NaNoCamp Avril 2017 J : Préquelles Arkhaiologia

Alors qu’ils questionnaient leur invitée sur les divers plats et boissons qu’elle avait fait apparaître et que celle-ci leur répondait la bouche pleine, une sirène retentit à l’extérieur. Ils s’interrompirent. « Qu’est ce que c’est ? S’inquiéta Déa après avoir avalé sa bouchée. Un danger ? » Les deux amis échangèrent un nouveau regard incertain. Leur réflexe suivant fut d’attraper leurs téléphones à la recherche d’informations. La jeune femme amnésique ne posa pas plus de questions, mais Valentin et Béatrice perçurent une petite piqûre dans un coin de leur esprit.

« Personne ne doit sortir et ceux qui sont dehors doivent se diriger vers l’abri le plus proche, résuma le jeune homme.
– Ce n’est pas une alerte toxique, renchérit Béatrice, mais il n’y a pas trop d’indications sur ce que c’est.
– Il faudra certainement attendre les infos pour savoir, soupira-t-il. De toutes façons… » Un barrissement assourdissant retentit, l’empêchant de terminer sa phrase.

« Quoi encore ? Lâcha Valentin avec nervosité.
– Pour une fois, je sais ce que c’est ! S’exclama joyeusement Déa. C’est un dragon. Un jeune je dirais.
– Un dragon ? S’étrangla Béatrice. Comment tu sais ça ? Ohlàlà, on avait pas encore vu de dragon… Il faut que je le voie !
– Tu veux aller voir un dragon ? S’ébahit son ami en roulant des yeux effarés. Tu es folle, c’est beaucoup trop dangereux !
– Oh non, ce n’est pas si dangereux si on sait comment s’y prendre, lui assura Déa. Et s’il est suffisamment jeune, il ne sait pas encore cracher.
– Comment sais-tu tout ça ? S’enquit Béatrice.
– Aucune idée. »

Sur ces mots, la femme aux yeux dorés se leva et, avisant que la porte-fenêtre de la cuisine donnait sur un balconnet, sortit à l’extérieur. Les deux amis se concertèrent brièvement du regard avant de la suivre. Une fois dehors, Déa inspira profondément l’air nocturne. « Je n’ai jamais vu une ville pareille, murmura-t-elle. Et l’odeur est bizarre. » Elle se racla la gorge, inspira une nouvelle fois et poussa un barrissement similaire à celui du dragon. Après quelques poignées de secondes, elle réitéra, mais sur un timbre légèrement différent. Le temps continua de s’écouler sans qu’il ne se passe rien. Une brise fraîche les effleura.

Les deux amis commençaient à se demander ce qu’ils attendaient lorsque de lourds battements claquèrent au dessus du petit balcon. Leurs yeux s’arrondirent en voyant un dragon de la longueur d’une petite voiture s’accrocher à la rambarde et faire face à Déa. Cette dernière, souriante, flatta la tête de l’animal dont les écailles projetaient des éclairs rouges à la lumière des lampadaires et de l’éclairage de l’appartement de Valentin. « Je peux le caresser ? S’enquit Béatrice avec envie. Je n’aurais jamais cru voir un véritable dragon un jour.
– Bien sûr, l’invita Déa. Il était un peu perdu et paniqué, mais il se sent mieux à présent. Il ne mordra pas. »

L’amie de Valentin leva doucement la main en direction du petit dragon. Celui-ci se tourna vers elle et lui adressa un sifflement de mise en garde. La femme aux yeux dorés rassura l’animal, qui consentit à se laisser effleurer par Béatrice. « Ses écailles sont douces et chaudes ! Commenta-t-elle joyeusement. Essaie ! » Lança-t-elle ensuite au jeune homme. Ce dernier ne se fit pas prier et s’approcha à son tour du petit dragon. Après avoir étudié tous les mythes liés aux dragons, il était enchanté d’en voir un et avait même du mal à y croire.

NaNoCamp Avril 2017 J-1 : Préquelles Arkhaiologia

La femme aux yeux dorés semblait affectée par son incapacité à se remémorer quoique ce soit. Avec les questions de Béatrice, elle avait réalisé qu’elle ne se souvenait pas qui elle était. Elle avait pu donner le prénom – ou peut-être était-ce un surnom – de Déa, mais impossible de se souvenir de la personne qu’elle était. C’était une sensation perturbante. Et irritante, aussi.

« Il y a une chose qui me vient à l’esprit, déclara-t-elle. C’est que je ne suis pas seule : je fais partie d’un groupe. Ils peuvent m’aider, j’en suis sûre !
– Un groupe ? Quel groupe ? S’enquit Béatrice avec curiosité.
– Pas un grand groupe, précisa Déa. C’est plus… Je ne me rappelle pas. Un peu comme une famille je dirais.
– Mais pas ta famille ? » Vérifia Valentin qui cherchait désespérément ce qu’il pouvait noter à propos de tout ça. Il y avait eu bien peu de révélations et il ne pouvait s’empêcher de se sentir un peu déçu.

« Je ne crois pas… Enfin, peut-être, je ne sais pas. Mes souvenirs sont vraiment très confus, c’est énervant ! » La jeune femme aux yeux dorés pinça les lèvres en une moue boudeuse. « L’un d’entre eux est médecin, murmura-t-elle. Il pourra m’aider.
– Tu sais où il travaille ? Demanda Valentin.
– Ou un numéro de téléphone qu’on pourrait appeler ? Poursuivit Béatrice.
– Un numéro de téléphone… Répéta pensivement Déa. Je connais les termes, mais j’ai du mal à voir à quoi ils correspondent. »

Cette déclaration prit les deux amis de court. Ils échangèrent un regard : la condition de l’inconnue était-elle plus grave que ce qu’ils avaient cru de prime abord ? Valentin désigna l’appareil qu’il avait en main pour prendre des notes. « C’est ça, un téléphone, déclara-t-il. Est ce que ça te dit quelque chose ?
– Non, je n’ai jamais vu un objet comme ça. » Déa fit rapidement le tour de la pièce du regard avant de reprendre : « D’ailleurs, je n’ai jamais vu une maison comme celle-là non plus. Je ne connais pas l’utilité de la moitié des choses qui se trouvent ici…
– C’est bizarre. » Commenta Béatrice.

Les trois restèrent un instant silencieux. Un courant d’air nocturne les caressa tendrement. Le jeune homme songea à la petite fée et jeta un rapide coup d’œil autour de lui à sa recherche. Ne voyant nulle part la douce luminosité qui nimbait la petite créature, il en conclut qu’elle avait dû s’envoler par la fenêtre qu’il avait laissé ouverte. Il se leva pour aller la fermer, un peu triste que la fée soit partie et espérant qu’elle était heureuse de profiter de sa liberté. Il se tourna de nouveau vers les filles, qui le considéraient calmement. « Tu avais froid ? » S’enquit Béatrice. Il acquiesça machinalement et retourna s’asseoir.

« Tu n’avais pas froid, corrigea Déa. Tu pensais à une petite faerie. Une fée.
– Comment sais-tu cela ? S’étonna Valentin.
– Tu ne lui as pas donné de nom, continua l’inconnue, même si tu penses à elle sous le nom de Clochette. Tu ne l’as pas nommée ainsi car elle ne tinte pas, elle pousse des trilles plutôt. » Déa se tut un moment, puis sourit : « Il semblerait que je puisse lire vos pensées. Mais je vais arrêter, ce n’est pas très sympa de faire ça sans autorisation.
– Waw, c’est impressionnant, balbutia le jeune homme. Je ne m’attendais pas à ça ! Et, euh, merci d’arrêter, c’est perturbant. »

Béatrice exhala bruyamment et se redressa pour aller ouvrir le réfrigérateur de son ami. « Hé, Val ! L’appela-t-elle. Tu n’as rien de plus fort que du lait ? Plus une seule bière ni rien ?
– Et non, je n’ai plus rien, c’est pour ça que j’étais si content de venir manger chez toi.
– Manger, quelle bonne idée, intervint joyeusement Déa. Je suis affamée ! » Comme elle avait fait apparaître ses vêtements, elle créa un petit festin sur la table basse devant elle. La pièce s’embauma instantanément de riches odeurs culinaires.

