, ses deux meilleurs copains, mais de savoir qu’il verrait des têtes familières dans tous les cas le rassurait.
Tout s’annonçait donc plutôt bien, jusqu’à la fameuse réunion des futurs collégiens à la mairie.

 

Il faisait chaud en ce début juillet, jour de la réunion à la mairie. Ses deux parents accompagnaient Cédric, après l’avoir vêtu comme pour un mariage et soigneusement coiffé ses cheveux blonds, pendant que Céline gardait Carine, la benjamine. Le garçon aimait bien la mairie de son quartier. Il avait toujours l’impression d’entrer dans un château lorsqu’il y mettait les pieds. Cette fois ne fut pas différente des autres et il se sentit particulièrement important lorsque ses parents le firent entrer dans la salle de réunion qui leur était dévolue.

La pièce lui paraissait immense, avec ses grandes fenêtres, son estrade, le vieux parquet poli et grinçant et les chaises en partie occupées d’adultes et d’enfants. « Oh, tiens, regarde Cédric : il y a Stéphanie là-bas, s’exclama sa mère en désignant une fillette aux cheveux châtains.
– Allons les rejoindre ! » Renchérit son père qui s’entendait bien avec Marc Couture, le père de Stéphanie.

Cédric se retrouva entre sa mère, qui s’était assise près de madame Couture, et son amie, tandis que les pères s’assirent de l’autre côté de la petite fille. « Tu ne trouves pas que c’est bizarre ? Chuchota Stéphanie au garçon une fois assurée que les parents ne les écoutaient pas.
– De quoi ? S’enquit le garçon toujours enchanté d’assister à une réunion à laquelle même Céline n’avait pas participé.
– Il n’y a pas les autres de la classe, lui expliqua son amie en roulant des yeux. Normalement il devrait y en avoir d’autres. »

Cédric parcourut l’assemblée du regard. Presque toutes les chaises étaient occupées, ce qui signifiait qu’il ne manquait plus grand monde. Et, effectivement, il n’y avait pas d’autres personne de leur classe, à part Henry. Cédric laissa échapper une grimace ; il ne l’aimait pas. Il ne le disait pas trop, parce qu’Henry avait le malheur d’être orphelin et cela paraissait assez mal vu de ne pas apprécier un orphelin. Il fallait au contraire se montrer compréhensif envers lui.

Mais Cédric n’arrivait pas à le trouver sympathique. Il se contentait donc de l’éviter, ne sachant trop comment il devait se comporter avec lui. Henry était un enfant brun à lunettes et plutôt discret. Il était accompagné d’une vieille tante acariâtre qui regardait tout le monde avec un air pincé. Malgré sa discrétion, le jeune Henry se retrouvait souvent au milieu des bêtises provoquées à l’école mais en était rarement puni, certainement parce qu’il n’avait plus de parents. Cela avait le don d’irriter Cédric, qui ne trouvait pas cette situation entièrement juste.

Comme s’il avait deviné que Cédric pensait à lui, Henry tourna la tête dans sa direction, provoquant un éclair avec le verre de ses lunettes, et lui adressa un sourire. Le garçon blond répondit machinalement, avant de reporter son attention sur Stéphanie qui attendait son verdict. « Peut-être que Lucas est en retard ? Suggéra Cédric.
– Peut-être, oui, mais il en manque beaucoup d’autres… »

Les deux amis n’eurent pas le temps de faire plus de suppositions. Un homme et une femme qui arboraient des airs importants venaient de faire irruption dans la salle. Pendant que l’homme fermait la porte, sa collègue était déjà sur l’estrade en train d’adresser un regard inquisiteur à l’assemblée devant elle.

« Bienvenue mesdames et messieurs, leur lança-t-elle sans préambule. Vous êtes ici parce que vos enfants vont entrer au collège. » Il y eut un murmure d’assentiment dans la salle, pendant que l’homme qui avait fermé la porte rejoignait l’estrade. « Je suis madame Dumoulin, la directrice du collège des Alouettes, de l’autre côté du miroir, et voici monsieur Morin, le directeur de l’établissement complet qui regroupe le collège et le lycée. »

« Mais ce n’était pas madame Lapierre la directrice du collège ? S’étonna en murmurant pour elle-même la mère de Cédric. Céline ne m’a pas dit qu’elle avait changé.
– En tous cas, les papiers du collège ont gardé le nom de madame Lapierre, précisa la mère de Stéphanie toute aussi interloquée.
– Certains d’entre vous sont peut-être surpris de nous voir en tant que directeur et directrice, lança madame Dumoulin comme si elle savait ce qu’il se passait dans les têtes de tout le monde. C’est parce que nous ne sommes pas directeurs du collège des Alouettes, mais du collège des Alouettes de l’autre côté du miroir. »