« Je pense que je risque de m’habituer un peu trop rapidement à ce genre de possibilité. » Commenta Béatrice en avisant une chopine remplie d’un liquide qui ressemblait un peu à de la bière. « Qu’est ce que c’est ?
– De la cervoise. » Répondit Déa la bouche pleine. Elle-même s’était jetée sur les plats comme si elle n’avait pas mangé depuis des jours. « Faites-vous plaisir, hein. » Ajouta-t-elle à l’intention des deux autres. Repus, ils avisèrent plutôt les boissons et découvrirent des goûts épicés auxquels ils n’étaient pas habitués.

NaNoCamp Avril 2017 J-2 : Préquelles Arkhaiologia

Une fois chez lui, ils installèrent leur sauveuse sur le canapé. « Tu n’aurais pas quelque chose pour la couvrir ? » S’enquit Béatrice. Pendant que son ami se rendait dans sa chambre à la recherche d’habits, elle s’assit en face de l’ancienne blessée pour lui demander : « Ça va mieux ? » Son interlocutrice la fixa droit dans les yeux, sans répondre, mais sans se départir de son sourire. « Mon ami est allé chercher des vêtements. » Continua Béatrice. Elle n’obtint toujours pas de réponse et se fit la réflexion que cette étrange inconnue n’avait pas l’air particulièrement gênée par sa nudité. De plus, elle paraissait avoir un peu récupéré ses esprits ; ses yeux étaient moins vides et inspectaient la pièce autour d’elle.

« J’espère que ça ira… » Valentin revenait avec de vieux vêtements à lui. Il les déposa près de leur sauveuse, qui pencha la tête d’un air intrigué. « C’est pour toi, précisa le jeune homme. En attendant qu’on trouve mieux.
– Je devrais peut-être ramener des choses de chez moi, suggéra Béatrice.
– C’est surtout le moment d’appeler les secours, ou la police, ou je ne sais pas, non ?
– Je ne sais pas. » La jeune femme fit la moue en jetant un regard à leur sauveuse qui les considérait à présent calmement, toujours sans mot dire, en tortillant une mèche de cheveux châtains.

« Même avec tous ces êtres féériques dehors, je me vois mal dire à qui que ce soit que nous avons trouvé une femme blessée qui s’est régénérée en quelques minutes, plaida Béatrice. Elle était perdue, mais elle semble avoir presque entièrement retrouvé ses esprits. Dans les faits, il n’y a presque plus de raisons d’appeler qui que ce soit. Avec un peu de chance, elle va finir par retrouver la mémoire et la parole. N’est ce pas ? » Lança-t-elle à l’intention de l’inconnue.

Celle-ci lui répondit avec un sourire, puis inspecta les habits apportés par le jeune homme. Ce faisant, la veste que lui avait prêté Béatrice glissa de ses épaules. Elle inspecta alors sa propre nudité, comme si elle découvrait seulement maintenant son manque d’apprêts. Elle pouffa de rire et prononça quelques phrases de manière volubile. « Je suis désolé, s’excusa Valentin. Je ne comprends pas ce que vous dites.
– Moi non plus, renchérit Béatrice. Et je ne vois même pas de quelle langue il peut s’agir. Mais elle a l’air d’aller mieux ! »

L’inconnue lui sourit de nouveau et hocha affirmativement la tête. Elle se leva, la veste tombant totalement, et parut se concentrer tout en faisant un petit geste fluide. D’étranges vêtements firent leur apparition sur le corps de l’étrangère. [à déterminer] Les deux amis restèrent interdits face à ce spectacle. Ils venaient d’avoir la preuve que des humains magiciens existaient bel et bien, s’ils n’en avaient pas été convaincus en voyant une écorchée guérir à vue d’œil.

« Voilà qui est mieux ! Se réjouit l’inconnue qui parlait avec la précaution de ceux qui n’étaient pas entièrement à l’aise avec la langue.
– Ce n’est peut-être pas très discret, commenta Béatrice par devers elle.
– Mais vous parlez notre langue ? S’étonna Valentin.
– Maintenant oui, confirma l’étrangère. Je ne connaissais pas cette langue, mais j’ai l’impression de l’avoir apprise plutôt vite !
– Vite ? Ça fait combien de temps que tu es ici ? S’enquit curieusement Béatrice.
– Oh, je m’étais réveillée depuis quelques minutes lorsque je vous ai rencontrés. »

L’inconnue s’assit de nouveau sur le canapé, avec un froncement de sourcil, comme si elle réfléchissait. « J’ai du mal à recoller les morceaux, avoua-t-elle. Mon cerveau est un peu embrumé…
– Tu dois être chamboulée par ce qui t’est arrivé, supposa Valentin. Quand nous t’avons vue, tu étais à moitié écorchée.
– Écorchée ? Répéta l’étrangère.
– Oui, c’est sûr, tu vas beaucoup mieux maintenant, balbutia le jeune homme. Enfin bref… Comment tu t’appelles ?
– Déa, je crois. En tous cas, ça me dit quelque chose de m’entendre appeler ainsi. » Elle se racla la gorge. « J’ai soif. » Elle avait l’air étonnée.

Béatrice se leva et alla lui chercher un verre d’eau, puis vint s’assoir sur le canapé à côté de Déa, tandis que Valentin s’installait face à elles. La nouvelle venu intriguait beaucoup les deux amis. De plus, en tant que magicienne, elle faisait partie de leur sujet d’étude – tant à l’une qu’à l’autre – et ils avaient envie d’en savoir plus. Comme elle leur paraissait encore un peu perdue, ils décidèrent d’un accord tacite d’y aller doucement avec elle. Ce qui n’empêcha pas le jeune homme de prendre son téléphone en main pour prendre des notes de leur échange ; il doutait que Déa ait envie d’être enregistrée.

« Je n’arrive pas à me souvenir, souffla-t-elle d’un air contrarié.
– De quoi ? Demanda Béatrice.
– De rien, c’est bien le problème.
– Peut-être qu’on pourrait essayer de te poser quelques questions, suggéra Valentin à l’ancienne écorchée. Ça pourrait peut-être suffire à te rafraîchir la mémoire sur certaines choses. Après tout, ça a fonctionné pour ton prénom.
– Moui, lâcha Déa d’un air peu convaincu. D’accord, essayons.
– Chouette ! Se réjouit Béatrice. Je commence ! »

Elle se frotta les mains et plongea ses yeux noisettes dans ceux, presque dorés se rendit-elle compte, de Déa. « Alors, commença l’amie de Valentin, d’où viens-tu ?
– De… Je ne sais pas, réalisa l’étrangère. De partout et de nulle part j’ai l’impression.
– Mmmh, commenta brièvement Béatrice. Et quelle était cette langue que tu parlais tout à l’heure ? Elle ne me rappelle rien que je connais.
– Vu le nombre de langues que tu connais, ce n’est pas étonnant, la taquina son ami. »

Tandis que Béatrice ripostait en jetant un coussin en direction de la tête de Valentin, Déa prononça pensivement quelques mots dans la langue en question. Elle secoua la tête et déclara : « Je n’ai pas l’impression qu’il existe un mot dans votre langue pour la mienne… C’est bizarre, je ne comprends pas. »

Valentin ne saisissait pas ce que voulait dire la femme aux yeux dorés. Les pensées se bousculaient dans sa tête. Les yeux dorés étaient-ils une manifestation des capacités surnaturelles de Déa ? Cette couleur n’existait pas naturellement, si ? L’amnésie de Déa était-elle temporaire ? Qu’avait-il pu lui arriver pour qu’elle ait apparu ainsi écorchée ? Quand pourrait-il le savoir ? Fallait-il l’emmener à la police ? Ou à l’hôpital pour son amnésie ? Tout se brouillait dans sa tête. Pendant ce temps, Béatrice avait continué de questionner la magicienne. Malheureusement, Déa n’avait pas grand chose à leur apprendre ; le peu dont elle se souvenait était confus.

NaNoCamp Avril 2017 J-4 : Préquelles Arkhaiologia

Son ami comprenait son désarroi. Embêté de ne rien pouvoir faire, il lui proposa une promenade digestive. Prendre l’air leur changerait peut-être les idées à tous les deux. Ils plièrent les cartons de pizza avant de les descendre et de sortir. Il était encore tôt, suffisamment pour que le soleil ne soit pas entièrement couché. « Où veux-tu aller ? s’enquit Valentin.
– Le parc est peut-être encore ouvert à cette heure-ci, supposa la jeune femme. On a qu’à aller voir. »

Le plus grand parc de la ville se trouvait au bout de la rue où habitait Béatrice. Leur discussion se fit plus légère au fur et à mesure de leur promenade. Ils furent très déçus lorsque les drones du parc se mirent à informer les visiteurs qu’ils devaient se diriger vers les sorties les plus proches, car le parc allait fermer pour la nuit. Les jeunes gens obéirent et sortirent de l’enceinte. Malheureusement, ils étaient sortis loin de chez eux. Ils entreprirent donc de rentrer par la ville. La nuit était noire à présent, mais l’éclairage citadin avait pris le relais.

Valentin et Béatrice se sentaient légèrement euphoriques après leur bol d’air et leurs plaisanteries. Marchant dans la rue bras dessus, bras dessous, ils rivalisaient de mots d’esprit peu recherchés qui les faisaient glousser. Occupés qu’ils étaient, les jeunes gens ne remarquèrent pas les deux individus louches qui se plaçaient derrière eux, tandis que deux autres venaient à leur rencontre.

« Alors le p’tit couple, il passe une bonne soirée ? S’enquit l’un des quatre.
– Bonsoir… Émit Valentin en prenant conscience du danger.
– Si vous voulez continuer de passer une bonne soirée, reprit le malfrat, il va falloir nous donner tout ce que vous avez qui a d’la valeur.
– Rien que de vous avoir rencontrés nous fait passer une mauvaise soirée, alors bon… » Ne pût s’empêcher de lâcher Béatrice.

L’un de ceux qui se tenait derrière plaqua brutalement la jeune femme contre le mur de l’immeuble voisin. « Quesstadi ? » S’emporta-t-il, une main autour du cou de sa proie qui émit un geignement tant surpris qu’étouffé. « Fais gaffe à c’que tu dis ! La prévint-il d’un ton énervé.
– Calmons-nous, tenta de tempérer Valentin.
– C’est un nerveux, expliqua doucereusement le premier malfrat qui paraissait être la tête pensante du groupe. Alors dépêchez-vous de nous donner tout c’que vous avez avant qu’il s’énerve. »

Alors que le jeune homme, ne voyant pas trop quoi faire d’autre et craignant pour son amie, s’apprêtait à obtempérer, l’atmosphère changea subitement. Une fine brise nocturne les effleura tous, suivie d’un infime instant de calme intense. Puis l’agresseur de Béatrice se retrouva violemment attiré en arrière et propulsé sur un poteau qui lui coupa le souffle. La jeune femme faisait désormais face à sa sauveuse, entièrement nue et à moitié écorchée. De la lymphe et du sang s’écoulaient des plaies. Béatrice aurait voulu crier face à cette vision d’horreur, mais rien ne sortit de sa bouche.

Les trois agresseurs restant se précipitèrent sur l’étrange nouvelle-venue pour venger l’affront fait à leur compagnon. Aussi vive que l’éclair, l’écorchée se tourna vers le plus proche et lui administra un magistral coup de poing qui l’envoya instantanément rouler quelques mètres plus loin, inconscient. Valentin vit avec horreur les deux derniers arriver jusqu’à leur sauveuse hors du commun, couteaux tirés. Mais celle-ci leur faisait déjà face, la paume levée dans leur direction. Une onde en jaillit qui heurta les deux derniers assaillants qui s’immobilisèrent un bref instant avant de tourner de l’œil. L’écorchée resta un moment sans bouger, avant d’attraper sa tête des deux mains en gémissant et de mettre un genou à terre.

La voyant en détresse, les deux amis quittèrent leur torpeur pour lui prêter assistance. Ils voulurent la soutenir, mais ils craignaient l’un et l’autre de lui faire mal s’ils touchaient ses plaies ouvertes. Valentin eut l’impression que leur sauveuse semblait moins blessée que lorsqu’elle était intervenue. Pendant que Béatrice ôtait sa propre veste pour en recouvrir l’étrange inconnue, le jeune homme essaya d’initier le dialogue : « Merci d’être intervenue, mais… Vous n’avez pas l’air bien ; mon amie et moi allons vous emmener à l’hôpital, d’accord ? » La blessée paraissait avoir perdu toute sa vitalité et avait désormais du mal à focaliser son regard sur un point précis. Elle laissa échapper des mots incompréhensibles, ce qui parut lui demander beaucoup d’énergie.

« Regarde ! Lança Béatrice à l’intention de son ami. On dirait qu’elle se régénère, non ? » Valentin regarda l’écorchée plus attentivement. Effectivement, ses plaies se refermaient peu à peu. « Je pense que ce n’est pas une très bonne idée de traîner ici, ajouta la jeune femme en jetant un coup d’œil appuyé aux quatre malfrats qui gisaient au sol. Emmenons-la vite.
– Tu penses qu’on peut la porter jusqu’à l’hôpital ?
– C’est un peu loin, réfléchit le jeune homme en se grattant la tête. On devrait appeler les secours plutôt.
– Mmmh… Émit Béatrice. On ne va peut-être pas avoir besoin finalement. »

L’inconnue était presque entièrement guérie, mais paraissait toujours apathique. Elle secouait doucement la tête d’un côté et de l’autre, comme si elle essayait de se souvenir de quelque chose. Son regard restait tout de même absent. « Je ne sais pas, hésita Valentin. Elle est presque guérie, mais elle n’a quand même pas l’air bien du tout…
– Ça, c’est vrai, convint Béatrice. Elle a l’air beaucoup plus perdue que lorsqu’elle est arrivée pour tabasser ces quatre là.
– Nous sommes très proches de chez moi ; on pourrait l’emmener et appeler les secours de la maison. Je n’ai pas envie de rester ici plus longtemps. »

Son amie acquiesça. Ils encadrèrent l’inconnue, qui leur adressa un sourire absent, et l’aidèrent à se relever avec précaution. Elle les suivit machinalement, mais ils devaient la soutenir car sa coordination motrice laissait parfois à désirer et elle trébuchait souvent. À chaque fois, le jeune homme lui demandait si elle allait bien et, à chaque fois, elle se contentait de lui répondre avec un sourire absent. Valentin se demandait si elle comprenait ce qu’il lui disait. Il trouva les quelques dizaines de mètres jusqu’à son immeuble infinies. Pourtant, l’inconnue était à présent complètement guérie et marchait avec plus de facilité.

NaNoCamp Avril 2017 J-5 : Préquelles Arkhaiologia

[Spoil sur la suite d’Arkhaiologia]

L’amie de Valentin avait eu l’air désemparée. Malheureusement, celui-ci n’avait pas eu d’explication satisfaisante à lui proposer ; rien dans les diverses légendes ne donnait d’explication. Tout cela n’empêchait pas le jeune homme d’être fasciné par les petites fées. Béatrice le laissa en emporter une chez lui. Son laboratoire en détenait beaucoup trop et des gens continuer d’en apporter. Personne ne remarquerait la disparition de l’une d’entre elle. La jeune femme en relâchait même régulièrement. Ces jours-ci on trouvait de ces fées de partout. Sauf que personne ne connaissait le moment où elles étaient apparues et les spécialistes n’avaient aucune idée de ce qui avait causé leur apparition.