Un silence perplexe régna quelques secondes, pendant lesquelles les parents et enfants essayaient de comprendre ce qu’elle voulait dire par là. « Qu’est ce que cela veut dire de l’autre côté du miroir ? S’enquit sèchement la tante d’Henry.
– Cela signifie que notre établissement est le miroir du collège des Alouettes, intervint le directeur Morin d’une voix douce mais ferme. Il accueille des élèves dotés de capacités… particulières. »

Un brouhaha d’inquiétude s’éleva dans la salle. « En quoi nos enfants sont-ils particuliers ? Lança le père de Stéphanie d’une voix forte.
– Ils ont la possibilité de devenir des pratiquants de la magie, expliqua monsieur Morin. Cela a été détecté lors de leur test d’entrée au collège, c’est pourquoi nous avons organisé cette petite réunion : pour vous informer de l’entrée de vos enfants dans un collège dévolus aux magiciennes et magiciens. »

Un silence lourd se fit, pendant lequel les parents essayaient de déterminer s’il s’agissait d’une plaisanterie. Comme personne ne surgissait en criant « Caméra cachée ! » et que madame Dumoulin et monsieur Morin paraissaient particulièrement officiels, ils commencèrent à échanger des regards interrogateurs les uns avec les autres et à peser les propos qu’ils venaient d’entendre.

« Du coup, nos enfants ont des pouvoirs magiques ? Vérifia une maman.
– C’est tout à fait cela, confirma madame Dumoulin.
– Mais, c’est une blague ? Osa un papa.
– Pas le moins du monde, assura monsieur Morin.
– Hmpf et si, dans l’hypothèse où vous ne nous racontez pas de fariboles, commença la mère d’une fillette blonde au visage doux, nos enfants sont-ils obligés d’aller dans votre établissement ? »

Le directeur et la directrice échangèrent un regard entendu. « Ce n’est pas vraiment que vous êtes obligés, précisa madame Dumoulin. Mais vos enfants risquent gros si personne ne leur apprend à canaliser leurs pouvoirs magiques.
– Gros comment ? S’inquiéta le père de Cédric.
– Avez-vous déjà entendu parler de cas de combustion spontanées ? Demanda monsieur Morin. Parce que c’est le genre de chose qui peut arriver. »

Une vague d’inquiétude parcourut l’assemblée. Cédric surprit les regards de ses deux parents qui le fixaient d’un air pensif. Les parents de Stéphanie couvaient leur fille du même regard. Personne ne semblait vraiment savoir comment réagir. Le garçon et son amie s’entre regardèrent : ils avaient du mal à croire qu’ils étaient des magiciens. Cédric ne se souvenait pas d’avoir déjà fait de la magie.

« Hum, reprit la maman de la fillette douce et blonde, et au niveau des études, votre éducation offre quels débouchés ? Et est ce qu’il est possible d’avoir des équivalences avec des établissements normaux par la suite ? Ou alors, serait-il possible de faire un programme accéléré d’appropriation des pouvoirs magiques pendant l’été, pour reprendre un cycle normal dès la rentrée ?
– Non, balaya monsieur Morin. L’étude de la magie est un sujet vaste qui ne peut, en aucun cas, être maîtrisé pendant deux mois d’été.
– Mais ma fille est surdouée, vous savez, précisa la mère.
– Ce n’est quand même pas possible, insista le directeur. En revanche, nous sommes en lien direct avec l’Education Nationale et je peux vous assurer que des équivalences sont possibles pour des élèves qui voudraient par la suite faire des carrières non magiques. »

N’ayant plus rien à demander, la mère de la fillette blonde se tût. Cédric était prêt à parier qu’elle cherchait autre chose à dire. Pendant ce temps, dans la salle, le brouhaha enflait de nouveau. Les parents étaient tous en grande discussions entre eux au sujet de cette école de magie dont ils n’avaient jamais entendu parler et que c’était une honte que le gouvernement dissimule des informations pareilles.

Les directeurs rétablirent le silence et ils entreprirent d’expliquer comment se déroulait la scolarité des élèves magiciens. Cédric estima que cela ressemblait beaucoup à la vie de collégien telle que la lui avait décrite sa sœur Céline, sauf pour les matières. Celles-ci ne se nommaient pas histoire-géographie, français, mathématiques ou anglais, mais plutôt [équivalents à trouver en rapport avec la magie, et puis les langues vivantes et les langues mortes pour la magie etc, comme mathémagiques par exemple].