Les fées n’étaient pas les seuls êtres folkloriques à être subitement apparus. La plupart des antiques sites de culte et autres zones archéologiques avaient été fermés au public et étaient désormais sous surveillance. Les régions un peu isolées qui dépendaient de ce tourisme pour vivre commençaient déjà à subir le contrecoup de ces fermetures et à doucement péricliter. Ne venaient plus chez eux que les curieux écervelés en quête de sensations fortes.

La fascination pour l’apparition des créatures légendaires était teintée de beaucoup de craintes. De partout on ressortait les vieux livres de contes pour tenter d’en savoir plus ou de deviner quelles allaient être les prochaines apparitions. Beaucoup craignaient l’avènement de monstres comme les dragons, ce qui était une perspective pour le moins inquiétante. Le bruit courait aussi que certaines personnes commençaient à développer certaines aptitudes surhumaines. Des vidéos de démonstrations et de témoignages fleurissaient partout sur la toile, mais là-dessus il était toujours difficile de démêler le vrai du faux.

Valentin ne savait trop que penser de tout cela. Concentré sur son travail, il avait l’impression de vivre un peu isolé de toutes ces choses, comme s’il vivait sur un autre monde et qu’il n’était qu’un lointain spectateur. Et pourtant une petite fée se tenait, assise en tailleur, sur sa table basse. Du bout du doigt, il caressa délicatement la tête de la créature, qui poussa une trille de plaisir. Le jeune homme esquissa un sourire attendri, qui s’élargit lorsque la fée attrapa d’un air péremptoire le doigt qui avait arrêté de lui grattouiller la tête, pour lui signifier de continuer. Valentin s’exécuta.

Il fut interrompu par son téléphone. L’appareil lui indiqua qu’il s’agissait de Béatrice. Il fit glisser son doigt vers le haut de l’écran pour projeter l’appel au dessus du téléphone, sur un hologramme représentant son écran. Le visage de son interlocutrice s’afficha dans les airs. La jeune femme avait la tête appuyée sur une main, tenant visiblement son téléphone de l’autre. Plusieurs mèches brunes s’échappaient de la barrette qui maintenait ses cheveux relevés. « Salut ! Lança-t-il à son amie.
– Coucou, lui répondit-elle d’un ton fatigué. Tu t’amuses bien avec ta nouvelle amie ? » La petite fée était en train d’essayer d’attraper l’hologramme. Elle était visiblement frustrée de constater qu’elle ne pouvait pas le saisir et pépiait son mécontentement en voletant furieusement autour.

« Oui, je crois qu’elle s’adapte petit à petit.
– Tu lui as trouvé un nom ?
– Pas vraiment, avoua Valentin. Je l’appelle souvent râleuse. Elle ronchonne tout le temps ! Tu aurais pu me trouver une fée de meilleure composition.
– C’est toi qui l’a choisie, rétorqua la jeune femme en plissant les yeux avec un sourire en coin.
– Il faut croire que j’aime bien les râleuses. » Acquiesça le jeune homme avec un clin d’œil.

Son amie pouffa de rire et reprit : « Puisque tu aimes bien les râleuses, ça te dirait de venir manger une pizza à la maison ?
– C’est une bonne idée, surtout que mon frigo est vide.
– Dépêche-toi alors. » Lui enjoignit Béatrice en coupant la conversation. L’hologramme se coupa automatiquement, pour le plus grand plaisir de la fée qui pensait que c’était de son fait.

Valentin ne se leva pas tout de suite. Il fixa la petite créature qui se pavanait en se demandant à quel point ce serait une mauvaise idée de la laisser hors de sa cage pendant son absence. Elle paraissait tellement plus contente dehors ! Sur une impulsion, il se redressa pour aller ouvrir une fenêtre. Valentin échangea un bref regard avec la fée qui le contemplait d’un air perplexe, la tête penchée sur le côté. Puis il attrapa ses affaires et s’en fut rejoindre son amie.

Alors qu’il était en bas de son immeuble, son téléphone se mit à vibrer. Le jeune homme jeta un œil à l’appareil. Il s’agissait d’un message provenant de la centrale de son appartement, qui lui indiquait qu’il avait laissé une fenêtre ouverte et lui demandait s’il voulait que la centrale la ferme pour lui. Il appuya sur « non », suite à quoi un deuxième message l’informait que son ordre avait bien été pris en compte et que l’application lui poserait de nouveau la question en cas d’intempéries. Valentin haussa les épaules et rangea son téléphone.

Béatrice n’habitait pas très loin ; en marchant d’un bon pas, il n’en eut que pour quelques minutes. La porte de l’immeuble de la jeune femme s’ouvrit automatiquement à son approche et, quelques secondes plus tard, il se retrouvait assis sur un pouf moelleux, devant une énorme pizza fumante. C’était beaucoup mieux que la précédente perspective du lait et de la boîte de conserve. Les deux amis paraissaient aussi las l’un que l’autre, mais de manger leur rendit un peu de leur vitalité.

Une fois qu’ils furent un peu rassasiés, Béatrice s’enquit : « La rédaction avance bien ?
– Oh oui, je vais avoir terminé dans les temps, répondit Valentin en cherchant comment changer de conversation.
– Ça n’a pas l’air de te réjouir.
– Pas vraiment, c’est vrai. Tout cela m’ennuie…
– Pourtant, tu aimes bien ton sujet, non ?
– Oh oui, il est passionnant ! Il y a tellement de choses intéressantes à étudier dans le folklore, surtout depuis toutes ces… Apparitions.
– Ne m’en parle pas, se plaignit la jeune femme. Aucune de ces créatures ne fonctionne comme un animal normal, c’est perturbant.
– Tu exagères, la gourmanda Valentin.
– Oui oui, j’exagère, concéda-t-elle. Ce sont surtout ces petites fées qui me perturbent.
– Certainement parce que ce sont elles que tu étudies en ce moment…
– Oui, mais comment se fait-il que certaines aient des ailes de papillon, plusieurs espèces de papillons qui plus est, et d’autres de libellules ? Il y en a même d’autres d’espèces que je ne connais pas, mais qui ont des caractères plus primitifs.
– Tu rumines encore ?
– J’aimerais comprendre surtout. » Soupira Béatrice en terminant sa pizza.

NaNoCamp Avril 2017 J-7 : Préquelles Arkhaiologia

[Spoil sur la suite d’Arkhaiologia]

Valentin se laissa partir en arrière sur sa chaise intelligente, qui s’adapta aussitôt à sa nouvelle position. Toute la bibliothèque universitaire avec été équipée de ces chaises ergonomiques qui faisaient partie de tous les bureaux, mais manquaient aux étudiants du campus. Toutes les salles de l’université ne pouvaient pas être ainsi équipées. Seule la bibliothèque disposait de ces sièges intelligents. Malgré tout le confort de sa chaise, le jeune homme poussa un profond soupir, passant plusieurs fois ses mains sur son visage jusqu’à son cuir chevelu, qu’il gratta machinalement. Une grande lassitude l’habitait.

Tout se passait pourtant bien pour lui. Il n’avait plus que quelques mois avant de devenir un docteur à part entière. En attendant, il avait pratiquement terminé la rédaction de sa thèse et s’en sortait plutôt bien en tant que chargé de travaux dirigés. Ce n’était pas le cas de tous ses camarades ; il devrait se sentir satisfait au lieu de se sentir las. Valentin n’avait pas l’impression de s’épanouir et craignait de s’être déjà enferré dans une routine ennuyeuse, ce qui était dommage à son âge. Tout l’ennuyait de toutes façons.

Il avait peut-être juste passé trop de temps dans cette bibliothèque. Pas qu’elle était désagréable puisqu’elle était spacieuse, lumineuse et récemment rénovée ; il devait juste avoir passé trop de temps enfermé. Rassemblant rapidement ses affaires, il se sentit plus las que jamais. L’air extérieur fut le bienvenu et le jeune inspira profondément, espérant se libérer l’esprit. Il était encore tôt dans l’après-midi et, ne sachant que faire, il s’installa dans l’herbe du campus qui s’étendait devant la bibliothèque, sous un arbre. Après quelques minutes à contempler les déambulations des étudiants, Valentin sentit ses paupières s’alourdir. Il se laissa aller sur l’herbe, utilisant son sac comme oreiller, et s’endormit presque aussitôt.

La sieste lui fit du bien, mais il s’était couché sur un caillou et avait quelques côtes endolories. En grommelant, le jeune homme se leva pour se rendre chez lui, quelques rues plus loin. « Hé, salut toi ! » Lança-t-il en ouvrant la porte de son domicile. Depuis la cage posée sur la table, un petit bruit entre le couinement et le roucoulement lui répondit. Il s’avança pour jeter ses affaires sur le canapé et, alors qu’il progressait dans son appartement, la centrale mit la musique en route. Valentin songea brièvement qu’il devrait programmer d’autres pistes ; il commençait à se lasser des airs qui se lançaient à chaque fois qu’il rentrait.

Le jeune homme se pencha sur la cage pour en libérer la petite créature. À peine eut-il ouvert la porte qu’une boule dorée s’en échappa comme une balle. « Ne fais pas de bêtises ! » Lança-t-il tout en sachant que son ordre était inutile : elle n’en ferait qu’à sa tête. Avec un sourire attendri, il s’étira machinalement et se dirigea mollement vers le coin cuisine pour inspecter le contenu de son réfrigérateur en quête de quelque chose à boire. Comme il avait fait une sieste au lieu de faire des courses en rentrant, il ne restait qu’un demi-litre de lait. Il décida que cela ferait bien l’affaire et ouvrit ensuite un placard à la recherche de quelque chose à grignoter pour accompagner son lait.

Il n’y avait pas grand chose. Valentin réfléchit un instant à ouvrir une conserve quelconque, avant de réaliser que s’il buvait son lait maintenant, il n’en aurait plus pour le petit-déjeuner. Poussant un grognement, il se gratta la tête en se demandant s’il avait envie de ressortir. Tout à ses réflexions, il faillit ne pas remarquer la masse légère qui avait atterri sur son cuir chevelu et se frayait un passage à travers ses boucles brunes. Tout paraissait se liguer contre lui : il ne pouvait pas sortir maintenant que la petite créature qu’il s’échinait à apprivoiser depuis des semaines semblait enfin s’attacher à lui. Il s’assit précautionneusement sur son canapé après avoir rangé son lait à regret. Délicatement, il passa la main dans ses cheveux pour cueillir sa petite compagne et la poser sur la table basse.

La créature s’assit en tailleur et lui rendit son regard. Nue, elle avait une apparence humanoïde féminine lorsque l’on n’y regardait pas de trop près. Lorsqu’on l’inspectait plus avant, le corps paraissait avoir été modelé par quelqu’un qui aurait voulu copier une femme de mémoire, sans savoir à quoi servaient les seins, ni ce qui était sensé se trouver entre la ceinture et les jambes. De plus, la créature était totalement glabre. Les cheveux et les sourcils n’en étaient pas vraiment. Les sourcils semblaient finement dessinés, comme pour une poupée de porcelaine et les cheveux ressemblaient plutôt à du duvet. Le plus étonnant du point de vue anatomique étaient la légère lumière que la créature émettait en permanence et les ailes de papillon qui jaillissaient de son dos. Les omoplates étaient doubles et se répartissaient entre les épaules et les ailes.

Toute cette étrange faune qui se multipliait depuis quelques années rendait sa consœur Béatrice, qui étudiait sous la férule des – récents – spécialistes en nouvelles espèces animales, perplexe. Plus qu’une consœur, elle connaissait Valentin depuis le collège. À cette époque ils voulaient tous les deux être vétérinaires. Au fil des ans, l’une s’était dirigée vers l’étude des nouveaux spécimens et l’autre était devenu spécialiste en bestiaire folklorique. Contrairement à ce qu’ils pensaient en choisissant leurs filières respectives, leurs spécialités les amenaient à travailler régulièrement ensemble. Il faut dire que, lorsqu’ils avaient choisi leurs voies, l’apparition des créatures de contes de fées n’était encore qu’une rumeur.

Les mentors de Béatrice avaient créé de nouvelles familles pour pouvoir classer cette faune issue des mythes et légendes. La jeune femme avait été vraiment décontenancée en étudiant les petites fées – pour reprendre leur dénomination folklorique – comme celle qui vivait à présent chez Valentin. Elles n’étaient pas des mammifères malgré leurs apparences féminines pour les unes et masculines pour les autres. Mais leurs mamelles n’étaient pas fonctionnelles et ces créatures, celles d’apparence féminine, pondaient des œufs mous par grappes.

Rien ne les rapprochait des reptiles, ou des batraciens, ou des oiseaux, ou même des poissons. Béatrice avait essayé de démontrer qu’ils étaient plus proches des insectes en se basant sur leurs ailes et d’autres détails qui dépassaient un peu Valentin, mais force avait été de constater qu’ils ne faisaient pas partie de cette famille là non plus. « On dirait que quelqu’un a à moitié modelé ces créatures et à moitié collé des morceaux de créatures existantes, s’était-elle plainte un jour. Ils n’ont pas l’air totalement… naturels, pour ainsi dire, mais je ne connais personne qui ait la connaissance ou la technologie pour créer des bestioles pareilles. »

NaNoCamp d’Avril 2017

Salutations !

Le mois d’avril arrive bientôt et, au cas où je ne le répète pas assez, le NaNoCamp d’avril va commencer aussi. Alors voici un petit point entre le FévriPoint et le premier NaNoCamp 2017.

Depuis le FévriPoint, j’ai fini de découper Arkhaiologia en chapitres, tout en corrigeant quelques fautes par-ci par-là. J’ai aussi commencé à élaborer des intrigues autour du père de l’héroïne, rassemblé les infos que j’avais sur tous les personnages pour compléter au besoin, et deux-trois autres petites choses. Mais, comme j’avais toujours du mal à compléter le roman sans savoir tout ce qui s’était passé durant la lointaine antiquité, j’ai décidé d’écrire à ce propos pendant le NaNoCamp qui arrive.

Les précédents NaNoCamps, je n’ai pas posté mes productions ici. Cette fois-ci je vais le faire, histoire de voir si ça me motive. Il faut faire des tests dans la vie ! Par contre, j’ai quand même mis un petit objectif de nombre de mots (25 000 au lieu de 50 000). Alors, bien sûr, si vous n’avez pas lu Arkhaiologia, je vous déconseille de lire ma production du NaNoCamp. Je vous rappellerai ça à chaque post de toutes façons, je pense.

Les règles du NaNoCamp étant plus lâches que celles du NaNoWriMo, j’ai déjà commencé l’écriture de ces préquelles d’Arkhaiologia. Je vais vous poster tout ça dans les jours qui viennent. Il paraît que c’est ce que veulent les français, d’après une jeune andouillette que je ne nommerai pas.

Oh, et sinon, puisque le NaNoCamp n’a pas encore commencé, n’hésitez pas à vous inscrire sur le site http://campnanowrimo.org/, à créer un projet (maintenant, en objectif on peut donner un nombre de mots ou d’heures ou de lignes ou de pages) et me donner votre pseudo si vous voulez que je vous invite dans ma cabane. Car les camps fonctionnent avec un système de cabanes, plus intimistes que les grandes régions du NaNoWriMo.

Voilà ! À très bientôt pour de nouvelles aventures !