La mère de la fillette blonde se présenta finalement comme madame Legrand et elle posa des questions sur chacune des matières. Et ce, jusqu’à ce que madame Dumoulin lui dise qu’il n’était pas nécessaire des les interrompre sans cesse, puisqu’ils allaient distribuer un fascicule d’informations à l’issue de la réunion. Madame Legrand afficha la même tête que si elle avait croqué dans un citron, mais se tint silencieuse jusqu’à la fin de l’exposé.

Cédric tourna la tête vers Stéphanie qui se penchait vers lui. « Il y a trente quatre enfants en plus de nous, chuchota-t-elle. Nous allons être dans de toutes petites classes !
– Comment tu le sais ? S’étonna le garçon.
– Parce qu’ils ont dit que nous allons être répartis dans trois classes. Et nous sommes trente six, ce qui fait que nous serons des classes de douze. »

Son ami hocha la tête. Il ne savait pas pourquoi Stéphanie tenait autant à tout le temps savoir combien ils étaient et qui ils étaient. A chaque début d’année, elle était toujours la première à se souvenir des prénoms et noms de leurs camarades. Elle retenait même l’ordre de l’appel de début de classe. Lorsque Cédric lui avait demandé pourquoi elle faisait cela, elle avait haussé les épaules et lui avait répondu « On ne sait jamais ! » Il s’était alors demandé si elle le savait elle-même. Le garçon se posait encore la question alors qu’il la regardait scruter leurs futurs camarades avec attention.

Tandis que son amie s’absorbait dans une étude approfondie des autres enfants, Cédric se pencha vers sa mère pour lui chuchoter : « Maman ?
– Oui mon chéri ?
– C’est vrai que… Que je suis un magicien ?
– Et bien… Hésita madame Berger. Il s’avère que quelques petites choses étranges ont eu lieu quand tu étais petit.
– Ah bon ? S’étonna le garçon blond.
– Oui, disons que tu générais beaucoup d’électricité statique, surtout quand tu étais contrarié. »

 

2132 mots pour aujourd’hui ! Comme vous l’aurez remarqué, cette fois j’ai l’impression que je vais vraiment réussir à faire un roman jeunesse !

NaNoWriMo 2017

Salutations !

Ça fait teeellement longtemps que je n’ai pas posté ici ! Et pourtant, je ne suis pas inactive. Dans tous les cas, rassurez-vous, il va de nouveau y avoir de l’activité ici, notamment avec l’arrivée prochaine du NaNoWriMo, auquel je vais encore participer. Pour rappel, le NaNoWriMo est un évènement qui se déroule pendant le mois de novembre et où le but est d’écrire un roman de 50 000 mots du début à la fin pendant les 30 jours. Comme je trouvais que ce n’était pas assez, cette année je suis aussi co-ML du NaNoWriMo pour la région Auvergne-Rhône-Alpes. Ça signifie que je suis une des deux personnes qui font le lien entre le NaNoWriMo et les NaNoteurs de la région.

(Du coup, hein, si ça vous intéresse de participer et de faire partie de la communauté, inscrivez-vous là https://nanowrimo.org, choisissez-vous une « Home Region » parmi Auvergne-Rhône-Alpes, Lille, Nancy, Paris et/ou Elsewhere, et contactez-moi si vous avez des questions).

Tout ça est très beau, mais je ne sais pas encore ce que je vais écrire pendant ce NaNo. J’hésite entre plusieurs trucs, et il y a de grandes chances que je ne me décide que quelques jours avant le début (comme la plupart du temps, en fait).

Concernant mes projets du moment, il y a longtemps j’avais parlé d’enregistrer certaines de mes petites histoires et d’enregistrer une histoire racontée. C’est en cours, même si en ce moment j’ai tendance à oublier que j’ai ce projet sur le feu. Il faut dire que mon activité principale consiste à m’inquiéter de savoir à qui j’envoie Le Cœur de l’Hiver (vu que je n’ai pas eu de réponses) et de faire des relances pour les non-réponses, à corriger le premier tome d’Arkhaiologia en vue d’avoir une version bêta et d’autres trucs de cet ordre.

À bientôt pour de nouvelles aventures en tous cas, et rendez-vous le 1er Novembre pour le NaNoWriMo !