FévriPoint

Oui, mon titre est un peu nul, mais j’ai vraiment beaucoup de mal avec les titres, alors il faudra vous contenter. Voilà. Oui oui, c’est péremptoire. Donc, ainsi que l’explique le titre, je voulais vous faire un petit point et, comme nous sommes en Février, ce sera un point de Février. Un FévriPoint.

Bref.

Quoiqu’il en soit, après reprise et relecture (suite à son épreuve de la relectrice), j’ai enfin envoyé « Le Coeur de l’Hiver » à l’épreuve de l’édition. Pour mémoire, la première partie de « Le Coeur de l’Hiver » est issue de mon NaNoWriMo 2014 qui s’appelait sobrement « Bård » à l’époque, du nom du personnage principal (quand je vous dis que je suis nulle en titres). La première partie brute et non retravaillée est d’ailleurs toujours disponible dans la section NaNoWriMo, dans le NaNoWriMo 2014. Je suis bien contente de l’avoir terminé (même si je me doute bien que, même si il est accepté, je devrais encore retravailler des choses dessus avant l’édition finale) et de passer à la phase suivante. Je pense que ça sera très édifiant pour les romans qui suivront. C’est un peu un roman-test il faut dire.

Je n’aurai pas de réponse avant plusieurs mois par contre. En attendant, je reprends le NaNoWriMo 2016 qui s’appelle pour le moment « Arkhaiologia ». Il se peut que cela change puisqu’il semblerait que ce roman ne soit qu’un premier tome. Dans ce cas, je verrai plutôt « Arkhaiologia » comme le nom de la totalité, ce qui est embêtant puisque cela veut dire qu’il faut encore que je trouve d’autres titres et c’est pénible. Je verrai ça plus tard 😛 Pour l’instant, je me concentre sur l’élaboration des précisions qui me manquaient pour l’histoire générale (surtout pour le mystère qui entoure la mort du père d’Ethelle en fait), trouver des noms pour tous les lieux et gens à qui je n’avais pas envie d’en trouver pendant le NaNo, du rassemblement de tous les éléments apportés par cette ébauche de premier tome (histoire de les avoir pour la suite) et la première reprise du roman. Pour ça, je remercie chaleureusement les créateurs de Scrivener, qui est un logiciel très pratique pour rassembler toutes mes idées, post-it virtuels et qui me permet de recopier et naviguer facilement entre tous mes éléments. Et c’est pratique pour plein d’autres choses aussi, mais c’est un peu compliqué à décrire et ce n’est pas le sujet de toutes façons. Hein. Bon. Après, si ça vous intéresse, je peux faire deux-trois captures d’écrans pour vous montrer.

Bien évidemment, en plus de l’attente stressante des réponses d’éditeurs et de la reprise d’Arkhaiologia, j’ai plein d’autres choses à faire. Comme :
– continuer de publier régulièrement des choses ici (même si ce sont beaucoup des Haïkus de la Triche),
– continuer de participer au projet Compagnie de la Licorne (hiiiiiii !) que j’aimerais beaucoup voir arriver jusqu’au bout,
– continuer de réfléchir à l’investissement dans une relieuse et/ou une nouvelle imprimante plus rapide,
– me lancer enfin dans les textes audio et/ou carrément dans des histoires audio complètes (oui, l’idée est toujours là dans un coin de ma tête en train de mûrir et de muter en DES idées, ce qui est un peu un problème),
– terminer l’appel à textes sur Conan que je n’ai pas fini à temps pour l’envoyer (décembre oblige) mais qui fera une nouvelle pour vous,
– reprendre mon vieux roman sur les pirates (qui aurait du être le premier publié normalement, mais qui a subi les affres de la pression qui a mené à une page blanche qui, non seulement était blanche, mais en plus s’enfuyait, ce qui n’est absolument pas pratique) dont j’aimais beaucoup l’idée,
– et, pourquoi pas, reprendre des débuts de romans encore plus vieux pour enfin les terminer. J’avais aussi entamé un recueil d’histoires courtes, dans le temps. Je les avais regroupées sous L’Auberge du Loup d’Argent, je pourrais reprendre l’idée aussi et en refaire quelque chose de plus abouti aussi.

Ahlàlà ! Ca fait tellement de choses à faire ! Heureusement qu’en ce moment j’ai du temps exprès. C’est bien prévu, n’est ce pas ! Pour être honnête, en ce moment c’est surtout Arkhaiologia qui insiste pour être retravaillé. Et je suis faible, alors j’ai dit d’accord. Et voilà ! Maintenant vous savez tout ! Après, certaines choses vous questionnent, je me propose de vous éclairer. En attendant, passez une bonne soirée ainsi qu’une bonne semaine et à bientôt pour de nouvelles aventures !

 

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NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 2

Elle se glissa entre des branchages pour se réfugier à l’abri d’une grotte végétale. Suffisamment spacieuse pour qu’elle puisse s’y étendre de tout son long, les parois de branches et de feuilles étaient très épaisses. La nuit précédente avait vu une averse arroser la ville ; mais Ethelle n’avait pas du tout été mouillée par la moindre goutte. Si elle n’avait pas été persuadée que Thomas Clayton la sortirait de la rue, la jeune femme aurait presque déploré de devoir quitter une cachette aussi pratique. Le seul inconvénient étant que les branches entrelacées ne laissaient pas plus passer la lumière que la pluie. Bien sûr, l’ouverture par laquelle Ethelle entrait dans son igloo de verdure permettait de bénéficier de la lumière d’un lampadaire à gaz qui éclairait la rue voisine. Mais il fallait se placer très près de l’entrée pour cela et l’éclairage restait insuffisant pour lire, par exemple. Il lui permettait juste de se repérer dans ses affaires.

La rouquine s’enveloppa avec délectation dans sa pèlerine de velours doublée. Pour le moment le vêtement était encore froid, mais il allait très rapidement lui procurer une douce chaleur. Elle posa son pot en verre de confit de canard devant l’entrée, afin de pouvoir l’admirer à la lueur du lampadaire à gaz, et se frotta les mains gantées de mitaines pour les réchauffer. La jeune femme avait un peu honte d’avoir découpé ses coûteux gants de cuir. Elle n’avait pas eu le choix : en restant dehors, et ce malgré que ce soit seulement le début de l’automne, elle avait été obligée de garder ses gants en permanence sous peine de voir ses mains engourdies. Sauf qu’elle avait eu besoin des capacités motrices fines de ses doigts. Avec regret, elle s’était résolue à faire comme les femmes de basses extraction qui portaient des mitaines, de laine quant à elles. Cette matière devait maintenir la chaleur plus efficacement, supposait Ethelle. Heureusement, elle n’aurait pas à vérifier cela par elle-même.

Tout en s’asseyant en tailleur face au confit de canard en pot, elle sortit une brosse de son sac de voyage et commença à démêler son opulente chevelure rousse. Ce faisant, elle laissa ses pensées vagabonder. La première chose qu’elle ferait une fois qu’elle aurait retrouvé un environnement décent, serait de prendre un bain. Chaud. Et mousseux. Elle ne dégageait pas encore d’odeur corporelle notable, mais elle ne s’en sentait pas moins crasseuse. Même si elle savait qu’elle aurait du mal à continuer ainsi pendant longtemps, Ethelle faisait tout pour se débarbouiller au mieux pour être présentable. Elle comptait utiliser toutes ses dernières ressources d’artifices de propreté et de beauté pour son rendez-vous.

A la base, elle avait aussi prévu de prendre un bon repas pour paraître au mieux de sa forme. Son visage lui avait fait peur la dernière fois qu’elle avait eu l’occasion de se regarder dans un miroir. Malheureusement, si elle voulait tenir sa promesse à Clay de rester discrète, elle n’allait pas pouvoir faire chauffer ce fameux confit de canard. Il lui faisait très envie, mais les effluves qu’il allait exhaler pendant la cuisson allait forcément attirer l’attention. La jeune femme n’appréciait pas trop ce dilemme. Elle interrompit brièvement le brossage de ses cheveux pour ranger la conserve tentatrice dans son sac de voyage, en compagnie de ses autres possessions. Ceci fait, elle s’assit de nouveau et reprit la brosse pour continuer de démêler machinalement ses mèches. Cette activité anodine et répétitive lui permettait de se détendre. Parfois aussi de réfléchir. Pour le moment, elle se contentait de passer longuement la brosse dans ses cheveux, en comptant à rebours à partir de cent.

Une luciole, aussi grosse que la précédente qui avait fait irruption pendant sa discussion avec le dénommé Clay, s’invita dans la grotte végétale, l’illuminant d’une douce lumière verte. Ethelle la suivit du regard, sans arrêter le mouvement. L’insecte voleta de part et d’autre des parois, comme si il visitait l’endroit. Après avoir fait le tour du propriétaire, la luciole s’approcha de la jeune femme qui suspendit son geste. Bouche bée, elle cligna plusieurs fois des yeux pour s’assurer qu’elle ne rêvait pas. Elle avait cru voir un visage humanoïde au lieu de la tête insectoïde qu’elle s’était attendue à trouver. Malheureusement, le vol erratique de la petite bête l’empêchait de l’étudier de plus près. Laissant tomber sa brosse, Ethelle tenta d’attraper la luciole. Après quelques minutes de chasse, l’insecte s’échappa par l’entrée, se mettant hors de portée de la jeune femme en voletant en direction de la cime des arbres.

Sa poursuivante ne sortit pas de son refuge, se bornant à contempler la lumière verte de la luciole disparaître au loin, entre les feuilles. Un peu déçue, Ethelle haussa les épaules et ramassa sa brosse. Ne sachant plus où elle en était dans son compte, elle rangea l’objet dans son sac et commença à préparer sa couche pour la nuit. Comme le reste des rares conforts de sa vie dans la rue, son lit était rudimentaire, comportant une couverture sur le sol, une couverture sur elle et son sac de voyage en guise d’oreiller. La jeune femme ne parvenait pas à s’habituer à dormir ainsi. Son sommeil était perpétuellement agité et des cernes ajoutaient à sa mauvaise mine générale. Il lui paraissait bien loin le temps où elle dormait dans un vrai lit au matelas moelleux et aux oreillers de plumes ! Elle enleva ensuite sa douce pèlerine, pour la placer en guise de couverture supplémentaire et se glissa dans sa couche de fortune. Elle se blottit du mieux qu’elle put dans ses couvertures et chercha avidement le sommeil.

 

Le soleil la réveilla tôt le lendemain matin. La jeune femme s’étira longuement. Encore une fois, elle avait mal dormi, mais l’expectative de la journée lui donna une bonne dose de motivation. Elle se leva d’un coup, manquant de se heurter la tête contre la voûte de branchages. Se souvenant juste à temps qu’elle se trouvait dans un lieu bas de plafond, Ethelle évita la bosse qui aurait résulté de cette rencontre malencontreuse entre sa tête et une branche. Son ventre gargouilla soudainement, la rappelant à des considérations encore plus primaires. La jeune femme n’avait pas dîné la veille et elle n’avait rien pour le petit-déjeuner. En soupirant, elle se résigna à devoir se rendre à son rendez-vous l’estomac vide.

Pour ne plus penser à la faim qui la tenaillait, elle se mit au travail. Elle commença par sortir de son sac de voyage sa dernière robe présentable et la posa sur les couvertures étalées au sol, pour ne pas la salir. Ethelle laissa échapper une petite grimace en constatant que le vêtement était un peu froissé malgré ses soins. Elle devrait faire avec, n’ayant aucun moyen de faire du repassage. En souriant de le retrouver, elle récupéra son chapeau préféré, puis quelques bijoux sans lesquels elle ne paraîtrait pas à sa place lors de sa rencontre avec le Comte Thomas Clayton. Ceci fait, elle entreprit de se changer. Puis de coiffer son opulente chevelure rousse, à grand renfort d’épingles à cheveux, pour la rendre présentable. Sans aide ni miroir, l’opération était délicate et elle espérait que le résultat n’était pas grotesque. Une fois prête, elle rangea ses dernières affaires dans son sac de voyage, prit une grande inspiration, et sortit de son refuge. Comme elle était debout, la jeune femme lissa sa jupe, vérifia qu’aucune feuille ou brindille n’était restée collée, ajusta son petit chapeau et, son sac de voyage en main, elle entreprit de sortir du parc.

Bien évidemment, si elle se rendait dès à présent à son rendez-vous, elle serait beaucoup trop en avance. Elle en profita pour faire un petit tour en ville, profitant de ce moment agréable où tout le monde se réveille, malgré le supplice des appétissantes odeurs émanant des boulangeries.

 

 

1300 mots, et voilà, à peine le deuxième jour et je suis déjà en retard 😛

NaNoWriMo 2016 : Arkhaiologia Jour 1

Elle s’immobilisa, tous ses sens aux aguets. Ses yeux balayèrent rapidement les environs, faiblement éclairés par les lampadaires à gaz de la rue d’à côté, et elle serra instinctivement son butin contre elle. Une fois assurée que l’inquiétude la fourvoyait et que personne ne la menaçait ni ne la surveillait, elle relâcha son souffle. La jeune femme ne s’était même pas rendue compte qu’elle s’était arrêtée de respirer. Elle se morigéna intérieurement ; le parc dans lequel elle avait trouvé refuge était fermé pour la nuit. Il ne devrait pas y avoir âme qui vive jusqu’au lendemain matin, à l’ouverture. Ethelle s’efforça de se détendre. Le parc des Deux Ormes, bien que très étendu pour un parc citadin, n’était pas surveillé pendant sa fermeture nocturne. Elle devrait être tranquille, au moins jusqu’à ce que le soleil se lève. La rouquine sourit inconsciemment à l’idée de se reposer en profitant d’un bon repas volé une heure plus tôt.

« Que fais-tu ici ? » La voix la surprit tellement qu’elle ne put retenir un petit cri en même temps qu’elle sursautait. Elle agrippa plus fort son précieux butin, par réflexe. La jeune femme se tourna pour faire face à son interlocuteur. Ce dernier la dépassait d’une tête qu’il avait surmontée d’une masse de cheveux bruns ajustés comme ceux d’un dandy, ne ressemblait pas le moins du monde à un garde et n’était certainement pas l’un de ces dandys auxquels il essayait de ressembler. Ethelle savait fort bien ce qu’il en était ; elle avait fréquenté son content de godelureaux avant sa chute de statut. Si la coiffure du jeune homme pouvait faire illusion, il n’en était pas de même de sa tenue vestimentaire, qui laissait à désirer pour un œil averti comme le sien.

Inconscient de cette évaluation, l’importun esquissa un petit sourire, plutôt satisfait de son effet. Il se rembrunit presque aussitôt. « Tu ne peux pas rester ici, l’informa-t-il.
– Et pourquoi donc, je te prie ? Ne me dis pas que ce parc t’appartient, je ne te croirai pas, le prévint-elle avec morgue.
– Oh, mais je n’ai pas cette prétention, lui assura le prétendu dandy. Mais tu te trouves sur le territoire des Faucheux : tu risques des ennuis si tu te permets d’outrepasser les limites.
– Vraiment ? Ironisa Ethelle. Ce parc appartient à la ville, il ne fait partie d’aucun territoire. Je suis bien placée pour le savoir : mon père faisait partie du conseil municipal.
– Peut-être, admit le jeune homme. Mais pas la nuit. Pendant la nuit, les règles des conseils municipals n’ont pas cours.
– Municipaux, corrigea machinalement son interlocutrice.
– Si tu veux, concéda-t-il. Je n’ai pas vraiment eu l’occasion d’avoir une éducation de la haute. Alors tant qu’on se comprend, ça me convient. De toutes façons, tu as l’air mal placée pour donner des leçons, demoiselle Clocharde. »

Ethelle rougit et pinça les lèvres. La phrase avait sérieusement giflé son égo. Cette assertion était techniquement juste : pour le moment, elle se trouvait sans abri. Et, pour être plus libre de ses mouvements, elle avait abandonné les robes à cerceaux et jupons qui étaient la marque des femmes aisées. Elle arborait à présent sa vieille tenue d’équitation, inadaptée pour une soirée mondaine, mais beaucoup plus pour évoluer dans la rue et se cacher dans les ombres. Mais elle se considérait toujours comme la jeune fille de bonne famille qu’elle avait été durant la plus grande partie de sa vie. Se faire rattraper par la dure réalité était toujours douloureux pour elle. « Je suis désolé, s’excusa le jeune homme l’air un peu gêné. C’était un peu indélicat de ma part.
– Ce n’est rien, grommela la rouquine en secouant sa chevelure ondulée.
– Mais tu dois toujours partir, précisa-t-il.
– Je n’ai nulle part ailleurs où aller… Et j’ai laissé mes affaires dans un buisson. »

Un silence embarrassé suivit. Une brise fraîche les fit frissonner, agitant les feuilles des arbres bien entretenus qui les entouraient. Une grosse luciole passa entre eux. Le Faucheux toussota et reprit : « Je peux peut-être m’arranger pour qu’ils ne se rendent pas compte de ta présence, si tu te caches bien. » Ethelle écarquilla des yeux bleus plein d’espoir. « Mais tu devras déménager dès demain ! Précisa rapidement le jeune homme. J’aurai des ennuis, sinon.
– Marché conclu, se réjouit la rouquine rassurée d’avoir un peu de répit. De toutes façons, si ma journée de demain se déroule comme je le souhaite, je n’aurai plus à empiéter sur les territoires de qui que ce soit.
– Tant mieux pour toi, je crois. »

Son interlocuteur n’avait bien sûr pas compris ce à quoi elle faisait allusion. Le lendemain, elle avait rendez-vous avec l’un des plus vieux amis de son père. Elle espérait qu’il l’aiderait à remettre le pied à l’étrier et qu’elle pourrait récupérer, du moins en partie, sa vie d’avant. Ethelle se doutait que ça ne serait certainement pas si simple et qu’elle devrait faire beaucoup d’efforts pour récupérer les avantages et la richesse perdus. Mais la jeune femme était volontaire et elle se sentait prête à tout pour atteindre son objectif. Elle espérait juste que le Comte Thomas Clayton n’avait pas été abusé par les fausses accusations portées à l’encontre de son père. Jusque là, il avait été le seul à bien avoir voulu la gratifier d’un rendez-vous. Ethelle comptait beaucoup sur cette rencontre : il était son dernier recours.

Elle se raccrochait désespérément au fait que Clayton était un ami d’enfance de son père ; il ne pouvait pas se laisser berner par des vilainies. La jeune femme retrouverait bientôt son train de vie. Sa fortune et ses biens, dont elle aurait du hériter, avaient été saisis depuis la mort de son père, qui avait fait suite à un scandale tonitruant qui avait sali le nom des Morton. Beaucoup de gens important avaient, soi-disant, perdu beaucoup d’argent à cause de Charles Morton et tout avait été pris pour les rembourser. Ethelle s’était retrouvée sans ressources du jour au lendemain. Elle avait, pour ainsi dire, tout perdu en même temps. La notoriété de son nom, les richesses paternelles, son père et ses amis. La jeune femme avait pu se rendre compte de la superficialité des relations qu’elle avait avec ses prétendus amis. Aucun n’avait accepté de l’héberger, à cause du scandale Morton dont personne ne voulait être rattaché de près ou de loin, et la plupart d’entre eux avaient même refusé de la voir, lui barrant l’accès à leur maison avec des domestiques zélés.

Très rapidement, elle avait eu l’impression de vivre un cauchemar sans fin. Sa mère étant morte en couche, son père n’ayant pas de famille, ni gardé de contact avec celle de sa femme, Ethelle s’était retrouvée sans-abri presque du jour au lendemain. Même si cela faisait seulement quelques mois qu’elle était officiellement adulte, elle n’avait pas pu bénéficier d’un tuteur pour l’aider à se retourner. Au début, elle avait vendu certaines de ses affaires pour payer une jolie chambre dans un hôtel huppé. A ce moment là, elle pensait encore qu’elle allait pouvoir trouver du soutien. Elle ne s’attendait pas à être ainsi unanimement rejetée. Heureusement pour elle, Ethelle Morton était dotée d’une volonté de fer. Les moments de déréliction et d’abattement passèrent rapidement, remplacés par la rancœur envers ceux qui avaient causé du tort à son père et par une profonde détermination. D’abord elle devait récupérer son héritage et ensuite mettre à bas ceux qui avaient sali son nom. De plus, elle trouvait la mort de son géniteur mystérieuse. Les journaux avaient évoqué un suicide suite au scandale qu’il n’aurait pas supporté. Mais sa fille en doutait. Et elle comptait bien éclaircir cette histoire.

En attendant, Ethelle n’avait plus d’argent pour payer une chambre, même bon marché. Elle ne voulait absolument pas se séparer des quelques possessions qui lui restaient. La jeune femme frissonna : elle avait faim et commençait à avoir froid. Elle était impatiente de se retrouver dans sa cachette du parc des Deux Ormes pour s’emmitoufler dans la dernière pèlerine qui lui restait. Elle avait espéré manger un repas chaud mais, si elle devait se montrer discrète pour ne pas attirer l’attention des Faucheux, elle doutait de pouvoir faire de la cuisine. Dans tous les cas, elle ne savait pas vraiment cuisiner. Ses connaissances en la matière se bornaient à savoir faire réchauffer quelque chose de déjà préparé. C’était d’ailleurs ce qu’elle avait pensé faire, avec ce pot de conserve de canard confit accompagné de pommes de terre, qu’elle serrait toujours aussi fort contre elle et qui était présentement son butin le plus précieux. La sensation de faim était quelque chose de nouveau pour elle et elle avait hâte de retourner à une situation où elle n’aurait plus à ressentir une telle chose.

La rouquine crut entendre un petit rire dans son dos, qui interrompit ses pensées. Elle se retourna brièvement. Mais il n’y avait personne. Le jeune homme face à elle supposa : « Ce devait être un rat, je pense.
– Les rats ne rient pas, se défendit Ethelle.
– Je ne pense pas que c’était un rire, continua le Faucheux. Ca devait être un cri.
– Peut-être.
– Il ne faut pas en avoir peur : les petites bêtes ne mangent pas les grosses, la rassura le jeune homme.
– Je n’ai pas peur, se buta-t-elle. Et elles ne mangent peut-être pas les grosses bêtes, en attendant elles amènent plein de maladies.
– Tu as juste à ne pas les toucher. »

Ethelle fit la grimace à l’idée de toucher ces créatures qui lui évoquaient les égouts et la pauvreté. Son interlocuteur sourit et lui déclara : « Tu devrais aller te cacher maintenant. D’autres Faucheux ne devraient pas tarder à arriver ; on a un meeting ici ce soir.
– Oh, d’accord. » La jeune femme hésita, se mordit la lèvre, et se décida finalement. « Et merci.
– De rien, répondit-il. Au fait, je m’appelle Clay.
– Enchantée, répartit-elle machinalement. Je suis Ethelle.
– Bonne nuit, dans ce cas, Ethelle. » Cette dernière sourit et s’en fut dans les ombres du parc. Sachant qu’elle devait se montrer discrète, elle tenta de faire le moindre bruit possible en marchant dans l’herbe. Mais elle avait l’impression que toutes les feuilles et les brindilles du parc se calaient exprès sous ses pieds pour la contrarier.

 

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